milieu
bas

Peut-on attraper une idée, une émotion ? La saisir avec un objet matériel ?

Nous vivons toujours dans notre univers conscient.
Tout est perçu par une conscience.
Que veut dire cette obsession moderne de vouloir matérialiser, extérioriser et nier ce que nous ressentons.
Ces idées nous permettent de voir le monde, la conscience peut-elle se nier ?
La science moderne est basée sur cette conscience.
Par définition un abîme sépare le monde intérieur et le monde extérieur, ont-ils une racine commune ?
Avons nous un savoir, des connaissances propres ?
depuis la petite enfance jusqu'à maintenant on a tout appris par l'école, les livres, les médias, par la transmission orale d'autres humains.

Qu'avons nous appris sans ces moyens ?
Savoirs imposés et nécessaires à notre survie. Nous baignons dans un flot de connaissance commun et transmis par tout les hommes. Accumulation de savoir depuis l'aube de l'humanité.

Que se passerait-il si on oubliait toute cette éducation ?

Ce savoir qui est conscience. Existe t-il une conscience séparée ?
Peut-on trouver dans l'univers un objet (matériel ou mental) unique, non répété à l'infini dans l'espace (cherchez)

L'univers existe t-il sans un observateur conscient ?

vivre n'est-ce pas être conscient de la mort ?

Peut-on vivre sans être conscient de notre mort possible ? (réfléchissez)

Ce raisonnement ne s'applique t-il pas à toute forme de vie (règne animal) ?

pourquoi vivre est-il si douloureux ?

Pourquoi les instants de bonheurs sont si fugaces et souvent vécus et évalués par le souvenir ?

notre place dans le monde, doute métaphysique esprit/matière

notre mort ? l'individu existe t-il ?

Des êtres exceptionnels grands saints et mystiques (appartenant à toutes les religions) ont une réponse la voici :



LA BHAKTI - Lilian SILBURN - Diffusion de Boccard
Seul existe Siva, lumière de la Conscience indifférenciée (prakasa) qui se manifeste sous forme de tout ce qui est. Cette lumière repose en elle-même, d'où sa béatitude ; libre, parce qu'unique , il n'y a rien dont elle dépende. Préexistant à l'espace et au temps qu'elle engendre, elle est omniprésente et éternelle. Elle contient tout, pas un atome n'existe hors d'elle.... Pour te connaître, il n'est nul besoin d'aide ; il n'existe pas d'obstacle non plus. Tout est submergé par le flot surabondant de Ton existence... La Réalité infinie, en sa plénitude, mais sans jamais sortir d'elle-même, irradie le monde. Mais pourquoi ne la discernons-nous pas comme tel et sommes-nous soumis à l'illusion, à l'angoisse et aux douleurs, asservis au corps et à l'ego ? ...Siva est un magicien qui, par sa force créatrice et décevante, la maya, se cache lui-même à lui-même comme l'araignée s'enroule dans sa toile afin de déployer son jeu prodigieux, servitude et délivrance.il se perçoit alors comme fragmentée en d'innombrables êtres pétris d'oubli de soi, car suscitant une multiplicité, il se dérobe et masque l'unité.

LE PARAMARTHASARA de Abhinavagupta Lilian Silburn -Institut de civilisation indienne- Diffusion de Boccard -11, rue Médicis PARIS 6
La Conscience universelle demeure indifférenciée. Elle ne comporte, en effet, aucun élément étranger à son essence étant libre elle ne dépend de nul autre pour agir et se révéler : "C'est elle-même, par elle-même et à partir d'elle-même qu'elle manifeste tout ce qui existe".
Comment est-il possible que le monde infiniment varié qui est essentiellement identique à la conscience apparaisse comme s'il en était différent et, plus encore, comme s'il était extérieur, alors qu'en réalité il ne peut s'en détacher, étant donné qu'il repose en elle ?
la Conscience ne fait que se voiler et s'obscurcir au moyen de son activité inhérente qui est une énergie recouvrante et différenciatrice, tirodhana ou apohana-sakti, une limitation de soi qui se trouve ainsi à la source de la multiplicité cosmique...Siva en raison de sa libre volonté crée la variété des formes en découpant les objets qui, identiques à son Soi, forment une seule masse solide, en se servant du ciseau de son Énergie différenciatrice. L'Univers se révèle donc en Siva comme les rêves chez le rêveur sans l'intermédiaire d'une cause matérielle. ..les choses en leur infinie variété ne se manifestent qu'en se détachant sur la paroi lumineuse de la Conscience universelle qui, reposant en elle-même, brille de son propre éclat, de même qu'une peinture ne peut apparaître que sur un mur ou un écran bien éclairé....
D'autre part ces manifestations variées qui sont projetées pour ainsi dire sur la conscience ne contredisent en rien son unité. comme il appert au cas du miroir qui reste le même en dépit des objets multiples qui s'y dessinent. Si le miroir est pur ou si l'eau dans lequel on se regarde est limpide et tranquille, l'image qui s'y reflétera paraîtra unique et stable. Mais que le miroir soit impur ou l'eau agitée et l'image sera multiple et mouvante. ....Ainsi le monde que la libre volonté du Seigneur manifeste comme s'il était extérieur à lui, en dépit des distinctions qu'il présente, forme une unité indivise, car il repose à l'intérieur de la Conscience absolue, son substrat. Il ne peut exister indépendamment d'elle non plus que les reflets hors du miroir ni les rêves sans le rêveur. Il s'ensuit que l'intériorité n'est jamais entachée d'extériorité, parce qu'elle est l'unité du Sujet suprême (aham) et cette unité est toujours présente puisqu'elle est identique à la lumière consciente. Le Je (aham) ou la subjectivité infinie (purnahanta) est la plénitude, car il n'y a rien d'extérieur à lui. Il est le Sujet, car s'il était un objet il serait pour un autre, c'est-à-dire une apparence et un reflet (abhasa).

...Tout comme des villes et des villages variés qui se reflètent dans le disque d'un miroir sont dépourvus de distinctions, bien qu'ils semblent doués de distinctions mutuelles et séparés du miroir également, de même, procédant de l'Intelligence absolument immaculée du suprême Bhairava, cet univers tout en étant lui aussi dénué de toute distinction apparaît comme fait de parties mutuellement distinctes et distinct également de cette Intelligence.
Commentaire :
L'univers comme des reflets de maisons, ville, etc.., perçues dans un miroir sans souillure, est en son essence dépourvu de toute différenciation, il n'est pas soumis aux distinctions temporelles et spatiales et il n'est pas différent non plus de la lumière (prakasa) qui le révèle. Pourtant il se déploie en une multiplicité différenciée de sujets et d'objets et il paraît émerger de l'Intelligence qui le transcende (samuttirna) à la manière du miroir qui transcende ses reflets. Cette Lumière consciente dans laquelle se reflètent les modalités de l'univers est au-delà de ces dernières et se manifeste comme l'universel Sujet conscient (anubhavitr).

