NON AUX MASSACRES
DE LA FAUNE SAUVAGE

Présentation



Victor Hugo - Dernière Gerbe


Oui, l'homme est responsable et rendra compte un jour.
Sur cette terre où l'ombre et l'aurore ont leur tour,
Sois l'intendant de DIEU, mais l'intendant honnête.
Tremble de tout abus de pouvoir sur la bête.
Te figures-tu donc être un tel but final
Que tu puisses sans peur devenir infernal
Vorace, sensuel, voluptueux, féroce,
Échiner le baudet, exténuer la rosse,
En lui crevant les yeux engraisser l'ortolan
Et massacrer les bois trois ou quatre fois l'an ?
Ce gai chasseur, armant son fusil ou son piège,
Confine à l'assassin et touche au sacrilège.
Penser, voilà ton but; vivre, voilà ton droit.
Tuer pour jouir, non. Crois-tu donc que ce soit
Pour donner meilleur goût à la caille rôtie
Que le soleil ajoute une aigrette à l'ortie;
Peint la mûre, ou rougit la graine du sorbier ?
DIEU qui fait les oiseaux ne fait pas le gibier




Dans le contexte général où l'Homme tue, exploite sans pitié tous les animaux depuis des temps immémoriaux et avec une particulière violence dans les temps modernes, il existe une activité traditionnelle particulière, la chasse, qui est encore pratiquée dans le monde au seing d'espaces ruraux depuis longtemps modifiés par l'activité humaine.

Sur la souffrance des animaux voir ici
Sur une approche métaphysique et sacré : voir ici
Pourquoi

L'homme et l'animal sont d'une même nature, d'une même essence. Quelles que soient les croyances métaphysiques, philosophiques, religieuses et scientifiques une évidence s'impose toujours : il n'existe aucune justification morale aux tortures que l'homme fait subir au règne animal.

Les principales croyances


Matérialisme et athéisme

Il n'existe qu'un monde de forces, de particules et d'ondes. Tout peut s'expliquer par des lois immuables auxquelles ces forces aveugles et non conscientes obéissent. La vie et les êtres vivants ne sont qu'un épiphénomène, une complexification des forces naturelles.
Selon cette croyance, c'est les organes qui fabriquent les émotions, la pensée, etc.
Les vertébrés possèdent à peu près les mêmes organes que l'Homme (système nerveux, sens, etc.). N'est-il pas logique, selon cette croyance, d'envisager que les animaux aient un vécu "intérieur" identique au nôtre ? Ne ressentent-ils pas comme nous puisqu'ils ont les mêmes dispositifs de production d'émotions, de pensées, de souffrance, de joie, de peur, etc. ?
ALORS POURQUOI DEUX POIDS DEUX MESURES une pour les humains et une autre pour les animaux ?
Comment cette croyance, très largement dominante, peut-elle être compatible avec l'exploitation sans merci, sans âme, une abomination de souffrance, du monde animal pratiquée par notre "civilisation" moderne ?


Grandes religions monothéistes

Un unique dieu préexistant crée le monde avec ses êtres vivants. L'univers et son contenu, les êtres animés dont l'homme, sont une création divine d'un dieu transcendant et en quelque sorte séparé.
SI LES ANIMAUX SONT DES CREATURES DE DIEU POURQUOI LES CROYANTS DE CES RELIGIONS LES MALTRAITENT DEPUIS DES MILLENAIRES ?


Animisme, polythéisme

La nature est régie par des âmes, des esprits ou des dieux, analogues à la volonté humaine : les pierres, le vent, les animaux. Le monde est magique et les animaux peuvent être des messagers des esprits ou des dieux. S
ELON CES CROYANCES L'ANIMAL DEVIENT MAGIQUE ET DIGNE DE RESPECT
Ce système de pensée qu'on disait autrefois primitif a aussi généré les pratiques de sacrifices sanglants d'animaux. Animaux qu'on sacrifiait aux dieux dans le but d'obtenir un avantage terrestre.


panthéisme, monisme

(Vision que je partage, pour plus de détail voir ici)

L'univers est la divinité. Et selon l'hindouisme dans ses versions monistes (tantrisme, dzogchen et shivaïsme non-dualiste) le monde n'est que la projection d'une unique conscience cosmique, comme le rêve d'un rêveur. Les choses appréhendées comme réelles (objets matériels, êtres vivants, idées, émotions) surgissant à chaque instant dans un au-delà du temps sur le miroir de l'unique conscience divine. L'univers n'est qu'une bulle, une goutte de l'océan infini de l'absolue conscience. Ici le divin est transcendant et immanent à la création du monde. Le monde de la matière nié, la pluralité des êtres conscients aussi puisque seule existe l'essence consciente. Les êtres vivants, du ver de terre à l'humain, ne sont qu'un reflet limité de l'unique divinité, celle-ci s'oubliant par jeux, par sa liberté, dans ces êtres finis qui sont en fait, un.
Tant que l'individu (qui est la manifestation limitée de l'unique divinité) se croit séparé et limité il transmigre, c'est à dire se réincarne sans fin dans d'autres sois individuels. Ainsi un homme peut se réincarner dans un animal et un animal dans un homme. Dans cette croyance les animaux sont la divinité comme les hommes.
DONC ON DOIT LES RESPECTER COMME SOI-MÊME ET COMME LES AUTRES HUMAINS PUISQU'ILS SONT NOUS ET QUE NOUS SOMMES EUX

Cette croyance est le fond des multiples "religions" de l'hindouisme avec ses multiples variantes spatio-temporelles qui ont essaimé sur toute l'Asie. Les croyances des pythagoriciens, et des néoplatoniciens dans le monde antique grec étaient très semblables.
De combien de morts inutiles d'animaux le comportement des humains est-il responsable ?

êtres sensibles qui comme nous désirent le bonheur et n'aiment pas la souffrance, veulent vivre et craignent la mort.

Notre civilisation moderne tue, tue sans vergogne :
exploitation des ressources vivantes et naturelles sans limite.

