LA GRANDE PERFECTION

Table des matières

Introduction
Relations et influences mutuelles entre le Bouddhisme tibétain et le Sivaïsme non-dualiste du Cachemire

Le Dzogchen le plus élevé des 9 VEHICULES tradition Nyingma
Conscience individuelle et sagesse
Les trois véhicules de libération dans le bouddhisme tibétain
La place du Dzogchen dans le vajrayana ou voie des mantra secrets :
Comment entrer dans l'intériorité mystique du Dzogchen ou Mahamudra :
Patrul Rinpoché le chemin de la grande perfection
La transmission de l'influence spirituelle (ou grâce) dans le bouddhisme tibétain
Les voies de la délivrance, la transmission de la grâce (ou influence spirituelle) et le maître dans le sivaïsme non-dualiste du Cachemire

Base universelle, ignorance, êtres et karma
Le karma des vertus libératrices, les moyens de se libérer du samsara
La prière de Samantabhadra
Vue et vacuité par Longchen Rabjam

Le Dzogchen et ses pratiques :
Vue, méditation et résultat de l'apprentissage de la grande perfection
Méditation sur le sens de la vue selon Longchenpa
Les trois divisions de l'Atiyoga
La pratique principale des Trois Séries dans le Dzogchen :
Vue d'ensemble du Dzogchen
Points clefs du Dzogchen:
Points clefs du corps en méditation :

DZOGCHEN : TREKTCHEU ET THEUGUEL
La méditation du men-ngag-de
Citation de Padmasambhava
Les quatre conduites du pratiquant dzogchen
Trektcheu ou trancher radicalement la perception dualiste
La véritable voie, introduction à la réalisation

VUE ET MEDITATION
Notions sur le sivaïsme non-dualiste d'Abhinavagupta
Le chant du vajra
Citation de Gourou Rinpoché :
Abhinavagupta hymnes Quête de la réalité ultime
Sur le vide et la métaphore du miroir dans le sivaïsme non-dualiste du Cachemire
Le sivaïsme non-dualiste et les trois ignorances :
Chiné ou Népa (calme continue) : (tib : zhi gnas, sansc : samatha) ou dans la paix (chi) l'esprit demeure (né)
Citation de Guru Rinpoché (Padmasambhava)
Les cinq sagesses dans le dzogchen
Sur l'énergie dans le dzogchen
sur la vue dans le sivaïsme non-dualiste du Cachemire
Quelques éléments de cosmogonie dans le dzogchen et selon la tradition tibétaine :
Quelques éléments de cosmogonie dans le sivaïsme non-dualiste du Cachemire
Lhaktong ou Miyowa (vision profonde) (tib : lhagmthong, sansc : vipasyana). Supérieur (lhak) capacité à voir (tong) ou état immuable qui ne peut être perturbé ni conditionné
Nyamnyi ou équanimité, état dans lequel tout a un seul goût
Illusion et liberté dans le sivaïsme non-dualiste
Trektcheu la pureté primordiale
Le testament de Dga'-rab rdo-rje frapper l'essence en trois stances

LES CONSEILS POUR QUE CEUX DE CAPACITÉ MOYENNE SE LIBÈRENT DANS LES BARDOS
L'Essence des joyaux, les Instructions essentielles de la liberté naturelle de l'égalité selon la Grande Perfection

LE FRUIT OU LA REALISATION ULTIME
Réalisation des voies, étapes et visions de dzogpa chenpo
Accomplissements de la réalisation au moment de la mort
Les corps de bouddha et les sagesses primordiales dans le dzogpa chenpo
Accomplissement du résultat, les corps de bouddha et les sagesses primordiales de la bouddhéité dans les soutras et tantras du mahayana
Longchenpa la liberté naturelle de l'égalité
L'éveil ultime dans le Dzogchen
Abhinavagupta hymne à la gloire de l'absolu
Extraits de texte du sivaïsme non-dualiste sur l'éveil ultime

BIBLIOGRAPHIE
Bibliographie sur le sivaïsme non-dualiste
Bibliographie sur le Dzogchen et le bouddhisme tibétain





Tantra de Kunched Gyalpo :
« Les bouddhas et les êtres, et les existants phénoménaux du monde et des êtres sont apparus de la nature de l'esprit (l'esprit illuminé), le créateur universel (le Seigneur). Quiconque les conceptualise autrement n'a pas l'opportunité de me rencontrer, le créateur universel. »

Selon le Moutik Trengwa :
Le Corps absolu semblable au ciel est brusquement obscurci par les nuées des êtres sensibles. Bien que la réalité absolue ne soit pas illusionnée, elle se manifeste à l'esprit à la manière de l'illusion, au premier instant des causes et des circonstances.

Selon le Dordjé Sempa Nying gi Mélong :
Tous ces êtres sensibles des trois domaines se sont égarés partout hors de la base qui n'est rien, cette base qui par essence est vide, par nature est lumineuse, et dont la compassion est la capacité d'apparaître aux êtres sensibles.

Selon le Rangshar :
Bien avant que n'existe le moi, la base, appelée, base de la grande pureté primordiale, se présente sous le triple mode de l'essence, la nature et l'énergie. Son essence est une sagesse immuable et incessante appelée, condition naturelle du corps du vase de jouvence ; sa nature est la manifestation incessante des cinq lumières ; et les apparences de son énergie compatissante sont tel un ciel sans nuages.

Selon le Thelgyour :
Dans la sagesse de l'essence primordialement pure, l'existence du terme ignorance est impossible. Les nombres un et deux n'ont aucun sens. Analysez-la, elle n'est ni existante ni inexistante ni accomplie. Cette réalité absolue qui ne se démultiplie en rien n'existe même pas en tant que sagesse.
...
Ne reconnaissant pas l'un, au sein de la pureté primordiale, on ne reconnaît pas la réalité absolue. Et en vertu de cette cause surgit l'appropriation. Ce support imaginaire, au niveau des couleurs, constitue les causes et les conditions d'une subtile division, par lesquelles le karma samsarique se concrétise.


LONGCHENPA

Originellement vide et sans origines, la nature de l'esprit est l'état de Bouddha spontanément présent et incréé. Tel il se présente et tel il demeure dans l'égalité. Sans commencement ni fin, immobile et immuable dans l'avant et l'après, sans spéculations ni partialité, il transcende tous les voiles des déviations. En lui, point de niveaux de progression ni de voies à parcourir. Là où il n'y a pas de substance, toutes les velléités d'entraînement et de progression s'épuisent à vouloir corriger le ciel ! La Sagesse née d'elle-même, libre de tout artifice corrupteur, n'a jamais pu être souillée, tel l'océan où se mire la lune. Pur et impur sont le vaste déploiement de l'espace unique, telle est la dimension abyssale de l'intention essentielle très profonde. L'ouverture de la réalité absolue créatrice de toutes choses, est le champ du déploiement spontané du cœur de toutes choses, car son essence est lumineuse et sa compassion incessante. De ce fait, elle est toujours spontanément accomplie. La réalité absolue est la dimension unique où l'on ne peut imaginer le moindre atome d'un phénomène étranger à sa nature spatiale.

Les phénomènes composés, vides bien qu'apparents, s'élèvent en tant que prodige magique de la réalité absolue, comme le jeu de la nature spontanément présente. Ainsi, l'univers et les êtres, l'existence phénoménale et même les bouddhas des trois temps ne peuvent être imaginés d'une autre nature. Depuis toujours incréée, leur nature est absolument pure. Soudainement déliée, la reconnaissance de l'essence se libère. Nul besoin d'effort car elle transcende causes et conditions. Cette nature n'est ni identifiable à l'autre ni au tout, quelles que soient ces étiquettes, qu'un seul instant vous les examiniez, il n'en demeurera rien car elles sont vides par essence. Être et non-être sont l'intellect, or le Corps absolu en est libéré ! Ce n'est ni séparé ni autre car il n'y a pas d'attachement à ce qui émerge.

Dans la nature de l'un, semblable à l'espace, se manifestent les nombreux systèmes philosophiques de l'intellect discriminant, et tous se réunifient dans cet esprit d'éveil de la Grande Perfection. A la manière du ciel, il embrasse tout et, en se déployant, il devient le vaste lieu d'origine de tous les phénomènes. Tous les phénomènes variés étant son jeu égal et parfait, bonheurs et peines, hauts et bas sont illusoires, comme la forme de la lune reflétée dans l'eau. Puisqu'ils apparaissent sans vraiment exister, rien en eux n'est obscurcissant. Tel est l'état non duel de la perfection spontanée. Bien qu'apparaissant de la sorte, puisqu'ils n'ont aucune réalité, causes et fruits, indistincts, sont dénués de toute surestimation ou sous-estimation. Ceux qui suivent les véhicules attentifs aux préceptes des vertus et des vices jamais ne rencontreront le sens authentique. Au niveau ultime, quand se manifeste la pureté primordiale non née, elle est inimaginable et dénuée des élaborations du sujet et de l'objet.

Shantideva « La marche vers l'Éveil » (Bodhicaryavatara)

LA PRISE DE LA PENSÉE DE L'ÉVEIL

Je me félicite du bien fait par tous les êtres, grâce auquel ils échappent aux souffrances des lieux de tourment ; qu'ils soient heureux ! Je me félicite que les êtres accumulent des mérites, car c'est pour eux la cause de l’Éveil, et qu'ils soient définitivement délivrés du cycle douloureux des existences. Je me réjouis de l’Éveil des Bouddhas et des degrés de réalisation de leurs Fils, les Bodhisattvas. Je me réjouis des pensées vertueuses, vastes et profondes comme la mer, tournées vers le bonheur des êtres, et des actes qui réalisent leur bien. Je supplie, les mains jointes, les Bouddhas de tout l'univers : qu'ils allument le flambeau du Dharma pour les égarés qui tombent dans le gouffre de la douleur.

Le testament de Garab Dorje : Frapper l'essence en trois stances

A la confiance en la réalisation du discernement naturel, hommage soit rendu !
Puisque ce discernement qui n'est point établi en tant qu'existence, et qu'il exprime le mode d'émergence de manifestations naturelles sans aucune entrave, alors l'intégralité de l'existence manifestée apparaît comme le champ pur du Corps Absolu, en une émergence qui se libère directement en nous-mêmes. C'est la fusion de la Contemplation de tous les Bienheureux et son contenu.

La Vue est le grand abîme infini, la méditation, rayons de connaissance et d'amour et la conduite, enfançon des Vainqueurs. En pratiquant ainsi de la sorte, on obtiendra le plein Éveil en une seule vie et sans effort. Quel délice même si cet Éveil n'est pas accompli ! Ce grand abîme infini qu'est la Vue. Frappe ainsi l'Essence propre au principe des Trois Stances.

Tout d'abord, laisse ton esprit détendu, sans projeter ni rassembler, sans pensées discursives, en demeurant libre dans cet état de détente, hurle soudainement un Phat qui frappe l'intellect, brutal, féroce et bref ! Quelle merveille qu'il n'y ait rien qui soit si ce n'est cette hébétude. En cette hébétude est une transparence, une transparence qui jaillit, indicible, reconnais qu'elle est le discernement du Corps Absolu ! Tel est donc le premier point essentiel, la confrontation directe à ta propre Essence.

Ensuite, que tu demeures dans le mouvement ou dans le calme, que tu sois en colère ou attaché, joyeux ou triste, en tous moments et toutes situations, identifie le Corps Absolu que tu as reconnu, unis la Claire-Lumière fille à la mère qui t'es déjà familière et demeure ainsi dans l'indicible état du discernement. Détruis encore et encore le calme (sans pensée), la félicité, la clarté et les projections, hurle soudainement la syllabe des moyens (habiles) et de la connaissance (Phat) de telle sorte qu'accès-à-l'égalité (méditation) et après-obtention (occupations quotidiennes) ne soient plus distincts et qu'il n'y ait plus de différence entre sessions et intervalles entre les sessions. Demeure continuellement dans cet état d'indifférenciation et tant que tu n'auras pas obtenu la stabilité, rejette les distractions, chéris la méditation. Et découpe ton accès-à-l'égalité en sessions, en tous moments et toutes situations, préserve le flot unique du Corps Absolu et sois certain qu'il n'est d'autre chose en dehors de cela ! Tel est donc le second point essentiel, l'acquisition de la certitude directe.

Que cela soit dans l'attachement ou l'aversion, la joie ou la souffrance, toute cette soudaine discursivité ne laisse aucune trace dans l'état de la reconnaissance. En identifiant le Corps Absolu exprimant la liberté, à l'image de dessins faits sur l'eau, le flot de l'émergence et de la liberté naturelles est sans entrave et tout ce qui émerge devient la. nourriture crue du discernement-vacuité. Tout ce qui est pensé est le dynamisme du souverain du Corps Absolu jaillissant en une merveille naturellement pure et sans trace. Le mode d'émergence des pensées est certes semblable au précédent mais la différence dans la manière dont elles se libèrent est très grande. Sans cela, la méditation court sur la voie de l'égarement, mais si ceci nous anime, l'on jouit de l'état du Corps Absolu sans même méditer. Tel est le troisième point essentiel, la confiance directe en la Liberté.

Introduction

Je présente ici la tradition tibétaine mystique appelé Dzogchen. Ce bref aperçu est articulé autour d'un court enseignement Dzogchen traditionnel et oral. Pour expliciter celui-ci je donne des extraits d'ouvrage en langue française sur le sujet (cadre rouge). Je présente aussi à titre de comparaison la tradition sivaïte non-dualiste du Cachemire (cadre bleu) en citant également des ouvrages en langue française dont principalement ceux de la regrettée Lilian Silburn, Directeur de recherche au C.N.R.S. initiée à cette tradition. Pourquoi cette comparaison ? Ces deux traditions ont beaucoup de ressemblances, elles se sont longtemps influencés dans la région de l'Himalaya et expriment et visent la même Réalité. A la fin de ce texte vous trouverez une liste des ouvrages utilisés ou à consulter pour approfondir cette étude

Relations et influences mutuelles entre le Bouddhisme tibétain et le Sivaïsme non-dualiste du Cachemire