.... L'activité de la Conscience se manifeste d'une double manière :
par limitation de soi et par révélation de soi.
1- Tirodhanasakti est l'énergie limitatrice qui suscite l'objectivité...Le soi en sa liberté infinie détermine en se jouant la croyance erronée qu'il n'est que partiel et privé de plénitude ainsi que de conscience de soi. Il apparaît en conséquence comme le non-soi (anatma) ou l'eccéité (idanta). Lorsque le sujet et l'objet apparaissent, la pleine subjectivité disparaît. Néanmoins le Sujet demeure éternellement sous-jacent à ce dualisme puisque, en réalité, rien ne le limite ni le différencie.
2- anugrahasakti La Conscience se révèle aussi par l'expression de soi ou Grâce. C'est l'absorption de l'univers dans la conscience.

...Celui qui connaît le Soi ne craint plus rien de nulle part, car toute chose s'avère, en vérité, sa propre essence et il ne se chagrine plus, puisque dans la Réalité ultime il n'y a pas de destruction.
Commentaire :
Reconnaissant l'autonomie du Seigneur comme identique à lui-même, toute dualité ayant disparu, celui qui sait n'a plus aucun sujet de crainte. L'univers entier n'est autre que lui-même et partout il ne voit que plénitude. Ce sage (jnanin) ne se désole plus, il ne craint pas la mort, puisque le pur sujet introverti qu'est la conscience existe de façon véritable et ne peut être anéanti.

...Du fait qu'on a accumulé les joyaux de la Réalité ultime qui s'amoncellent dans la chambre des trésors, au tréfonds du coeur, on se dit "Je suis (l'univers) même". Dans (cet) état de Seigneur suprême auquel on a accédé, quel malheur peut-il advenir et à qui ?



Les voies de la mystique HERMES Éditions des Deux Océans 19, rue du Val-de-Grâce 75005 PARIS
Le monde objectif n'est qu'une parcelle congelée de la Conscience ou de la Réalité. Celui qui a percé le mystère de l'eau et de la glace a compris en effet comment l'eau de la Conscience indifférenciée se solidifie, et comment la glace de la conscience empirique se liquéfie à nouveau ; il est libre, il sait que l'eau et la glace ne font qu'un. chez Jîlî :"En parabole, la création est pareille à de la glace, Et c'est Toi qui es l'eau jaillissante. La glace, si nous la réalisons, n'est autre que son eau...Mais la glace fondra et sa condition se dissoudra, La condition liquide s'établira, de fait. Les contrastes s'unifient dans une seule beauté. C'est en elle qu'ils s'anéantissent et c'est d'eux qu'elle rayonne".



Denys
Dans sa bonté, la Lumière divine ne cesse jamais de s'offrir aux yeux de l'intelligence, c'est à eux qu'il appartient de la saisir, car elle est là et toujours divinement prête au don de soi-même.



Rûmî
J'ai cherché une âme dans la mer et j'y ai trouvé un corail ; Sous l'écume à mes yeux un océan se déploya. Dans la nuit de mon coeur, le long d'un chemin étroit j'ai creusé ; et la lumière a jailli : une terre infinie de jour.



CORAN CXII :
Dis : Lui, Dieu, est UN !
Dieu!......
l'Impénétrable !
Il n'engendre pas ;
Il n'est pas engendré ;
nul n'est égal à Lui !

Jâmî
Cette Essence unique sous son aspect absolu, dénuée de tous phénomènes, toutes limitations, toute multiplicité, est la "Réalité". Par ailleurs, la multiplicité par laquelle Dieu Se manifeste quand Il Se revêt des phénomènes fait qu'Il est tout l'univers créé. C'est pourquoi l'univers est l'expression extérieure et visible de la "Réalité", et la "Réalité" est la réalité intérieur et invisible de l'univers. Avant d'être manifesté à la vue extérieure, l'univers était identique à la "Réalité"; et la "Réalité", après cette manifestation, est identique à l'univers. Bien plus : il n'y a en fait, qu'un seul Être réel; Son occultation et Sa manifestation, Son antériorité et Sa postériorité ne sont que Ses relations et Ses aspects. "IL est le Premier et le Dernier, l'Extérieur et L'Intérieur".

Traité de l'Unité :
il n'y a pas de Dieu autre que Lui, il n'y a pas d'existence autre que Lui, il n'y a pas d'autre que Lui, et il n'y a pas de Dieu si ce n'est Lui



Mawlânâ Djalâl Od-Dîn-Rûmî : Odes mystiques Éditions du Seuil points Sagesses Ode 109 :
Mes yeux versèrent des larmes au lendemain de la séparation,
Mais elle, elle retenait ses larmes pour nous.
Je promis de me venger à celle qui se refusait à pleurer pour nous :
"Ce n'est que lorsque je te retrouverai que je pourrai te pardonner".
Je ne suis pas homme à adresser de tels reproches : lève-toi, ô ami,
Donne-moi cette coupe débordante de vin.
Moi, je ne suis pas froissé par ce qui froisse les autres.
Devant moi, toutes les âmes ne sont qu'une,
Bien qu'une peau, telle une fourrure retournée,
Recouvre les corps que nous habitons.
Moi, je sais qui tu es, caché sous cette peau, ô ma vie !
Je déchire cette enveloppe, déchire-la, toi aussi.
Pourquoi lutter et combattre avec nous-mêmes ?
Nous sommes une seule âme dans des corps séparés
Quoique nous soyons enfants, jeunes ou vieux.
C'est en plusieurs petites lampes que se divise le feu,
Mais le feu a une seule origine et une seule essence,
Une seule nature, une seule couleur, un seul attribut.
Elles sont divisées par la base, mais leur flamme est unique :
A ce sujet, il existe des preuves dans le coeur.
Dis-moi, je t'en conjure : Dois-je dévoiler ou non ce secret ?
Non, je me trompe, c'est toi qui te le révéleras à toi-même,
Puisque tu es toi, auprès de toi : quelle vision !



Pseudo-Denys :
Du parfait et de l'unique : Unique, il l'est en ce sens qu'il est toutes choses de façon synthétique dans la transcendance d'une seule unité, et qu'il produit toutes choses sans sortir pour autant de sa propre unité... Cet Un, cause universelle, n'est pas cependant l'unité de plusieurs réalités, car il précède la distinction même de l'unité et de la pluralité et c'est lui qui définit tout ensemble unité et pluralité"(D.173.)



Ruysbroek :
Cette lumière simple de l'essence est infinie, immense et sans mode
...Il voit Dieu se répandre et s'écouler comme la mer en furie avec d'inconcevables délices en tous ceux qui sont capables de le recevoir, et puis refluer avec eux et les attirer dans les hautes vagues de son unité. Ils ne peuvent plus tenir en eux-mêmes quand s'offre à eux l'unité ; ils s'écoulent ainsi dans ce mouvement de flux et de reflux, portés par un amour véritable.(R. 121.)

... L'Unité des Personnes ... est féconde et engendre sans cesse l'éternelle Sagesse... (Dieu) agit sans cesse, car il est pure activité selon la fécondité de sa nature ; et s'Il n'agissait pas, Il n'existerait pas, ni aucune créature au ciel ou sur terre : aussi est-IL toujours agissant et sans cesse jouissant.