Nombre d'animaux massacrés inutilement : il n'existe aucune estimation à ce jour du nombre d'individu tués chaque année par l'homme, quant à la précision de l'utilité éventuelle....Voici quelques chiffres plus ou moins fiables :

NOMBRE D'ANIMAUX TUES DANS LE MONDE CHAQUE ANNEE

50 milliards d'animaux de boucherie tués dont :
230 millions de boeufs,
350 millions de moutons,
175 millions de chèvres,
700 millions de cochons
et le reste volailles etc...?
(ces chiffres pourraient être bien supérieurs)

En France on tue pour les manger

949,7 millions de poulets, 57,1 millions de poules et de coqs, 1,4 million de chapons (poulets castrés), des millions de poussins mâles tués à la naissance, 117,4 millions de dindes, 64,1 millions de canards, 49,3 millions de pintades, 669 milles oies, 6,5 millions de pigeons, 75,4 millions de cailles, 8,6 millions de faisans, 59,9 millions de lapins, 24,7 millions de porcs, 4,1 millions de bovins, 1,96 million de veaux, 5,6 millions d'agneaux, 742 mille chevreaux, 749 mille ovins de réformes, 98 mille caprins de réforme, 37 mille équidés, 40,4 millions d'escargots (d'élevages), des centaines de millions de poissons, et beaucoup d'autres… 16,494 milliards d'oeufs ont été produits


120 millions de tonnes d'animaux aquatiques ( convertis en nombre d'individu ? des milliers de milliards...) par an dans le monde.

oiseaux : aucun chiffre mais plus de 30 millions d'oiseaux sauvages seraient tués rien qu'en France une petite estimation rapport 60 millions à 6 milliards = 3 milliards d'oiseaux tués par an dans le monde (certainement beaucoup plus la France n'étant pas représentative de la situation de la majorité des pays, pauvres pour la plus part donc chiffre à multiplier par ?)

autres animaux vertébrés tués ? (chasse, vivisection, trafiques) :
aucun chiffre des milliards

insectes et autres invertébrés tués :
chiffre astronomique (pesticides, déforestation etc...)

animaux microscopiques :
..............


Mais qu'est-ce que la chasse?



La chasse est la traque d'animaux sauvages dans le but de les capturer ou de les abattre. Quand la chasse est soumise à une réglementation, la pratique de la chasse en dehors de son cadre légal est appelée braconnage. La cynégétique est l'art de la chasse. Le chasseur est défini par le Codex alimentarius comme une personne qui participe à l'abattage du gibier et/ou à la saignée, à l'éviscération partielle et à l'habillage partiel sur le terrain des animaux abattus.
Le chasseur est donc une personne qui tue volontairement un être vivant. Il fait partie de la catégorie (très limitée dans les sociétés postindustrielles) des humains qui abattent de leurs propres mains les animaux : comme le personnel des abattoirs et les pêcheurs. Dans beaucoup d'endroits dans le monde, dans les pays non développés, une plus grande partie de la population met à mort de façon traditionnel les animaux domestiques pour les manger. On peut noter aussi que les vétérinaires pratiquent l'euthanasie soit pour raison médicale soit sur ordre des pouvoirs publics (mesures collectives d'abattage d'animaux d'élevage en cas d'épizootie et zoonose). Les chercheurs tuent aussi dans le cadre de l'expérimentation sur les animaux. Ainsi on l'aura compris, seule finalement une petite partie de la population tue de ses propres mains des animaux.

Pourquoi pratique-t-on la chasse au 21° siècle dans les pays développés comme la France?
Perspectives historiques


chasseur-cueilleur
La chasse et la cueillette sont les premiers modes de subsistance de l'Homme. Ces activités sont directement héritées du monde animal, en particulier celui des primates. Elles consistent à prélever sur la nature ce qu'elle fournit spontanément. Elles précèdent l'élevage et l'agriculture et peuvent forcer au nomadisme, si les troupeaux qui fournissent la subsistance principale se déplacent ou si les ressources du terroir sont épuisées. L'homme a donc été un chasseur-cueilleur jusqu'à la révolution néolithique. La chasse et la cueillette furent les modes exclusifs d'appropriation de la nature durant la majeure partie de l'histoire de l'humanité. Les modes sociaux des chasseurs-cueilleurs se heurtent violemment depuis l'invention de l'agriculture, il y a 10 000 ans, aux sociétés pastorales ou agricoles. Perçus comme des parasites, ils disparaissent la plupart du temps ou sont refoulés sur des terres ingrates. La colonisation et l'industrialisation poursuivent ce processus.

Civilisations agricoles
Avec l'apparition de la sédentarité et de l'élevage, l'importance de la chasse en tant que moyen de subsistance diminua pour une grande partie des populations. Déjà dans certaines cultures antiques, la chasse n'était plus considérée que comme un passe-temps. De plus en plus, elle ne fut souvent pratiquée que par une petite partie de la population.
On chassa aussi les animaux qui s'attaquent aux récoltes et aux animaux d'élevages. C'est le début de l'apparition du concept d'animal nuisible et d'une destruction systématique des prédateurs.

Civilisation du type industrielle occidentale
La nature est entièrement modifiée par l'agriculture et les zones urbaines. Les équilibres écologiques naturels sont complètement détruits et l'homme intervient sans cesse pour essayer de contrôler le chaos écologique qu'il a créé. Ses interventions alimentant encore plus les crises systémiques des écosystèmes. Le concept d'animal nuisible envahi la conscience collective et tous les animaux sauvages deviennent potentiellement nuisibles. C'est l'enfer anthropique.
Dans la chasse-loisir l'animal n'est plus un être vivant mais une cible visée avec des systèmes d'armes de plus en plus sophistiqués comme dans le monde virtuel des jeux vidéo.
D'après les chasseurs de notre pays ils chassent : pour le plaisir, pour réguler les espèces sauvages et détruire les nuisibles. Ils sont même d'utilité publique dans la loi.
Code de l'environnement

Partie législative Livre IV : Faune et flore. Titre II : Chasse.
Article L420-1

La gestion durable du patrimoine faunique et de ses habitats est d'intérêt général. La pratique de la chasse, activité à caractère environnemental, culturel, social et économique, participe à cette gestion et contribue à l'équilibre entre le gibier, les milieux et les activités humaines en assurant un véritable équilibre agro-sylvo-cynégétique.

