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LETTRE OUVERTE
destinée à
  • Monsieur Kader Attia artiste exposant
  • Monsieur Thierry Raspail Directeur artistique
  • Monsieur Thierry Prat régisseur artistique général
  • Messieurs Jérôme Sans et Nicolas Bourriaud Commissaires de la biennnale

Cette lettre a été envoyée par la poste aux organisateurs :


Je vous transmets cette protestation concernant l'oeuvre de Kader Attia « Flying Rats » exposée pour la biennale de Lyon à la Sucrière du Du 14 septembre au 31 décembre 2005.

Elle consiste en une volière géante où jouent - ou jouaient - 45 enfants, à la marelle, au toboggan, au poirier, aux billes, leurs petits cartables posés sur le sol, leurs tabliers à carreaux encore boutonnés. Enfants-mannequins faits de chiffons et de céréales, inanimés, mais comme vivants. Pas tous pourtant, car de certains, il ne reste qu'un short, des baskets. Parce que l'enclos est également une volière peuplée de 150 pigeons, de vrais pigeons qui peu à peu picorent et dévorent les enfants-céréales.

Je suis contre l'utilisation d'animaux vivants lors d'une exposition d'art. Ceux-ci tenus en captivités pendant toute l'exposition, stressés par les nombreux spectateurs.
Certes cette utilisation est devenue courante dans l'art contemporain; Broothaers a introduit un perroquet vivant dans son exposition “ Ne dites pas que je ne l’ai pas dit ” ( 1974, Anvers, Wide White Space Gallery), Nam Jun Paick des poissons rouges dans son Vidéo Fish ( 1979, Col MNAM- Centre Pompidou). Plus près de nous, Wim Delvoye a exposé des cochons vivants et tatoués, Maurizio Catalan un âne, Bustamante des oiseaux, Ping des insectes, Eduardo Kac avec Alba une lapine transgénique blanche ayant reçu un gène de méduse responsable de la synthèse d’une protéine fluorescente et son canaris trans-espèces oeuvre-dispositif créé en collaboration avec Ikuo Nakamura présenté publiquement du 21 octobre au 11 novembre 1994, simultanément au centre pour l'art contemporain de l'université du Kentucky à Lexington, et à la « Science Hall » de New-York.

Les ready made de Duchamp avaient démontré que le musée ou l'exposition était l’ instance légitimatrice, capable de transmuer en art n’importe quel objets, mais n'est-ce pas un peu facile d'utiliser des animaux, comme dans un cirque, pour traiter de l'expérience du temps ? N'importe quel montreur d'animaux de foire ne réussirait-il pas à nous insérer dans un temps subjectif concentré et intense, « l'instantanéité », surtout si les animaux montrés sont perçus comme dangereux par le spectateur. Cette oeuvre joue donc sur un effet facile et est éthiquement douteuse en utilisant des animaux vivants.

Mais ce n'est pas n'importe quel animal qui a été choisi mais le pigeon des villes et là c'est plus grave car cet oiseau est déjà très « chargé » négativement dans l'inconscient collectif.
Dans une oeuvre de ce genre le discours que l'artiste porte sur sa création fait corps avec , en est inséparable. Ce discours contribuant très fortement à la formation de l'émotion esthétique chez le spectateur en orientant sa vision vers certains archétypes universels, certains détails du discourt faisant également surgir à la surface de son esprit, comme une brume un matin d'automne, le parfum d'émotions ressenties autrefois.

Avant d'analyser sommairement le contenue des propos de l'artiste il nous faut situer son contexte idéologique. Ce texte ancien que j'ai rédigé en d'autres circonstances précisera clairement le problème :



(1*) : On entend partout que les pigeons des villes sont dangereux, vecteurs de germes, porteurs de maladies transmissibles à l'homme. Mais est ce bien vrai ? En fait cet oiseau n'est pas plus contagieux que n'importe quel animal et cette mauvaise réputation faite au pigeon relève plutôt d'une phobie collective.
Les meilleurs experts sont formels pour déclarer que le pigeon des villes est non dangereux, comme exemple cette lettre du Docteur Philippe de WAILLY, Membre de l'Académie Vétérinaire de France, Président de la section ornithologique du G.E.N.A.C. (Groupe d'Etude des Nouveaux Animaux de Compagnie) et Président de I.W.P.F France :