Comme cette Unité tournée vers elle-même est pure jouissance, et tournée vers le dehors fécondité, la source de l'Unité s'écoule....

Source vive et insondable.

... Eternellement nous demeurons en Dieu, débordant toujours au-dehors et rentrant sans cesse au-dedans. C'est par là que nous posséderont véritablement la vie intérieure dans toute sa perfection.


(Ornement des Noces spirituelles) On ne peut contempler Dieu par Dieu lui-même, sans intermédiaire, dit-il... si l'on ne s'est perdu soi-même dans l'indétermination sans chemin et dans une tènèbre où tous les contemplatifs errent dans la jouissance, sans jamais plus se retrouver eux-même selon le mode de créature. C'est dans l'abîme de cette ténèbre où l'esprit aimant est mort à lui-même, que commence la révélation de Dieu... C'est là que luit la lumière incompréhensible; et en elle on devient voyant... Cette lumière divine est donnée à la simple vision de l'esprit, là où il reçoit la clarté qu'est Dieu Lui-même... dans le vide où l'esprit s'est perdu par amour... Voyez, cette mystérieuse clarté dans laquelle on contemple tout ce que l'on peut désirer dans la mesure du vide de l'esprit est telle par son immensité que le contemplatif aimant n'aperçoit et ne sent en son propre fond qu'une Lumière incompréhensible. Et dans la simple Nudité qui enveloppe toutes choses, il se sent identique à cette lumière grâce à laquelle il voit



Eckhart, Pf. 430
Plus l'âme est parfaitement nue et pauvre, moins elle a de créature, plus elle est vide de toutes choses qui ne sont pas Dieu, et plus alors elle saisit Dieu purement, est davantage en Dieu, une avec Dieu... et elle voit Dieu face à face...

L'art de Dieu est de devenir perceptible à soi-même dans un rayonnement qui retourne en soi.

La Vie signifie une sorte de jaillissement dans lequel une chose fermente et se verse d'abord en soi-même, en épanchant tout ce qu'elle est dans tout ce que'elle est, avant de se déverser et de se répandre en dehors.

Dieu seul est la Vie, car ni fin extérieure, ni cause, ni raison ne le déterminent, et que vivre en soi-même, c'est jaillir spontanément sans dépendance, sans concept et sans pourquoi.



Les upanishads :
OM
Cela est le Tout
Ceci est le Tout
De la Totalité émerge la Totalité.
La Totalité étant issue de la Totalité,
la Totalité demeure.

Mundaka Upanishad :
...la pleine connaissance du Brahman éternel ;
par celle-ci on parvient à l'Esprit immortel qui est la Vérité.
Voici la Vérité.
Les étincelles, par milliers, jaillissent du brasier.
Toutes sont différentes, mais chacune cependant demeure dans son essence pleinement unie au feu.
C'est ainsi, mon ami, que naissent tous les êtres de l'immortel Purusha et en temps voulu retournent en son sein.
Purusha est l'esprit cosmique, sans forme mais resplendissant, le Soi de l'Univers, il est omniprésent et il demeure en tous, et jamais il n'est né.
Exempt de la souillure du souffle et du mental, il n'est même plus soumis à une force quelconque qui pourrait l'inciter à revêtir une forme.

Shvetashvatara Upanishad :
...De tous les êtres éternels, Toi seul es l'Éternel, conscience présente en tout esprit, l'Unité au sein de la diversité. Te comprendre et vivre en Toi, c'est s'affranchir de toute limite.

Katha Upanishad :
Cet esprit cosmique est la substance éternelle et pure. Oui, en vérité, la substance éternelle et pure.



Les chants des 84 Mahasiddhas Éditions EWAM 6, rue Corot 75016 Paris
Mekhala :
Tout l'extérieur comme l'intérieur se résument dans l'esprit ; lorsque le désir est absent, toutes les saveurs se valent ; la méditation libre d'effort est la meilleure des méditations ; elle procure l'ineffable félicité de la parfaite boubbhéité.



Le Yoga-Vâsishtha Éditions ACCARIAS L'ORIGINEL (traduction Patrick Mandala) :
Les vagues sont les formes manifestées de l'Océan, de même les choses de ce monde ne sont que des manifestations de la Conscience suprême.

En réalité ni le monde objectif, ni celui qui le perçoit, ni la perception, ni le vide, ni l'inertie n'existent. Seul l'Un est : Conscience cosmique.

L'Infini émerge de lui et existe en lui en tant qu'Infini. Le monde n'a jamais réellement été créé. Il est identique à l'Infini dont il provient.

O Râma, ce monde n'est rien qu'une idée; de même les choses perçues par la conscience. Aussi rejette l'erreur de l'idéalisme et sois libre des idées. Reste établi dans le Soi, dans la paix du coeur.

...l'Être Cosmique (Brahmâ) de par toutes ses facultés, est extrêmement subtil et indivisé. Il semble se projeter hors de lui-même, et se perçoit alors comme une infinité d'étincelles dans l'espace; ainsi survient le sens de l'ego. Cet ahamkâra a aussi en lui l'intelligence, il se perçoit alors en tant que corps constitué des cinq éléments cosmiques. Le corps est considéré comme grossier, physique et matériel; et ce que Brahmâ pense, il le devient.
Cet être cosmique est Brahmâ. Il semble créer et protéger toutes les créatures. Tout d'abord il surgit dans l'infinie Conscience mais, apparemment vaincu par sa propre limitation, et oublieux de sa propre nature - comme dans un sommeil fœtal - il s'identifie au corps, nourri et maintenu par la force vitale du prâna et composé de substances matérielles. Comme il commence de s'interroger sur son origine, sa vraie nature lui est révélée, et il est libéré de sa propre limitation.

Seul le Soi est. Il n'y a pas de non-Soi. Le Soi est en tout. Tout existe en lui en tant que Soi. J'existe en lui en tant que Soi. J'existe comme tout ce qui est, comme la réalité en toute chose. Je suis la plénitude. Je suis la béatitude dans le Soi. Je suis immanent comme l'Océan cosmique.

Seule la Conscience cosmique est. Elle n'est pas affectée par les notions de temps et d'espace, ni sujette aux polarités ou aux divisions. L'Infini seul existe et a, d'une certaine manière, assumé la dualité. Mais comme l'Infini ne peut être divisé, comment la dualité pourrait-elle exister ? Sachant cela, demeure libre du sens de l'ego dans le Soi.

Un pot est fait de terre. Sans terre il n'y a pas de pot. Tous les objets sont pure Conscience, et si la Conscience n'est pas, rien n'est perçu.

Brahman est semblable à l'océan : en lui les manifestations sont les vagues et l'expérience est l'eau. Même après cela (la création), demeure la béatitude indivisée. Où est la dualité, la non-dualité ou quoi que ce soit d'autre ?

C'est seulement à travers l'illusion (duelle) que brahman est vu comme le monde. Mais cette illusion aussi est Brahman, paix suprême et infinie.