Le principe de prélèvement raisonnable sur les ressources naturelles renouvelables s'impose aux activités d'usage et d'exploitation de ces ressources. Par leurs actions de gestion et de régulation des espèces dont la chasse est autorisée ainsi que par leurs réalisations en faveur des biotopes, les chasseurs contribuent à la gestion équilibrée des écosystèmes. Ils participent de ce fait au développement des activités économiques et écologiques dans les milieux naturels, notamment dans les territoires à caractère rural.
Toute notre civilisation de mort résumée dans cet article de loi. On régule en tuant de façon agressive des animaux sauvages (libres, non contrôlés, enfermés par l'humain) nommés gibiers. Mais quel philosophe idiot a pu dire que l'homme est un animal moral? Amoral et abject serait plus exact. Car si on peut comprendre que les premiers hommes tuaient pour se nourrir car ils n'avaient souvent pas le choix, maintenant avec tous ce qu'on sait en matière d'alimentation végétarienne et par l'expérimentation sur l'intelligence animale, comment peut-on ainsi faire comme si l'histoire humaine et ses connaissances s'étaient arrêtés il y a 10 000 ans (nota : il a toujours existé des communautés religieuses respectueuses des animaux bien qu'elles aient été souvent très minoritaires et aussi quelques brillants esprits)? Une seule idée vient à l'esprit : AMORAL, voilà la nature humaine telle qu'elle est cultivée depuis trop longtemps.

La chasse en détruisant les espèces spécialistes participe à l'homogénéisation biotique (qui se traduit par l'expansion d'une minorité d'espèces généralistes peu exigeantes en termes d'habitat, de climat ou de nourriture et la raréfaction d'une majorité d'autres spécialistes des milieux agricoles et forestiers menacées par la pollution des sols - nitrates, pesticides, excès de salinité - et des eaux qui les irriguent). Voir ici pour plus de détails. Et en ayant réintroduit (cerf élaphe) et en nourrissant (sanglier) certaines espèces généralistes ils contribuent à leur expansion démographique nécessitant des campagnes de destruction (battues).

Les chasseurs en relâchant régulièrement dans la nature du gibier d'élevage modifient les équilibres déjà très fragilisés par les autres activités humaines. Ces animaux d'élevage ne sachant pas survivre en liberté sont une proie désignée pour les prédateurs qui en profitent ainsi et deviennent dépendants et fragiles. Les chasseurs, devant cette augmentation du nombre des prédateurs (en concurrence avec eux) les chassent et les piègent massivement. C'est un système pervers.

Les chasseurs en France ont pratiquement l'exclusivité pour gérer la faune et de nombreux députés sont pros chasse.

En résumé une minorité de personnes non scientifiques gère la faune d'une manière obscurantiste. On ne sait pas, en fait, combien d'animaux sont tués chaque année (sauf pour le grand gibier où des procédures ont été mises en place) et on en est à compter les cartouches vendues … (mais pour les animaux piégés et tués sans arme à feu ?). Aucun respect de la nature, de la souffrance des animaux et même de rien du tout. L'ignorance règne en maître chez les humains.  




LA CHASSE EN FRANCE



Gibier

Prélèvement possible par les chasseurs (pour 100 animaux vivant à l'ouverture sur un territoire, s'ils désirent en retrouver autant l'année suivante) : cerfs 20, chamois et isards 12, chevreuils 20 à 25, faisans communs 50 (laisser un coq pour 3 ou 4 poules), lièvres 50, perdrix grises 40, perdrix rouges 50, sangliers 50.


Tableau de chasse annuel français (estimation)

Ces chiffres sont des données de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage d’après une enquête (la dernière en date) réalisée pendant la saison de chasse 1998/1999 auprès de 105 126 chasseurs et concernant 39 des 91 espèces chassables.
Le «tableau de chasse» pour ces 39 espèces s’élèverait à environ 30 (ou 40 ?) millions d’animaux tués au fusil. Il faut préciser que, de l’aveu même des chasseurs, 12 à 15 millions des victimes sont des animaux lâchés (faisans, colverts, perdrix, lapins?) et que d’autres animaux succombent par d’autres méthodes (piègeage, déterrage, chasse à courre, chasse avec engins divers,?). Nul doute qu’il faut y ajouter le nombre des oiseaux blessés non retrouvés (souvent non recherchés) que l’on peut évaluer empiriquement de 15 à 30% du tableau initial.
Rappel: une enquête de 1983-1984 faisait état d'environ 46 millions de victimes (dont 13 183 000 grives) mais il est difficile de comparer, les critères des 2 enquêtes étant différents.
gros gibier (1998-99, source : ONCFS-FDC réseau cervidés/sangliers) soit 1 million d'animaux

cerfs élaphes (2006-2007) 43 744, chevreuils (2006-2007) 509 726, daims 490 (en 1994), mouflons (est. 1996) 1 420, sangliers (2006-2007) 466 352, chamois/isards (est. 1996) 7 520
petit gibier (1998/1999) soit de 30 à 40 millions d'animaux

ESPECES NOMBRE
pigeon ramier (*1) 5 169 000
faisans (*2) 5 061 100
grives 4 538 000
lapin 3 209 100
perdrix rouge 1 732 000
canard colvert 1 561 100
perdrix grise 1 453 800
bécasse 1 168 300
merle 984 800
lièvre 918 100
alouette 637 600
vanneau 435 700
renard 391 700
caille des blés 341 100
sarcelle d'hiver 330 900
tourterelle turque 305 700
ragondin 303 600
bécassine des marais 274 900
autres canards de surface 234 400
pie 210 100
tourterelle des bois 189 300
corbeau freux 171 700
geai 167 600
corneille 166 000
foulque 133 100
autres limicoles 115 200
rat musque 88 400
poule d'eau 76 200
pluvier dore 63 000
bécassine sourde 49 600
filigule miloin 43 600
fouine 41 700
autres canards plongeurs 37 900
rale d'eau 30 300
martre 21 200
oies 20 900
putois 15 400
autres mustélidés 10 700
autres gibiers 693 800


*1 Pigeon Ramier 2007 : 8 000 000
*2 faisans 2007 : 12 000 000



Accidents

année, nombre d'accidents (a.), victimes (v.), tués (t.), blessés (bl.).
1970 : 274 a. (52 t./250 bl.)
1976 (permis obligatoire) : 236 a. (63 t./183 bl.)
1980 : 125 a. (29 t./ 96 bl.)
1985 : 95 a. (26 t./67 bl.)
1995 : 43 a. (11 t./ 32 bl.)
1999-2000 (au 20-3) : 233 v. (42 t.)
2000-2001 : 186 a. (23 t.)
2001-2002 : 167 (40 t.)
2002-2003 : 201 (29 t./172 bl.)
2003-2004 : 203 (29 t./94 bl.)
2004-2005 : 167 (25 t./142 bl.)

