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BLOG COUSIN PASCAL

Celui qui perçoit l'univers comme un amas d'écume en plein océan ambrosiaque de la Conscience,
c'est lui, en vérité, l'unique Siva.

Ksemaraja









La Gloire perpétuelle et universelle

La Maharthamanjari de Mahesvarananda - Traduction et commentaires de Lilian Silburn

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Grâce à cette Réalité dont l'essence est ambroisie, ne l'effleurerait-il qu'un instant, tout être qui transcende tout obtient la Gloire perpétuelle et universelle.


Le second hémistiche de ce verset répète à quatre reprises le terme sarva, tout, afin de mettre en valeur l'universalité de la gloire ainsi découverte : pour tous les temps, cette gloire totale reste à la portée de tous les hommes. C'est la grande Existence (mahasatta), jaillissement du Cœur. Si par un coup d'œil du maître, on la reconnaît intuitivement (nirvikalpa), ne serait-ce qu'une seule fois et en un éclair, on la possède à jamais puisqu'elle est éternelle : « Au moment précis où le nirvikalpa lui est révélé par le maître, en vérité il est délivré et il reste là tout à fait comme un automate ». Le désir a perdu son empire sur lui et ne le stimule plus.

Goraksa cite ensuite divers passages de la Paratrimsika et de ses commentaires par Abhinavagupta pour montrer qu'un contact même fugitif avec l'immortelle Essence suffit, car celle-ci reconnue pour toujours, fait de qui l'appréhende un libéré vivant : l'ambroisie qu'elle déverse consiste en joie mystique et en conscience absolue, indiscernables tant elles sont unies.

« Lorsque ce germe du cœur est énoncé, une grande multitude de formules et d'attitudes deviennent aussitôt propices. Puis selon la durée de sa concentration, l'homme dont le corps plonge en ce germe dévoile passé et avenir si on l'interroge ; il parvient à se tenir dans le firmament du Cœur si la concentration se prolonge et, si elle dure plus encore, toutes les Mères et les maitresses omnipotentes du yogi, les héros (vira) et les siddha, leurs maîtres... inspirés par Bhairava lui donnent l'initiation... ainsi que l'efficience suprême ou le fruit souhaité. »

On trouve dans ce Tantra au sujet du caractère subit de cette permanente illumination : « Le Transcendant confère immédiatement la libération dès cette vie ». Et encore : « Le Cœur du Dieu des dieux accorde aussitôt yoga et libération ».

Abhinavagupta précise dans sa glose : « Celui qui obtient le germe du cœur perd ses entraves au moment précis où il l'acquiert », le cœur identique à Bhairava se révèle alors, et c'est là l'absorption nommée bhairavayamala ou union indissoluble de Rudra et de la yogini, de Siva et de l'énergie.

C'est, d'après la Paratrimsika (36), en s'exerçant aux concentrations prolongées que surgit l'efficience et que l'on atteint l'omniscience. Mais Abhinavagupta ajoute qu'on peut sans exercice obtenir la parfaite libération durant la vie.

De son côté Somananda se demande : à quoi bon contemplation et activité des organes quand on a reconnu la Réalité sivaïte et qu'on s'y tient avec fermeté.

Dès que l'on a touché le but, il n'est nul besoin de le vérifier. Étant Siva même, pourquoi chercher des maîtres pour vous initier ? Si ceci vaut théoriquement, dans l'absolu, où la Conscience n'a point à être révélée puisqu'elle brille de son propre éclat, en fait il est nécessaire que le maître de l'énergie, guru accompli de l'école Kula, accorde sa grâce en écartant sans effort les obstacles qui cachent au disciple la glorieuse Réalité et lui permette ainsi de reprendre conscience de soi :



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Cette gloire est plus cachée que le caché, plus évidente que l'évident lui-même. Lorsque tombe sur eux le regard du Maître spirituel, le premier membre de cette alternative n'existe plus pour ceux qui sont comblés.


Siva, nous l'avons vu, cache et manifeste simultanément son Soi grâce à sa libre énergie, ainsi sa glorieuse Réalité est à la fois secrète et patente ; c'est ce que déclare un verset célèbre du Paratrisikatantra (2) où la Déesse se plaît à jouer sur les deux interprétations possibles de l'expression mahaguhya : « O Tout-puissant ! Toi, mon propre Moi, révèle-moi ce mystère, le grand non-mystère (maha-aguhya ou grand mystère maha-guhya) ».

