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BLOG COUSIN PASCAL

Celui qui perçoit l'univers comme un amas d'écume en plein océan ambrosiaque de la Conscience,
c'est lui, en vérité, l'unique Siva.

Ksemaraja









Abhinavagupta, Méditation sur le Tantra de la gloire de la Déesse

Traduction de David Dubois

Si le yogi repose en soi-même, dans le royaume de la Vibration qui est la conscience de Dieu, ou encore si le yogi jouit du Corps des yoginis qui se manifestent clairement dans le flot des objets extérieurs, alors (son) état est la manifestation de la Vibration universelle, sans nul effort : c'est le Sceau de Dieu (siva-mudra) où la cible est à l'intérieur, et le regard vers l'extérieur.

Quand on repose (en cet état), la Déesse suprême se déploie à nouveau en une création de jeu et de liberté, faite d'une multitude d'actions particulières, (c'est-à-dire) du flot des choses, grâce à la délectation qu'est la prise de conscience en forme de curiosité qui se tourne vers (les choses), savourant (ainsi) l'état véritable de la Vibration particularisée.

Nourris et bénis par cette (conscience), les domaines (des sens) deviennent souverains, ils se mettent à manifester la liberté ainsi que de merveilleuses réalisations. Quand on se stabilise dans (cette) conscience qui éradique toute prise et tout rejet, tout se manifeste en tant que Lumière consciente, Soi de conscience. Contemplant les choses à travers ce regard non-duel qui est le miracle et l'émerveillement (propres) à la conscience, on abandonne le dilemme entre l'engagement dans l'action et la renonciation à l'action.

Plus on se familiarise avec ce royaume de Dieu, plus on pénètre son domaine suprême, sans nul effort. La conscience qui est entrée en cet (état) voit tout (sans séparation). De fait, la conscience se manifeste en prenant possession de la Lumière. Ce qui n'est pas Lumière, étant privé de lumière, ne peut être manifesté... On l'a déjà expliqué en détail. Tous les mouvements s'immobilisent quand on se fond dans la Grande Inopinée, lac limpide débordant du flot torrentiel de nos propres rayons, absence de tous soucis, état où (les choses) sont vues clairement, mais sans nulle dualité. Pour autant qu'on demeure ainsi, les sphères sensorielles convergent. Elles suffisent (alors) à consumer la prison du samsara.

Et cette divine confluence des sens, dans laquelle la croyance en la dualité a disparue, est (la seule pratique) utile pour réaliser ce jeu gratuit qui nourrit la liberté souveraine. Quand, sans avoir besoin de fermer les yeux, on reste (ainsi) le temps d'un instant, l'univers est consumé dans le grand Feu de conscience engendré par cette (attitude). C'est le repos dans l'océan de l'ultime félicité. Arrosées par ce nectar immortel, les déesses des sens sont rassasiées et, en peu de temps, la peur de naître et de mourir s'évanouit. Car le corps, nos facultés et les choses ne sont que la cristallisation de notre conscience. Mais grâce à cette pratique, tout cela redevient notre propre corps, une masse de conscience, car tout est dissout (en elle).

Par cette seule pratique, l'inévitable perception des objets extérieurs qui apparaissent quand on "sort" (de cet état) se manifeste comme perception de la félicité divine. Par cette seule (pratique), reçue de la lignée qui prend sa source dans la Bouche de la yogini, les guenilles des ténèbres sont arrachées, et il ne reste qu'une existence faite de conscience. Quand le yogi commence à dilater la "bouche" de sa conscience, toutes ses perceptions venant reposer dans la Roue intérieure qui est la Source des rivières des sens, alors ses perceptions se dilatent violemment dans l'absence totale de cette dualité qui consiste à saisir des objets. Et alors, toutes les différences, comme entre le bleu et le jaune, convergent vers la conscience. La séparation - la dualité de la relation entre un sujet qui saisi et un objet saisi - est tranchée à l'instant par cette pratique reçue de la lignée qui jaillit de la Bouche de la yogini.

Grâce à cette attitude (mudra) qui génère instantanément l'expérience, tout est "scellé" (mudrita), on réalise directement notre divinité : la conscience qui anime toute chose. Le yogi, saisi d'émerveillement, "gagne" sa propre conscience, un état qui n'est pas perturbé par les objets qui apparaissent pourtant clairement.