Râma : Maître, dis-moi, je te prie, comment est survenu ce monde illusoire ?
Vasishtha : En l'absence de cause et d'effet, il n'y a ni être ni non-être. Aussi comment un objet de perception quel qu'il soit pourrait-il survenir ? Rien ne survient. Le Soi prend conscience de lui-même, et a de lui-même l'expérience comme objet de perception. Tout est la Conscience, et rien d'autre en vérité.
Râma : L'inerte objet de perception pense ! L'Absolu qui est le voyant de tout, deviendrait l'objet... Comment est-ce possible ? Le bois peut-il brûler le feu ?
Vasishtha : Le voyant ne devient pas l'objet de perception, car ce dernier n'existe pas. Seul le voyant existe (en cette fausse dualité) en la plénitude de la Conscience.
Râma : L'infinie Conscience devient consciente d'elle-même, en elle-même, et ainsi le monde semble manifesté. Comment survient l'objet ?
Vasishtha : A vouloir une cause, aucun objet ne survient. De ce fait, la Conscience reste toujours libre, toujours indescriptible et indéfinissable.
Râma : S'il en est ainsi, comment surviennent le sens de l'ego et autres divisions ? Comment peut-on avoir l'expérience du monde ?
Vasishtha : A vouloir une cause, aucune de ces choses ne survient. Où est l'objet de perception ? Tous les soi-disant objets créés ne sont que des illusions dues à une fausse perception de l'unité.
Râma : Dans cette pure conscience, libre de tout mouvement, et de ce fait libre de la perception d'un objet, comment survient l'illusion ?
Vasishtha : O Râma, à vouloir une cause, il n'y a également aucune illusion. Tout cela, je, toi, et le reste ne sont que l'Un, paix infinie.



SIVASUTRA et VIMARSINI DE KSEMARAJA traduction et introduction par Lilian Silburn Éditeur : Institut de civilisation indienne - diffusion E. de Boccard

introduction par L. Silburn :

D'abord simple frémissement imperceptible au sein de la suprême Conscience, la vibration s'étend à partir du Centre - le Cœur universel - en ondes de plus en plus étendues à travers des domaines de plus en plus déterminés jusqu'à celui de l'objet connaissable. Se ralentissant dans le temps et dans l'espace, le spanda aboutit à la matière inconsciente.

Essentiellement indifférencié et universel à l'origine, il se relâche et apparait peu à peu comme différencié et particulier. Suprême, intermédiaire et inférieur, tels sont les trois niveaux de la réalité. Inversement, grâce aux trois voies : celle de l'individu, celle de l'énergie et la voie divine, l'homme opère un mouvement de retour au Centre, remontant à travers les trois niveaux de la réalité pour découvrir l'épanouissement véritable du suprême spanda. Quant à l'acte vibrant on observe donc un double mouvement :

Lorsque la vibrante Réalité forme un tout, elle est, nous l'avons vu, libre énergie (svãtantryasakti) qui contient, encore indivises, les cinq énergies fondamentales : conscience, félicité, volonté, connaissance et activité. Mais en raison même de cette parfaite liberté, Siva déploie son énergie d'illusion (mãyãsakti) et la vibrante Réalité, son propre Soi, semble perdre son unicité, la division s'introduit au sein de l'unité indivise.
Sous l'influence de cette force dissolvante les cinq pures énergies se différencient, se dissocient et apparaissent distinctement avec, à tour de rôle, prédominance de chacune d'elles dans un domaine particulier. Si les deux plus hautes énergies relèvent de la non-voie¹ et de l'ineffable, les trois autres évoluent ainsi : L'acte indifférencié purement intérieur se manifeste en trois temps à mesure que la liberté se restreint : l'énergie icchã, qui à l'origine n'était que pur acquiescement à la plénitude, devient désir défini ; la connaissance (jnãna) pure lumière consciente (prakãsa) - sa propre révélation - apparaît comme une connaissance distincte en sujet-objet ; l'activité (kriyã), de simple ébranlement ou essor en soi-même dans la plénitude du Je absolu, se manifeste désormais en mouvements dispersés, extériorisés avec, pour aboutissement, l'action asservissante (karman)².
Ces énergie ont chacune un domaine privilégié au fur et à mesure que l'on s'éloigne du Centre : le domaine du pur sujet pour la volonté, celui de la connaissance pour l'énergie cognitive, le champ de l'objet ou des choses perceptives pour l'activité.
En cet ultime domaine, à la périphérie de la roue des énergies, sous l'influence du désir tourné vers l'extérieur, le Je se limite en preneur (grãhaka), sa pure connaissance devient com-préhension (grahana) tandis que la chose n'est plus que prise (grãhya), objet construit par le désir en vue d'une fin utile.
Ainsi surgit la triple impureté : de finitude, d'illusion et d'action qui fragmente d'abord puis obscurcit et finalement circonscrit l'unique spanda. La vie se trouve alors cristallisée autour d'un moi, simple atome (anu) de conscience. Coupée de la Réalité vibrante, la Conscience unique (cit) est réduite à l'état d'une conscience discursive (citta) dans laquelle la vibration originelle est devenue la lâche oscillation du vikalpa, pensée à double pôle liée au multiple. C'est pourquoi le spanda, bien que perpétuellement présent en tant qu'énergie de vie (prãnanã sakti) animatrice de nos souffles, de nos pensées, de nos paroles, de nos activités, ne peut être appréhendé en sa pureté durant la vie ordinaire car les mouvements grossiers de la pensée discursive ainsi que l'action utilitaire le recouvrent et le cachent. Ils dissimulent également l'univers en sa forme véritable de constante vibration.
Alors comment reprendre contact avec la vibrante conscience, avec l'acte intérieur en son indifférenciation primordiale au moment où il se met en branle ? A vrai dire nos limites ne sont que structures adventices, notre conscience empirique que construction fallacieuse et c'est notre ignorance qui nous les fait prendre pour des liens. Il suffit d'anéantir ce fâcheux édifice pour retrouver le Je en sa pureté, l'énergie en son indifférenciation et l'individu en sa véritable nature.
Ce retour s'effectue à l'aide de la conscience intériorisée et efficace (citi) qui engloutit les structures et fait émerger le fond essentiel. En citi le mouvement à son acmé est imperceptible ou perçu exclusivement dans l'Un ; on l'appelle alors nihspanda, mouvement en sa totalité, indissociable de l'unité, telle la flamme de la bougie qui se meut sans arrêt mais en elle-même.
Le mystique apaisé et lui seul éprouve avec intensité le spanda en son cœur et jusqu'en son corps. Les trois formes de cette vibration sont : udãna quant à la montée du souffle (uccãra) ou ascension de la kundalini ; résonance intérieure propre au mantra que nous examinerons en détail ; camatkãra, point culminant du spanda, ce ravissement à la découverte de la Conscience universelle.
Ainsi grâce à la conscience intériorisée tout apparaît au yogin comme identique à sa propre essence, car tout vibre à nouveau pour lui dès qu'il participe à la quintuple vibration de ses énergies de conscience, de félicité, de volonté, de connaissance et d'activité. Il peut alors pénétrer dans le Cœur universel qu'au fond il n'a jamais quitté. Son corps n'est plus qu'énergie subtile et vibrante quand la pensée dualisante redevient indifférenciée, le spanda étant toujours pur et indifférencié par essence.
Ce retour au suprême spanda, fruit de l'attitude nommée kramamudrã, s'effectue en une indescriptible ivresse mystique (ghurni) où, au seuil de l'éternel, tout vacille, tout étant parcouru d'une seule et même Vie frémissante.

