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ABATTAGE RITUEL EN FRANCE
Tromperie du consommateur
et souffrance des animaux



Textes de l'O.A.B.A.
OEUVRE D'ASSISTANCE AUX BÊTES D'ABATTOIRS

site web
source du texte : lettre 2007


















Abattage rituel : pas d’étourdissement






L’abattage rituel est une technique d’abattage des animaux de consommation, liée à des prescriptions religieuses strictes et parfaitement établies. Il est autorisé en France afin de garantir le libre exercice des pratiques religieuses israélites (viande dite “Casher”) et musulmanes (viande dite “Halal”). L’abattage rituel constitue une importante dérogation aux règles générales de l’abattage classique, qui imposent un étourdissement préalable des animaux avant leur saignée (Directive européenne n° 93/119 et article R. 214-70 du code rural).


En matière d’abattage rituel, les animaux sont donc saignés en pleine conscience. Toutefois, cette dérogation aux règles générales ne peut s’appliquer que dans les conditions suivantes :

- L’abattage rituel ne peut s’exercer que dans un établissement d’abattage agréé par les services vétérinaires ;

- L’abattage rituel ne peut être effectué que par des sacrificateurs habilités par des organismes religieux agréés : la grande Mosquée de Paris, la Mosquée de Lyon et la Mosquée d’Evry pour l’abattage rituel musulman ; le grand Rabbinat pour l’abattage rituel israélite ;

- Les animaux doivent être immobilisés avant et pendant leur saignée : si l’étourdissement des animaux n’est pas réalisé avant leur mise à mort, l’article R. 214-74 du Code rural impose cependant que les animaux des espèces bovine, ovine et caprine soient immobilisés par un procédé mécanique (ce qui écarte toute contention manuelle ou à l’aide de liens). Cette contention mécanique précède la saignée et doit être maintenue pendant la saignée jusqu’à la mort de l’animal.


Constat des enquêteurs de l’OABA


Depuis quelques années, les délégués enquêteurs de l’OABA s’inquiètent de la généralisation de l’abattage rituel des animaux dans les établissements d’abattage français. Certains abattoirs ne pratiquent plus l’étourdissement des animaux, alors même que la viande qui en est issue n’est pas exclusivement destinée aux consommateurs israélites et musulmans. Cet état de fait, parfaitement connu des autorités françaises, constitue d’une part, une infraction aux règles régissant l’abattage des animaux de consommation et, d’autre part, une violation du principe constitutionnel de la liberté de conscience et de religion des consommateurs n’appartenant pas aux communautés religieuses israélites et musulmanes. Les enquêteurs de l’OABA constatent par ailleurs, dans la majorité des abattoirs acceptant l’abattage rituel, des conditions d’abattage qui ne respectent nullement la réglementation encadrant la pratique du rite d’abattage et relèvent ainsi de graves souffrances infligées aux animaux.


La généralisation de l’abattage rituel :
la tromperie des consommateurs.


Dans le cadre des abattages rituels israélites, les parties arrières des animaux ne sont pas consommées. De même, après inspection de la carcasse par le sacrificateur, il se peut que l’animal soit refusé en entier. Dès lors, que devient cette viande jugée “religieusement impropre” à la consommation ? Elle est dirigée vers les circuits “classiques” et approvisionne boucheries, hypermarchés et restaurants. Ce constat peut également être établi pour l’abattage rituel musulman : la consommation musulmane, principalement pour des raisons économiques, porte sur les avants et les abats. Mais une partie de la viande “halal”, non achetée par les communautés musulmanes, est alors dirigée vers les circuits classiques de distribution.

Le rapport COPERCI : un scandale caché


Dans un rapport rédigé par le COPERCI (Comité permanent de coordination des inspections : Inspection générale de l’Administration, Inspection générale de l’Agriculture, Conseil général vétérinaire) remis, en septembre 2005 (mais non publié), à Messieurs les ministres de l’Intérieur et de l’Agriculture, il est précisé qu’une part “non négligeable de la viande abattue rituellement est vendue dans le circuit classique, sans mention particulière”.