tiré du livre : Hymnes aux Kali la roue des énergies divines de Lilian Silburn

Dès le Rg Véda et à travers les millénaires se pose en Inde le même problème fondamental du rapport entre l'absolu et le relatif : Aditi, l'infini, la substance temporelle d'une part, et d'autre part, les douze aditya qu'elle a engendrés .C'est le Temps unique éternel, Feu terrible, secret, toujours présent et néanmoins en changement perpétuel, divisible en heures, secondes, tel que le chante le système Kalavada; ou encore Siva-Mahakala, l'éternité qui avale le Temps et, sous forme de yamantaka met un terme au restricteur-divinité de la mort; ou encore Rudra associé au feu qui consume intégralement l'univers; enfin la suprême Kali assoiffée de sang qui, en tant que Kalasamkarsini, détruit le temps et la mort, et néanmoins est source de douze ou seize kala.
Ces divers principes égrènent les choses dans le temps puis résorbent en leur propre essence ce qu'ils ont manifesté, permettant ainsi un retour à l'indivision originelle; le Tout semble se diviser sans fin, par jeu, mais à l'intérieur de lui-même, sans cesser d'être l'Unique Tout ne s'opposant à rien.
Pour les sivaïtes, Siva qui résorbe l'univers est Mahakala, 'Grand Temps', à savoir le Temps indivis considéré en son essence, et donc l'éternité même. Il joue dès les époques reculées un rôle considérable bien qu'ambivalent, car il se présente selon l'angle envisagé comme mort ou comme source de vie : mort et servitude pour l'ignorant sous l'aspect du temps qui ronge sans arrêt la vie humaine, mais pour celui qui le reconnaît en sa réalité, tourbillon ardent d'énergies divines que sont toutes ses puissances unifiées.
La roue du temps (kalacaka) chez les bouddhiste tibétains
Siva n'est donc pas seulement à l'origine du différencié et du temps destructeur, il est la Mort de la mort elle-même quand il dévore le temps. On le montre donc trônant au centre du monde que figure la roue des énergies conscientes.
Plus tard les bouddhistes reprendront ce symbole qui, entre le X et le XIII siècle, devint très célèbre au Tibet. Cette roue du temps, kalacaka, apparue si tardivement dans le bouddhisme du nord de l'Inde, doit avoir pour origine le Sivaïsme tantrique et, spécialement, le système Maharta-Krama.
Dans sa thèse 'Les bouddhistes cachemiriens au Moyen-Age', Jean Naudou met en valeur le prestige des maîtres bouddhistes cachemiriens auprès des tibétains et leur rôle primordial dans la transmission de la doctrine du kalacaka au Tibet : la 'Roue du temps' jusque-là réservée à de rares initiés commence à se répandre dans l'Inde d'abord puis au Tibet grâce à trois cachemiriens. Ainsi le cachemirien Somanatha qui appartenait à une famille brahmanique se convertit au Bouddhisme et étudia au Cachemire auprès d'un brahmane, excellent érudit, Suyaketu. C'est lui qui prêcha au Tibet à la fin du XI siècle le kalacakra et traduisit en tibétain les principaux textes du cycle du Kalacakra. A Naropa est due, entre autres traductions, celle du Srimatidevimahakaliguhyasadhana dont le titre 'Pratique ésotérique sur la grande Déesse Kali' est significatif. En outre deux textes sivaïtes, le Svarodayatantra d'un millier de stances où dialoguent Siva-Bhasmesvara et la déesse Parvati, et le Svarodayalagnaphalopadesa furent traduits en tibétain par le cachemirien Jayananda avec filiation sivaïte à l'appui : Sri Mahesvara, Hayagriva, Brahman, Somanandanatha, Utpalanatha, Guhyalaksmana, Mantrabhatta ou bhadra et Abhinavaguptaratna, Sankarabhadra, puis sont énumérés quatre autres maîtres jusqu'au traducteur Jayananda. Somananda, Utpala et Laksmanagupta sont bien connus comme prédécesseurs d'Abhinavagupta dans la branche Pratyabhijna.
Il est hors de doute que les partisans du Krama et les Bouddhistes Vijnanavadin et Madhyamika baignaient dans une même atmosphère. Nous n'ignorons pas d'autre part les échanges entre Trika et Yogacara. Abhinavagupta étudia auprès de maîtres bouddhistes célèbres afin d'apprendre directement leurs doctrines philosophiques dont il réfute certaines thèses dans sa glose à l'Isvarapratyabhijnakarika d'Utpala, tout en reconnaissant ce qu'il leur doit. Mais avant lui le Krama subit en profondeur l'influence des Bouddhistes pour exercer ensuite la sienne sur le Bouddhisme tantrique en général. Durant des siècles la zone de leur mutuelle influence semble être l'Audyana, car c'est dans cette portion du Cachemire nommée Audyanapita que prit naissance l'Auttaramnaya dont parle Mahesvarananda, tradition issue de l'une des cinq bouches de Siva, celle du nord, le Vamamarga auquel le système Krama se rattache. D'après des études plus récentes, L'Audyana, Uddiyana ou Odyana correspondrait à l'actuel Swat, région d'Ou-Tchang-na que traversait une route très fréquentée entre Asie et Inde, cette région constituant un centre bouddhiste important. S'il est permis d'identifier la vallée du Swat et l'Uddiyana, il faudrait y voir également le centre même de l'école Krama, car de l'Uddiyana était originaire Bhutiraja, maître très respecté d'Abhinavagupta à qui il enseigna la doctrine des mahasiddha.
Siva-mahakala, le grand Temps, a sa place toute désignée dans le symbole de la roue. Nous verrons l'énergie divine faire émaner d'elle le Temps puis le résorber après en avoir exprimer l'essence. Dans le Bouddhisme la roue figure avant tout la roue de la loi (dharmacakra) que fait tourner le Buddha et qui met fin à la roue du temps ou du samsara; mais cette dernière ne fait pas partie intégrante, à date ancienne, de sa cosmogonie et semble avoir été importée de l'extérieur.
Il suffit de parcourir le cocontractants dans sa version sanscrite pour constater les nombreuses affinités qu'il présente avec les Tantra sivaïtes tels qu'ils sont exposés par Abhinavagupta dans son Tantraloka, spécialement quant aux pratiques d'initiations, aux centres du corps et aux exercices du souffle.
Notre propos n'est pas de nous étendre sur les traits majeurs du système Kalacakra : la sextuple union ou les six manières (sadangayoga) de s'identifier à la suprême Réalité ou encore l'apparition de l'univers à partir d'une source unique, le buddha primordial (adibuddha), à travers cinq lignées (kula) d'émanation, chacune d'elles nommées d'après son buddha respectif. Par contre nous insisterons sur un point important non sans rapport avec l'étude des kali en examinant brièvement le rôle que joue le Buddha primordial omniscient qui perçoit toutes les choses exemptes de contradictions en sa forme kalacakra, principe ultime du système de ce nom. Deux stances d'un hymne que cite la Sekoddesatika de Naropa écrite en l'honneur de Kalacakra contiennent l'enseignement essentiel à ce sujet : « Exempt de commencement et de fin, le Buddha sans relation est l'adibuddha ayant pour aspects compassion et vacuité; c'est le Temps quand (son énergie) prend la forme de dissimulatrice. On le nomme Roue en tant que vacuité. Il est donc la Roue du Temps impérissable et sans dualité » . Kala est ensuite analysé syllabe par syllabe, ce qui donne avec l'aide de la glose : ka, la cause (karana) qui a pris fin en lui, le Sans-cause, lorsque le vikalpa n'est plus. La désigne la résorption (laya) de toutes choses à mesure qu'elles apparaissent. Ca signifie conscience instable (cala) et kra son processus (krama) que l'on réprime afin de faire d'elle une conscience illuminée (bodhicitta).
Kalacakra, la divinité, concerne donc tout, expliquant aussi bien l'apparition des choses que leur résorption dans la voie mystique, à l'image de Siva-Mahakala,, l'absolu sans-second. En tant qu'instrument créateur le Buddha primordial est le Temps, c'est par sa compassion infinie (karuna) et pour devenir objet cogniscible qu'il se manifeste dans le temps et dans l'espace sous l'aspect d'une roue immense (cakra, celle des existences sans fin, en déployant l'énergie qui sert à le cacher. Mais Temps et compassion sont également les instruments de sa révélation puisqu'ils permettent à l'initié de s'élever à Kalacakra grâce à une méditation sur le temps, la connaissance de l'impérissable félicité éloignant à jamais tout obstacle. Le Buddha sera alors appréhendé comme vacuité (sunyata), vide des imaginations que l'on forge à son égard.
Kalacakra est donc -quant au temps- la compassion universelle ou moyen (upaya) de sa révélation et -quant à la Roue du monde cogniscible- la sapience (prajna) qui a reconnu la vacuité universelle.
Comme le Krama le système Kalacakra distingue le Temps suprême, ou éternité, du temps relatif dont nous sommes esclaves.....

Krama : tradition sivaïte
Abhinavagupta : un des plus grand maître du sivaïsme non-dualiste

Le Dzogchen le plus élevé des 9 VEHICULES tradition Nyingma

Nyingma (rnying ma) : l'école ancienne issue de la première diffusion du dharma au tibet, elle s'y développa à la suite de Padmasambhava, ou Gourou Rinpoché, à partir du VIII siècle.
Durant la seconde diffusion du dharma au tibet au XI siècle de nouveaux enseignements, venant d'Inde, furent introduits Au cours de cette période vont naître d'autres grandes écoles du bouddhisme tibétain : les Kagyudpa (bKa'.rgyud..pa), les Sakyapa (Sa.skya.pa) et les Kadampa (bKa'gdams.pa) qui se réformèrent plus tard sous le nom des Gelugpa (dGe.lugs.pa)

  1. 3 externes

Refuge et bodhicitta

a) Hinayana ou petit véhicule

La vérité de la souffrance
La vérité de l'origine de la souffrance
La vérité de la voie pour éliminer cette souffrance
La vérité de la cessation de cette souffrance (nirvana)

Motivation personnelle, se libérer de la souffrance par soi-même et pour soi

b) mahayana ou grand véhicule

Cultiver l'esprit d'éveil. Désirer le parfait éveil pour accomplir le bien d'autrui
voir que tout n'est qu'esprit puis dépassant ce point voir que tout n'est que perception, voie du milieu, analyses métaphysiques qui tendent à montrer qu'il faut dépasser les concepts, la Réalité est bien au-delà.

c) vajrayana ou véhicule de diamant

  1. 3 internes

On rend un culte à une divinité extérieure, culte dualiste

La divinité est vue comme un maître dont est l'esclave

La divinité est vue comme une amie

La divinité est vue comme une esclave

  1. 3 secrets

Réalisation de la non-dualité

Les trois autres principales traditions du bouddhisme tibétain (Kagyudpa, Sakyapa et Gelugpa) présentent les trois voies secrètes comme suit :
- l'Anuttara-tantra qui se subdivise en trois sections : Pitryoyoga ou tantra père, Matryoga ou tantra mère et advityayoga ou tantra non-duel. Ce niveau correspond au Maha-yoga chez les Nyingmapa
- après commence le Mahamudra lui-même subdivisé en plusieurs sections qui correspondent à l'anu-yoga et au dzogchen chez les Nyingmapa.

Le monde externe est vu comme un palais divin, son contenue, c'est-à-dire les êtres vivants sujets conscients comme des divinités.

Le corps vu comme un palais divin avec des canaux dont le contenu est rempli de divinités

Présentation directe de l'éveil

Conscience individuelle et sagesse

Rangjoung Dorjé (III° Karmapa 1284-1339) - Le traité distinguant conscience individuelle et sagesse

Hommage à tous les bouddhas et à tous les héros pour l'éveil ! Après m'en être pleinement remis à l'écoute et à la réflexion, dans la solitude je me suis retiré afin de m'appliquer à la discipline de la méditation. Ce qui s'est fait jour de cette façon, je vais ici l'exprimer.

D'aucuns pensent que les trois sphères et tous les êtres de l'univers proviennent du soi, de l'autre, des deux ensemble, ou bien qu'ils n'adviennent de nulle cause. Certains soutiennent l'existence d'un créateur : Fortune, Shiva, Brahma ou Vishnou ; certains affirment l'existence extérieure de particules composant la matière ; certains encore allouent une vraie substantialité au niveau dit insaisissable de la matière. Telles seraient, selon eux, les sources de manifestation du soi et de l'univers. Seul l'Omniscient a enseigné que les trois sphères ne sont que l'esprit. Elles ne procèdent ni du soi, ni de l'autre, ni des deux et n'adviennent point sans cause. Tous les phénomènes se produisent en interdépendance : en essence, ils sont vides ; pareils à l'illusion magique, au reflet de lune sur l'eau, et tout à l'avenant, ils sont entièrement libres de l'un ou du multiple, entièrement dégagés du vrai ou du faux ; sachant cela, l'Omniscient l'a révélé aux êtres. Illusion et non-illusion, de quelle source proviennent-elles donc ? Tout comme, du miroir, on connaît son propre visage, et, de la fumée, on connaît la présence du feu, ainsi ai-je compris l'enseignement du mode interdépendant ; cette réalisation, je vais la décrire ici clairement.

Considérons les consciences des cinq portes. Ce qui fait naître les affects est l'acceptation ou le rejet des formes, sons, odeurs, saveurs et tangibles. Mais tous ces objets des sens, que sont-ils ? Les ayant examinés de manière excellente, ceux qui sont nantis de connaissance supérieure verront que, jusqu'aux atomes et particules, rien n'existe extérieurement, rien n'est autre que simple cognition. Si les objets sensoriels étaient, en substance, autres que la conscience, ils ne relèveraient point d'une similaire nature ; étant donné que la connaissance immatérielle, ainsi dépourvue de support, ne possède nulle capacité à engendrer la matière inanimée, il n'existerait non plus un lien de causalité entre les deux ; dans cette assertion, que les objets apparaissent de la conscience serait absurde, puisqu'ils n'auraient de relation d'aucune sorte. C'est pourquoi toutes ces diverses apparences ne sont nullement objets existant hors la conscience, mais adviennent purement en tant qu'expérience d'auto-connaissance. Jusqu'aux particules infimes, toute la manifestation est l'esprit. Cela signifie, que rien n'étant produit en qualité d'autre, extérieurement, que de créateur, tel Brahma, il n'y a point. Quant à la relation entre conscience mentale et phénomènes, elle est sur le mode de l'expérience onirique : tandis que la conscience dirigée vers eux les objective complètement, ils n'ont aucune véritable réalité. De cette manière, les apparences en leur infinie variété, objets et êtres, saisie du soi et diversité des aspects de connaissance, ne sont que les six consciences ; tout ce qui apparaît, si ce n'est point objet en vertu d'un autre, quel qu'il soit, alors n'est point non plus, ni sujet en vertu d'un soi, n'est point né des deux, ni de leur absence. C'est pourquoi, comme l'a dit le Vainqueur, existence cyclique et au-delà, en totalité, sont seulement l'esprit.

Il a enseigné que les causes, conditions et interdépendance sont les six consciences, la conscience voilée et la conscience-base universelle. Les six consciences sont contingentes de la condition objective, laquelle se constitue de six sortes d'objets, visuels et autres. Leur condition régente se constitue de six facultés, qui sont formes de lumière. Tous deux procèdent de l'esprit : la manifestation aboutie en facultés et objets, se fonde sur un élément présent depuis des temps sans commencement. Bien que l'objet sensoriel soit perçu par la conscience correspondante, ses caractéristiques particulières sont appréhendées par un événement mental fondé sur une conscience mentale formatrice qui possède deux aspects : le mental immédiat et le mental souillé. Étant la condition qui permet naissance et cessation des six consciences, le mental immédiat apparaît comme connecteur, en même nombre d'instants que ceux de naissance et cessation de ces consciences ; cela est connu d'un esprit doté du yoga et grâce à la parole du Vainqueur. L'autre aspect de cette conscience est nommé mental souillé parce que, concevant l'esprit-même en tant que moi générant l'orgueil, s'attachant au moi et joignant à cela la nescience, il donne naissance à toutes les vues erronées de croyance au soi. Le mental immédiat de chaque cessation des six consciences est le champ d'apparition de ces consciences, tandis que le mental souillé est le champ d'apparition des affects ; du fait de sa capacité à générer et à voiler, la conscience voilée possède ces deux aspects. À ceux qui sont doués d'intelligence exceptionnelle, le Bouddha a enseigné la conscience-base universelle. Elle est aussi nommée conscience d'acquisition, conscience-support et conscience-base ou encore conscience de maturation complète car en elle s'accumulent distinctement, en toute neutralité, à l'image de la pluie et des fleuves allant emplir l'océan, tous les actes générés par les sept consciences. Puisqu'elle fait naître toute chose, puisqu'elle est le terrain où germent toutes les graines, elle est définie comme condition causale ; si les sept autres consciences ont disparu, c'est qu'elle a été renversée, aussi la nomme-t-on également conscience-condition. Puisqu'elle détient l'identité d'intérieur et extérieur, la conscience-base universelle constitue précisément la racine de tout ce qui est à éliminer. Il est dit qu'il faut en triompher par l'absorption semblable au vajra.

Lorsque est détruite la conscience-base universelle, avec son voile, à cet instant, voici la sagesse semblable au miroir. A partir d'elle se déploient les autres sagesses, sans nulle conception d'un moi ; présente de manière permanente, sans la moindre interruption, elle réalise ce qui est à connaître, sans point de référence parce qu'elle est cause de toutes les autres sagesses, on décrit cela sous le nom de corps absolu. Lorsque, par l'absorption de l'attitude héroïque, on a excellemment triomphé du mental souillé, on a, sur les chemins de vision et de familiarisation, excellemment éliminé les affects ; comme il n'y a point d'affects, il n'y a ni devenir ni paix ; c'est ce que l'on nomme sagesse de l'équanimité. Parce que le mental immédiat appréhende les six consciences, il est sujet, parce qu'il crée le processus de la pensée, il est pensée. Grâce à la parfaite connaissance supérieure et à l'absorption semblable à l'illusion, on parvient à en triompher. Alors, à partir du moment où l'on obtient la grande patience, ce niveau sujet-objet se mue en révélation des champs purs, déploiement de la sagesse des trois temps et manifestation illimitée de toutes activités. Lorsque est entièrement transformé ce champ des pensées, voici la sagesse du discernement. Ces deux sagesses étant méditation pure, il n'y a demeure ni dans le devenir ni dans la paix, étant plénitude de paix, d'amour, de compassion, elles font jaillir les mandalas du mélodieux dharma suprême, trésors des myriades d'absorptions et de dharanis, qui manifestent la parole et la diversité des corps dans une multitude d'entourages, voilà ce que l'on nomme corps de gloire (ou de jouissance).

La transformation des consciences des cinq portes et de la conscience mentale non conceptuelle s'effectue ainsi : issus de l'examen parfait, les seize instants de patience et connaissance, et autres, qui comprennent les aspects des Quatre Nobles Vérités, de leur sens confèrent vision puis vraie réalisation ; de là, les cinq facultés sensorielles se transforment, avec pour fruit, au cours de l'engagement dans tous les objets des sens, l'acquisition de facultés en douze centaines de qualités ; cela même étant ultimement parachevé, c'est la sagesse toute accomplissante. Elle accomplit tout le bien des êtres par des émanations variées, inconcevables, qui apparaissent à l'infini au travers des mondes, voilà le corps d'émanation suprême.

De la transformation des niveaux de l'esprit, du mental et des consciences, les trois corps et leur activité illimitée sont le fruit. La plénitude de leur présence, libre d'unicité ou de multiplicité, dénuée de commencement, dégagée de l'existence cyclique et de l'au-delà, dans le mandala de pure simplicité de l'espace universel, est nommée corps d'essence-même. Dans d'autres textes, le Vainqueur enseigne cela sous l'appellation de corps absolu, la sagesse semblable au miroir correspond alors au corps de sagesse, et les autres sagesses, aux deux corps formels (de jouissance et de manifestation). L'état de bouddha est l'actualisation de la nature des cinq sagesses et des quatre corps. Le Bouddha a dit que ce qui arbore toute impureté de l'esprit, du mental et des consciences, c'est la conscience-base universelle, et que ce qui est immaculé, c'est la quintessence des vainqueurs. Il a enseigné que la vérité du chemin consiste à posséder la faculté de connaissance supérieure des êtres nobles, qui, née de la pensée pure, triomphe de la pensée impure. Les ignorants, privés de la réalisation de ce mode d'être ultime, errent dans l'océan de l'existence cyclique. Comment, privé de cette nef qu'est le Vaisseau des Héros pour l'Éveil, atteindrait-on jamais l'autre rive ? Puissent tous les êtres réaliser cette vérité !