Nul ne saurait nier l'existence de maladies graves chez les merveilleux pigeons de nos villes. Mais il convient d'affirmer que le plus gros pourcentage de mortalité chez eux est provoqué par des affections totalement et exclusivement spécifiques aux colombidés contre lesquelles les vétérinaires se trouvent souvent impuissants: variole du pigeon, paramyxovirose B (qui se manifeste par des torticolis et des convulsions), enfin l'herpès virus 1 (PH V 1) dont les signes cliniques sont sinusites, abattement, paralysie. Aucune de ces maladie n'est susceptible de provoquer le moindre malaise chez les humains. On signale, certes, quelques cas d'ornithose ou de salmonellose, mais ne risquons-nous pas d'attraper le pyocianique ou le staphylocoque doré dans le métro ou dans certaines salles hospitalières ? J'en connais des exemples bien précis. Certaines personnes sont allergiques aux plumes, ce qui se manifeste par des rhinites ou des troubles asthmatiques. Ce sont, plus fréquemment, les acariens des duvets de literie qui sont à l'origine de ses désagrément, bien plus que les pigeons vivants dans nos villes. Beaucoup moins que les pollens ou les poussières. Arrêtons donc de considérer les pigeons comme les bouc-émissaires de nos maux. L'homme moderne n'a-t-il pas suffisamment désacralisé la nature et sa création pour encore inventer une victime sacrificielle sur l'autel de son injustice et de sa méchanceté.

Que dit Kader Attia sur « Flying Rats » par exemple sur le journal 20 minutes :

Pourquoi avoir créé une volière de pigeons « mangeurs d’hommes ?
C’est parti d’une anecdote. Enfant à Sarcelles, je me suis évanoui dans la cour de l’école. Quand j’ai repris connaissance, les pompiers m’ont demandé si j’avais vu les oiseaux ! Ne connaissant pas cette expression populaire, je n’ai pas compris ce qu’ils voulaient dire. Du coup, j’ai grandi avec cette phobie des oiseaux.

Que signifie ce titre, Flying Rats ?
C’est le nom donné aux pigeons aux Etats- Unis. Ils sont propres quand ils vivent dans les falaises. Ceux des villes, bourrés de maladies, constituent une dégénérescence de la race. La volière est une métaphore de la décrépitude de notre société, où l’homme crée des choses qu’il ne maîtrise plus. Cette œuvre, c’est pareil : elle est sous l’emprise des pigeons…

Comment va- t- elle évoluer ?
Les premières sculptures ont été dévorées en une semaine. On verra bien ce qu’il restera fin décembre…

Recueilli par Marc Héneau

Dans cet interview l'artiste invente, prend ses phantasmes pour la réalité; le pigeon des villes n'est pas une dégénérescence de la race mais au contraire sa sublimation, cet oiseau étant le fruit d'une sélection génétique multi-millénaire, un animal domestique abandonné par l'homme (un peu comme le cheval mais lui l'oiseau s'est échappé ...). D'autre part ses fameuses maladies sont fictives ............ Le nom de la création « Flying Rats » ou Rats-Volants en Français annonce la couleur sur les intentions de l'artiste. Le rat qui serait responsable des grandes épidémies des siècles passés ....... C'est aussi le nom que lui donnent certaines personnes haïssant cet oiseau dans les grandes agglomérations.
D'autre part l'artiste fait manger des enfants, symbole d'innocence, d'espoir, d'immortalité et de fraîcheur par les pigeons dans une mise en scène suggérant l'aspect diabolique, obscur du pigeon.
Mais ceci n'est-il pas voulu par l'artiste ? Et si l’art ne choquant plus, il perdait une de ses fonctions ?
Bien sûr, le choc est permis à l’art, il est même nécessaire, car nous avons besoin de thérapies. Mais s’il implique une violation symbolique, psychique ou physique d’autrui, alors non, tout n’est pas permis - Beat Sitter-Liver, professeur de philosophie pratique à l’Université de Fribourg.