Une enquête menée en 2005 par les Directions départementales des services vétérinaires de Basse et Haute-Normandie, faisait ressortir des proportions très élevées de viandes provenant d’un abattage rituel qui se retrouvaient ainsi dans le circuit classique, à l’insu des consommateurs ! Selon les abattoirs, jusqu’à 60 % de la viande produite selon le rite musulman et plus de 70 % de la viande produite selon le rite israélite.

Concrètement, il faut abattre trois animaux selon le rite religieux pour obtenir un animal qui sera effectivement dirigé vers les circuits de distribution des communautés religieuses israélites et musulmanes. Les deux autres animaux abattus rituellement seront consommés par l’ensemble des consommateurs, toutes confessions confondues. Le rapport COPERCI intitulé “Enquête sur le champ du Halal” relève par ailleurs, qu’en France, “80 % des ovins, 20 % des bovins et 20 % des volailles seraient abattus selon le rite halal”… Ce rapport conclut : “Il est indéniable que la proportion atteinte par les mises à mort sans pré-étourdissement traduit un détournement de l’esprit des textes sur la protection animale”.

L’inspection générale de l’Administration rejoint ainsi l’OABA lorsqu’elle critique la généralisation de l’abattage rituel sans étourdissement dans les établissements d’abattage français. A noter que les mêmes dérives sont observées chez nos voisins européens : en Belgique, 100 % des ovins et caprins seraient abattus rituellement. N’est-il pas étonnant (d’aucuns préféreront l’adjectif scandaleux) que le consommateur français mange, à son insu, de la viande abattue selon un rite religieux, quel qu’il soit ?

L’OABA n’entend pas remettre en cause l’existence de l’abattage rituel mais dénonce son absence de structuration et, ce faisant, le manque de transparence des filières “halal” et “casher”.


L’information du consommateur :
le respect de la liberté de conscience
et de religion


Nul ne peut raisonnablement critiquer le fait que les fidèles musulmans et israélites souhaitent consommer de la viande provenant d’animaux abattus selon leurs préceptes religieux. C’est la raison pour laquelle des circuits de distribution spécialisés et un étiquetage informatif (viande halal, viande casher) sont mis en place.

En revanche, il est inacceptable, au regard des textes assurant la liberté de conscience et de religion, que le respect des pratiques rituelles religieuses concernant 7 % de la population nationale (6 % de la population française serait de tradition musulmane et le judaïsme concernerait 1 % de ladite population selon les chiffres cités, en septembre 2006, par le rapport de la Commission de réflexion juridique sur les relations des cultes avec les pouvoirs publics) ait des répercussions sur la consommation de l’ensemble de nos concitoyens.

Il se peut, bien évidemment, que des chrétiens ou encore des agnostiques acceptent de consommer de la viande issue d’animaux abattus selon les rituels israélite ou musulman.
(A ce stade, il convient de préciser que le rapport COPERCI réfute l’idée largement répandue, selon laquelle l’abattage rituel permettrait l’obtention de viandes de meilleure qualité.)
Mais encore faut-il, pour que le consommateur puisse choisir en toute connaissance de cause, qu’il dispose de moyens de s’informer sur l’origine de la viande ! Or, à ce jour, cette information fait totalement défaut. C’est la raison pour laquelle l’OABA demande une nouvelle fois aux pouvoirs publics, la mise en place d’un étiquetage mentionnant le mode d’abattage des animaux.

Le système suivant pourrait être retenu : la viande des animaux acceptés par les sacrificateurs habilités serait commercialisée sous la dénomination “viande halal” ou “viande casher” et la viande provenant d’animaux abattus rituellement mais non destinée spécifiquement aux communautés religieuses serait commercialisée sous la dénomination “viande abattue selon un rite religieux”. Quant à la viande issue d’animaux abattus selon la réglementation générale, avec étourdissement, elle pourrait être commercialisée sans mention spécifique.