Collisions véhicules et grands animaux : heures des collisions : 54 % entre 5 et 8 h, et 17 et 21 h (h solaire). Grands animaux tués : 1985 : 3 578 dont chevreuils 2 857 (79,8 %), sangliers 389 (10,9), cerfs 308 (8,6), chamois 2, cerfs sika 2, mouflons 2.
1986 : 4 500.
AUTRES CHIFFRES


Armes (vendues en France en 2004)
90 000. Munitions : consommation moyenne par chasseur : 170 cartouches et 7,5 balles (chasseur cumulant une validation nationale et un timbre « gibier d'eau » : 354 et 29,1).

Chasse payante
Prix (en €) par jour et par fusil (exemples) : petit gibier en battue (12 à 15 fusils pour tableau de 170 pièces) 312 ou devant soi (6 fusils et tableau aléatoire) 260 ; gros gibier en battue (10 à 20 fusils pour 15 sangliers) 320 ou à l'approche 150 + taxe selon trophée.

Chasseurs
Nombre de permis validés (en milliers) : 1830 : 44 ; 1930 : 1 610 ; 60 : 1 726 ; 75-76 : 2 216 ; 79-80 : 2 075 ; 84-85 : 1 910 ; 90-91 : 1 689 ; 95-96 : 1 542 ; 98-99 : 1 479 ; 99-2000 : 1 458. 2000-01 : 1 425. 01-02 : 1 407. 02-03 : 1 394. 03-04 : 1 374. 04-05 : 1 359. Chasseurs actifs et, entre parenthèses, retraités (en %) : ouvriers 26,9 (20,5) ; agriculteurs 14,5 (30) ; employés 19 (5,6) ; professions intermédiaires 14,5 (27,5) ; cadres sup., professions libérales 12,9 (4,5) ; commerçants, artisans 11,3 (11,7).

Chiens de chasse.
Nombre : environ 2 700 000 dont chiens d'arrêt 35,5 % (pointers, épagneuls 16, setters 11,5, braques 8). Courants 32 (griffons 14, beagles 13,5, bassets 4,4, teckels). Terriers 8,5 (fox-terriers 7, ratiers 1,5). Retrievers (cockers anglais 11 %, labradors 4). Achats de chiens : environ 260 000 par an (prix moyen 300 €) ; durée de vie d'un chien 7/9 ans.

Dégâts du gibier.
Indemnisation régie par les articles L. 426-1 à L. 426-6 et R. 226-1 à R. 226-19 du code de l'environnement. Environ 21,5 millions d'€/an ; minimum 76 €, peut atteindre plusieurs milliers d'€ pour les cultures à forte valeur ajoutée dont 80 % dus au sanglier et 20 % aux cervidés.

Dépenses de chasse en France
Les chasseurs dépensent environ 1 600 euros par an pour pratiquer leur passion, arme comprise. C'est leur chien qui leur coûte le plus cher (25% du budget). La dépense moyenne du chasseur était d'environ 1 200 euros en 1992. Un chiffre qui a notamment augmenté pour le poste de l'équipement (arme, habillement, etc.).
Sur le plan économique, le secteur de la chasse emploie 24 000 personnes et génère un flux financier de 2 milliards d'euros. Il correspond aux droits de chasse, à l'achat et à l'entretien de l'équipement, aux déplacements des chasseurs, aux armes, chiens et institutions cynégétiques.
Total en 1992 (en millions de F) : 12 792 dont réglementaires 1 201 ; droit de chasse 1 844 ; armurerie 1 425 dont armes 762 et munitions 663 ; équipement 531 dont de base 400 et spécialisés 131 ; cynocynégétique 4 364 dont alimentation 3 422 et soins 942 ; déplacements 3 071 dont km 2 178 et autres 893, divers 356 dont tourisme 151, presse 95, livres 47, souvenirs 31 et associations sportives 32. Par chasseur (dépense moyenne en F) : 7 870 dont chiens 2 686 (alimentation 2 106, soins divers 580), déplacements 1 886, droits de chasse 1 135, armes et munitions 879, équipement 325, divers 218, dépenses réglementaires 739 (dont examen 4,60, assurances 141,90, timbre fédéral 232, redevance cynégétique 299,10, quote-part grand gibier 52,30, timbre gibier d'eau 8,80). Équipement acheté par an (nombre de pièces) : bottes 395 000, vêtements 298 000, chaussures 180 000, cartouchières 145 000, gibecières 84 000, couteaux 73 500, jumelles 54 500, appelants 41 000, lunettes 23 800.

Emplois générés par la chasse (en 1992)
23 348 dont secteur réglementaire 3 098 (gardes nationaux 1 422, administration ONCFS 102, administration fédérations 373, techniciens ONCFS 101, techniciens FDC 340, recherche 14, ouvriers et divers 86), droits de chasse 8 250, armes et munitions 5 200, équipements 1 050, chiens 4 550, dépenses diverses 800, vénerie 400, gardes particuliers environ 10 000.

Gibier vivant
Importations françaises (nombre de pièces, 2000-01) : lièvres 9 500 (de Hongrie 7 000, Slovaquie 500, Pologne 500). Faisans (1997-98) 21 100 (de Pologne 20 000, Slovaquie 600, Hongrie 500).