Or cette mise en scène ne contribue t-elle pas à persuader ses spectateurs du dangers des pigeons ? Et en vertu de la loi dite de l'effet papillon (théorie du chaos) qui énonce que les battements d'aile d'un papillon en Amazonie peuvent provoquer par une série d'évènements un cyclone en Asie, cette création ne risque t-elle pas d'inciter la population à massacrer encore plus les pigeons des villes ? Ne va t-elle pas diaboliser les rares animaux vivants encore en liberté ? Les oiseaux n'en feront-ils pas les frais ? Ceux-ci étant présentés à notre époque comme dangereux car pouvant transmettre des virus susceptibles de muter. Bref faire peur, avoir peur de la nature et préférer l'artificiel, plus contrôlé.

Je suis en phase avec cette déclaration de Sitter Liver : Quant à la liberté «intégrale» de l’art, selon le terme flou de Michel Thévoz (historien de l’art, ex-conservateur du Musée de l’art brut à Lausanne), je m’y oppose. Car il n’y a pas de liberté sans limite. L’art, comme toute action humaine, est lié à la nécessaire différenciation entre le bien et le mal.

Pour conclure cette oeuvre éveille en moi une émotion qui n'est pas du tout du domaine artistique, c'est l'écoeurement. Et je ne félicité pas les organisateurs de cette biennale d'être tombé dans le spectaculaire de mauvais goût.

Veuillez agréer mes très respectueuses salutations.

Le 26/09/05


- article sur le monde
- sur Lyon
- sur l'Humanité
- Creativtv.net
- Le Petit Bulletin
- www.biennale de lyon
- psychanalyse-et-animaux.over-blog.com





Le CV de l'artiste :


KADER ATTIA, nominé pour le PRIX MARCEL DUCHAMP 2005

Né à Dugny en 1970 et ayant grandi à Garges-les-Gonesses/Sarcelles, Abdelkader Franck Attia s'est toujours entendu dire "si le fascisme passe, tu seras le premier expulsé". Musulman, chrétien et juif, son nom est à l'image de son identité ; ou plutôt de ses identités.

Elevé dans l'univers cosmopolite et pluriculturel des cités à fortes communautés noire africaine, maghrébine, musulmane et juive, il travaille dès l'âge de onze ans sur les étalages du marché de Sarcelles où l'on vend des kilomètres de tissus aux noms de rêves : "Pamela", "Sue Helen", "Lucie" etc...

C'était au début des années 80, que David, son patron, lui apprend à observer tout ce qui bouge autour de lui. Il baigne jusqu'à l'âge de 15 ans dans cet univers humain de brassage, de rencontre et d'échange qu'est le marché. Contrairement à cette fourmilière, le collège est source d'ennuis. Mais comme beaucoup d'enfants de son âge, Attia s'évade pendant les cours en dessinant sur les coins et la marge de ses copies. Après l'avoir vu reproduire à l'identique des paquets de cigarettes "Marlboro rouge" son professeur de dessin l'emmène aux "portes ouvertes" des Arts Appliqués de Paris. Dès lors Attia trouve un écho à ses rêveries et une motivation aux études, car pour entrer dans une école d'art, il faut avoir son bac, qu'il obtiendra.
Après avoir obtenu le diplôme de l'école Duperré (1993) et un passage d'un an aux "Beaux Arts" de Barcelone (1994), il part pour deux ans au Congo. Le contact avec l'élégance et l'exubérance de la sculpture ancienne et contemporaine d'Afrique centrale le marque et l'éveille. Il retourne alors à Paris en 1997 et réalise "la Piste d'Atterrissage" (2000), diaporama sur la vie des transsexuels algériens exilés à Paris au moment où la guerre civile fait rage dans leur pays.

Dès lors ses créations oscillent entre l'installation ("La machine à rêve" Biennale de Venise 2003 et "l'Atelier clandestin" Art Basel Miami 2004), la vidéo ("Shadow" Vidéo Zone, Tel Aviv 2004) et la photographie ("Alter Ego" Sketch Gallery Londres 2005). Ses récents projets comme "The Loop" présentée à Art Basel 2005 ou "Fortune Cookies" à Canton en Chine témoignent de l'éclectisme de son travail. A Bâle, il installe un chapiteau de cirque, dans lequel des break dancers font face à un derviche tourneur et à un DJ pendu. En Chine, il présente des oeuvres plus conceptuelles : après avoir racheté aux enchères de Bobigny un restaurant Chinois parisien qui avait fait faillite, Kader Attia le renvoie dans son pays d'origine




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