L’information du consommateur sur les modes d’abattage serait d’ailleurs parfaitement compatible avec les dispositions de l’article 9-2 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, au terme desquelles : “La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui”. Comme le note la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (La laïcité aujourd’hui, Paris, 2004), “dans une société démocratique où plusieurs religions coexistent au sein d’une même population, il peut se révéler nécessaire d’assortir cette liberté [de manifester sa religion] de limitations propres à concilier les intérêts des divers groupes et d’assurer le respect des convictions de chacun”.

Cette information du consommateur apparaît d’autant plus nécessaire que les conditions dans lesquelles sont pratiquées aujourd’hui la majorité des abattages rituels, contreviennent gravement à la réglementation et sont sources d’importantes souffrances animales.


La pratique actuelle de l’abattage rituel :
les souffrances animales.


Les principaux problèmes, en terme de protection animale, concernent essentiellement l’abattage rituel des ovins, caprins et bovins.


L’absence d’équipements réglementaires et de formation des sacrificateurs

Dans la majorité des abattoirs pratiquant l’abattage rituel, les délégués enquêteurs de l’OABA constatent l’absence de dispositif de contention mécanique pour les ovins et caprins. En raison du coût économique des dispositifs d’amenée et d’immobilisation des animaux, de nombreux abattoirs ne sont pas réglementairement équipés. Les animaux sont ainsi regroupés dans une aire d’abattage où, affolés, ils sont “attrapés” puis égorgés les uns après les autres. A noter que dans certains établissements, les animaux sont accrochés par une patte arrière, suspendus en pleine conscience puis saignés, ce qui est strictement interdit par la réglementation. Le rapport COPERCI stigmatise d’ailleurs cette contention “manuelle” des animaux et leur suspension en pleine conscience. Autant d’infractions qui “devraient être systématiquement relevées” par les services vétérinaires...

Une autre source de souffrances animales réside dans l’absence de formation des sacrificateurs et le constat vaut principalement pour l’abattage rituel musulman. Nos délégués assistent trop souvent à des abattages particulièrement cruels où les animaux sont égorgés avec un couteau insuffisamment aiguisé ou pourvu d’une lame trop petite eu égard à la taille de la gorge de l’animal. Ce dernier est alors plus « cisaillé » qu’égorgé par des sacrificateurs qui ne maîtrisent pas leurs gestes. Les trois Mosquées qui délivrent les cartes de sacrificateur s’investissent peu, comme le souligne le rapport COPERCI, dans l’apprentissage des sacrificateurs.

Dans la majorité des abattoirs visités par nos délégués enquêteurs, les animaux égorgés en pleine conscience sont immédiatement suspendus alors que la réglementation impose leur immobilisation jusqu’à leur mort. Mais les cadences d’abattage s’adaptent mal à la réglementation ! Il est donc fréquent de retrouver suspendus des animaux qui viennent d’être égorgés et qui sont encore “conscients”, c’est-à-dire sensibles à la douleur.
L’inacceptable agonie des bovins


Les actes les plus graves sont sans nul doute commis sur les bovins. Le rapport scientifique du groupe scientifique de l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (AESA), qui sert de base à l’actuel projet de modification de la directive européenne sur l’abattage des animaux, précise clairement que les bovins et les veaux perdent conscience relativement lentement après l’égorgement. Il n’est pas rare de voir une vache ou un taureau agoniser plus de 2 minutes après avoir été égorgé. L’animal cherche à respirer, à se relever. “C’est un spectacle difficilement soutenable” écrivent les auteurs du rapport COPERCI.
Lors de leurs visites, nos délégués relèvent parfois des cadences d’abattages de bovins incompatibles avec le respect des règles de protection animale. Ainsi, en 2005, un établissement abattait rituellement, sans étourdissement préalable à la saignée, 60 bovins par heure, soit un animal par minute ! Certains animaux, encore sensibles à la douleur se retrouvaient ainsi sur le poste dit d’”habillage”, pour la première opération consistant à enlever la peau de la tête. Cette opération était faite sur certains animaux encore vivants ! Pour ces faits parfaitement ignobles, une instruction judiciaire pour actes de cruauté a été ouverte à la demande de l’OABA.



Vers la généralisation de l’étourdissement des animaux ?