Les trois véhicules de libération dans le bouddhisme tibétain

tiré du livre : La voie du Bouddha de Kalou Rinpoché

Il y a dans leurs approches des différences de motivation :
- les tenants du hinayana considèrent le samsara comme un océan de souffrance qui est à franchir pour atteindre la liberté du nirvana, et ils cherchent à s'en libérer principalement pour leur propre bien.
- Les tenants du mahayana aspirent à la libération afin d'aider tous les êtres; considérant qu'ils ont été, à un moment donné au cours de leur innombrables existences, leurs propres parents, ils se rappellent leur bonté et, avec un sentiment de compassion universelle, souhaitent les libérer tous.
Ainsi, les pratiquants hinayana ont été comparés à des rois utilisant leurs pouvoirs à leur seul profit, et ceux du mahayana à ces mêmes rois les utilisant au profit de tous.
Les perspectives diffèrent également, au regard, par exemple, des illusions et de leurs conséquences. La voie hinayana enseigne le renoncement aux impuretés, ce qui est difficile et très long à réaliser, mais plus facile à enseigner que l'approche mahayana ou vajrayana. La voie mahayana propose de changer les souillures en qualités qui leur sont opposées, ce qui est plus difficile à comprendre que ce que propose le hinayana, mais plus facile à pratiquer une fois la méthode assimilée.
Quant à la voie du vajrayana, elle consiste à transcender le pur et l'impur, ce qui est très difficile à comprendre et à enseigner mais, une fois maîtrisé, c'est le moyen le plus rapide et le plus facile pour atteindre l'éveil.
Les trois yana (voies) utilisent aussi différentes sortes de moyens de progression plus ou moins radicaux : on pourrait comparer leurs méthodes à trois manière de se débarrasser de l'arbre de l'ignorance, de la souffrance et des négativités : la pratique du hinayana arrache les feuilles, celle du mahayana coupe les branches, quant au vajrayana, il tranche l'arbre à la racine. Toutes les souffrances étant dans l'esprit, réaliser directement sa nature et éliminer ainsi toutes les illusions qu'il génère est l'approche vajrayana.
.... Les trois véhicules ne diffèrent pas tant par leur but, qui est le même pour tous, que par les méthodes pour y arriver. Si l'éveil était une contrée lointaine comme l'Inde, l'approche hinayana serait comme de cheminer vers elle à pied, celle du mahayana comme de s'y rendre à cheval ou en voiture et, finalement, celle du vajrayana comme d'emprunter un avion ou une fusée ! Il n'y a pas plusieurs destinations, mais la rapidité et l'efficacité des véhicules sont très inégales.
Les voies du hinayana et du mahayana se pratiquent sur de nombreuses vies, le vajrayana est plus rapide : il permet de réaliser l'éveil, soit dans cette vie, soit au moment de la mort, soit en l'espace de sept ou seize vies, au maximum. C'est un moyen de progression rapide mais qui peut, en même temps être dangereux si vous n'avez pas une grande confiance en votre guide.



La place du Dzogchen dans le vajrayana ou voie des mantra secrets :

  1. Préliminaires :

  1. internes

  1. secrets

  1. archi-secrets


Comment entrer dans l'intériorité mystique du Dzogchen ou Mahamudra :

Patrul Rinpoché le chemin de la grande perfection

Vous avez commencé par suivre
Un maître sublime et vous lui avez obéi.
Vous avez ensuite pratiqué en faisant fi des épreuves.
Votre esprit et le sien s'étant enfin confondus,
Vous avez hérité de la lignée.
Ô maître inégalé, à vos pieds, je m'incline.



La transmission de l'influence spirituelle (ou grâce) dans le bouddhisme tibétain

tiré du livre La voie du Bouddha de Kalou Rinpoche

Les trois types de réceptivité
Mahamudra peut être, en fait extrêmement difficile ou, à l'inverse, extrêmement facile à réaliser; cela dépend des personnes. En effet, si nous sommes tous fondamentalement identiques puisque ayant tous la nature de bouddha, il y a pourtant de grandes disparités quant à la réceptivité aux enseignements permettant de réaliser mahamudra.
Certains êtres ont une réceptivité et des facultés de compréhension supérieures, d'autre une réceptivité et des capacités de compréhension moyennes et d'autres encore une réceptivité et des facultés de compréhension inférieures.
Tous ceux dont les facultés de compréhension sont moyennes ou inférieures, et ils constituent la grande majorité, ne peuvent pas, de prime abord, reconnaître et réaliser la nature de mahamudra (ou dzogchen); il est nécessaire qu'ils suivent une approche progressive et les préparations que nous avons mentionnées.
Les êtres de capacité inférieure sont des personnes qui, entendant des explications sur mahamudra, n'arrivent pas du tout à voir ce dont il s'agit. En essayant de méditer, elles restent toujours dans le doute, et pensent « non, ça ne doit pas être vraiment ça » ou « je n'y arriverais pas, je ne vois pas ce dont il s'agit » . Ces attitudes sont le signe de voiles qui se dissiperont par la pratique du développement-dévoilement.
Les personnes de capacités moyennes ont, quand on leur présente mahamudra, une certaine compréhension, mais elle est incomplète, aussi, pour arriver à la réceptivité supérieure, leur est-il également nécessaire de pratiquer le développement-dévoilement.
Les personnes aux capacités supérieures sont celles qui, quand le lama leur présente mahamudra, le comprennent tout de suite. Non seulement leur intelligence est extrêmement vive, saisissant immédiatement la profondeur de l'enseignement, mais elles peuvent aussi laisser leur esprit faire l'expérience correspondante; elles comprennent tout de suite ce dont il s'agit et comment il faut le pratiquer. Elles en ressentent une grande joie et obtiennent aussitôt des résultats. Ces personnes ont naturellement beaucoup de compassion, beaucoup d'énergie pour pratiquer et une grande confiance en leur lama et en les Trois joyaux. De telles personnes reçoivent les quatre niveaux de l'initiation; alors la relation instaurée par ce lien, grâce à une dévotion sincère, établira la profonde connexion qui transmet l'influence spirituelle. Cette relation privilégiée permet de comprendre rapidement le sens du mahamudra et de le pratiquer de façon juste. La reconnaissance de mahamudra dissipe alors les ténèbres de kalpa de samsara, comme un flambeau qui s'allume peut dissiper des éons d'obscurité. La seule pratique de mahamudra peut alors être la panacée pour ces personnes, et pourvoir à tous les besoins, cependant tout cela n'est possible que dans des cas très exceptionnels.
La différence entre les êtres aux facultés supérieures, moyennes ou inférieures n'est pas tant question de qualification extérieures : être homme ou femme, fort ou faible, avoir ceci ou cela ...; elle tient en ce que les êtres de réceptivité et de capacité supérieures ont déjà effectué, en des existences antérieures, le développement-dévoilement, alors que les autres ne l'ont pas fait. Avoir ces capacités supérieures n'est pas quelque chose que l'on possède nécessairement dès la naissance; mais il possible, en pratiquant largement le développement-dévoilement, que chacun de nous devienne aussi, en cette vie même, un être de capacité supérieure.

La transmission et l'influence spirituelle
Le vajrayana se transmet depuis le bouddha Vajradhara par le canal d'une lignée ininterrompue de maître à disciple. Cette lignée véhicule la lettre et l'esprit des enseignements avec une inspiration, une influence spirituelle transmise par les habilitations ou initiations (wang) – abhiseka en sanscrit-, les autorisations scripturaires (lung) et les instructions (tri).
Un exemple facilite la compréhension de cette notion de transmission, de lignée, et la raison pour laquelle elle doit être ininterrompue : dans une pièce, des ampoules donnent de la lumière, l'électricité vient d'une centrale qui la transmet jusqu'ici par l'intermédiaire d'un fil. La centrale électrique pourrait être comparée à l'état de bouddha, le fil qui véhicule l'électricité à la lignée de transmission, et le courant électrique à l'influence spirituelle dont l'énergie éclaire notre pratique et apporte la lumière à notre esprit. Si le fil est coupé, le courant ne passe plus et l'ampoule ne peut éclairer.
Nous sommes extrêmement privilégiés car la tradition du vajrayana est restée complètement vivante : toutes ses instructions sont parvenues jusqu'à nous aujourd'hui, sans avoir été endommagées ou diminuées. Depuis le bouddha Vajradhara jusqu'à nos jours, une lignée ininterrompue d'êtres réalisés les a transmises, et leur influence spirituelle nous est encore directement accessible par l'intermédiaire de leurs initiations et autres transmissions.
Cette influence spirituelle, l'inspiration, n'est pas quelque chose de matériel; elle n'a ni forme, ni couleur, ni aspect, ni quoi que ce soit de saisissable au sens ordinaire; elle opère au travers de ce que l'on appelle les tendrel, c'est-à-dire les interconnexions ou les coïncidences.
L'approche du vajrayana et de mahamudra accorde une importance particulière à cette influence spirituelle. L'inspiration du lama et de la lignée y sont le contexte et l'élément actif permettant de reconnaître la nature de l'esprit beaucoup plus rapidement que dans les autres voies. Une parole très connue d'un ancien maître Kagyupa dit :
Si le soleil de la confiance et de la dévotion du disciple ne frappe pas la montagne neigeuse de l'influence spirituelle du lama, il ne s'en écoulera pas les flots d'inspiration qui purifient les impuretés.
Une grande confiance en notre lama et une profonde dévotion permettent de recevoir son influence spirituelle et, au moyen de celle-ci, de purifier rapidement les tendances négatives et de développer celles qui sont positives.
.....
Voie progressive et voie immédiate

Le dharma en général et le vajrayana en particulier propose de nombreuses méthodes pour dissiper les voiles et laisser apparaître la claire lumière de l'esprit.
Ces voiles, comparables au brouillard et aux nuages, sont initialement si denses qu'ils ne laissent rien transparaître; mais lorsque se dissipent le brouillard, puis les épais nuages inférieurs, et enfin le léger voile des brumes d'altitude, progressivement l'espace céleste se révèle et le soleil brille dans toute sa splendeur. Pareillement, le double développement de bienfaits et d'intelligence immédiate est comme le vent qui dissipe les voiles de l'esprit jusqu'à tous les faire disparaître, révélant l'espace lumineux de la claire lumière. C'est l'image de la voie progressive.
Toutefois il existe aussi une voie immédiate, instantanée. Supposons qu'une pièce ait été plongée dans l'obscurité pendant des siècles; allumer l'électricité suffit pour l'éclairer et, en un instant, dissiper l'obscurité. De même, si un disciple pourvu de confiance, de diligence et d'intelligence spirituelle rencontre un maître détenteur du dharma profond et si celui-ci l'ouvre à la compréhension de mahamudra ou de dzogchen, tous les voiles et toute l'obscurité de l'ignorance peuvent être dissipés en un instant, tout comme l'électricité éclaire la pièce instantanément.

tiré du livre : Les testaments de Vajradhara et des porteurs-de-science traduit du tibétain par Jean-Luc Achard
voie progressive et immédiate
(Le Docte et Glorieux Roi, un commentaire sur le testament de Dga'-Rab Rdo-Rje, commentaire aux enseignements spéciaux du docte et glorieux roi)

Ainsi, ceux qui appartiennent aux clans (des fortunés) qui sont instantanément libérés en entendant simplement « Sois un vrai Calice de la Voie propre à la Grande Perfection Naturelle ! », ceux-ci (réalisent que) les manifestations et l'esprit sont la Grande Liberté de la Base, et ils voient tout ce qui émerge comme un jeu du Corps Absolu : ils sont vierges tant d'objet à méditer que d'acte de méditer. Les autres, les personnes gradualistes, moins fortunées, et dont les pensées se trouvent en proie à l'Égarement, doivent méditer tant qu'elles n'auront pas obtenu de stabilité;......



Les voies de la délivrance, la transmission de la grâce (ou influence spirituelle) et le maître dans le sivaïsme non-dualiste du Cachemire

extraits tirés du livre Le Paramarthasara d'Abhinavagupta traduit et commenté par Lilian Silburn

... Étant donné que l'âme particulière n'est pas une émanation de Siva et qu'elle ne l'a jamais quitté, elle peut aisément obtenir la réalisation du fait, déjà existant, de son identité à lui. Car si Siva masque son Soi ou sa conscience absolue, il rejette aussi ses voiles d'une quadruple manière, qui constitue les quatre voies de la libération qui vont être décrites.
A vrai dire il n'y a pas à proprement parler de délivrance puisque le lien n'est que fictif. C'est ce que précise Abhinavagupta : « L'expression moksa ne signifie nullement libération; mais la révélation de notre essence authentique (svarupaprathana), la conscience de Soi qui n'est que la Réalisation de Paramasiva » .
Le Trika ne nous offre pas une mystique du yoga mais une mystique de la grâce, car tout est grâce : Siva n'apparaissant pas en effet comme de détenteur de la grâce, mais comme la grâce elle-même. C'est gratuitement que Siva accorde sa faveur pleine de miséricorde en se révélant à certains sans se soucier ni de leurs actes méritoires ni de leur karman, parce qu'il n'y a aucune mesure entre la compassion de Siva qui est absolue et l'effort de l'homme tout relatif où nous ne voyons que manifestation de l'illusion.
Étant donné que l'accès à Siva est entièrement en fonction de la grâce on distingue plusieurs voies qui correspondent à l'intensité de la faveur divine.
L'une, akrama, n'atteste aucune gradation tandis que l'autre, krama, est progressive; chacune d'elles comporte deux variétés.
La voie akrama est d'emblée parfaite, c'est l'accès sans mode d'où son nom d'anupaya, le non-moyen, car aucun procédé n'y est requis.
La grâce y est si intense, elle fond si subitement sur l'âme qui a perdu le sentiment de son identité au corps que la Révélation instantanée de soi-même à soi-même (unmesa) est universelle et complète, car elle contient l'état bhairava ou théopatique qui sera bientôt examiné. Comme dans la voie suivante, celui qui reçoit cette grâce intense (tivrasaktipata) devient un jivanmukta, il est délivré au moment même et atteint l'identité à Siva.
En Sambhavopaya, la voie de Siva, la grâce n'est pas aussi intense. L'âme est portée vers Siva par une aspiration ardente (udyama) et une dévotion sincère (bhakti). Ses activités sensorielles et intellectuelles, tout son être en un mot, sont naturellement introverties, en sorte que sans concentration ni méditation elles tendent spontanément à leur centre.
Un Maître spirituel s'avère quelquefois nécessaire, mais l'initiation surgit d'elle-même dans l'âme, de l'intérieur et sans le moindre effort. Cette voie excellente commence directement en nirvikalpa, l'absence de toute bipartition mentale, et s'achève par la divinisation de l'âme.
Les deux autres voies sont faites d'étapes successives qu'il est nécessaire de parcourir une à une en attendant la grâce illuminatrice qui vient à son heure. La purification par privation de toute pensée (vikalpa) est le trait marquant de ces voies.
Saktopaya , la voie de l'énergie, met en œuvre la connaissance. C'est aussi la voie du dénuement total et du recueillement continu. L'effort de l'âme y est indispensable, mais c'est un effort spontané et aisé.
La grâce accordée par Siva à l'âme qui parcourt cette voie n'est que moyenne; c'est un guru qui la transmet à l'âme en se servant de l'intermédiaire de l'efficience de formules mystiques et d'oraison vocale (mantra et japa). Le mantra est ce qui conduit à l'illumination.
Bhavana, la réalisation mystique, forme l'apogée de cette voie qui s'achève en samavesa, l'ensevelissement en Siva, mais ce n'est qu'après la mort que l'âme s'identifiera au Seigneur.
Anavopaya est la voie inférieure propre à l'âme ordinaire que le système nomme anu, c'est-à-dire fragment qui a perdu le sentiment de sa plénitude. La grâce y est faible, car elle s'adresse à l'homme qui conserve le désir des jouissances terrestres tout en possédant une secrète aspiration vers la délivrance. Ce n'est qu'après de nombreuses renaissances et lorsque tout désir de jouissance aura pris fin que cet homme réalisera son identité à Siva.
En raison de sa faiblesse, la grâce a besoin d'être suppléée par un ensemble de pratiques de yoga, postures, gestes mystiques, contrôle du souffle, méditation (dhyana), récitation de formules (mantra), etc., sous la direction d'un maître spirituel. Ces pratiques ne visent qu'une fin, la purification de la pensée qui est l'abolition de la bifurcation de la réalité en sujet et en objet.
... Le chemin qu'il faut parcourir lorsqu'on suit la voie de l'activité (anavopaya) est long et ardu, et l'on ne se maintient pas facilement dans le quatrième état alors même qu'on a obtenu l'éveil; les chutes y sont fréquentes et ce n'est que peu à peu, à la manière d'une tache d'huile qui s'étend lentement, que le quatrième état imprègne les trois autres états de veille, rêve et sommeil profond.
Il arrive ainsi au yogin de s'arrêter à mi-voie. Lorsque sa conscience n'est pas concentrée dans l'acte qu'elle accomplit et que son effort se relâche plusieurs possibilités s'offrent alors : la dualité qui avait disparu réapparaît tout à coup, ou encore le yogin tombe dans des états d'inconscience ou de sommeil spécifiques. Enfin il s'attache aux sons et aux lumières (nadabindu) d'ordre surnaturel qui lui apparaissent à l'issue de l'illumination (unmesa) et font obstacle à son absorption en Siva.
... On peut considérer le retour ascensionnel vers l'unité sous le double aspect de la quiétude et de la purification; il comprend une série de paliers, d'arrêts de la vie phénoménale que notre texte désigne sous le non de visranti. Yogaraja glose visranti par samadhi, extase. Visranti exprime une attitude si particulière à l'Inde que nous ne trouvons pas de termes appropriés pour traduire tout ce que ce mot implique. C'est un apaisement, un facteur d'immobilisation du flux perpétuel des éléments qui se succèdent sans discontinuer dans le temps. Par Visranti l'âme se replis sur elle-même et ouvre une brèche vers l'intériorité du Sujet (ahanta). L'élan personnel (karman) qui rive à la transmigration est tenu en échec et l'objectivité morcelée s'évanouit.
Cet apaisement consiste en une succession de recueillements de plus en plus profond et concentrés : d'abord doué de concepts et différencié (savikalpa), le recueillement devient indifférencié (nirvikalpasamadhi). Abhinavagupta nous dit que le but ultime de toute conscience objective est de s'absorber dans le Soi. L'énergie spirituelle est en effet un dynamisme qui ne peut se fixer en aucune forme finie et ne trouve sa consommation qu'en l'indifférenciation du suprême Siva.
.....
Samavesa :
Mais ces trois voies de la délivrance ainsi que la réalisation mystique et les formules efficientes n'ont qu'un but : l'ensevelissement dans la réalité ultime ou la compénétration de l'âme et de Siva que les traités appellent samavesa.
Cette compénétration nous dit Abhinavagupta, est la seule chose qui offre une importance réelle et donne sens aux actes du culte, à l'adoration, aux pratiques de concentration et aux extases dont elle est le fruit véritable. Lorsque l'identification du Sujet conscient et du Seigneur est atteinte, il ne reste plus rien à accomplir.
Cet ensevelissement est caractérisé par un équilibre parfait entre la libre activité (kartrta) et la Conscience (bodha), alors que la personnalité limitée est subordonnée à la Conscience universelle (cit). Désormais l'objectivité propre aux êtres migrant dans laquelle la subjectivité (ahanta) se trouvait engloutie n'est plus ce qui se manifeste; mais c'est la subjectivité ou la conscience de soi qui resplendit en sa pleine liberté grâce à l'instruction du Maître.
Nous avons là le Quatrième état (turya) lequel remplace les états transmigratoires de veille, de rêve et de sommeil profond. En turya les aspects variés de l'objectivité (tels le corps, le souffle, l'intellect) retrouvent leur aspect essentiel par l'effet de la prise de conscience de soi.
Lorsqu'elle a pleine conscience de ses qualités d'omniprésence et d'éternité ainsi que des autres attributs du Seigneur, l'âme a atteint ce qui est au-delà du quatrième état (turyatita) et elle est identique à Paramasiva.