1. Et donc échappent à toute voie (anupaya) dont elles n'ont guère besoin pour recouvrer leur infinité.
2. Selon la glose d'Utpaladeva à la Sivadrsti de Somananda, I, 3-4.



NAGARJUNA Traité du Milieu ÉDITIONS DU SEUIL
(commentaire d'après Tsongkhapa Losang Drakpa et Choné Drakpa Chédrub)

Où que ce soit, quelles qu'elles soient,
Les choses ne sont jamais produites
A partir d'elles-mêmes, d'autres,
Des deux ou sans cause.

Dans aucun lieu, en aucun temps, selon aucune philosophie toutes les choses extérieures et intérieures ne sont produites à partir d'elles-mêmes car il s'ensuivrait qu'elles devraient s'engendrer de nouveau , ce qui est absurde, et que leur production aurait lieu à l'infini. Ainsi la pousse s'engendrerait de nouveau au second moment de sa propre cause, alors qu'elle a déjà atteint son entité au premier moment de sa cause, et se reproduirait indéfiniment tout en ayant accompli son entité.

Dans aucun lieu, en aucun temps, selon aucune philosophie les choses ne sont produites à partir d'autres car, alors, tout serait produit à partir de tout. Ainsi la graine serait autre que la pousse et sans relation à elle, et on aurait l'absurdité que, comme la pousse qui est engendrée à partir de la graine, tous les autres phénomènes sans lien avec elle naîtraient d'elle.

Et encore, dans aucun lieu, en aucun temps, selon aucune philosophie les choses ne sont produites à partir d'elles-mêmes et d'autres puisque les conséquences des deux premières positions s'ensuivraient.

Enfin, dans aucun lieu, en aucun temps, selon aucune philosophie les choses ne sont produites sans cause parce que lieux et temps ne pourraient être déterminés, et l'accomplissement de cause serait inutile. Ainsi la pousse ne vient pas à l'existence sans cause car l'on voit que la production s'inscrit dans les lieux et la durée et que des causes sont réunies en vue d'effets, un processus qui porte sens.



LA BHAGAVAD GÎTÂ Chapitre 9 Le Secret Royal 4
Cet univers entier est pénétré par Moi sous Ma forme Non Manifestée. Tous les êtres demeurent en Moi, mais je ne demeure pas en eux.



LA MAHARTHAMANJARI de Mahesvarananda traduit par Lilian Silburn
Collège de France ÉDITION DE BOCCARD

...Si l'universelle Conscience est omnisciente et toute-puissante, c'est qu'elle a le libre pouvoir de manifester le monde qu'elle renferme en son sein ; elle le présente à son gré comme identique à elle-même ou comme séparé d'elle, mais ce monde et ses phénomènes (abhasa) ne sont jamais extérieurs à elle, qui est le Tout. Ainsi est-elle pur Sujet et tous les sujets individuels - comme elle conscients de soi - n'en diffèrent nullement : il n'existe donc pas d'autre sujet indépendant pour lequel elle deviendrait objet ; contenant les notions et les activités de tous les individus, ses manifestations limités, elle échappe aux critères de la connaissance, car elle est la source lumineuse qui les éclaire ; elle se dérobe ainsi à toute preuve.

...La Conscience est autonome et absolue car elle ne dépend que de soi par contraste avec l'objet qui n'existe que pour un autre et qu'on nomme en conséquence abhasa, apparence. Pourtant, même manifesté à l'extérieur, l'objet ne perd pas son intériorité¹ en ce sens qu'il n'existe pas hors de la lumière du Sujet conscient, sinon il ne serait pas manifesté. Sujet connaissant et objet connu en leur nature distincte brillent dans le Sujet universel toujours actuel. Mais l'objet, en tant que tel, n'est-il pas séparé de cette lumière ? Comment une seule et même chose peut-elle, au même moment, être dite séparée de la lumière et pourtant résider dans la lumière ? Abhinavagupta explique : le sujet limité dont la lumière est artificielle sépare les objets les uns des autres et les sépare aussi de sa lumière limitée, pourtant celle-ci, même entachée d'objectivité, est appréhendée comme un 'Je' et pour ainsi dire libre de limitations. En conséquence la manifestation simultanée du sujet et de l'objet s'effectue dans le Soi et ne diffère pas de sa nature spontanément lumineuse.
Toute chose possède donc la conscience du fait qu'elle repose dans la conscience du Je, universel substrat, d'où elle surgit et où elle se résorbe. Mais elle n'a pas conscience de soi et n'a pas d'essence véritable puisqu'elle n'a pas son fondement en elle-même.

(¹Abhinavagupta définit l'intériorité comme une identité au suprême sujet conscient, le Seigneur en qui tout repose)


Abhinavagupta : stance d'introduction à sa Pratyabhijnavimarsini
Je m'incline devant la non-dualité absolue, totale identité de Paramasiva et de l'énergie qui d'abord révèle, hors de la plénitude sans désir, le Je qui s'exprime à soi-même, puis a le désir de scinder son propre pouvoir en deux branches : Je et cela. Alors à partir de l'Essence ultime, il s'adonne au jeu de unmesa-nimesa : s'il déploie l'univers, il cache son essence et s'il révèle son essence, l'univers disparaît.



PLATON Parménide

L'Un n'est pas, absolument ; les autres choses n'ont d'aucune détermination ni l'être,...