Faut-il alors généraliser l’étourdissement préalable des animaux aux abattages rituels ? La question fait inévitablement débat. La communauté israélite reste très opposée à cette idée. Quant aux communautés musulmanes, elles affichent des prises de position contrastées. Si certaines Mosquées ou le Conseil Français du Culte Musulman se montrent plutôt favorables à l’étourdissement préalable des animaux (sous réserve que le procédé employé ne porte pas atteinte à la vie de l’animal), force est de constater que dans les abattoirs, les associations musulmanes locales sont beaucoup moins “ouvertes” à la discussion…

Pourtant, il semble que les communautés religieuses israélite et musulmane ne comportent pas de règles interdisant formellement la consommation de viande issue d’animaux qui ont été étourdis avant la saignée (V. B. COTTIER et S. A. ALDEEB ABU-SAHLIEH, Avis sur l’étourdissement des animaux avant leur abattage, Institut suisse de droit comparé, Lausanne, décembre 2001 : disponible sur www.oaba.fr).

Par ailleurs, dans un avis de décembre 2006 remis à Monsieur le ministre de l’Agriculture et de la pêche, l’Académie Vétérinaire de France conclut à la réversibilité des techniques d’étourdissement électrique des animaux : les animaux, soumis à l’étourdissement électrique, restent vivants mais dans un état d’insensibilité à la douleur.

Il revient désormais aux autorités nationales (Ministère de l’Agriculture - Direction Générale de l’Alimentation / Ministère de l’Intérieur - Bureau central des Cultes) de se saisir concrètement et rapidement de cette question. Les tergiversations et les souffrances animales n’ont que trop duré.

Pour l’heure, l’OABA exige, en premier lieu, que les services vétérinaires fassent respecter rigoureusement les règles actuelles en matière d’abattages rituels : contention mécanique de tous les animaux abattus rituellement et interdiction de suspension d’un animal vivant ou, à tout le moins, encore sensible à la douleur et relevé d’infractions en cas de non-respect de ces dispositions réglementaires. Ces exigences sont d’ailleurs appuyées par les conclusions du rapport COPERCI qui stigmatisent l’incurie de certains services vétérinaires dans le contrôle des aspects liés à la sauvegarde du bien-être animal en abattoirs.

En deuxième lieu, l’OABA souhaite que les travaux visant à instaurer un étiquetage spécifique des viandes provenant d’animaux abattus rituellement, soutenu par un système de certification, soient accélérés.

Après avoir informé l’ensemble de nos concitoyens par l’intermédiaire des parlementaires, des associations de consommateurs et des associations de protection animale, l’OABA entend saisir la Commission européenne d’une plainte officielle contre la France si rien n’est fait pour mettre rapidement un terme aux dérives de l’abattage rituel dans notre pays.  




Abattage rituel
Bulletin n° 60 de l'O.A.B.A.



Page 12 à 14

RÉSUMÉ

après des promesses de plusieurs ministres, après des engagements de certains chefs religieux, après des avis de scientifiques qui permettaient d’espérer une évolution des méthodes d’abattages rituels, les Rencontres Animal et Société ont fait régresser cette question et ont mis en lumière une révoltante hypocrisie.

Nouveau règlement européen abattage (en vigueur le premier janvier 2013) :
La dérogation à l’étourdissement est donc imposée dans tous les pays européens pour l’abattage rituel.

on observe une généralisation des abattages sans étourdissement en dehors de l’abattage rituel, en infraction à la réglementation. Le ministère de l’Agriculture reconnaît qu’environ 50 % des moutons et 13 % des bovins sont abattus “en rituel” alors que 6 % de la population nationale serait de tradition musulmane et le judaïsme concernerait 1 % selon le rapport de la commission de réflexion juridique sur les relations des cultes avec les pouvoirs publics.


Rencontres Animal et Société : déception et hypocrisie

L’OABA a pris une part active aux travaux des Rencontres Animal et Société, en participant aux réunions du groupe intitulé “Animal, économie et territoires” consacré aux animaux de ferme.