Le Maître spirituel (guru)
Dans le monisme du système bhairava tous les maîtres ne font qu'un et le véritable guru est l'unique Siva, le suprême guru. Il s'ensuit que l'illumination parfaite (pratibha) qui est le meilleur des moyens pour obtenir l'identité à Siva peut résider indifféremment dans le maître ou dans le disciple, étant donné que les apparences de maître et de disciple ne sont que des constructions imaginaires. Ces conditions disparaissent lorsqu'une seule et même illumination brille chez les deux, le disciple s'identifiant au maître accompli et devenant par cela même Siva.
La grâce divine peut être octroyée à l'âme d'une triple manière :
1- L'âme la reçoit spontanément par elle-même sans intermédiaire. Nous avons là l'intuition illuminatrice, atmapratibha, qui est la révélation du Soi, la forme la plus élevée de l'éveil (unmesa) et s'avère supérieure à jnana, la gnose, laquelle n'est pas spontanée, car elle dépend d'un maître ou d'une initiation et connote aussi bien le savoir théorique, philosophique et agamique que l'intuition mystique.
2- L'homme est quelquefois rempli de la grâce lorsque, lisant les textes sacrés, il y découvre une formule mystique (mantra) qui lui conférera l'illumination (jnana). Ces deux derniers cas se présentent rarement et correspondent à une grâce que Siva n'accorde que difficilement.
3- Lorsque la grâce n'est pas très intense, c'est par l'intermédiaire d'un maître que l'âme en est comblée. Mais c'est encore la grâce divine qui met à la disposition des âmes l'aide du guru et, selon la grâce dont il est gratifié, le disciple rencontrera le maître qui sera doué d'une plus ou moins grande maîtrise spirituelle.
Le plus éminent des maîtres est le pratibhajnanin, l'illuminé, celui qui sans fournir d'effort jouit de la Réalisation définitive propre aux voies supérieures; possédant de façon innée la gnose il est un bhairava, et n'est autre qu'un délivré vivant.
Les maîtres n'ont pas tous le même rayonnement : certains ne libèrent que quelques disciples et d'autres un grand nombre. Quant au grand guru, nous dit Abhinavagupta, il délivre le cosmos.


BASE UNIVERSELLE, IGNORANCE, ÊTRES ET KARMA

Texte de Longchen Rabjam – Tshig-Don-Rin-Po-Ch'e'i mDzod

La base (gZhi) : l'essence (Ngo-Bo) primordialement pure (Ka-Dag)

La pureté primordiale de la base originelle transcende les extrêmes d'existence et de non-existence, c'est la grande transcendance des objets de conception et d'expression.

Comment les apparitions de la base (gZhi-sNang) surgissent

Après avoir brisé l'enveloppe (rGya) du corps du vase de jouvence, la base primordiale de la sphère interne ultime originalement pure, par le flux (gYos-Pas) de l'énergie-vent de la sagesse primordiale, les apparitions spontanées de la conscience intrinsèque rayonnent ('Phags) de la base sous l'aspect de huit portes spontanément accomplies (Lhun-Grub Kyi sGo-bGyad). Comme tout (nirvana et samsara) surgit spontanément des apparitions des huit portes spontanément accomplies, on appelle cela le grand surgissement simultané des apparences du samsara et du nirvana. Quand elles surgissent spontanément de la clarté intérieure (Nang-sSal) sous l'aspect de clarté extérieure (Phyi-gSal), les apparitions en leur essence (Ngo-Bo) sont la clarté intrinsèque, espace non obstrué, les apparitions de leur nature (Rang-bZhin) sont le rayonnement (gDangs) originel sous l'aspect des cinq lumières, et les apparitions de la compassion (Thugs-rJe) sont l'aspect consistant à offrir l'espace semblable au ciel sans nuage. Il s'agit là du surgissement des apparitions de la base à partir de la base. Quand les apparitions de la base surgissent, les existants phénoménaux surgissent en tant que lumières et corps de bouddha. Cela s'appelle les apparitions de toutes choses en tant que champ de bouddha spontanément accompli (Lhun-Grub Kyi Zhing-sNang). De l'énergie de l'essence de ce champ surgissent les apparitions du Sambhogakaya, de l'énergie de leurs qualités surgissent les apparitions du Svabhanirmanakaya et de leur énergie de compassion surgissent les aspects de la porte du samsara, analogue aux rêves.

Libération en tant que bouddha primordial

Au moment précis du surgissement de la conscience intrinsèque de la base, les huit apparitions spontanées de la base apparaissent naturellement. A ce moment en n'appréhendant pas ces apparitions comme autres et en les réalisant comme rayonnement naturel (gDangs) avec un esprit pur (gZu-Bo'i Blos), les mouvements ('Gyu-Ba) de la conscience intrinsèque cessent d'eux-mêmes. Dans un premier temps, en réalisant l'essence propre des apparitions spontanées, la réalisation du sens véritable se développe. Dans un deuxième temps, les illusions sont dissipées et la perfection de sagesse primordiale se développe. C'est le développement de la base elle-même en tant que résultat de l'illumination. Cela s'appelle la ré-illumination ou auto-libération par la réalisation de l'essence, la bouddhéité primordiale. A voir dissous les apparitions spontanées dans la pureté primordiale et être devenu illuminé en la base avant tout, s'appelle également « Le Seigneur de la bonté universelle », le bouddha primordial.

Apparition de l'illusion ('Khrul-Tshul)

A travers l'aspect de non réalisation de l'essence des « apparitions de la base » elle-même, telle qu'elle est, on se trouve distrait par les illusions. Quand les phénomènes surgissent en tant qu'apparitions de la base, surgit la connaissance qui est l'énergie de la compassion apparue naturellement dans la nature de clarté et de conscience, avec la capacité d'analyser les objets. A cet instant, du fait de ne pas se réaliser, l'essence se retrouve associée avec trois ignorances (Ma-Rig-Pa) : La première est la non-reconnaissance du savoir apparu comme étant pureté primordiale, et est l'ignorance d'un moi unique, la cause (rGyu nDag-Nyid gChig-Pa). La deuxième provient du surgissement simultané du savoir et de l'ignorance de l'essence intrinsèque (Rig-pa et Ma-Rig-pa), c'est-à-dire observer les apparitions spontanément accomplies sans savoir qu'elles sont dépourvues d'existence propre. Enfin la troisième est l'analyse des apparitions nées spontanément comme autres, dualité sujet-objet, qui est l'ignorance des imaginaires (Kun-Tu brTags-Pa). Ces trois ignorances n'en font qu'une en essence.

QUELQUES POINTS CRUCIAUX DE LA VUE DU DZOGPA CHENPO :

La distinction entre la base universelle et le dharmakaya

Comme la base universelle (Kun-gZhi) est la racine du samsara, elle est, telle une mare, le fondement de toutes les impuretés. Comme le dharmakaya [le corps ultime] est la racine du nirvana, il est la libération de toutes les impuretés et l'épuisement de toutes les contaminations ...

Dans l'état du dharmakaya pareil à un océan clair qui réside en la base, telle la base universelle semblable à un bateau rempli de passagers - esprit et consciences, et de nombreux chargements, karmas et impuretés - entreprennent la voie [de l'illumination] à travers l'état de conscience intrinsèque, le dharmakaya.

Dans certains soutras et tantras, l'aspect de la « base » est appelé base universelle. Sur ce point, certains n'ayant pas compris le sens véritable soutiennent que la base et la base universelle sont identiques. C'est une grave erreur. Si elles sont identiques, il y a alors de nombreux défauts : puisque la base universelle contient des impuretés, le dharmakaya aurait lui aussi des impuretés ; puisque la base universelle se modifie, le dharmakaya se modifierait aussi, et puisque la base universelle est temporaire, le dharmakaya serait aussi temporaire.

La base universelle

L'entité : C'est une non-illumination et un état neutre, appartenant à la catégorie de l'esprit et des évènements mentaux, et qui est devenue le fondement de tous les karmas et impuretés du samsara et du nirvana ...

Définition : Elle s'appelle base universelle (Kun-gZhi), parce qu'elle est la-base d'une multitude d'impuretés.

Divisions : Au nombre de quatre.

1) L'aspect de non-illumination, la méconnaissance de la conscience intrinsèque, apparaissant, depuis des temps immémoriaux, simultanément avec la conscience intrinsèque, pareils à l'or et son oxyde, est la « base universelle primordiale ultime » (Ye Don-Gyi Kun­ gZhi). Cette non-illumination est définie ainsi en regard de (ITos-Pa'i) l'illumination. C'est l'aspect du fondement premier de tous les phénomènes samsariques.

2) Un état neutre qui est le fondement de l'aspect action (karma) et le fondement racine qui nous connecte au samsara et nirvana au travers de différentes actions, la « base universelle ultime de l'union » (sByor-Ba Don-Gyi Kun-gZhi).

3) Un état neutre, aspect de différentes actions latentes de l'esprit et d'évènements mentaux ; qui créent les naissances dans le samsara est la « base universelle de différentes impuretés » (Bag-Ch' ags sNa Tshogs-Pa'i Kun-gZhi).

4) L'aspect de non-illumination, fondement du surgissement des trois différents aspects d'apparition des corps : les apparitions du corps grossier doté de membres et de parties secondaires, formés d'atomes du royaume du désir, le corps de claire lumière du royaume des formes et le corps surgissant en tant qu'absorption du royaume du sans forme, sont la « base universelle du corps d'impuretés » (Bag-Ch'ags Lus-Kyi Kun-gZhi).

Dharmakaya (le corps ultime)

L'entité : C'est la conscience intrinsèque, semblable à l'espace, non souillée par le samsara ...

Définition : Il est dit dans le Thalgyur (Thal- 'Gyur tantra) : « Par définition, dharma (Ch'os) signifie voie parfaite. Le corps (sKu) signifie accomplissement qui en découle de la voie ».

Division : Il dit encore : « Il est classifié en kayas du dharma, sambhoga et nirmana ... ».

D'après l'interprétation du dzogpa chenpo, le dharmakaya est décrit comme corps ultime, pur par nature et résidant en la base avec les caractéristiques d'essence, nature et compassion. Il est dit dans le Rangshar (Rang-Shar tantra) : « Essence, nature et compassion sont les caractéristiques du dharmakaya ».

Différences entre esprit et sagesse primordiale

Quoi que soit l'esprit, il est les phénomènes du samsara. Quand les défauts, le mode du karma et souillures, apparaissent comme souillures et sont associés à sa conscience intrinsèque, cela s'appelle un être. Par l'esprit, les êtres se retrouvent dans l'illusion des six migrations des êtres ('Gro-Drug). Quand sa conscience intrinsèque est libérée de l'esprit, on est appelé le Bouddha, qui s'est détaché des impuretés adventices. Quoi que soit la conscience intrinsèque, elle est les phénomènes du nirvana. Elle brûle le karma et les souillures comme un feu. Comme elle est détachée de toutes conceptions, sa nature est vacuité et clarté, pareille à l'espace.

L'esprit d'après le Dzogpa Chenpo le plus secret.

L'entité esprit (Sems) est une connaissance sur le mode de celui qui appréhende et de l'appréhendé, et sous la forme des dispositions mentales de n'importe lequel des trois royaumes. L'esprit à trois aspects : l'esprit (Sems), la conscience de la base universelle ; la pensée (Yid) qui pénètre tout et jouit des objets ; la conscience (rNam-Shes), la conscience des six entrées. Ce sont les trois connaissances d'une entité unique, enracinée dans la non-connaissance d'elle-même et dotée de cinq poisons.

La sagesse primordiale.

L'entité : C'est la conscience intrinsèque lumineuse, l'essence de bouddha (Tathagatagarbha) ...

Définition : C'est la sagesse primordiale parce qu'elle est présente primordialement (Yé) et est la connaissance sacrée (Shes) ...

Division : Au nombre de trois :

La sagesse primordiale qui réside en la base ;
la sagesse primordiale dotée de caractéristiques ;
et la sagesse primordiale qui pénètre tous les objets phénomènaux ....

Essence, nature et compassion sont la sagesse intrinsèque qui réside en la base. Les sagesses primordiales de la sphère ultime, pareilles à un miroir, équanimité, discrimination et accomplissement, sont la sagesse primordiale dotée de caractéristiques. Connaître la vérité ultime, la qualité telle qu'elle est (Ji-iTa-Ba mKhyen-Pa) et connaître tous les phénomènes de la vérité relative comme ils apparaissent, la quantité (Ji-sNyed-Pa mKhyen-Pa) sont la sagesse primordiale qui pénètre les objets phénoménaux ....

Les résidences : L'endroit où réside l'esprit est la base universelle et celui où réside la sagesse primordiale est le dharmakaya.


LE KARMA DES ACTIONS SAMSARIQUES, CAUSE DE L'ERRANCE DES ÊTRES DANS LE SAMSARA ILLUSOIRE

Note de Tulku Thondup :
Dans le chapitre quatre du Shingta Chenpo, sur la cause et les effets des actions (karma), Longchen Rabjam a divisé le karma en deux catégories, actions samsariques et vertus libératrices. Pour clarifier les actions samsariques, il nomme « base universelle » la sphère ultime (dByings), un état neutre en regard du samsara et nirvana. Il diffère de l'interprétation de la section précédente et la divise en deux aspects au lieu de quatre : la base universelle ultime de l'union (sByor-Ba Don-Gyi Kun-gZhi) et la base universelle des différentes traces (Bags-Ch'ags sNa-Tshogs-Pa'i Kun-gZhi) du samsara et sa racine, la non-illumination (Ma·Big-Pa, s. avidya) et les huit consciences. Bien que la base universelle soit elle-même une entité unique et ne soit pas différenciée, elle semble être deux à cause des deux aspects dont elle est la base, de la même façon que la terre reste la même, mais dû au jour et à la nuit, elle semble claire ou sombre. Il explique aussi le processus de cause et effet des actions dans le cas des dix actes non vertueux et leur racine, la non-illumination. Le Pema Karpo et le Thegchog Dzod utilisent différents types de classification et différents moyens concernant les bases universelles.

Longchenpa (Longchen Rabjam) :

LA NATURE (Ngo-Bo) DU KARMA

Qu'elle est la raison des différentes occurrences de bonheur et souffrances propres à chaque individu à l'occasion de leur errance dans la douloureuse existence cyclique ? Le karma en est la cause .... Le fruit de différents karmas, composés de différentes conditions causales, de chaque être individuel, qui a muri sous la forme de différentes migrations et ressources, de même que les expériences heureuses et pénibles. Il est dit dans le Karmasataka : « E-ma-ho ! Le monde est apparu du karma. Bonheur et souffrance sont les expressions du karma. Le karma prend forme lorsque les conditions sont remplies. Le karma produit à la suite les résultats heureux et pénibles. Et, pendant des centaines d'éons, le karma ne épuisera pas, et le moment venu lorsque les circonstances seront réunies, par les êtres incarnés, il est certain que les effets seront éprouvés. »

Dans le Saddharma pundarika sutra il est dit : « Le karma crée tout comme un artiste, le karma compose comme un danseur. »

Du point de vue de leurs effets, il y a deux catégories de karma samsarique. La première concerne les mauvais karmas ou actions non vertueuses, qui engendrent la souffrance. La seconde concerne les karmas des actions vertueuses associées aux mérites, qui créent les bonheurs du samsara.

LE KARMA SAMSARIQUE

Le samsara est produit par les dix actions vertueuses qui engendrent des mérites et les dix actions non vertueuses. ... Les actions non vertueuses génèrent les souffrances et une naissance dans des migrations inférieures, alors que par les actions vertueuses on obtient une naissance dans des migrations élevées et parmi les êtres heureux.