On qualifie de secrète, mystérieuse, l'énergie du cœur parce qu'elle reste invisible dans la caverne de l'illusion où règne l'ignorance de la véritable essence ; tout en y demeurant présente, elle ne peut être perçue. Mais elle n'a rien de secret puisque, éternellement révélée, elle repose dans notre cœur comme une énergie vibrante que nous pouvons éprouver lors d'une extrême excitation.

Le véritable et pur Savoir consiste en l'union indifférenciée du trikona, triade de sujet connaissant, connaissance et connu ; mais quand il se reflète en maya, illusion, la division se fait jour, et cette glorieuse énergie n'étant pas reconnue en sa plénitude, on la nomme très cachée (mahaguhya), le triangle de l'harmonie se trouvant dissimulé et l'indifférenciation voilée.

Ce grand secret non-secret correspond au Cœur, Science pure et lieu où l'univers prend naissance. Par ce secret, quand fulgure de façon ininterrompue Bhairava, on prend conscience de soi, du Je, et l'on s'émerveille de sa propre efficience (mantravirya) dénuée de tout caractère artificiel parce que le Je appartient à la lumière consciente innée.

Comment ce mystère devient-il très évident ? Grâce au guide et à son coup d'œil bénéfique. Il arrive que le regard du maître accompli tombe sur le disciple qui, illuminé par la grâce, perce le mystère d'un.trait en reconnaissant son propre Soi comme Siva même. Cet homme ne renaîtra plus. Par l'initiation toute intérieure qu'il reçoit ainsi sans faire le moindre effort, la Réalité de Siva lui est donnée (diyate) et ses liens sont détruits (ksapyate) ; ces deux racines ainsi unies nous livrent le sens profond du terme diksa, initiation. Les Âgama l'affirment : « Le Dieu Siva initie (les êtres) en prenant l'aspect du maître kula. »

C'est par sa compassion (karunya) en effet que Paramesvara en personne entre dans le corps du guru : « Sankara, donneur de paix, pénétrant dans le cœur du maître accorde sa grâce », dit Abhinavagupta. On trouve à ce sujet dans le Kiranasastra, agama perdu où Siva conversait avec Parvati : « O Bien-aimée ! les hommes sont délivrés par l'initiation aussi bien que par l'illumination spontanée mais l'initiation dépendant du maître libère uniquement des entraves, tandis que l'illumination agit d'elle-même et permet de réaliser l'essence absolue (de façon permanente et indépendante) ».

Bien que toujours présente, la Réalité qualifiée de pratibha doit être révélée grâce au guru, qui ne fait que repousser les obstacles la cachant aux regards : la Réalité se dévoile alors comme le feu lorsqu'on écarte les cendres. Il faut abandonner toutes les connaissances issues des organes sensoriels et de la pensée si l'on veut s'établir dans une illumination totale (pratibha) comme au lever du jour on éteint toutes les lampes.

Ce type d'illumination spontanée relève d'une grâce des plus intenses et de l'initiation intérieure dite de Siva lorsqu'un disciple s'absorbe en Siva, appréhendé comme identique à sa propre essence tandis que ses pensées dualisantes s'effacent d'un coup. L'ignorance disparaît et le Soi resplendit. Une telle absorption dans l'énergie de Rudra confère le don de poésie, la maîtrise sur les éléments (eau, feu, etc.), le succès dans les entreprises et surtout l'efficience des formules.

Une autre grâce intense mais plus douce conduit au maître parfait (sadguru) semblable à Siva et qui connaît les niveaux de la réalité en leur essence. C'est lui qui, par un coup d'œil ou un simple contact, illumine un disciple dont il est satisfait en lui dévoilant l'efficience du mantra, le Je suprême. La grâce intense confère donc, en ces deux derniers cas, la puissance en même temps que la connaissance salvatrice.

A côté de l'initiation divine, Mahesvarananda mentionne deux initiations moins élevées où la grâce n'est pas aussi intense : la première dite de l'énergie, utilise l'activité de la pensée et se rattache à la kundalini ; la seconde, proprement individuelle, fait appel aux diverses fonctions des organes mentaux et corporels.