S’il convient de reconnaître que ces débats ont été sereins malgré les grandes divergences d’idées (et surtout d’intérêts…) entre les participants, il faut malheureusement constater que les principales attentes des associations de protection animale restent déçues. On peut même considérer qu’il y a un recul par rapport à certaines réflexions qui avaient été entamées précédemment ou certaines promesses qui avaient été faites dans des ministères. La question de l’abattage rituel en est un bel exemple.

La directive européenne de 1993 et le décret de 1997 permettent de déroger à l’obligation d’étourdissement préalable des animaux lors de l’abattage rituel. L’OABA avait souhaité démontrer aux communautés religieuses que le recours à l’électronarcose est une méthode compatible avec les exigences du rite.

En 2005, l’OABA avait proposé une étude scientifique pour prouver la réversibilité de l’étourdissement par électronarcose des moutons, afin de convaincre les chefs religieux qui considéraient que l’étourdissement entraînait la mort de l’animal.

Le ministre de l’Agriculture Dominique Bussereau écrivait le 13 septembre 2005 : “La question principale est la réversibilité de l’étourdissement par électronarcose. Une étude scientifique prévue pour 2006 et financée par l’OABA avec l’école vétérinaire d’Alfort portera sur l’effet de l’électronarcose sur l’état de conscience de l’animal. Elle permettra d’apporter des arguments en faveur de cette technique et de faire prendre conscience à la communauté musulmane que l’électronarcose ne tue pas l’animal et n’est donc pas contraire aux prescriptions religieuses”.

Il écrivait le 3 février 2006 : “Pour prouver la compatibilité de l’étourdissement avec les préceptes de la religion musulmane, l’OABA prépare une démonstration visant à prouver que l’électronarcose est une méthode d’étourdissement des ovins pouvant être utilisée lors de l’abattage rituel. Cette étude sera menée avec des représentants du culte musulman et la collaboration d’enseignants des écoles vétérinaires, de professionnels des abattoirs, de représentants du ministère de l’Agriculture et du ministère de l’Intérieur”. Mais cette étude ne sera pas menée par suite de pressions…

Le 12 octobre 2006, Dominique Bussereau faisait savoir à l’Académie vétérinaire de France qu’il souhaiterait “disposer d’une expertise scientifique et technique sur le degré de réversibilité de l’étourdissement des animaux d’abattoirs”.

L’Académie rendait son rapport en décembre 2006 et précisait “L’étourdissement est réversible s’il est correctement appliqué, l’animal soumis à cette forme d’étourdissement reste vivant mais dans un état d’inconscience et d’insensibilité à la douleur”.

Le 22 décembre 2006, le Ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy écrivait : “Je souhaite que les animaux souffrent le moins possible lors de leur abattage. Je souhaite que, dans toute la mesure du possible, l’étourdissement préalable soit généralisé. Je veux, maintenant, que les abattoirs halal s’engagent concrètement et rapidement, dans la voie d’une généralisation de l’étourdissement préalable”.

En janvier 2007, Nicolas Sarkozy, demandait aux services des ministères de l’Intérieur et de l’Agriculture de préparer le texte d’une charte de bonnes pratiques pour l’abattage halal. Il était précisé : “L’étourdissement électrique est compatible avec l’exercice du sacrifice rituel puisque ce procédé est réversible : il ne provoque pas la mort de l’animal mais le rend seulement momentanément inconscient et insensible à la frayeur et à la douleur provoquées par la jugulation, comme le précise l’Académie Vétérinaire Française, dans son avis de décembre 2006”. Cette charte ne sera jamais signée.

Lors des Rencontres Animal et Société, l’OABA appuyée par d’autres associations de protection animale, obtenait la rédaction d’une proposition “Réaliser une étude relative à l’instauration d’un étourdissement post-jugulation (après la saignée) qui soit compatible avec les objectifs et les contraintes des différents acteurs”. Le rapporteur du ministère de l’Agriculture écrivait “Cette proposition est envisagée positivement par l'ensemble des membres du groupe”. Quelques jours plus tard, le ministère obéissant à des pressions, retirait cette proposition. Il n’est même plus question de mener une étude, de réfléchir à une amélioration des conditions d’abattage rituel …

Au bilan, après des promesses de plusieurs ministres, après des engagements de certains chefs religieux, après des avis de scientifiques qui permettaient d’espérer une évolution des méthodes d’abattages rituels, les Rencontres Animal et Société ont fait régresser cette question et ont mis en lumière une révoltante hypocrisie.