Dans le Arya-saddharma smrtyupasthana il est dit : « Par des actions non vertueuses on obtient une vie dans des migrations inférieures et la souffrance. Par des actions vertueuses on obtient le bonheur et la naissance dans des migrations élevées ».

LA BASE DU KARMA, LA BASE UNIVERSELLE ET LES CONSCIENCES

Rapidement : Où les karmas sont-ils basés et emmagasinés ? ... Tous les karmas, à la fois du samsara et de l'illumination, sont emmagasinés dans la base universelle comme semence. Dans le soutra 'Jam-dPal Ye-Shes Dri-Ma MedPa'i il est dit : « La base universelle est la base de tout. C'est la base du samsara et sa cessation le nirvana, et la base de l'illumination ».

La sphère ultime de l'ainsité (dByings De-bZhin Nyid) a été désignée comme base universelle, la base des divisions, et est le simple aspect de l'indivisible état neutre eu égard au samsara et nirvana.

L'aspect de conscience intrinsèque (Rig-Pa), la nature de ce qui est primordialement non composé et spontanément basé sur l'état de la sphère ultime, est appelé base universelle ultime de l'union (sByor-Ba Don-Gyi Kun-gZhi).

Pour ne pas réaliser la conscience intrinsèque de la sphère ultime de l'ainsité, les éléments samsariques tels que les huit consciences et leurs tendances habituelles sont établis et conjoints en étant basés sur elle la sphère ultime. Cet aspect est appelé la base universelle des différentes traces (Bags-Ch'ags sbki-Ishogs-Pa'i Kun-gZhi). Par toutes les catégories composées d'actions vertueuses et non vertueuses basées sur elle [la base universelle des traces], les différentes expériences de bonheur et souffrance surgissent. ...

En détail : Tous les phénomènes des karmas non vertueux et des karmas de moindre vertu, causes et effets du samsara, sont basés sur la base universelle neutre (Kun-gZhi Lung-Ma bsTan), et tous les karmas vertueux associés à la libération, cause de la sortie du nirvana et des réalisations de la voie de l'illumination, sont aussi basés sur elle. L'aspect des karmas vertueux, composés et fortuits, associés à la libération et appartenant à la vérité de la voie, est emmagasiné sur la base universelle des traces en tant que cause de libération. Le résultat de la libération est basé sur la lignée [ou essence - Rigs], comme la clarté du soleil est basée sur le soleil lui-même, du fait de la disparition des nuages ...

Dans l'Esprit, naturellement libre comme l'espace, sont primordialement présentes les terres pures et les qualités des bouddhas sous la forme de deux lignées qui sont la nature vertueuse sans commencement (Thog-Ma Med-Pa'i Ch'osKhams dGe-Ba [c.-à-d. l'essence de bouddha]. C'est la base de libération, et la base du nirvana.

À ce propos [la réalisation de la libération] il y a quatre aspects à comprendre : (a) La base de libération est la nature essentielle ou essence (Khams ou sNying-Po). (b) Les moyens des vertus associés à la libération et ceux de la purification des souillures [l'essence essentielle] de celle-ci, sont la cause de la libération. (c) Le résultat de la libération revient à devenir l'essence de bouddha (Tathagagarbha), dépourvue de toutes souillures, et à avoir réalisé les qualités [de l'essence de bouddha]. (d) L'aspect par lequel être libre correspond aux huit consciences et leurs habitudes, parce qu'elles sont basées sur la base universelles des traces.

Dans les écritures tantriques, ces quatre aspects sont connus pour être la base de purification (sByang-gZhi), les moyens de purification (sByong-Byed), le résultat de la libération (sByang- 'Bras) et l'aspect qui est à purifier (sByang-Bya). Les termes sont différents mais leur sens est identique. Ainsi, concernant la nature non illuminée de la base universelle des traces, la cause du samsara impur avec les consciences et les aspects vertueux composés qui conduisent à la libération, semblent être basés depuis longtemps sans véritablement être fixés quelque part. Du point de vue de l'être, elle [la sphère ultime] est la base des qualités du nirvana, et est appelée base universelle absolue.

L'essence (Ngo-Bo) de la base universelle absolue est vacuité, sa nature (Rang-bZhin) est clarté, sa compassion [c.-à-d. l'énergie manifeste] est tout-pénétrante, et ses qualités sont l'accomplissement spontané identique au joyau qui exauce les souhaits. Elle n'est jamais souillée ni dépourvue de souillures. Elle est le sens absolu, lumineuse depuis l'état primordial, la vision de non-fusion et d'inséparabilité ('Du'Bral Med-Pa) des corps et sagesses. Bien que du point de vue de la pureté de sa nature elle soit décrite comme semblable à l'espace, dépourvue de caractéristiques, non composée et ainsi de suite, elle n'est pas rien ni un vide extrême, parce que c'est un état spontanément accompli de corps et sagesses lumineux, et qu'elle est libération et vacuité de tous les éléments du samsara.

Dans le Ghanavyuha sutra il est dit : « Le disque immaculé [mandala] de la lune est toujours non souillé et complètement plein. Mais en relation avec les jours du monde il est perçu comme croissant et décroissant. De la même façon, la base universelle ultime aussi, à toujours été accompagnée de l'essence de bouddha (tathagatagarbha). Et cette essence, en termes de base universelle, à été enseignée par l'ainsi-allé (tathagata, c.-à-d. Bouddha). Les fous qui ne le savent pas, en raison de leurs habitudes, voient la base universelle Comme possédant aussi divers bonheurs et souffrances, actions et souillures émotionnelles. Sa nature est pure et immaculée, ces qualités sont comme les joyaux qui exaucent les souhaits ; il n'y a jamais changements ni cessations. Quiconque le réalise atteint la libération .... »

Il existe, en référence à sa base et source et du fait qu'elle soit cause de libération, de nombreux synonymes pour la base universelle ultime, tels que base universelle absolue, vertu de la nature ultime sans commencement, essence de bouddha, nature (Khams), nature lumineuse de l'esprit, sphère ultime, sens de la nature de l'ainsité, état d'être naturellement pur, sagesse transcendantale et ainsi de suite.

L'aspect basé sur l'Esprit (Sems-Nyid) [c.-à-d. état neutre de la base universelle] des habitudes du samsara est appelé base universelle des traces. Pourquoi ? Parce que c'est la base de l'accumulation des karmas qui génèrent les vertus, les non-vertus, la libération et l'illumination, qui n'existent pas dans la vraie nature de l'état primordial, mais apparaissent accidentellement. C'est à la fois la base des karmas vertueux et celle des non vertueux, sa nature (Ngo-Bo) est l'ignorance (gTi-Mug), et elle est neutre eu égard aux karmas vertueux et non vertueux.

Certains prétendent que ce n'est pas l'ignorance parce que c'est autant la base des cinq poisons y compris l'ignorance que celle de l'illumination. C'est simplement une mauvaise compréhension. Ce n'est pas l'ignorance des cinq poisons. Mais c'est la non-illumination innée (Lhan-Chig sKyes-Pa'i Ma-Rig-Pa), qui a surgi au moment de l'illusion menant au samsara, et a aussi été appelée ignorance. On l'examine aussi afin de déterminer si c'est la base de l'illumination. Ce n'est la base ni de l'essence ni celle de la sagesse du Bouddha, qui possède deux puretés, la pureté venant de l'état primordial et celle des souillures fortuites, parce que la base universelle doit se transformer en sagesse. Dans le Suvarnaprabhasottama sutra, il est dit :« la base universelle transformée est l'essence, le corps ultime (Ngo-Bo Nyid-Kyi Ch'os-Kyi-sKu) ».

Il est dit dans le 'Byung-bZhi Zad-Pa 'i rGyud : « La base universelle purifiée est la sphère ultime (Ch' os-dByings) ». La base universelle des traces n'est pas la base de la nature (Khams), parce qu'elle est seulement la base, ou cause, de l'absence de souillures. Ainsi elle ne réagit pas autrement qu'en tant que base du simple devenir illuminé par l'apprenlissage de la voie composée de l'accumulation de mérites et sagesse. Elles [les accumulations] appartiennent à la catégorie de la « vérité de la voie » et sont illusoires et temporaires, du rait qu'elles sont fondées sur la base universelle des traces. Comment l'apprentissage peut-il nuire à la base universelle des traces alors qu'il en dépend ? De même qu'un feu fait de cire brule la cire elle-même, et qu'un feu fait de bois brule le bois lui-même, en se trouvant sur la base universelle des traces, la voie des deux accumulations purifie les habitudes du samsara, dissipe les souillures de la nature essentielle et cause la parfaite réalisation de l'illumination, telle qu'elle est, primordialement. Ainsi, les deux accumulations sont connues pour être les conditions pures (rKyen Dag-Pa). Par la suite, les antidotes, les moyens de purification des deux accumulations eux-mêmes, seront aussi réduits en cendres puisque ce sont les vertus imaginées par l'esprit. ...

Il est dit dans le Madhyamakavatara : « La paix réalisée en brulant la totalité du combustible des sujets connaissables est le corps ultime des bouddhas. ... ».

Les synonymes de base universelle des traces sont: non-illumination innée (Lhan-chig sKyes-Pa'i Ma-Rig-Pa), base universelle des impuretés, obscurcissements sans début ni fin, grande obscurité, méconnaissance originellement présente, et ainsi de suite.

L'Esprit (Sems-Nyid), la sphère sans commencement, présente comme l'espace : du point de vue de la libération basée sur lui, il est connu comme l'ultime base universelle, et du point de vue de son état d'être la base du samsara, il est identifié comme base universelle des habitudes. Puis le bonheur et la souffrance des différentes apparitions du samsara et nirvana ainsi que des fautes et vertus, apparaissent à partir de la sphère sans commencement. Il est dit dans le commentaire de l' Uttaratantra : « La sphère ultime du temps sans commencement ni fin est la demeure de tous les dharmas. Du fait de cette présence en eux, chaque être vivant est capable d'atteindre le nirvana. »

LA DIVISION DE LA BASE UNIVERSELLE ET LES HUIT CONSCIENCES

La base universelle des différentes traces, l'état neutre en regard des vertus et non-vertus, est comme un miroir. De la conscience de la base universelle dans le 'Jam-dPal Ye-Shes rGyan il est dit : « L'esprit (Sems) est la conscience de la base universelle. L'appréhension de la singularité est la pensée (Yid) ». C'est semblable à l'aspect de clarté d'un miroir. Les cinq consciences des entrées sont comme l'apparition des réflexions dans un miroir. Ce qui apparaît tout d'abord, l'analyse de la perception précédente (Don) ou le déclenchement de la reconnaissance de la perception des cinq portes des sens simplement en tant que ceci est cela, est la pensée ou conscience de l'esprit. Ce qui vient ensuite, la montée de la haine, attachement ou émotions neutres envers les objets, est la conscience maculée de l'esprit.

Certains maîtres des temps anciens ont dit que les six consciences [c.-à-d. l'esprit et les cinq facultés des sens] n'accumulent pas de karma si on n'analyse pas les perceptions avec la conscience maculée de l'esprit, parce qu'elles ne sont composées d'aucun des trois poisons. Mais on doit s'interroger sur cette observation. Lorsqu'on a entrepris la voie de la vue, méditation et conduite, après avoir réalisé la nature ultime des existants phénoménaux, il existera un tel état, ne produisant aucun karma, mais les personnes dont l'esprit n'a pas atteint un tel niveau sont ignorantes et produisent des mauvais karmas.

Les moyens de production du karma sont les facultés de l'esprit et les cinq facultés des entrées des sens et leurs bases. Les producteurs de karma sont l'esprit souillé, l'esprit vertueux et l'esprit neutre eu égard aux vertus et non-vertus. La base sur laquelle les karmas sont accumulés est la base universelle de l'état neutre. La conscience de la base univcrsclle fournit l'espace pour le développement, le maintien, le déclin et ainsi de suite, du karma. Dans le grand commentaire d'Acarya Sthiramati sur le Mahayanasutralamkara, il est dit : « L'esprit et les cinq facultés, telles que celle des yeux, sont les entrées, les portes du karma. Les esprits vertueux, non vertueux et neutre sont les producteurs de karmas. Les six perceptions, telles que la forme, sont les objets du karma. La conscience de la base universelle fournit l'espace pour la production des karmas. La base universelle est la base, comme le lieu et la maison où et dans laquelle les karmas sont emmagasinés. »

Ici, la conscience de la base universelle est l'aspect du sens qui est clair, mais ne connait ni l'objet ni le sujet. À partir de là, les sens [les consciences] des cinq entrées apparaissent. La conscience de l'œil est l'aspect d'un sens qui voit l'objet en tant que forme, mais aucune pensée analytique n'est encore apparue. De même, les sens qui simplement voient généralement les objets respectifs son, odeur, goût et toucher, comme des objets par les sens de l'oreille, le nez, la langue et le corps, alors qu'aucune pensée n'est encore apparue, [sont leurs consciences].

Les apparitions claires surgissant de l'objet de perception des cinq entrées, ou d'une forme de perception similaire apparaissant devant les sens, sont les phénomènes (Ch'os, s. dharma), elles sont aussi la conscience-esprit. Ici, l'aspect de l'objet, ce sont les phénomènes et l'aspect de l'apparition de ces phénomènes dans les sens, est appelé la conscience-esprit .... La conscience qui est apparue immédiatement au point de cessation de l'aspect de conscience-base universelle et des six sens, les cinq consciences-entrée de perception de l'objet précédent, est appelée pensée (Yid). Dans l'Abhidharmakosa il est dit : « La conscience apparue immédiatement après la cessation des six consciences est l'Esprit ».

Par exemple, lorsqu'une forme est perçue, 1'aspect de l'objet qui voit clairement, mais sans appréhender, est la conscience de la base universelle, et l'aspect d'apparition aux sens de la forme est la conscience de l' œil. Quitter ou s'éloigner de ces deux états est appelé leur cessation, ensuite l'apparition de la pensée momentanée, « Ceci est la forme », est la pensée (Yid) ou esprit (Sems). Dans certains contextes, Sems était expliqué comme étant la conscience de la base universelle. Cette pensée momentanée se déplace très vite et ne pense pas subtilement, c'est pourquoi elle est appelée « non-pensée » (rTog-Med). Elle est aussi appelée percept ou pensée objective (gZung-Ba'i rTog-Pa) parce qu'elle voit l'objet en premier. Ensuite, cette analyse subtile du percept (objet) qui se produit est appelé observateur ou pensée subjective. Même si on voit d'abord les percepts (objets), si on ne poursuit pas par l'analyse par l'intermédiaire de celui qui perçoit, cela ne produira -aucun karma. Tous les seigneurs des sages s'accordent sur ce point.

Note de Tulku Thondup :
Longchen Rabjam fait deux remarques sur la façon dont les consciences produisent le karma. Son observation la plus ancienne, citant les premiers maîtres, est que bien qu'il n'y ait pas de conscience-esprit souillée, les six consciences [l'esprit et les six consciences des sens] produisent quand même du karma, parce que la conscience-esprit est au complet avec ses deux aspects, le percept [perception objective] et celui qui perçoit [perception subjective], et elle est basée sur l'ignorance. Ce qui est souligné ici c'est que, bien que les perceptions apparaissent dans la conscience-esprit, il n'y a ni l'aspect analyse par ceux qui perçoivent ni aucune contemplation, ainsi elles ne produisent aucun karma.

COMMENT LES CONSCIENCES PRODUISENT LE KARMA

Par le karma vertueux, non vertueux et neutre des pensées discriminante grossières de l'appréhendé et celui qui appréhende, on tombe ou prend naissance dans la dimension du désir. La contemplation dans un état d'absorption (Ting-Ng« 'Dzin) qui n'est pas la nature essentielle (gNas-Lugs), et dans lequel la chose perçue (sNang- Yul) apparaît mais où aucune pensée n'est encore apparue, accumule des karmas dans la base universelle pour renaître dans la dimension de la forme. La contemplation sur la non-pensée, en évitant les percepts, sème la graine karmique sur la base universelle pour renaître dans la dimension du sans forme ....

Notre esprit, focalisé en un point, s'écoulant sans aucune pensée liée à un quelconque objet est l'état (sKabs) de la base universelle. L'étape consistant à voir les perceptions clairement, bien que restant sans pensée à leur propos, est la conscience de la base universelle. L'étape de perception d'un quelconque percept apparu clairement devant n'importe lequel des sens est les consciences des cinq entrées. Quand on perçoit un objet quelconque, dans un première temps il apparaît, un instant, en tant que percept, dans un second temps l'analyseur mêlé aux souillures émotionnelles apparaît comme celui qui perçoit, et ils sont respectivement la conscience-esprit et la conscience-esprit-souillée.