Prix du gibier vivant (en €, 2000-01)
Gibier de repeuplement : lièvres : D'EUROPE CENTRALE (repris sauvages) ; couple : déc. 244, janv. 276 ; trio : déc. 450, janv. 526. Faisans : DE FRANCE (élevage) ; pièce : déc. 11,40, janv. 12,20, févr. 13. D'EUROPE CENTRALE (repris sauvages) ; pièce : déc. 14,50, janv. 15,70, févr. 16,60, mars 18,10. Perdrix rouges ou grises DE FRANCE (élevage) ; couple : déc. 23, janv. 24,40, févr. 25,90. Lapins (de reprise) ; couple de garennes purs vaccinés : déc. 54,90 ; le trio 85,40.
Arrêté du 26 juin 1987 Fixant la liste des espèces de gibier dont la chasse est autorisée.


Art. 1. La liste des espèces de gibier que l'on peut chasser sur le territoire européen de la France et dans sa zone maritime est fixée comme suit :

Gibier sédentaire

Oiseaux :
colins, faisans de chasse, gélinotte des bois, lagopède alpin, perdrix bartavelle, perdrix rouge, perdrix grise, tétras lyre (coq maillé) et tétras urogalle (coq maillé), (Arr. 15 févr. 1995) "corbeau freux, corneille noire, étourneau sansonnet, geai des chênes, pie bavarde".

Mammifères :
blaireau, belette, cerf élaphe, cerf sika, chamois isard, chevreuil, chien viverrin, daim, fouine, hermine, lapin de garenne, lièvre brun, lièvre variable, marmotte, martre, mouflon, putois, ragondin, rat musqué, raton laveur, renard, sanglier, vison d'Amérique.


Gibier d'eau

Barge à queue noire, barge rousse, bécasseau maubèche, bécassine des marais, bécassine sourde, canard chipeau, canard colvert, canard pilet, canard siffleur, canard souchet, chevalier aboyeur, chevalier arlequin, chevalier combattant, chevalier gambette, courlis cendré, courlis corlieu, eider à duvet, foulque macroule, fuligule milouin, fuligule milouinan, fugilule morillon, garrot à l'œil d'or, harelde de Miquelon, huîtrier pie, macreuse brune, macreuse noire, nette rousse, oie cendrée, oie des moissons, oie rieuse, pluvier argenté, pluvier doré, poule d'eau, râle d'eau, sarcelle d'été, sarcelle d'hiver et vanneau huppé.


Oiseaux de passage

Alouette des champs, bécasse des bois, caille des blés, grive draine, grive litorne, grive mauvis, grive musicienne, merle noir, pigeon biset, pigeon colombin, pigeon ramier, tourterelle des bois, tourterelle turque et vanneau huppé.



Nombre d'espèces d'oiseaux chassables en Europe, pays par pays.

Nota : en France la durée maximale de chasse aux oiseaux d'eau a été ramenée à 5,5 mois.

Au niveau du continent européen (l'Europe géographique, rien à voir avec l'Union Européenne, ou Europe des nations), 26 espèces d'oiseaux migrateurs sont en raréfaction chaque année. Sur cette liste de 26 espèces, 24 sont chassées en France
EN EUROPE
Nombre de chasseurs en 2004

PAYS nombre en % habit.
France 1 313 000 2,1
Espagne 980 000 2,3
G.-B 800 000 1,3
Italie 750 000 1,3
Irlande 350 000 8,6
Allemagne 340 000 0,4
Finlande 290 000 5,5
Suède 290 000 3,2
Grèce 270 000 2,4
Portugal 230 000 2,3
Norvège 190 000 4,1
Danemark 165 000 3
Autriche 115 000 1,4
Rép. Tchèque 110 000 1,1
Pologne 100 000 0,26
Bulgarie 95 000 1,25
Serbie-Monténégro 80 000 0,73
Roumanie 60 000 0,27
Croatie 55 000 1,22
Slovaquie 55 000 1
Hongrie 54 500 0,54
Bosnie-Herzégovine 50 000 1,1
Chypre 45 000 6,1
P.-Bas 30 000 0,18
Suisse 30 000 0,4
Lettonie 25 000 1,08
Lituanie 25 000 0,73
Slovénie 22 000 1,1
Belgique 20 000 0,2
Albanie 17 000 0,47
Estonie 15 000 1,1
Malte 15 000 3,74
Luxembourg 2 000 0,44
Grands fusils


Lord Grey (1812-98) tua, en 59 ans, près d'un million de pièces, jusqu'à 880 faisans ou 420 grouses en une journée. Le marquis de Ripon (Angl., 1852-1923) 556 000 oiseaux ; 245 000 pièces en 55 ans. Le maharadjah Dhuleep Singh, 780 perdreaux dans la journée. Le Cte Clary (France, 1876-1923), 316 160 pièces dont oiseaux : faisans 112 543, perdreaux 60 216, oiseaux des marais et de mer 16 876, corbeaux 14 904, grouses 5 881, canards et sarcelles 4 701, alouettes 3 399, rapaces 2 255, pies 2 025, geais 1 913, cailles 1 615, grives 1 574, tourterelles 1 546, bécassines 673, bécasses 618, râles 195, oies sauvages 7, pintades 6, dindons sauvages 4, paons 2, cygne 1, aigle 1 ; autres : lapins 48 555, lièvres 16 402, chevreuils 438, cerfs, biches 242, sangliers 156, chats sauvages 122, renards 39, daims 2, loups 2, renne 1, divers 16 987.

En Autriche, chez le Cte Trautmannsdorf, 7 fusils tuèrent en 1 jour (sept. 1887) 1 cerf, 205 lapins, 209 faisans, 1 018 lièvres, 1 612 perdreaux, soit au total 3 045 pièces. En Nouvelle-Zélande (où 100 000 cerfs sont tués par an), 2 fusils peuvent tuer 100 cerfs par jour lorsqu'il les traquent en hélicoptère. En Espagne, dans la province de Cordoba (Cordoue), il est fréquent qu'un tableau de 200 cerfs soit réalisé lors d'une journée de monteria (sorte de chasse à cheval).