Encore un coup, revenons au principe et disons, dans l'hypothèse où il n'y a pas d'Un, mais où sont les choses autres que l'Un, ce qu'il en doit résulter.
- Disons-le donc, en effet ! -
D'abord, pour ce qui est d'être un, elles ne le seront pas, les autres choses.
- Comment le pourraient-elles ? -
Pas davantage, n'est-ce pas ? elles ne seront plusieurs ; là en effet où il y aurait plusieurs, serait aussi contenu "un". Or, si nulle d'entre elles n'est "un", toutes à la fois ne sont-elles point "pas un", si bien qu'elles ne sauraient non plus être plusieurs ?
- C'est vrai ! -
Donc, comme il n'est point contenu d'Un dans les autres choses, ni plusieurs ni un ne sont ces autres choses.
- Non, en effet ! -
Pas davantage elles ne paraissent un, non plus que plusieurs.
- Pourquoi donc ? , -
Voici : les autres choses, avec ce qui n'est pas, en aucun cas, sous aucun rapport ni en aucune façon, n'ont aucune communauté, et rien non plus de ce qui n'est pas ne se peut rencontrer chez aucune des autres choses ; il n'est point en effet de part en ce qui n'est pas.
- C'est vrai ! -
Il n'y a donc pas non plus chez les autres choses opinion de ce qui n'est pas, pas davantage, quelque fantôme que ce soit, c'est-à-dire que pour les autres choses ce qui n'est pas n'est même, d'aucune manière, l'objet d'aucune opinion.
- Non, bien sûr ! -
Ainsi donc, s'il n'y a pas d'Un, on ne peut se faire de nulle des autres choses opinion qu'elle soit "un", et pas davantage "plusieurs" ; sans "un", en effet, avoir de "plusieurs" opinion est impossible.
- Impossible en effet ! -
Si, par conséquent, il n'y a pas d'Un, les autres choses ne sont, ni en réalité, ni pour l'opinion, pas plus un que plusieurs.
- Non, vraisemblablement ! -
Ni non plus, par conséquent, semblables ou dissemblables.
- Non, en effet ! -
Pas davantage, assurément, identiques ou différentes, ni non plus contiguës ou à part ; et toutes les autres affections précédemment énumérées dont nous leur accordions l'apparence, elles n'en ont, les autres choses, ni la réalité, ni l'apparence, dans l'hypothèse où il n'y a pas de l'Un.
- C'est vrai ! -
Par conséquent, en résumé, si nous disions que, dans l'hypothèse où il n'y a pas de Un, rien n'est, n'est-ce pas à juste titre que nous le dirions ?
- Parfaitement, bien sûr ! -

Conclusion générale de toutes les hypothèses.
Eh bien ! tenons-le pour dit et ajoutons ceci :
selon toute apparence, qu'il y ait de l'Un ou qu'il n'y en ait pas, de toute façon, lui-même ainsi que les autres choses, dans leurs rapports à soi, respectivement aussi bien que réciproquement, de tous les attributs, sous tous les rapports, ont l'être et le non-être, l'apparence et la non-apparence.
- C'est la vérité même ! -.



Ibn'Arabî

(Muhyi-d-Dîn 'Arabî dit l'andalou, né à Murcie en 1165, mort à Damas en 1240, grand génie mystique et métaphysicien puissant, a laissé quelque 500 ouvrages, ce passage est extrait de la Sagesse des Prophètes, traduction T. Burckhardt voir également Éditions des Deux Océans HERMES Les Voies de la Mystique

Car l'essence aime la perfection ; or, la connaissance qu'a Dieu de lui-même en tant qu'Il est indépendant des mondes, ne se rapporte qu'à Lui seul ; pour que la connaissance soit parfaite à tous degrés, il faut que la connaissance de l'éphémère....se réalise également. La perfection (ou l'Infinité) divine s'exprime donc en ce qu'elle manifeste la connaissance relative aussi bien que la connaissance éternelle, de sorte que la dignité divine de la Connaissance soit parfaite sous l'un et l'autre aspects....
De la même manière se parfait l'ÊTRE....L'ÊTRE éternel est l'être de Dieu en lui-même ; l'être non éternel est l'Être divin (se reflétant) dans les "formes" du monde immuable...Il se manifeste donc à Lui-même dans les formes du monde, afin que l'Être soit parfait (sous tous les rapports bien que le relatif ne puisse rien ajouter à l'éternel) (Sag., 163.)



AUX SOURCES DU BOUDDHISME - textes traduits et présentés sous la direction de Lilian Silburn - FAYARD
Asanga saint bouddhiste :
Il est inadmissible de dire qu'il n'y a qu'un seul Buddha car les êtres de la lignée des Buddha sont en nombre infini; il s'ensuivrait qu'un seul d'entre eux à l'exclusion des autres serait parfaitement éveillé. A quoi serviraient alors les connaissances accumulées par les Buddha en vue de mener les bodhisattva à l'Éveil parfait ? Ainsi donc, point de Buddha unique, originel. Mais la pluralité des Buddha n'est pas non plus admissible, puisque dans le domaine absolu affranchi de tout flux le corps essentiel reste indivis entre tous les Buddha.

Dès que l'on comprend que tout n'est que conscience, la pensée différenciatrice n'opère plus, Et dès que la pensée cesse de fonctionner, il y a renversement (du support), il n'y a plus de support.

Page 266 :
Si tout ceci n'est que conscience, où le monde prend-il appui ? Pourquoi voit-on les hommes aller et venir sur terre ? De même que l'oiseau se meut dans le ciel à sa guise, Sans point d'appui, sans s'arrêter, comme on se meut sur terre, Ainsi tous les vivants à l'aide de leurs pensées différenciatrices se meuvent dans leur propre conscience et y procèdent à la manière de l'oiseau dans les airs (S, 629-632)

Lankavatarasutra - page 219 :
L'essence de la conscience est immaculée; en elle, pareille au ciel, point d'imprégnation. Dès qu'on s'attache à la conscience, la conscience empirique se déploie. Comme il n'y a pas de monde visible qui lui soit extérieur, seule existe la conscience.

Prajnopayaviniscayasiddhi d'Anangavajra IV° section : La contemplation de la Réalité :
Voici, dite sans réticence, pour aider les adeptes qui de toutes leurs forces cherchent à atteindre la Réalité, la meilleure manière de contempler l'union de la sapience (prajna) et du moyen (upaya). Grâce à elle, les yogins ne demeurent pas plus dans le nirvana que dans l'océan redoutable et si difficile à traverser du samsara, mais seulement dans l'essence même de la suprême Réalité où, en sa totale perfection, apparaît la pure et parfaite illumination des Buddha, inégalée, sans tache, au-delà de tout changement.
C'est l'égalité envers toute choses; c'est ne pas s'accrocher aux choses -les cinqs agrégats, etc.- mais ce n'est pas non plus les abandonner.
Le yogin ne doit pas contempler la vacuité, ni la non-vacuité. Mais il ne doit pas non plus renoncer entièrement à la vacuité ni à la non-vacuité. S'en tenir à la vacuité, ou à son contraire, c'est en effet faire apparaître d'innombrables et illusoires constructions mentales; mais renoncer à l'un et à l'autre, c'est se fixer dans l'erreur. Il faut éviter ces deux attitudes. Mais éviter l'une et l'autre, se vouloir libéré et sans point d'attache, c'est donner libre cours à l'erreur du "moi" - et à cela encore il faut renoncer. Ce que le sage doit réaliser dans la contemplation, c'est qu'il est en réalité, tel l'espace, sans changement, absolu, sans désir, pur, éternel, libre de toute construction mentale. Empli de compassion, il n'a cependant pas à s'occuper de la libération des êtres; ayant atteint l'Eveil, il n'a pas non plus à se demander s'ils existent réellement ou non. En effet, la sapience est ainsi appelée parce que sa nature propre consiste en l'absence de tout changement et la compassion, parce que, tel le joyau merveilleux, sa nature propre est de faire le bien de toutes les créatures. La sapience est totalement autonome, et totalement autonome est aussi la grande compassion; elles se résorbent en l'unité dans l'esprit, comme le ciel dans le ciel.
Quand il n'y a ni contemplant, ni contemplation, ni objet contemplé, c'est là ce qu'on appelle réalisation de la suprême Réalité. Personne, là, n'agit ni ne jouit de l'action, car la contemplation de la Réalité suprême est au-delà de toute action ou jouissance. Il n'y a ni donneur ni preneur, car rien n'est à donner ou à prendre. Qu'ils regardent ou qu'ils écoutent, qu'ils parlent ou qu'ils rient, quelque saveur qu'ils goûtent ou quelque action qu'ils accomplissent, où qu'ils laissent aller leur esprit, les yogins qui contemplent sans cesse cette Réalité jamais n'en sont séparés. Voilà ce qu'on appelle la non-dualité, la suprême conscience d'Eveil, le vajra, le vajrasattva, le totalement illuminé et l'illumination. On l'appelle aussi Perfection de Sapience, incarnation de toutes les perfections, Egalité, contemplation primordiale de tous les Buddha. C'est d'elle que naît tout l'univers mouvant et immobile, comme aussi le nombre infini des Bodhisattva, sambuddha et ascètes. C'est ce que doivent contempler et réaliser les yogins, en abandonnant toute pensée d'être et de non-être, car celui qui médite, libre des notions d'être et de non-être, atteint vite la perfection. Ecartant toutes les erreurs, éloigné de toute affliction, rapidement, l'ascète lumineux acquiert les qualités sans nombre qui font les Buddha.
Le samsara, dit le porteur du vajra, c'est l'esprit affligé et obscurci par d'innombrables constructions mentales, vacillant tel l'éclair dans la tempête, et recouvert par la souillure tenace de l'attachement et des autres passions.
L'excellent nirvana, lui, est lumineux et libre de toute contruction mentale, débarrassé de la souillure de l'attachement et des autres passions. Il ne connaît ni n'est objet de connaissance et son essence est suprême.
Rien ne lui est extérieur.
Il est la cause da la masse immense de la douleur, comme de l'apparition de tous les bonheurs.
Rien d'autre que lui n'existe pour ceux qui, désirant la libération, souhaitent voir disparaître l'infini des douleurs et obtenir le bonheur de l'illumination.
L'esprit résolu et paisible, il faut, avec toute l'énergie possible, s'assimiler son essence.