A présent, une Commission nationale de suivi des Rencontres Animal et Société a été mise en place sous la présidence de Thierry TUOT, Conseiller d’Etat. L’OABA a refusé de participer à la première séance plénière, marquant ainsi sa déception des mesures annoncées par le ministre de l’Agriculture, malgré la bonne volonté affichée par le Conseiller d’Etat et l’implication du Bureau de la protection animale et en particulier du nouveau chef de Bureau, Marie-Aude MONTELY.



Règlement européen abattage

La révision de la directive 93/118 sur la protection des animaux lors de leur abattage doit aboutir prochainement à l’adoption d’un Règlement qui s’imposera dans les 27 états membres. Les enjeux sont importants.

Le texte initial présenté en septembre 2008 par la Commission européenne était le résultat d’un volumineux travail d’études et de consultations débuté en 2006. Cinq associations européennes de protection animale avaient été consultées parmi lesquelles l’OABA, seule association française.

Après cette phase de consultations est venue celle des pressions par les lobbies pour transformer ce texte, comme le montre le dépôt de 264 amendements par les députés européens. Ces amendements ont été examinés par la commission de l’agriculture du Parlement européen le 16 mars dernier.

L’OABA considère que l’adoption de certains amendements et le rejet d’autres marquent un recul, en particulier concernant l’abattage rituel. Mais audelà des problèmes que cela pose en termes de protection des animaux, on constate une réelle atteinte à l’information des consommateurs.


Détournement de la dérogation à l’étourdissement

L’abattage rituel constitue une dérogation aux règles générales de l’étourdissement préalable des animaux avant leur saignée, les animaux sont alors égorgés en pleine conscience. Le projet de texte du Règlement mentionnait cette dérogation à l’étourdissement réservée à l’abattage rituel, mais prévoyait que “Toutefois, les Etats membres peuvent décider de ne pas appliquer cette dérogation”. L’amendement 92, prévoyant la suppression de cette possibilité dans le cadre de la subsidiarité, a été adopté. La dérogation à l’étourdissement est donc imposée dans tous les pays européens pour l’abattage rituel.


Égorgement sans étourdissement

Par contre l’amendement 86 concernant le recours à l’étourdissement juste après la jugulation n’a pas été adopté. Cette possibilité souhaitée par les associations de protection animale était un moyen d’éviter la souffrance des bovins égorgés en pleine conscience et dont l’agonie peut durer jusqu’à plus de 5 minutes.

Ainsi, pour respecter les cadences dans les abattoirs, des bovins sont suspendus au cours de leur saignée, encore conscients. L’étourdissement post-jugulation paraissait un compromis acceptable, mais il vient d’être rejeté par la commission de l’agriculture du Parlement européen.


Tromperie du consommateur

L’amendement 5 qui prévoyait l’information du consommateur par un étiquetage spécifique des produits issus des abattages rituels a été rejeté. Les députés européens cautionnent donc une réelle tromperie du consommateur qui ne pourra pas identifier la viande provenant d’animaux abattus sans étourdissement.

Dans le cadre des abattages rituels israélites, les parties de l’arrière-main des animaux ne sont pas consommées, et sont dirigées vers les circuits classiques.

De plus, on observe une généralisation des abattages sans étourdissement en dehors de l’abattage rituel, en infraction à la réglementation. Le ministère de l’Agriculture reconnaît qu’environ 50 % des moutons et 13 % des bovins sont abattus “en rituel” alors que 6 % de la population nationale serait de tradition musulmane et le judaïsme concernerait 1 % selon le rapport de la commission de réflexion juridique sur les relations des cultes avec les pouvoirs publics. Dans le rapport “Enquête sur le champ du halal” le COPERCI concluait ainsi : “Il est indéniable que la proportion atteinte par les mises à mort sans étourdissement traduit un détournement de l’esprit des textes sur la protection animale”.