En France Valéry Giscard d'Estaing 1400 pièces en une journée le 25/10/1980 (dont 300 canards)
voir ici un document sur cet homme politique français.
A l'affût de l'argent occulte des chasseurs

par Hélène Constanty © L'EXPRESS L'Express du 01/11/2001


voir aussi ici un document de R. Mathieu – chasse et protection de la nature : bilan de vingt années passées au front

et aussi voir ici le texte d'une conférence prononcée à LIMOGES Le 26/08/2005 La chasse française confrontée au droit européen de Gérard CHAROLLOIS

Que ce soit pour traquer le gibier d'eau ou le faisan, toute partie de chasse a un prix, et il est souvent élevé. Mais de là à déclarer tous ces revenus au fisc.

Cette année, l'ouverture de la chasse a été chaude. Dès la mi-août, les marais de Loire-Atlantique, la Camargue et la baie de Somme ont retenti de coups de fusil dès 6 heures du matin, et, en Brière, les écologistes horrifiés ont découvert des monceaux de cadavres d'oiseaux protégés tués par les braconniers. Dans ces régions, de nombreux chasseurs de gibier d'eau, très énervés, ont décidé de passer outre à la nouvelle loi chasse, votée en 2000, et aux multiples décisions des tribunaux administratifs interdisant la chasse aux oiseaux d'eau avant le 1er septembre. «Nous avions prévu de chasser dès le 12 août, comme d'habitude. Et nous l'avons fait, malgré l'interdiction du tribunal. Cet hiver, nous comptons bien chasser jusqu'au 28 février, même si l'on nous impose une fermeture fin janvier», affirme avec force Jean-Marie Scifo, conseiller municipal Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT) de la ville d'Arles et président des chasseurs de gibier d'eau des Bouches-du-Rhône. Face à ces agités de la gâchette, les défenseurs de la nature ont beau brandir les décisions de justice qui leur donnent gain de cause, ils constatent avec effarement qu'aucun gendarme ni garde-chasse ne se risque à intervenir. Les chasseurs hors-la-loi peuvent tirer sarcelles et colverts en toute impunité.


Tout compris, le chasseur français dépense en moyenne 8 000 F par an pour son loisir

Dans cette guerre ouverte que se livrent désormais chasseurs et écologistes, avec les élections législatives en ligne de mire - où le mouvement CPNT présentera pour la première fois des candidats - il est rarement question d'argent. Et pourtant! Le poids politique des chasseurs français, qui ont juré de faire payer très cher à la gauche le vote d'une loi chasse qu'ils jugent assassine, s'explique aussi par leur surface financière. La chasse fait circuler énormément d'argent: permis de chasser, taxes départementales et nationales, assurances, location de territoires giboyeux, mais aussi achat de fusils, de cartouches, élevages de chiens et de gibier... A elles seules, les recettes des fédérations de chasseurs s'élèvent à 1,3 milliard de francs par an. Sans leur soutien financier, humain et logistique, CPNT n'aurait jamais vu le jour (lire l'article "Les caisses noires des fédérations sur le site de L'Express"). Tout compris, le chasseur français dépense en moyenne 8 000 F par an pour son loisir. Multipliés par les 1,4 million de chasseurs, on arrive à la coquette somme de 11 milliards de francs par an. Autant que le chiffre d'affaires de l'industrie des sports d'hiver (remontées mécaniques et achat de matériel). Voilà pour le chiffrage officiel. Mais attention, il ne tient pas compte de toutes les transactions discrètes, dont le fisc ne voit jamais la couleur, qui servent à indemniser les propriétaires des territoires à gibier et des installations de tir. Sans compter la revente des prises aux particuliers ou aux restaurateurs, qui se fait sous le manteau... Car la chasse est un domaine opaque, dans lequel l'argent circule beaucoup de la main à la main, et dont les adeptes cultivent le goût du secret. Un monde très fermé, jaloux de ses rites, dans lequel n'entrent que les initiés, et que les pouvoirs publics eux-mêmes hésitent à venir troubler, de peur de mettre les campagnes à feu et à sang.


Une manne financière

Pour certaines régions rurales, la chasse est une véritable manne financière. C'est le cas dans toutes les zones humides, fréquentées par les chasseurs de gibier d'eau. C'est aussi particulièrement criant en Sologne, destination de prédilection des riches fusils parisiens. Chaque week-end d'automne, ils sont plus de 10 000 à débouler dans les petits villages, vêtus de leurs knickers de velours, le chapeau vert orné d'une plume de faisan. Cadres supérieurs ou professions libérales, ils ont roulé à 160 kilomètres-heure depuis Paris dans leur 4 x 4, pour passer deux jours entre forêts et étangs, à traquer le faisan et le chevreuil, dépensant sans compter pour leur passion. «La chasse est vitale pour notre économie, estime Patrice Martin-Lalande, député du Loir-et-Cher et président du Syndicat de Sologne, qui regroupe les 125 communes de la région. Nos terres n'ont plus de vocation agricole, et notre industrie a perdu 2 000 emplois en dix ans.» En tant que vice-président du groupe d'études sur la chasse à l'Assemblée nationale, Patrice Martin-Lalande est l'un des piliers du lobby le plus nombreux et le plus actif du Palais-Bourbon, qui compte pas moins de 140 membres, soit 1 député sur 4. Selon un chiffrage réalisé par l'Observatoire économique du Loir-et-Cher, les recettes de la chasse s'élèveraient à près de 500 millions de francs par an pour la seule Sologne. Si le chasseur traditionnel, le paysan qui sort tôt le matin, à l'automne, avec son chien, pour débusquer le lapin ou la perdrix, se contente de verser une cotisation annuelle à l'association de chasse de son village pour avoir le droit de tirer sur le territoire communal, le citadin, lui, doit payer cher pour accéder à un territoire. En Sologne, par exemple, le prix d'une journée dans une chasse dite «commerciale» peut aller de 1 000 à 4 000 F. Sur ces propriétés privées, entourées de hauts grillages, cela fait belle lurette que le petit gibier sauvage a disparu. Ce sont donc des oiseaux d'élevage qui sont lâchés, afin que les amateurs puissent être assurés de rapporter quelques faisans dans leur gibecière. «C'est une véritable industrie, explique Alain Beignet, conseiller régional socialiste. 1,5 million de faisans, perdreaux, canards et perdrix sont élevés dans la région chaque année, soit un quart de la production nationale. Cette chasse n'a plus rien de naturel. Quel plaisir peut-on avoir à tirer des faisans bourrés d'antibiotiques?» Bien souvent, les oiseaux ne sont sortis des cages que la veille du jour de chasse. A 60 F le faisan, l'acheteur n'a pas envie qu'il se fasse croquer par un renard!