Longchenpa :"LA LIBERTE NATURELLE DE L'ESPRIT" édition du Seuil
l'ouverture de la réalité absolue créatrice de toute choses, est le champ du déploiement spontané du coeur de toutes choses, car son essence est lumineuse et sa compassion incessante. De ce fait, elle est toujours spontanément accomplie. La réalité absolue est la dimension unique où l'on ne peut imaginer le moindre atome d'un phénomène étranger à sa nature spatiale. Les phénomènes composés, vides bien qu'apparents, s'élèvent en tant que prodige magique de la réalité absolue, comme le jeu de la nature spontanément présente. Ainsi, l'univers et les êtres, l'existence phénoménales et mêmes les bouddhas des trois temps ne peuvent être imaginés d'une autre nature. Depuis toujours incréé, leur nature est absolument pure. Soudainement déliée, la reconnaissance de l'essence se libère. Nul besoin d'effort car elle transcende causes et conditions. Cette nature n'est ni identifiable à l'autre ni au tout, quelles que soient ces étiquettes, qu'un seul instant vous les examiniez : il n'en demeurera rien car elles sont vides par essence. Être et non-être sont l'intellect, or le Corps absolu en est libéré !.....Bien que ne se départant pas de l'unique réalité absolue immuable, les choses apparaissent comme des formes variés, incessantes et individualisées....


...Ainsi, tous les phénomènes de l'existence apparente, du samsâra comme du nirvâna,
Sont originellement non nés et primordialement égaux.
Sans véritable existence ni cessation, ni éternels ni néants, sans allées ni venues ;
Bien qu'en l'espace de la réalité absolue sans limites ni dualité
Ils apparaissent distinctement dans leurs compositions variées,
A l'instant même de leur apparition, leur nature est sans complications.

L'extérieur n'a pas de réalité, n'étant qu'un mode de perception de l'esprit,
L'esprit n'étant point, les phénomènes qui en surgissent n'existent pas davantage.

Perçus sous l'aspect des cinqs objets des sens, ils sont comme l'impression de voir des cheveux coupés devant les yeux.
Sans exister, ils se manifestent, mais les tenir pour duels est tromperie !
Lorsqu'en rêve vous vous voyez encerclé
Par une bande d'éléphants illusoires,
Vous êtes terrorisé, prenant pour autre ce qui vient de vous.
Cependant, existent-ils ailleurs qu'en votre esprit ?

A cet instant, puisqu'il n'existe rien, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur,
Ceux qui reconnaissent la nature des phénomènes lâchent leur peur qui se libère sur place ;

Par contre, tenant pour duel ce qui ne l'est pas
Les ignorants s'accrochent à leur "vérité" et s'égarent dans l'existence.
Les sages, quant à eux, reconnaissent l'indivisibilité des perceptions duelles
Et se libèrent de la nature du samsâra en dépassant la souffrance.

Kyé ho! Ces apparences sont primordialement non nées,
Bien que multiples, elles restent indifférenciées comme les reflets dans un miroir.
Leur expression vide n'est pas distincte de leur apparence,
Et comme l'eau et l'humidité, elles ne font qu'un.

Illusions sans limites, pareilles à une cité magique,
Qui même nées, ne sont jamais venues à l'être,
Elles paraissent stables mais sont le Corps absolu qui ne repose sur rien.
Leur cessation n'empêche pas qu'elles soient incessantes, sans pour autant croître ni décroîte.
Ainsi donc, de quelque manière qu'elles apparaissent, elles n'ont pas d'existence réelle.
Toute analyse de l'apparence conclut de son absence d'essence,
Qui est l'état de Samantabhadra, unité libre depuis toujours.

Ces phénomènes sans fondement, sans origine ni substance,
Vous ne pouvez croire qu'ils sont "ceci" car ils ne sont pas identifiables (étiquetables).
A l'instar du ciel, ils sont vides, car il est inconcevable qu'ils aient un créateur.
Finies les préoccupations du style "qu'est-ce donc ?", "c'est le tout", "c'est ceci !"
Bien que vous puissiez adhérer à des philosophies partiales
Et que nombreuses soient les vues, les méditations et les modes d'action,
Il est difficile de percevoir le contenu naturel de l'esprit !