DIFFÉRENTS ÉTATS DE CONNAISSANCES

Il existe différents niveaux de connaissances (Shes-Pa) qui n'ont aucun lien avec la libération du samsara, et qui se trouvent dans 1'état de la base universelle. Ce sont (a) la connaissance qui, dans l'état de contemplation, est une tranquillité stable fixée en un point, (b) la connaissance qui, dans l'état de contemplation de clarté et non-pensée, est stable et vision intuitive partielle (Lhag-mThong), et (c) la connaissance, savoir brut, jaillissant après l'apparition des objets avec des conditions dominantes (bDag-rKyen), les facultés des six sens. Les karmas vertueux et non vertueux accumulés à travers ces trois sortes de connaissances illusionnent les êtres dans respectivement, la dimension du sans forme, la dimension de la forme et la dimension du désir. ... La raison est qu'elles ne conduisent pas à la libération et ne transcendent pas celui qui appréhende et l'appréhendé (dualité). L'état de contemplation de la non-pensée lui-même est, ici, 1'appréhendé, et la contemplation sur cela, focalisée en un point, sans vacillement, est celui qui appréhende. La contemplation pure est comme suit : bien que ce soit une méditation sur les moyens habiles de la compassion et sur la sagesse dépourvue d'extrêmes, elle ne renferme aucune conceptualisation de sujet et d'objet, et il n'y a pas de méditation désignée dans cet état. Ainsi il s'agit de la nature inconcevable. Bien que dans cette contemplation on acquière joie, félicité, miracles et préscience, il n'y aura aucun attachement au plaisir qu'on y ressent, ni n'y trouvera-t-on d'appréhendé sous une forme caractéristique.

QUELLES CONSCIENCES JOUENT UN RÔLE MAJEUR DANS LES TROIS DIFFÉRENTES DIMENSIONS

Les différentes consciences jouent des rôles différents, principaux et subordonnés, dans leur propre dimension et dans les autres. .... Dans le commentaire au Kun-gZhi Dang Ye-Shes brIag-Pa d'Acarya Buddhaguhya il est dit : « Dans la dimension du désir, les sept consciences, telles que celle des yeux, sont principales et les autres [base universelle et conscience de la base universelle] sont subordonnées. Dans la dimension de la forme, la conscience de la base universelle et les consciences des entrées [les consciences des cinq facultés, de l'esprit et de l'esprit souillé] sont principales et l'autre [la base universelle] est subordonnée. Dans la dimension du sans forme, la base universelle elle-même est principale et les autres [les huit consciences] sont inactives.

DISSOLUTION DES CONSCIENCES

Pour une personne de la dimension du désir qui va dormir, d'abord les consciences des cinq entrées et de l'esprit souillé se dissolvent dans la conscience-esprit. La conscience-esprit se dissout dans la conscience de la base universelle et ensuite un état de clarté et de non-pensée s'installe pour un certain temps. Certains maîtres des nouveaux tantras (gSar-Ma) affirment que ceux qui sont capables de réaliser cet état et le contempler, jouissent de la nature ultime de la clarté, sans faire aucun rêve. La conscience de la base universelle se dissout dans la base universelle dépourvue de pensée. Ensuite, sur la base de la dissolution de la base universelle dans la sphère ultime (Ch'os-dByings), les perceptions grossières et subtiles se dissolvent et la nature ultime, l'union de vacuité et clarté, dépourvue d'élaborations, apparaît. Si on le réalise, toutes les illusions seront repoussées .... puis elles se régénèrent de nouveau. À partir de l'état ultime surgit la base universelle, de la base universelle surgit la conscience de la base universelle, et à partir de là, la conscience-esprit surgit seule. À ce point, différentes sortes de rêves tels des phénomènes apparaissent et on appréhende les phénomènes, les objets de l'esprit des habitudes.

UNITÉ ET ÉMANATION DES CONSCIENCES DANS DIFFÉRENTS ÉTATS

Le sommeil est le moment où toutes les consciences sont en union avec la base universelle, et où il n'existe aucune projection extérieure d'une quelconque conscience. Pendant le rêve, la conscience-esprit est apparue à partir de la conscience de la base universelle. De la sorte, c'est le moment où la conscience se projette légèrement à l'extérieur, et la base universelle et les consciences de la base universelle et de l'esprit forment une seule entité. Lorsqu'on s'éveille, ses consciences se sont projetées à l'extérieur de la base universelle, et la base universelle et les huit consciences forment une entité unique.

RESUMÉ FINAL

L'Esprit lumineux (Sems-Nyid) est la base et la source de tous les existants. Dans l'Esprit il n'est pas fait de différentiation entre samsara et nirvana, ils sont inséparables et immuables. Ainsi c'est la ... nature ultime de l'union (sByor-Ba Don-Gyi gNas-Lugs), l'essence de bouddha et la source du samsara et du nirvana. Il est dit dans le Doha : « L'Esprit seul est la graine de tout. Pour les êtres il projette samsara et nirvana ; Il fournit le fruit des vœux : Esprit identique au joyau qui exauce les souhaits, je vous rends hommage. »

Dans le Ghanavyuha sutra il est dit : « Les différentes étapes de la voie sont la base universelle. Le tathagatagarbha (essence de bouddha) l'est aussi. Cette essence, nommée base universelle, le Tathagata (Bouddha) l'a exposée. Il a proclamé l'essence comme base universelle. Mais les personnes d'un intellect stupide ne le comprennent pas. »

Comme cette nature (gShis) est la cause de perfections telles que les corps et sagesses (de la bouddhéité), elle est appelée la base universelle ultime immaculée (Don-Gyi Kun-gZhi). Comme elle est la base du samsara, elle est appelée la base universelle des traces avec souillures. L'essence (Ngo-Bo) de la base, la base universelle, est une mais elle est divisée en deux à cause des différentes qualités basées sur elle. ...

Dans la nature de la lune, il n'y a jamais croissance ni décroissance, mais dû aux circonstances, sur les quatre continents nous voyons les différentes croissances et décroissances. De même, dans la nature de l'Esprit lumineux, après être devenu illuminé, il n'y a jamais véritablement de bonheur ou de souffrance, mais les êtres dans le samsara perçoivent différentes entités, telles que des migrations élevées ou inférieures. Si on a pratiqué ou réalisé le sens absolu, cela s'appelle atteindre la perfection de la base universelle en tant que sens absolu ....

Les karmas sont produits par les illusions de la conscience-esprit non-illuminée. Dans le Udanavarga sutra il est dit : « L'esprit est le chef, il est rapide. L'esprit est le précurseur de toutes choses ».

À cause des imaginaires (Kun-bTags) et de la méconnaissance de la nature parfaitement établie (Yongs-Grub), on devient dépendant (gZhan-dBang) de différentes apparitions illusoires impures. Pour inverser le samsara illusoire pareil à un rêve, on doit réaliser l'Esprit parfaitement établi et méditer sur la voie infaillible des étapes de développement et perfection, moyens habiles et sagesse, pour réaliser la nature essentielle dans l'état primordial, telle qu'elle est.

LA NON ILLUMINATION, RACINE DU KARMA

Du fait de ne pas réaliser le propre visage de l'Esprit, tous les êtres s'illusionnent dans le samsara en posant pour fondation l'appréhendé [objet] et celui qui appréhende [sujet]. Dans la Prajnaparamita sancayagatha, il est dit : « Tous les êtres vivants [de type] moindre, médiocre et excellent sont nés de la non-illumination. Ainsi est-il dit par le Bienheureux ainsi-allé ».

Les êtres des migrations moindres, inférieures et moyennes, la migration humaine, et plus élevée, la migration divine, font tous l'expérience du bonheur et de la souffrance produits par leurs différents karmas individuels. La racine du karma est la non-illumination accompagnée des trois poisons, et suivie par les karmas non vertueux autant que par les vertus sources de mérites qui produisent les résultats heureux du samsara.


LE KARMA DES VERTUS LIBÉRATRICES, LES MOYENS DE SE LIBÉRER DU SAMSARA

note de Tulku Thondup :
Le karma des actions vertueuses associé aux vertus libératrices conduit la personne à l'illumination. Kunkhyen Longchen .Rabjam. explique dans son Shingta Chenpo (Le grand chariot) et l'autocommentaire sur le Semnyid N galso (« Détente dans l' esprit naturel »), la présence de deux lignées (Rigs) de l'essence de bouddha (Tathagatagarbha) chez tous les êtres, par lesquelles nous possédons le potentiel de devenir bouddhas si nous pratiquons les karmas vertueux qui mènent à la bouddhéité. La première des deux lignées est « la lignée naturellement présente » (Rang-bZhin gNasRigs), l'aspect de la lignée, ou essence, qui est présente primordialement en tant que nature absolue des êtres. La seconde est « la lignée développée » (sGrub-Pa Las Byung-Ba ou rGyas- 'Gyur Gyi Rigs), l'aspect de l'essence qui a été développé en dissipant les couches que sont les souillures. Il explique qui doit éveiller la lignée et par quels moyens ou, sinon, comment, on s'égare dans le samsara si on ne réalise pas la lignée, et l'importance de pratiquer les vertus libératrices afin de réaliser la lignée.

Longchen Rabjam :

KARMA DES VERTUS LIBERATRICES GÉNÉRALES

Les karmas vertueux qui transcendent à la fois les vertus sources de mérites et les mauvaises actions, et qui sont dépourvus de toutes les taches qui causent la renaissance dans le samsara, sont les karmas, les causes de libération. Parmi ceux-ci, les vertus avec conception (sNang-bChas), telles que les dix actions vertueuses et les cinq premières des six perfections de l'accumulation de mérites, sont des actions du niveau de la vérité relative. Les vertus sans conception, la sagesse dépourvue des deux extrêmes, sont l'accumulation de la sagesse primordiale [la vérité absolue]. L'unité des ces deux accumulations, incarnée dans les étapes des cinq voies, mène à la bouddhéité. Ainsi elle transcende les vertus samsariques. Les êtres samsariques perçoivent les actions vertueuses comme substantielles et possédant des caractéristiques. Mais en regard des vertus libératrices, elles ne sont pas perçues comme substantielles ou possédant des caractéristiques dès le début de l'apprentissage. Elles sont dépourvues des concepts de mérites ou démérites, et ont l'essence de vacuité et compassion ...

La générosité et ainsi de suite, les cinq premières des six perfections sont pour l'accumulation de mérites, et la sagesse est pour l'accumulation de sagesse primordiale. Par la pratique combinée de ces deux accumulations, on réalise les deux corps des bouddhas.

LES VERTUS, CAUSE DE LIBÉRATION

Les véritables vertus libératrices appartiennent à la « vérité de la voie » de la libération, cause de cessation (Bral) de la souffrance. Bien qu'elles soient situées sur la base universelle des habitudes, le résultat, la cessation elle-même, réalisé à l'aide de la cause de la cessation de la souffrance et du samsara, est basé sur la lignée (Rigs) ou essence de bouddha (sNying-Po). C'est la raison pour laquelle les vertus deviennent la cause de la libération suprême immuable.

Dans le texte racine il est dit :

La base des vertus est la lignée (Rigs) : « C'est l'état d'esprit naturel lumineux (Rang-bZhin), la nature immaculée (Khams), et c'est la lignée naturellement présente (Rang-bZhin gNas-Rigs). L'aspect apparition (sNang-Ch'a) de la nature est les deux corps, qui a été caractérisé par neuf exemples, c'est la nature de la compassion, présente primordialement, et c'est la lignée développée (rGyas- 'Gyur Gyi Rigs). Ainsi fut dit par celui allé en béatitude (Bouddha). ... »

Les écritures du troisième tour de la roue du dharma exposent le sens définitif et montrent, telles qu'elles sont, le grand secret (les qualités) de tous les bouddhas. Ces écritures sont : Arya-dharanesvaraja-pariprccha-sutra, Arya-srimaladevi-simhanada-pariprccha sutra, Bu-Mo Rin-Ch'en Gyis Zhus-Pa'i mDo, Vimaladevi pariprccha, Arya-angulimala sutra, Arya-mahaparinirvana sutra, Arya maitreya pariprccha sutra, Arya tathagatagarbha sutra, et ainsi de suite.

Dans ces écritures, des explications sont données sur la nature (Khams), ou état naturel (Rang-bZhin) de l'esprit, présente primordialement chez tous les êtres vivants, et qui est l'essence de bouddha (Tathagatagarbha). Elle est présente depuis des temps immémoriaux, et immuable. Dans cette nature sont primordialement présents l'accomplissement spontané de l'aspect de son apparition en tant que source des signes majeurs et mineurs des corps formels (gZugs-sKu) et son aspect de vacuité en tant que libéré de tous les extrêmes élaborés du corps ultime (Ch'os-sKu). Cette nature est expliquée par des exemples : l'accomplissement spontané des vertus par le joyau qui exauce les souhaits, l'immuabilité par l'espace et l'omniprésence chez tous les êtres vivants par l'eau claire. Il est dit dans l'Uttarantantra : « Comme un joyau qui exauce les souhaits, l'espace et l'eau, la nature de bouddha est toujours dépourvue de souillures ».

Dans son essence (Rang-Ngo), elle n'est pas souillée par des taches dès l'instant précis de l'obscurcissement de l'essence, et elle reste pure telle qu'elle est. Dans l'Arya-astasahasrika prajnaparamita sutra il est dit : « Dans l'esprit il n'y a pas d'esprit, parce que la nature de l'esprit est lumineuse ».

C'est la nature ou lignée des bouddhas et elle est présente chez tous les êtres vivants. Il est dit dans l'Uttaratantra : « Parce qu'ils sont indivisibles de l'ainsité, et parce qu'ils possèdent la lignée, les êtres vivants possèdent toujours l'essence de bouddha ».

La lignée est aussi appelée « nature ultime vertueuse sans commencement ou omniprésente », parce qu'elle est le bouddha de la base primordiale. Dans le Manjusrinamasamgiti il est dit : « Bouddha n'a ni début ni fin, le primordial n'a pas de partialité ».

Dans le Hevajra dvikalpa-tantra il est dit : « Les êtres vivants sont le véritable bouddha. Peu importe qu'ils aient été obscurcis par des souillures occasionnelles, lorsque les obscurcissements ont été nettoyés, ils sont le véritable bouddha ».

En tant qu'être vivant, dans l'ainsité de notre esprit nous possédons la perfection des vertus du corps de forme du bouddha sous son aspect apparitions, et les vertus du corps ultime sous son aspect vacuité. Mais l'essence de bouddha a été obscurcie par les souillures et les vertus sont devenues manifestement brouillées. Ainsi elle est appelée nature (Khams) ou lignée (Rigs).

Lorsqu'on devient bouddha, on est libéré de touts les obscurcissements. De la sorte, cela s'appelle illumination. La différence réside simplement dans le fait que l'énergie (Nus-Pa) de la nature de l'esprit se manifeste intégralement. Nous ne prétendons pas qu'il s'agit du développement d'une vertu nouvelle qui n'existait pas lorsqu'on était un être humain ordinaire, parce que la nature est immuable.

Il est dit dans le sNying-Po Rab-Tu brIan-Pa sutra : « La sphère ultime (Ch'os-dByings) d'un temps sans commencement est la demeure de tous les existants phénoménaux. Du fait de cette présence, tous les êtres vivants ont la capacité de réaliser le nirvana. L'ainsité (tathata) est immuable. Elle était et sera telle qu'elle est. »

La nature lumineuse de l'ainsité (Ch'os-Nyid) de l'esprit n'est jamais souillée par les obscurcissements émotionnels. Dans l'Uttaratantra il est dit : « La nature de l'esprit, lumineuse, est immuable comme l'espace. Par l'attachement et le reste, venus de concepts souillés, les obscurcissements accidentels ne la souillent pas. »

DIVISION DE LA LIGNÉE

Il y a deux divisions dans la lignée : La lignée naturellement présente (Rang-bZhin gNas-Rigs), qui existe primordialement, et la lignée développée (bsGrub-Pa'i Rigs), générée en dépendance du nettoyage des souillures occasionnelles.

(1) Dans la lignée naturellement présente, il y a deux aspects : (a) La lignée naturellement présente de la nature ultime des phénomènes (Ch'os-Nyid), la vacuité, dépourvue de toutes élaborations, l'Esprit (Sems-Nyid), et cause de la libération du corps-essence ïNgo-Bo Nyid-sKu). (b) la lignée naturellement présente des existants phénoménaux (Ch'as), cause de libération des corps formels (gZugs-sKu). Ils perdurent, depuis des temps immémoriaux, en tant que phénomènes et leur nature. Dans le Mahaparinirvana sutra, il est dit : « Ô fils de bonne famille ! La nature de l'esprit, l'essence naturellement lumineuse et naturellement non existante, n'est pas séparée des apparitions, les attributs radieux des signes et marques majeurs et mineurs des corps de bouddha de l'esprit naturellement pur. En tout cas, ils sont classés suivant les dénominations apparition et vacuité. »

(2) La lignée développée : Par la pratique du développement de l'esprit d'illumination et ainsi de suite, les moyens et sagesses habiles de la voie de l'apprentissage et de l'accumulation duelle, l'accumulation de mérites et de sagesse primordiale, nous parachèvent dans la lignée naturellement présente. Dans le Gandavyuha sutra il est dit : « Ô fils du victorieux ! Ce qui est connu pour être la lignée de l'illumination est l'atteinte de la sphère ultime (Ch 'os-Kyi Byings) par la réalisation de la vastitude pareille à l'espace et la luminosité naturelle, et par la pratique des grandes accumulations de mérite et de sagesse primordiale. »

Il est dit dans l' Uttaratantra : « Comme un trésor et comme le fruit d'un arbre, les deux lignées doivent être connues. Ce sont (a) la lignée naturellement présente qui existe primordialement et (b) l'excellente lignée qui surgit du développement. De ces deux lignées, les trois corps des bouddhas seront acquis. De la première lignée on acquiert le premier corps-essence. De la seconde lignée on acquiert les deux suivants corps formels. La beauté du corps-essence doit être comprise comme un joyau, parce que le corps-essence est naturellement non créé et est le trésor des vertus, parce qu'il possède la grandeur du seigneur des phénomènes. Le corps de béatitude est comme le roi universel. Comme il est la nature du reflet du corps de béatitude, le corps manifesté (sPrul-sKu) est comme une image dorée. »

Le corps-essence, la lignée naturellement présente de l'Esprit (Sems-Nyid), a été accompli spontanément en tant que joyau. De cette base [le corps-essence] surgit le reflet de la lignée naturellement présente des phénomènes (Ch'osChan), le corps de béatitude, le seigneur universel, et le corps de manifestation pour les êtres vivants. Mais en demeurant un être vivant, les corps sont devenus invisibles et obscurcis par les souillures. En conséquence, l'accumulation de mérites nettoie les obscurcissements des corps formels par le développement de l'attitude illuminée et ce qui s'en suit, et l'accumulation de sagesse nettoie les obscurcissements de l'ainsité, le corps-essence, par la méditation sur la vacuité, et ce qui suit. Les deux lignées sont présentes primordialement, reliées à la base et fondées dessus. La lignée naturellement présente est la base, identique à l'eau claire. La lignée développée est ce sur quoi elle est basée, comparable à l'apparition de différents reflets sur l'eau. ...