Ce qui fait la vraie valeur de la chasse, c'est tout ce qu'on ne voit pas, et dont on ne parle qu'en baissant la voix

Chasses à la journée, achats de gibier, fusils, cartouches: toutes ces dépenses ne sont en fait que la partie émergée de l'iceberg. Ce qui fait la vraie valeur de la chasse, c'est tout ce qu'on ne voit pas, et dont on ne parle qu'en baissant la voix: la location de territoires, la valeur des terres, les affaires que l'on traite lors des parties de chasse... Si les chasseurs de gibier d'eau, par exemple, sont tellement en colère contre les nouvelles dates d'ouverture et de fermeture, c'est non seulement au nom des traditions, mais aussi parce que la location des huttes de chasse, en baie de Somme ou en baie de Seine, représente un gros enjeu économique. Les nouvelles règles privent tout simplement leurs propriétaires de deux mois de revenus. La chasse au gibier d'eau est pratiquée par 300 000 personnes, des Côtes-du-Nord à la Charente-Maritime. C'est parmi celles-ci que l'on trouve les individus les plus violents, les plus extrêmes, ceux qui sont prêts à se mettre hors la loi pour défendre leurs pratiques. Le principe est partout le même, même si les noms des installations diffèrent d'une région à l'autre: gabion en Normandie, tonne en Aquitaine, hutte en baie de Somme... Les propriétaires de ces lieux louent très cher le plaisir de passer la nuit éveillés, à guetter le passage des canards migrateurs. Pour environ 12 000 F par an (tarif en baie de Somme), on a le droit de chasser une nuit par semaine dans un abri à demi enterré, d'environ 10 mètres carrés, équipé de deux paillasses, d'un poêle à pétrole et d'une lucarne qui donne sur un petit étang. Si le propriétaire se garde une nuit pour lui, et respecte l'interdiction de chasser le mercredi, il lui reste les cinq autres nuits à louer, ce qui lui fait un confortable revenu d'environ 60 000 F par an. Le tout de la main à la main: ni contrat, ni quittance, ni impôt... Largement de quoi entretenir la cabane, nettoyer la mare et acheter quelques canards factices pour attirer les migrateurs sur l'eau, à portée du fusil de l'homme qui veille. Dans d'autres régions, où les pratiques sont différentes, on retrouve des enjeux financiers similaires. Dans les Pyrénées, par exemple, ce sont les cols où passent les oiseaux migrateurs qui se louent très cher. On y monte en groupe, autour du 25 octobre, pour tirer la fameuse palombe (plus connue sous le nom de pigeon ramier dans le nord de la France). Plus de 2 millions d'oiseaux survolent les Pyrénées à cette période, afin de rejoindre leurs quartiers d'hiver espagnols. Un poste de tir, derrière lequel peuvent s'abriter une dizaine de chasseurs, se loue entre 150 000 et 300 000 F. Il y en a comme ça près de 10 000, répartis sur une bande de 100 kilomètres de longueur, aux endroits où se concentrent les passages d'oiseaux. Afin de ne pas rater un seul jour de cette précieuse migration, les Pyrénéens ont obtenu une dérogation à la loi: ils sont les seuls en France à pouvoir chasser le mercredi. Ailleurs encore, ce sont tout simplement des terres qui font l'objet de discrètes transactions, appelées «actions de chasse» dans le jargon des initiés. Rien à voir avec des titres cotés en Bourse. Le détenteur d'une «action» possède simplement le droit d'aller chasser sur une propriété privée un certain nombre de jours par an, droit qu'il partage généralement avec une dizaine d'autres personnes. En Sologne, où la quasi-totalité des terres sont privées, forêts comprises, il faut compter entre 10 000 et 15 000 F par an pour un domaine d'environ 200 hectares. Cette économie souterraine refait parfois surface de façon inattendue, comme en témoigne cette mésaventure vécue il y a quelques années par le propriétaire du plus beau domaine de chasse de Camargue. Cet architecte varois possède 800 hectares de terres sauvages, sur lesquelles il autorise une dizaine de privilégiés à venir chasser le canard sauvage, moyennant une participation d'environ 100 000 F par an et par personne. Deux fois par an, il réunit ses «amis» pour un dîner, au cours duquel chacun lui remet le prix de son «action» en liquide dans une enveloppe. Ce soir-là, l'architecte avait donc rangé dans sa mallette environ 500 000 F en petites coupures lorsqu'il s'est fait détrousser, en sortant du restaurant, par des individus visiblement bien renseignés sur les pratiques du petit groupe de notables. Aucune plainte n'a été déposée - comment se faire voler un argent que l'on n'est pas censé posséder? - aucun entrefilet publié dans le quotidien local, mais toute la Camargue en rit encore!