Si l’on peut raisonnablement admettre le fait que les fidèles musulmans et juifs souhaitent consommer de la viande d’animaux abattus selon leurs préceptes religieux halal ou casher, cela ne doit pas être imposé aux autres consommateurs, non informés.

De la viande halal vendue comme non-halal


Fabien Fournier (lefigaro.fr)

La pratique se veut discrète, mais une grande partie des viandes sortant des abattoirs français sont conformes aux préceptes religieux et vendues sans mention spécifique.

«Le système est très opaque», accuse Frédéric Freund, directeur de l'Œuvre d'assistance aux bêtes d'abattoir (OABA) qui milite pour le droit animal. Sur le papier, les choses semblent pourtant claires : la règlementation européenne qui impose l'étourdissement de l'animal avant son abattage autorise des dérogations pour obéir aux rites juifs et musulmans. Ceux-ci stipulent en effet que l'animal ne peut être blessé et donc étourdi avant d'être égorgé. Autre obligation : cet abattage doit être accompli par un sacrificateur agréé pour que la viande soit halal. Dans les faits, cette distinction n'est pourtant pas si nette.

«Plus de chance de manger halal que non-halal»

Une enquête menée par les directions départementales des services vétérinaires de Basse et Haute-Normandie conclut qu'une part significative de bêtes abattues selon un rituel religieux entre dans le circuit classique de commercialisation, sans mention particulière. Cette proportion varie de 0 à 60% selon les abattoirs pour la production halal et celle-ci est même supérieure à 70% pour la production kascher (destinée aux consommateurs juifs). L'OABA a mené en 2006 et 2007 une enquête auprès de 225 établissements. Les résultats détonnent : 28% des bovins, 43% des veaux et 62% des ovins et caprins ont été occis selon un rite religieux. Des proportions bien supérieures aux consommations des juifs et musulmans, preuve que ces produits sont réinjectés dans les étals classiques de la grande distribution. «Les groupes agro-alimentaires peuvent ainsi disposer d'une seule chaîne de production au lieu de deux», décrypte Fateh Kimouche, fondateur du portail Al-Kanz. «L'abattage halal est tellement peu différent de l'abattage conventionnel qu'il s'est généralisé, en particulier pour les ovins. Aussi le consommateur lambda a-t-il plus de chance d'acheter dans certains supermarchés du mouton halal non étiqueté comme tel», explique Florence Blackler, sociologue. Une situation choquante pour l'OABA qui réclame une meilleure traçabilité des produits. «L'industrie agro-alimentaire doit assumer ses choix : les étiquettes de ces articles devraient porter une mention spécifique pour ne pas cristalliser les ressentiments», enjoint aussi Fateh Kimouche. L'OABA propose aux abattoirs d'insensibiliser les bêtes tout de suite après leur égorgement, ce qui pourrait satisfaire des consommateurs juifs, musulmans et athées.

«Beaucoup de viandes prétendument halal n'en sont pas»

La production halal est aussi victime de ces pratiques douteuses. Notamment parce que la filière souffre d'une absence de certification au-dessus de tout soupçon. «Beaucoup de viandes prétendument halal n'en sont pas», affirme Fateh Kimouche. Le tribunal correctionnel d'Arras a par exemple condamné en 2007 l'entreprise «Aux collines de l'Artois» qui a commercialisé pendant près de quatre ans des merguez certifiées halal qui contenaient du porc. Quand ce n'est pas le caractère licite du bien qui est incriminé, c'est sa qualité qui peut être mise en doute. «Pour les ovins comme pour les bovins, ce marché constitue une voie de dégagement : ce qui n'est pas vendu sur le marché classique est réorienté vers les circuits halal», affirme une étude de l'OABA. Ce n'est pas le mode d'abattage qui est ici suspect car conforme aux principes islamiques. Sont visés l'élevage des animaux susceptibles d'avoir été nourris par des farines animales et donc de porcs ou encore la qualité des produits. Selon l'OABA, celle-ci est particulièrement à la baisse lors des périodes de pénurie de viande.
 



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