La lignée naturellement présente de la nature des phénomènes et la lignée naturellement présente des phénomènes existent en tant que cause de libération mais pas en tant que résultat, la liberté elle-même. La lignée développée, qui purifie les souillures, fonctionne comme antidote mais pas comme cause véritable des deux corps, comme cause et résultat d'un créateur et d'une créature. Dans le Mahayanasutralamkara il est dit : « On doit comprendre que les lignées naturelles et développées sont la base et ce sur quoi elles se fondent. La lignée naturelle existe en tant que cause mais pas en tant que résultat. Par les vertus on réalise la libération. »


La prière de Samantabhadra

La prière de Samantabhadra (9° chapitre du tantra « Dzogpa Tchènpo Kune-tou Zangbö Gongpa Zangthel-tou Tènpé Guiu ») terma découvert par Rigdzine Gödèm en 1366 dans une grotte de la région de Lhobrag au Tibet)

Ensemble de toutes les manifestations de l'inerte et du vivant, du samsara et du nirvana, base unique, deux chemins, deux Fruits, magie de connaître et de ne pas connaître, par la Prière de Samantabhadra puissent tous, dans le palais du dharmadhatou, éminemment, pleinement s'éveiller !

Réceptacle incréé, vaste espace existant en soi, ineffable, inexistence des deux noms samsara et nirvana, connaître cela, c'est l'Éveil, ne pas le connaître, c'est l'errance des êtres dans le samsara.

Puissent tous les êtres du triple monde pénétrer la réalité de l'ineffable Base ! Moi-même, Samantabhadra, sans cause ni agent circonstanciel, je perçois la réalité de la Base à l'aide d'une connaissance existant en soi dans la Base. Extérieur, intérieur ne la lient pas aux erreurs de la surestimation et de la sous-estimation. Les voiles de l'obscurité de la non-présence consciente ne la recouvrent pas. Pour cette raison, les auto-manifestations ne sont pas entachées de fautes.

Pour qui demeure dans la fraîche auto-connaissance quand bien même les trois mondes crouleraient, nulle frayeur, nul attachement aux cinq objets des sens dans la conscience non-conceptuelle qui existe en soi. Absence de formes matérielles, absence des cinq poisons, la luminosité de rigpa est sans entraves, une seule essence cinq sagesses, cependant du mûrissement des cinq sagesses surgirent les cinq Familles de Bouddhas premiers. De là, les sagesses s'étant pleinement épanouies, surgirent les quarante-deux Bouddhas. La puissance dynamique des cinq sagesses se manifestant, surgirent les soixante Buveurs de sang. Pour cette raison, la Base et rigpa n'ont jamais connu la méprise, le Bouddha premier étant moi-même. Grâce à cette mienne Prière les êtres du samsara triple monde ayant reconnu rigpa qui existe en soi, puisse pleinement s'épanouir la grande sagesse !

Le flot de mes émanations est ininterrompu, j'en projette d'innombrables milliards qui enseignent diversement, selon les disciples. Grâce à cette mienne prière de compassion puissent tous les êtres du samsara triple monde sortir des lieux des six sortes ! D'abord, les êtres dans la méprise en n'éclairant pas de rigpa la Base furent privés de toute pensée ; esprit confus, c'est cela même la non-connaissance, cause de la méprise. Après s'y être brusquement évanouis circula en eux une sourde conscience de peur, de là, naquit la saisie de soi et de l'autre comme étant ennemis. Les empreintes s'étant graduellement épanouies, le samsara apparut en ordre séquentiel. De là se développèrent les cinq poisons facteurs de tourment. Le flot d'activité des cinq poisons est ininterrompu, pour cette raison, puisque la base de méprise des êtres est la non-connaissance sans présence consciente, grâce à cette mienne Prière de Bouddha, puisse rigpa être auto-connu de tous !

La non-connaissance congénitale est une conscience sans présence consciente, distraite ; la non-connaissance nominative est la saisie dualiste de soi et d'autrui ; les non-connaissances congénitale et nominative sont la base de méprise de tous les êtres, grâce à cette mienne Prière de Bouddha après la dissipation de l'obscurité qu'embrume la non-présence consciente et la décantation de la conscience de saisie dualiste de tous les êtres du samsara, puisse être connue l'essence intime de rigpa !

L'esprit de double saisie est doute et suite à la naissance de l'avidité subtile, d'épaisses empreintes s'épanouirent graduellement, nourriture, richesses, vêtements, lieux et amis, cinq objets des sens et proches que l'on aime, on fut tourmenté par le désir qui s'attache à ces charmes. Ceux-ci constituent la méprise du monde si bien que l'activité saisi-saisir est sans fin-épuisement. Lorsque mûrit le fruit de l'avidité chez les prétas dévorés par le désir, étant né, effroi d'être affamé, assoiffé ! Grâce à cette mienne Prière de Bouddha, êtres que le désir-attachement rend avides, sans rejeter la passion du désir, sans adhérer à l'avidité du désir-attachement, en relâchant la conscience dans l'état naturel, puissiez-vous obtenir la sagesse du discernement après avoir atteint le domaine de rigpa !

A la perception d'objets extérieurs circula une subtile conscience de peur, s'épanouirent les empreintes de la colère, et de là naquirent saisie de l'ennemi, actes brutaux de frapper, de tuer. Lorsque mûrit le fruit de la colère, terribles souffrances infernales de devoir cuire, être brûlé ! Grâce à cette mienne Prière de Bouddha, tous les êtres des six voies, lorsque naît en vous une violente colère, sans rejeter ni adhérer, détendez-vous dans l'état naturel, puissiez-vous obtenir la sagesse du miroir après avoir atteint le domaine de rigpa !

L'esprit s'étant infatué naquirent, vis-à-vis d'autrui, un esprit de rivalité, une pensée dédaigneuse, un esprit de fort orgueil, si bien qu'on se battit avec autrui et connut la souffrance. Lorsque mûrit le fruit de ce karma, on naît déva qui fait l'expérience de la mort-chute. Grâce à cette mienne Prière de Bouddha, êtres chez qui est née une pensée infatuée, relâchez la conscience dans l'état naturel, puissiez-vous pénétrer la réalité de l'égalité après avoir atteint le domaine de rigpa !

A cause des empreintes épanouies de la double saisie, on se loua, on critiqua l'autre. Vive douleur à partir de laquelle se développèrent querelles et esprit de compétition. A cause d'eux on naît chez les assouras qui tuent, assassinent, le fruit en est la chute en enfer. Grâce à cette mienne Prière de Bouddha, êtres victimes d'un esprit de compétition et de querelles, sans succomber au sentiment de rivalité, détendez-vous dans l'état naturel. Puissiez-vous obtenir la sagesse toute accomplissante après avoir atteint le domaine de la conscience !

A cause de l'obnubilation, du trouble, de l'oubli de la perte de connaissance, de la paresse et de la confusion qu'occasionnent la non-présence consciente, l'indifférence et la distraction, on erra, sans refuge, parmi les animaux. Grâce à cette mienne Prière de Bouddha, l'éclat intériorisé de la lumineuse présence consciente ayant lui dans les ténèbres de la confusion et de l'abêtissement, puisse être obtenue la sagesse sans concept (sagesse du dharmadhatu) !

Tous, tous les êtres du triple monde, égaux à moi Bouddha-Réceptacle, furent entraînés sur le terrain de la non-présence consciente et de la méprise. Ils se livrent à présent à des activités dénuées de sens. Les six activités ressemblent aux chimères oniriques. Je suis le Bouddha premier, puisque mes émanations convertissent (domptent) les six classes d'êtres, grâce à la Prière du Totalement Bon, puissent s'éveiller dans le dharmadhatou tous les êtres sans exception ! Par la suite, de puissants yogis depuis l'auto-lumineux rigpa sans méprise feront cette puissante Prière, si bien que tous, tous les êtres qui l'entendront à partir de trois naissances excellemment s'éveilleront ! Lorsque le soleil, la lune sont happés par celui qui capture, ou que sons, tremblements de terre se produisent, ou aux inversions du soleil et au changement d'année, se générant soi-même sous les traits de Samantabhadra, si l'on dit ceci en étant entendu de tous, grâce à la prière de ce yogi, pour la totalité des êtres du triple monde après qu'ils se soient progressivement libérés de la souffrance, il y aura, à la fin, obtention de l'Éveil !


VUE ET VACUITÉ PAR LONGCHEN RABJAM

Les phénomènes sont comme des illusions

Les reflets apparaissent dans un miroir sans que le visage passant devant le miroir et les reflets n'apparaissent indépendamment du visage. De même, il doit être compris qu'au moment précis où tous les phénomènes apparaissent à l'esprit, ils n'existent ni comme esprit ni comme quelque chose d'autre que l'esprit, comme l'illustrent les huit exemples illusoires.

Existence non inhérente de l'esprit

Tous les phénomènes semblent vrais quand ils ne sont pas analysés. Mais si vous examinez les apparitions extérieures en les réduisant à des atomes indivisibles, ils se trouveront être non existants dans leur nature ; ainsi les objets du désir avide sont inconcevables. Si vous analysez le sujet, l'esprit, l'aspect d'un instant de celui qui appréhende à l'intérieur n'existe pas, ainsi son essence est au-delà l'appréhension, et l'esprit de celui qui appréhende est inconcevable (Mi-dMigs). Ils sont non duels, dépourvus d'élaborations et au-delà des sujet et objet d'expression.

Illustrations de la non-existence dans la vraie nature

Les phénomènes surgissent bien qu'ils n'existent pas. … Ils sont non nés à l'instant précis de leur naissance, comme la lune dans l'eau le reflet de la lune sur l'eau et l'eau dans un mirage.

L'ignorance qui doit être purifiée

Par exemple, quand un malade du phlegme (Bad-Kan) a des visions brouillées, il doit recevoir un traitement. De même, les yeux de tous les êtres vivants sont recouverts, depuis des temps immémoriaux, de la cataracte (Ling-Tog) de l'ignorance et des concepts de moi et mien. Ainsi, non seulement ne voient-ils pas l'esprit lumineux tel qu'il est, l'essence de bouddha présente en eux, mais ils voient les apparitions des objets extérieurs, comme les montagnes et rochers, et les pensées intérieures passionnées produites par les souillures émotionnelles, telles des visions brouillées. Depuis leur apparition elles n'existent pas, mais elles fonctionnent comme des pièges pour tromper les enfants. ....

Puisque les aryas [les êtres réalisés] voient les phénomènes comme non existants dans leur vraie nature, ils les réalisent parfaitement en accord avec la nature de l'essence de bouddha et la non-existence de la nature vraie.

LES MOYENS POUR PURIFIER L'IGNORANCE

Apprendre la voie du milieu, dépourvue d'extrêmes

Pour dissiper la cataracte de l'ignorance, la pure sagesse est la sagesse de la conscience discriminante. Lorsqu'on observe la nature des phénomènes à travers la sagesse discriminante, on atteint la libération aux moyens du vide [ouverture], de la vue du karma, des souillures émotionnelles et leurs taches, apparaissant sans véritablement exister à la manière des apparitions (sPrul-Pa), et ainsi de suite. ....

La non-existence d'une vérité relative et absolue séparées est la vérité indivisible. L'ainsité de la vue du milieu est pure en tant que véritable essence de la non-existence des choses (Ngos-Po Med-Pa) depuis les temps immémoriaux. En apprenant cela, on réalise le nirvana, dépourvu des catégories d'éternalisme et nihilisme, et de samsara et nirvana. Cela s'appelle le moyen de la grande perfection naturelle (Rang-bZhin rûzogs-Pa Ch 'en-Po), qui transcende actions et efforts.

Trancher la racine de l'esprit qui appréhende

Les apparitions elles-mêmes ne vous attachent pas aux illusions du samsara, parce que si vous ne vous attachez pas fortement à celles-ci, elles ne vous souilleront pas, dans la mesure où il n'y a pas de connexion. La soumission est l'attachement, et il est important d'abandonner cet attachement. ...

Même si vous renoncez à l'attachement aux apparitions des forme, son, odeur, goût et touché en examinant leur non existence et impureté dans leur vraie nature, l'esprit qui s'attache n'a pas lui-même été libéré. Si une pierre est lancée à un chien, le chien poursuit la pierre mais n'attrape pas le lanceur de la pierre. Cette forme d'apprentissage du dharma n'apportera pas la libération des souillures émotionnelles. Si une pierre est lancée à un lion, le lion tue le lanceur. De la même façon, la racine de toutes les souillures émotionnelles, tels la colère et l'attachement, est l'esprit. Ainsi doit-on réfléchir tourné vers l'intérieur et pacifier l'esprit au moyen de la sagesse de la réalisation de la non-existence dans la vraie nature.

L'esprit qui est projeté aux objets des six consciences n'est pas réel

Quand votre esprit observe votre esprit, réaliser que l'essence de l'esprit n'est nulle part reconnaissable est la réalisation de sa nature. .... Cette nature transcende tous les concepts, pensées et élaborations. .... Cette nature n'a ni base ni racine d'existence.

L'esprit n'est pas fabriqué

L'esprit semble projeter ('Ch 'ar-Ba), mais ce n'est pas une entité parce qu'il ne se développe ni ne décline durant les trois temps. Au moment précis de son apparition, le passé de l'esprit a cessé et son futur ne s'est pas encore produit. Dans son présent, il n'y a pas d'aspects séparés de l'apparition, la continuité et la cessation, et il n'existe pas, même si vous le cherchez jusque dans les instants temporellement indivisibles. De la sorte l'esprit n'existe ni en tant que celui qui perçoit ni en tant que ce qui est perçu. Ainsi doit-on rester naturel.

L'esprit est passager

Peu importe le type de pensée apparaissant à l'esprit, si vous la cherchez, elle ne sera pas trouvée, parce que l'esprit lui-même est le chercheur. La raison pour laquelle elle ne sera pas trouvée quand elle est recherchée par elle-même, est qu'ils [le chercheur et le cherché] ne sont pas séparés. Si l'esprit est parfaitement examiné, non seulement verra-t-on que l'esprit lui-même n'existe pas, mais tous les concepts seront pacifiés.

L'esprit est primordialement pur et n'a pas de naissance

L'Esprit (Sems-Nyid) est appelé vacuité parce qu'il est naturellement pur et n'a ni base ni racine. Dans l'esprit le mode d'apparition d'une variété de choses est incessant, et cela s'appelle l'apparition. Même si on l'examine, il est dépourvu des extrêmes d'éternalisme et n'a ni substance ni caractère, et il est dépourvu des extrêmes du nihilisme parce que l'aspect de simple conscience est incessant. Il n'y a pas de troisième aspect, « ensemble » ou « aucun ». Ainsi il est au-delà de l'expression, et peut simplement être appelé « pureté naturelle », parce qu'il transcende la connaissance par « c'est cela ». C'est la sagesse non entachée par les extrêmes. .... Il possède des aspects tels qu'être éternel, parce qu'il est dépourvu de changement, dépourvu de l'enchevêtrement de concepts erronés, et est illuminé.

Dans l'esprit il n'y a rien à abandonner

Quand l'esprit est examiné sous toutes ses coutures, preuve est faite qu'il est inexistant dans sa vraie nature ; de même qu'il est non existant lorsqu'il n'est pas examiné. Ainsi l'esprit est non existant. Dans les écritures il a été enseigné de rester dans l'état de non-continuité de l'analyse, reconnaissance et pensées, comme lorsque les brahmanes affamés et les éléphants sont satisfaits par la nourriture, sans renonciation ni acceptation, espérance ou doute.