Quand flambe le prix des terres

Combien de millions circulent ainsi entre chasseurs et propriétaires de huttes, de cols ou de terres à gibier? Personne ne le sait. En revanche, il existe un autre indicateur qui permet de mesurer la cote de la chasse. Et en ce moment, il se porte très bien: c'est le prix des terres dans les régions giboyeuses. En Camargue, par exemple, «il est devenu très difficile à de jeunes agriculteurs de s'installer, car la chasse a fait flamber les prix. L'hectare, qui valait environ 30 000 F, se négocie désormais autour de 50 000 F», regrette Xavier Guillot, régisseur du domaine de Méjanes, propriété de la famille de Paul Ricard. Contrairement à ce que croient les touristes, qui imaginent la Camargue comme une terre protégée, réservée aux taureaux, aux oiseaux et à quelques riziculteurs parcourant leurs terres sur de petits chevaux blancs, seulement 20 000 hectares (sur 100 000) sont classés en réserve naturelle et interdits à la chasse. Une surface équivalente est destinée exclusivement à la chasse, dans des marais spécialement entretenus pour que les canards et les limicoles (les échassiers qui vivent dans la vase) se sentent chez eux. La région ne compte qu'environ 3 000 chasseurs, mais ils pèsent d'un poids très lourd sur la vie politique locale. Aux élections municipales de 2001, deux élus étiquetés Chasse, pêche, nature et traditions se sont introduits au conseil municipal d'Arles, dont Jean-Marie Scifo, qui compte vingt-cinq ans de militantisme prochasse. Cette année, Jean-Marie et ses amis, très remontés contre le gouvernement et les écolos, ont ouvertement braconné dès la mi-août. Une façon bien à eux de marquer le début de la campagne électorale: aux législatives du printemps prochain, Jean-Marie Scifo se présente contre le socialiste Michel Vauzelle. En Sologne, les prix des terres se situent dans les mêmes eaux, entre 30 000 et 50 000 F l'hectare, bien que leur valeur agricole soit proche de zéro. Par exemple, un domaine de 450 hectares, avec grand rendez-vous de chasse et trois petites maisons, est actuellement en vente à 13 millions de francs. Ou cet autre: 100 hectares avec étangs et grande maison pour 4,5 millions. «Ce qui est le plus recherché aujourd'hui, témoigne François Reineau, agent immobilier à Romorantin, c'est le territoire de 200 hectares, que l'on peut louer sous forme d'actions de chasse.» Sans le gibier et les fusils, ces landes recouvertes de bruyères, ces forêts au sol sablonneux ne vaudraient pas grand-chose. C'est pourquoi le projet de parc naturel régional, dans les cartons depuis plusieurs années, n'est pas près de voir le jour. Il rapporterait moins que la chasse, estiment, pragmatiques, les élus locaux. Ce que confirme volontiers Alain Pointard, restaurateur à Lamotte-Beuvron et chef de file local de CPNT: «Nous ne voulons pas de ce parc ni des chevelus, barbus et mangeurs de sandwichs qu'il attirerait. Les chasseurs, eux, savent vivre. Ils aiment la bonne chère, le bon vin. Ici, même les commerçants non chasseurs votent CPNT. C'est simple, ils votent avec leur tiroir-caisse», résume le restaurateur.


Grands propriétaires

Chez les amateurs de gibier, la Sologne est à la mode. Depuis de trois à quatre ans, les prix flambent à nouveau et l'on voit aujourd'hui de riches Parisiens reconstituer de grandes propriétés de plusieurs centaines d'hectares, entièrement vouées à la chasse. Leader du mouvement: la famille Bouygues (plus de 700 hectares près de Romorantin), qui entraîne derrière elle à la fois le monde de la construction et celui des médias. Comme le producteur Claude Berda ou l'animateur Christophe Dechavanne (300 hectares). «On voit de moins en moins de grandes familles, et de plus en plus de nouveaux riches, des chefs d'entreprise qui ont fait fortune en Bourse, observe Alain Pointard. Pour eux, posséder un domaine en Sologne, c'est comme sortir aux bras d'une femme couverte de bijoux.» Parmi les nouveaux grands propriétaires, on trouve ainsi le fabricant de jambon Alain Predo (marque Paul Prédault) ou la famille du roi du carpaccio à volonté, Roland Pozzo di Borgo, propriétaire des restaurants Bistro romain. Mais vous ne verrez jamais Martin Bouygues ni le coiffeur Jacques Dessange (autre grand propriétaire solognot) en photo dans Paris Match, avec chien et fusil en bandoulière. Chut! On chasse! En raison du climat passionnel qui l'entoure, la chasse est un loisir dont on se vante en privé, jamais en public. Jean-Pascal Forges en sait quelque chose: l'entreprise qu'il a créée il y a huit ans, Affaire de chasse, organise des parties de chasse pour des entreprises, qu'il facture entre 40 000 et 100 000 F la journée. Affaire de chasse travaille pour de grandes entreprises de la chimie, du monde agricole, de l'automobile, mais, même sous la torture, Jean-Pascal Forges ne livrera aucun nom: «Les grands patrons ne veulent pas que cela se sache. Mais une invitation se refuse rarement. J'ai eu pour client le patron d'une entreprise de bâtiment, qui se plaignait de ne pas être toujours au courant des appels d'offres. Il a invité des donneurs d'ordre: sur les 20 personnes invitées, 12 sont venues. Depuis, plus aucun marché ne lui passe sous le nez», raconte-t-il. Une partie de chasse sur un beau domaine est une faveur aussi recherchée qu'un siège au Stade de France un jour de grand match. On y rencontre du beau monde, on y parle affaires le soir venu, autour d'un bon dîner, une fois les honneurs rendus au gibier étendu dans la cour. Le top du top, c'est d'être invité à une chasse de la République dans l'extraordinaire domaine du château de Chambord, vaste forêt de 5 000 hectares ceinturée de hauts murs, dans laquelle chassait François Ier. Si les chasses présidentielles, qui se pratiquaient dans les forêts de Marly ou de Rambouillet, ont été officiellement abolies par Jacques Chirac, de grandes battues au sanglier sont toujours organisées plusieurs fois par an à Chambord par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), gestionnaire de la faune sauvage du domaine. Gratuites pour les 500 heureux élus qui y participent chaque année (membres du gouvernement, parlementaires, ambassadeurs, grands patrons), elles coûtent à l'Etat 200 000 F la journée. «Ce sont les battues les mieux organisées du monde, témoigne Xavier Patier, commissaire à l'aménagement du domaine national de Chambord. Un parc de Land Rover, 60 rabatteurs, 5 chefs de triage qui orientent les animaux vers les tireurs...» 200 000 F multipliés par une dizaine de fois dans l'année, cela fait 2 millions par an. Dans un Etat qui finance lui-même les battues les plus chères du pays, la chasse a de beaux jours devant elle!
 



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