HYMNES DE ABHINAVAGUPTA Lilian Silburn - Éditeur : Collège de France -institut de Civilisation Indienne Dépositaire exclusif : De Boccard Édition-Diffusion 11, rue de Médicis 75006 PARIS
Yeux entr'ouverts, pensée immobile, regard fixé sur la pointe du nez, soleil et lune (souffle inspiré et expiré mais aussi la dualité en son intégralité) parvenus à se fondre dans l'intime spontanéité du triple mouvement, il atteint la Réalité, ce domaine essentiellement lumineux, dépourvu de toute extériorité, Être unique, éminent, Essence suprême; que dire ici de plus.... Le yogin voit tout à coup à l'intérieur de son propre soi un objet quelconque ou le monde environnant qu'il appréhendait auparavant comme extérieur à lui et il le voit en outre en son essence indifférenciée (nirvikalpa). En d'autres termes, sa propre nature commence à lui apparaître sous l'aspect d'un substrat actif universel (adhisthatr) gouvernant le monde entier dont elle forme la réalité sous-jacente. ...Ksemaraja : Au bout d'un millier de renaissances, ayant reconnu sa propre essence extraordinaire et pleine d'une éminente félicité, il arrive que soudain le fil de toutes ses activités se brise, et le roi des yogins atteint la Bhairavimudra; les yeux fixes (fixe, car il n'y a plus à diriger le regard ici et là, d'où l'attitude de la surprise, tout est donné dans un éternel présent.), il contemple émerveillé la masse des êtres qui jaillit de l'éther de sa conscience et s'y résorbe, à la manière d'une multitude de reflets apparaissant et disparaissant à la surface d'un miroir.

....Qu'y a-t-il en effet de plus difficile que de faire apparaître en Lui, lumière par nature, la négation de la lumière au moment même où sa nature essentielle de lumière consciente brille sans interruption ? Une telle oeuvre de Sa libre énergie semble impossible aux êtres limités que nous sommes.



LA PERFECTION DE SAGESSE Soutras courts du Grand Véhicule suivis de L'enseignement d'Akshayamati traduit du tibétain par Georges Driessens sous la direction de Yonten Gyatso Édition du Seuil
...C'est ainsi : l'entrée dans la connaissance inépuisable de l'enseignement des héros pour l'éveil selon laquelle tous les composés sont impermanents, tous les composés sont souffrance, tous les phénomènes sont dépourvus d'un soi, l'au-delà des peines est la paix. Quel est le sens de l'impermanence ? Ce n'est pas l'inexistence, la non-formation, la destruction des choses. L'impermanence a pour sens le non-soi des phénomènes : parce qu'ils sont isolés d'une nature propre, il n'existe aucune destruction. Telle est la signification de l'impermanence. Quel est le sens de la souffrance ? L'absence de soi est le sens de la souffrance, la fin de la joie est le sens de la souffrance, l'absence d'aspiration est le sens de la souffrance, l'enseignement du mot souffrance est le sens de la souffrance, l'expression de l'espace est le sens de la souffrance. Voilà ce qu'on appelle sens de la souffrance. Quel est le sens du non-soi ? Non-soi signifie insignifiant, creux, non-substantiel, vide; le sens du vide est le sens du non-soi. Voilà ce qu'on appelle sens du non-soi. Quel est le sens de paix ? La paix n'est pas apaisement en raison de la paix, la paix elle-même est paix. La non-paix n'est pas non-paix en raison de la paix : la paix a pour sens l'apaisement de tous les signes. Voilà ce qu'on appelle paix. La paix est l'au-delà des peines, voilà ce qu'on appelle paix. Tel sont, Vénérable Sharadvatiputra, les quatre inépuisables résumés de la Doctrine des héros pour l'éveil.



LAO TSEU - TAO TE KING
La vérité (Tao) que l'on veut exprimer
N'est pas la vérité absolue.
Le nom qu'on lui donne
N'est pas le nom immuable

Vide de nom (Non-être, néant)
Est l'origine du ciel et de la terre.
Avec nom (Etre)
Est la mère des multitudes d'êtres (La création sous toutes ses formes).

Le vide de l'être
Médite la racine de toutes choses.

L'être
Considère ses manifestations.

Tous deux sont un
Mais par leurs noms diffèrent.

Un qui est secret
Mystère du mystère

Porte secrète des mystères.


Plein du seul vide
Ancré ferme dans le silence
La multiplicité des êtres surgit
Tandis que je contemple leurs mutations.

La multiplicité des êtres
Fait retour à sa racine.
Revenir à sa racine
C'est atteindre le silence (La quiétude).
Le silence permet de trouver son destin.
Retrouver son destin renoue avec le ferme (La constance).
Renouer avec le ferme amène l'éveil.
Ne pas connaître l'éveil
Conduit à la confusion.

Connaître l'éveil
Ouvre à l'impartial
L'impartial s'ouvre sur l'éternel
L'éternel coïncide avec le tao
Qui fait un avec la voie du tao
Rien ne peut l'atteindre
Même la mort.



TCH'AN - ZEN RACINES ET FLORAISONS HERMES Édition des Deux Océans HOUANG-PO de la transmission de l'esprit extraits du Wan Ling Lou
Qu'est-ce que le Bouddha ? (L'Absolu)
L'Esprit est le Bouddha. La cessation de toute pensée conceptuelle est la Voie. Si nous cessons de soulever des concepts et de penser en fonction d'être et de non-être, de long et de court, d'autrui et de soi, d'activité et de passivité, etc..., nous verrons que notre Esprit est intrinsèquement le Bouddha, que le Bouddha est intrinsèquement l'Esprit et que l'Esprit est semblable à un vide (Entendant par là l'intangibilité et non pas une simple négation)....
...Quand tous les Bouddhas se manifestent dans le monde, ils ne proclament rien d'autre que l'Esprit Unique . Ainsi, le Bouddha Gautama transmis silencieusement à Mahâkâsyapa la doctrine de l'Esprit Unique, qui est la "substance" de toutes choses, qui est de même étendue que le Vide et qui remplit tout le monde des phénomènes.



textes Dzogchen Tibétains traduits par Philippe Cornu - LA LIBERTE NATURELLE DE L'ESPRIT - Édition du Seuil
Montik Trengwa :
Dans une telle réalité absolue, il n'y a jamais eu d'illusion; le Corps absolu semblable au ciel est brusquement obscurci par des nuées d'êtres sensibles...

Thelgyour :
Ne reconnaissant pas l'un, au sein de la pureté primordiale, on ne reconnaît pas la réalité absolue, et en vertu de cette cause surgit l'appropriation. Ce support imaginaire, au niveau des couleurs, constitue les causes et les conditions d'une subtile division, par lesquelles le karma samsârique se concrétise.



Patrul Rinpoché - "Le Docte et Glorieux Roi" traduit du tibétain par Jean-Luc Achard - édition Les Deux Océans
....les manifestations et l'esprit deviennent la Grande Liberté de la Base et tout ce qui émerge apparaît comme le jeu du Corps Absolu : il n'y a ni objet à méditer ni acte de méditation.

une autre vision du monde

Cette unique lumière Consciente et Vivante, consciente d'elle même, libre et infinie, par jeu et par sa toute puissance en masquant sa conscience d'elle-même manifeste l'univers.
Séparation progressive sans en être une, tout se passant toujours dans le soi.
Séparation du sujet et de l'objet, multiples sujets séparés faces à un monde extérieur fragmenté, pluriel, jeux d'ombres et de lumières se détachant sur l'unique fond indifférencié.

Les autres humains, animaux, je les crains, le monde extérieur me stresse, peut me tuer, survivre, résister, tension extrême.

Une seule conscience universelle infinie qui fulgure, oscille se contracte et se dilate.




Ici un témoignage sur la non-dualité à lire absolument


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