Le Dzogchen et ses pratiques :

VUE, MÉDITATION ET RÉSULTAT DE L'APPRENTISSAGE DE LA GRANDE PERFECTION

Suivent quelques citations des écrits poétiques de Longchen Rabjam, dans le but d'illustrer sa vision de la vie humaine et des phénomènes mondains, ainsi que sa présentation des vue, méditation et résultat de l'apprentissage de la grande perfection :

Six aspects sur lesquels s'appuyer jusqu'à la réalisation finale :

Men-Ngag Rin-Po-Ch'e'i mDzod

« Laissez les proches. Et liez-vous à d'excellents amis spirituels. Laissez les amis non vertueux. Et appuyez-vous sur des enseignants cultivés et disciplinés. Laissez les conventions. Et appuyez-vous sur l'entente ultime dans le dharma. Adoptez l'étude et la réflexion, et appliquez-les à l'esprit. Laissez les villes et restez dans la solitude des montagnes. Et cherchez les enseignements et pratiquez-les avec zèle. Si on peut suivre cela, on finalisera les réalisations rapidement. »

« Pour pacifier l'appréhension de la vérité de l'identité des objets, regardez comme ils changent pendant les quatre saisons. Pour l'attachement à la permanence de la vie, observez la rosée sur l'herbe. Pour l'ignorance de la cause et de l'effet, regardez les graines et leurs fruits. Pour l'ignorance de la perception et de l'esprit, observez les rêves dans le sommeil. Pour l'ignorance du goût unique, regardez la mélasse et ses reflets. Et pour l'ignorance de la non-dualité, regardez l'eau et la glace. Ces vues sont les grands antidotes. »

« L'abandon simultané de six actions vertueuses et non vertueuses consiste à : Ne pas se lier à un enseignant qui n'a pas d'essence spirituelle mais cause l'accroissement de la haine et des attachements. Ne pas accepter un disciple qui soit un récipient du dharma impropre et qui pense aux fautes des autres. Ne pas pratiquer les pseudos vertus qui sont en réalité l'accumulation d'actions non vertueuses. Ne pas faire la charité en espérant respect et réaction en retour. Ne pas faire d'offrandes pour servir ses proches ou ses richesses. Et ne pas donner d'enseignements qui éloignent les personnes de l'envie d'acquérir des gains personnels. En suivant ces recommandations, on sera en accord avec le dharma. »

« La réalisation de la bouddhéité dépend de six aspects : L'excellent outil d'apprentissage du dharma dépend de la possession de la précieuse vie humaine. La réalisation de la libération dépend de l'apprentissage, parce que sans apprentissage on n'atteint pas la réalisation. L'apprentissage dépend d'un savoir parfait, le savoir dépend de l'étude, la perfection de l'étude dépend du raisonnement, et le tout dépend du fait d'avoir un maître vertueux. »

« Les six excellents supports de la pratique du dharma : Respectez l'excellent Trois Joyaux comme suprême objet d'adoration. Sacrifiez les activités de cette vie comme sacrifice suprême. Ayez foi, étude et réflexion comme biens suprêmes. Reconnaissez la nature intrinsèque de l'Esprit comme ami suprême. Abandonnez l'attachement aux désirs égoïstes comme attitude suprême. Et voyez le lama comme un bouddha, l'accomplissement suprême. Si on agit de la sorte, on accomplira les deux objectifs. »

« Les six vertus importantes sont : La compassion pour les êtres est importante pour la réalisation du non-soi. La croyance dans le karma est importante pour la dévotion (Mos-Pa) envers la vacuité. Ne pas rester dans le samsara est important pour être en paix. Ne pas attendre de résultat est important pour faire la charité. Abandonner la vantardise est important pour observer la discipline. Et la modestie des besoins est importante pour vivre en solitude. Si quelqu'un possède ces six vertus, il réalisera l'apprentissage du dharma. »

« Les nécessités de six égalités : Il est nécessaire de sentir que notre fils et notre ennemi sont égaux, sachant que les êtres des six dimensions sont des mères. Il est nécessaire de voir l'égalité de l'or et des galets (Bang) en réalisant que la richesse matérielle est une illusion. Il est nécessaire de voir l'égalité des actes vertueux et non vertueux parce qu'il n'y a pas de cause et d'effet dans leur vraie nature. Il est nécessaire de voir l'identicité des périodes de méditation et de post- méditation en réalisant la vraie nature des six consciences. Il est nécessaire de voir la non discrimination en éliminant les émotions en tant que sagesses. Et il est nécessaire de voir l'égalité du samsara et du nirvana parce que leur nature est primordialement pure. Voir ces égalités est le grand yoga. »

« L'apprentissage des six perfections sans séparation consiste à : Ne pas laisser la générosité être dérobée par l'ennemi avarice. Ne pas laisser les voleurs, la conduite immorale, détruire la discipline morale. Ne pas laisser la tolérance être percée par l'arme de la colère. Ne pas laisser l'effort être lié par la chaine de la paresse. Ne pas laisser la contemplation être polluée par le poison des hésitations. Et ne pas laisser la sagesse primordiale être obscurcie par la noirceur de l'ignorance. »

« L'apprentissage des six natures excellentes est : Le renoncement aux activités du corps illusoire. Le renoncement aux expressions de la parole vide de sens. Le renoncement aux projections des pensées de l'esprit. Le renoncement aux attachements pour le désir des plaisirs. Le renoncement à s'engager dans les distractions et les divertissements. Et le renoncement à la flatterie comme moyen d'accaparer l'esprit des autres. »

« Les six sortes concentrées d'apprentissage des yânas sont : L'apprentissage de la perception pure en identifiant le monde et les êtres à des perceptions illusoires. L'apprentissage de la compassion en identifiant le samsara comme misérable. L'apprentissage de l'amour-bonté en identifiant les êtres des six dimensions à des mères. L'apprentissage des trois vœux en identifiant le karma comme causalité interdépendante. L'apprentissage des étapes de génération et d'accomplissement en identifiant les quatre initiations avec les trois portes. Et l'apprentissage de la nature ultime en identifiant les apparitions, sons et pensées à la nature ultime. Si on parfait ces apprentissages il n'y aura ni obstruction ni erreur. »

« Les six mots vajra du dzogpa chenpo : Le dzogchen de la base est la constatation de l'Esprit. Le dzogchen de la voie est la pénétration du point crucial pour la libération. Le dzogchen du résultat est la réalisation de la cessation des espoirs et peurs. Le dzogchen des objets est la libération, sans appréhension, des perceptions. Le dzogchen de l'esprit est l'apparition des pensées en tant que supports. Et le dzogchen du sens est la dissolution naturelle des mouvements. Quiconque les réalise est le roi des yogis. »

« Les six confiances en la réalisation de la vision profonde sont : La réalisation des phénomènes comme le milieu dépourvu d'extrêmes. La réalisation des phénomènes comme grande clarté, l'union. La réalisation des phénomènes comme égalité, la grande félicité. La réalisation des phénomènes comme non-duels, l'essence unique. La réalisation des phénomènes comme accomplissement spontané, dépourvu de partialité. Et la réalisation des phénomènes comme primordialement purs et naturels. Bien qu'on les ait parfaits, dans leur nature véritable il n'y a personne pour désirer réaliser. La réalisation elle-même n'a aucune faculté de se vanter de réalisation. Ainsi, ce maha yoga est dépourvu d'exemples. »

« Ayant ainsi réalisé, il y a six formes de libération : Les objets extérieurs, au moment précis de leurs apparitions, sont libérés à l'apparition elle-même, comme la glace se transformant en eau. La connaissance intérieure, au moment précis de sa connaissance, est libérée à la connaissance elle-même, comme les bulles se mélangeant à l'eau. Les deux pensées intermédiaires, à l'instant précis de leurs mouvements sont libérées au mouvement lui-même, comme des éclairs dans le ciel. Les sons, désignations et noms au moment précis où ils résonnent sont libérés à la nomination elle-même, comme les sons de l'écho. Les théories de l'appréhension, au moment précis de l'affirmation, sont libérées à l'affirmation elle-même, comme les arcs-en-ciel disparaissant dans le ciel. Les résultats de la réalisation, au moment précis de leur atteinte, sont libérés à l'atteinte elle-même, comme des vœux acquis par les joyaux des souhaits. La nature est auto-libérée et les antidotes disparaissent d'eux-mêmes. C'est l'absence de désignation et d'objet, l'accomplissement spontané de la réalisation. »

gTer-'Byung Rin-Po-Ch'e'i Lo-rGyus

« Regardez la sagesse apparaissant spontanément, la reine des vues. Méditez sur la clarté apparaissant spontanément, la reine des méditations. Pratiquez l'illusion des existants phénoménaux, la reine des actions. Réalisez la dissolution dans l'état primordial, le roi des résultats. On deviendra Samantabhadra, dans l'état spontanément accompli. »

Theg-Pa Ch'en-Po-i Man-Nag-Gi bsTan-bChos Yid-bZhin Rin-Po-Ch'e'i mDzod

« Le résultat parfait de la méditation est : La réalisation des corps et sagesses en parachevant les abandons et réalisations. Comme le soleil et la lune non voilés par les nuages, quand la nature est dépourvue d'obstructions, cela s'appelle illumination. Alors les vertus spontanément présentes apparaissent, et les apparitions des corps, consciences et perceptions, les habituations des trois obstructions, seront libérées. Comme une lampe dans un vase brisé, une image dans une fleur éclose, les vertus spontanément présentes se dévoilent. Quand les habituations des trois obstructions ont été libérées, elles apparaissent comme champs de bouddha, sagesses et corps de bouddha. »


MÉDITATION SUR LE SENS DE LA VUE

note de Tulku Thondup
Concernant la méditation, après avoir réalisé la vue dépourvue des extrêmes, on la contemple pour purifier les émotions maculées et pour parfaire les voies et étapes, afin d'atteindre le but ultime. Longchenpa résume, dans le onzième chapitre du Shingta Chenpo, la méditation en trois catégories d'approche de la méditation pour les trois niveaux intellectuels des pratiquants.

Longchen Rabjam :

LA MÉDITATION APRES AVOIR ÉTABLI LA VUE

Après avoir établi la méditation par la réalisation de la vue, il est nécessaire de contempler dans l'état méditatif. Sinon, on n'atteindra pas la libération des innombrables souillures émotionnelles et on ne sera pas capable de parfaire les étapes et les voies. Ainsi, il est certain que l'on doit pratiquer la méditation. La méditation consiste à contempler dans l'état naturel, naturellement pur comme l'espace, à l'aide de l'absence de conceptualisations, doutes et espérances. ....

D'abord, on doit étudier la voie, en suite y réfléchir et seulement après doit-on la pratiquer, parce qu'il est nécessaire de générer en soi le sens essentiel.

MÉDITATIONS POUR DIFFÉRENTS NIVEAUX INTELLECTUELS

La méditation pour les personnes ayant un intellect élevé

Les personnes très douées intellectuellement atteignent la libération grâce à la réalisation. Les personnes fortunées, dotées d'un intellect des plus talentueux et ayant accumulé des mérites par le passé, atteignent la libération simplement en réalisant l'état naturel de l'Esprit, le sens identique à l'espace, qui transcende méditation et non-méditation, dû aux conditions des bénédictions du lama. Elles restent naturellement, tout le temps, dans l'état du yoga du courant de l'Esprit, sans besoin de méditer avec effort.

Pour une personne parfaitement réalisée, aucune méditation n'est à pratiquer.

Quand une personne atteint l'état parfaitement réalisé (Klong-Gyur). ... parce qu'elle a été libérée de l'attachement au concept de vraie existence (bDenZhen), il ne restera aucun antidote sur lequel méditer. Ainsi, l'état réalisé est dépourvu de méditation. Demeurant dans la continuité de l'absence d'attachement à la vraie existence, c'est un jeu méditatif de caractère indéfini sans intervalles, transcendant les dimensions, et c'est la réjouissance du champ de bouddha de l'auto-libéré Samantabhadra. ... Dans cette méditation il n'y a ni signes ni niveaux, comme il y a dans l'apprentissage de méditations matérielles et caractéristiques. .... En elle il n'y pas de possibilité de déviation, puisqu'elle est partie nulle part. II n'y a pas l'obscurcissement de l'observateur, puisqu'elle n'a pas été observée. ...

L'apparition d'obscurcissements et d'erreurs : lorsque le méditant observe l'Esprit, qui est imperceptible à l'observation, cela même devient l'obscurcissement. Agir comme si il n'y avait pas d'endroit où aller cela même est l'erreur. ... En ayant d'abord la certitude que notre propre Esprit est spontanément le vrai bouddha des temps primordiaux, on réalise ensuite qu'il n'est pas besoin d'aspirer à la bouddhéité à partir d'une quelconque autre source. À cet instant précis, on réside dans la bouddhéité.

Pour les personnes dotées d'un intellect moyen ou moindre, il est nécessaire de méditer.

Pour les personnes de moyen ou moindre intellect, il est nécessaire de méditer très assidument, parce qu'elles n'ont pas été libérées de I'appréhcnsion du moi (bDag- 'Dzin), cause du samsara. La différenee entre méditation et non-méditation dépend du fait que le concept de celui qui appréhende et l'appréhendé [sujet et objet] dans 1'esprit a été dissout.

Justesse de pratiquer la méditation.

Tant que les apparitions dans notre esprit ne se produisent pas d'elles-mêmes et ne sont pas auto-libérées, toutes les pensées sont des concepts ordinaires. ... ainsi elles conduisent à des renaissances dans les dimensions inférieures. ... En méditant pour pacifier ces concepts, il est certain que la sagesse, la libération des phénomènes, apparaîtra plus tard.

Le besoin d'unir tranquillité et perception intuitive profonde.

La tranquillité apaise les souillures émotionnelles, la perception intuitive profonde déracine les souillures émotionnelles.

Il y a deux aspects qui concernent les identités, l'identicité et les identités séparées de tranquillité et perception profonde. Concernant l'identicité : L'aspect consistant à ne pas interférer est la tranquillité, et l'aspect de clarté est la perception profonde. L'union de la tranquillité et de la perception intuitive profonde, la réalisation de clarté et vacuité dépourvu d'extrêmes, nous libère du samsara. ...

Concernant l'identité séparée : étymologiquement, l'esprit concentré sur le sens de ce qui a été appris est la tranquillité et la réalisation du sens est la perception profonde. D'après le sens, être capable, dans la méditation, de concentrer l'esprit en un point au début, est la tranquillité, puis réaliser cette contemplation en tant qu'absence d'existence inhérente (Rang-bZhin Med-Pa) est la perception intuitive profonde.

La raison pour laquelle la méditation est nécessaire.

Pour les personnes d'un intellect élevé, de la même façon que sur une île faite d'or, même si vous cherchez, vous ne trouverez ni terre ni pierre, tout ce qui apparaît est libéré dans la nature ultime (Ch'os-Nyid). Ainsi les antidotes ont été purifiés dans la sphère ultime (dByings), et il n'y a plus besoin de phases contemplatives. ...

Pour les personnes d'un intellect moyen : après avoir réalisé la vue, en contemplant sans bouger, dans l'état sans naissance et de clarté, dépourvu de torpeur et d'exaltation comme une mare non polluée, on unit tranquillité et perception profonde, on dissout les concepts dans la sphère ultime, et la réalisation pareille à l'espace surgit. ...

Concernant les personnes d'un moindre intellect, celles-ci doivent méditer et apprivoiser l'esprit sauvage identique à un singe, qui ne se calme même pas, ne fusse qu'un peu, à l'aide de la tranquillité en un point. Lorsqu'on devient capable de se concentrer, alors en méditant, tel un antidote, sur la perception profonde discriminante telle que la vacuité, l'absence d'existence inhérente dans l'existence phénoménale, et en méditant que toutes les apparitions sont des illusions, on réalise le sens d'absence de naissance.


La pratique principale des Trois Séries dans le Dzogchen :

tiré du livre : Dzogchen et tantra de Namkhaï Norbu Rinpoché

Semdé : la série de la nature de l'esprit

Les quatre Nedjor ou yogas (qui permettent d'entrer en contemplation)
1- Shiné
:l'état calme. Par la fixation sur un objet et sans objet, on arrive à un état de calme. Celui-ci devient alors naturel, puis stable

2- Lhagmthong
: la vision plus vaste ou vision pénétrante. L'état de calme est dissous ou réveillé. On est capable de pratiquer avec le mouvement de la pensée, sans l'effort de maintenir un observateur intérieur. L'état de calme n'est plus quelque chose de construit

3- Nyimé
: L'Union de Shiné et Lhagmthong qui s'élèvent ensemble; on va au-delà de la dualité

4- Lhundroup : parfait en soi. La contemplation non duelle peut être continuée dans chaque action. L'on est pleinement réintégré dans sa condition naturelle et les expériences qui surviennent sont le jeu parfait de sa propre énergie. Cela est la pratique de Dzogchen, la Grande Perfection.


Longdé : la série de l'espace

Les quatre Da ou symboles (qui permettent d'entrer en contemplation)
1- Selwa : la clarté. Les yeux sont ouverts, toute la vision est intégrée. Ce n'est pas la même chose que la clarté intellectuelle

2- Mitokpa : la vacuité. Les yeux ouverts fixent sans ciller l'espace vide. Quelles que soient les pensées qui surgissent, elles ne perturbent pas.

3- Déwa : la sensation de béatitude. Le corps est gardé dans une position contrôlée, jusqu'à ce que l'on soit plus avancé dans la pratique, et cependant, c'est presque comme si le corps n'était pas là, bien que l'on soit totalement présent.

4- Yermé : Union. L'union des trois autres Da mène à la contemplation et à la pratique Dzogchen. Symbole de cette union, la langue demeure libre dans la bouche, ne touchant ni la base ni le palais. Les quatre Da sont pratiqués simultanément.


Men ngak dé : la série essentielle

Les quatre Tchokshak (Tchokshak signifie : tel que c'est. Le Men ngak dé contient également des pratiques qui permettent d'entrer en contemplation : par exemple les Rushens internes et externes, et les 21 Semdzin)
1- Riwo Tchokshak : le Tchokshak de la montagne, qui se réfère au corps. Le corps est laissé tel qu'il est, la position du corps, quelle qu'elle soit, est la position de la pratique.

2- Gyatso tchokshak : le Tchokshak de l'Océan, qui se réfère aux yeux. Aucun regard spécifique n'est nécessaire. La positon des yeux, quelle qu'elle soit, est la position de la pratique

3- Rigpa Tchokshak : le Tchokshak de l'état; l'état est tel qu'il est sans correction. Ce Tchokshak est identique à Lhundroup dans le Semdé et à yermé dans le Longdé

4- Nangwa Tchokshak : le Tchokshak de la vision. La totalité de la vision est dite comme un ornement. On expérimente que toutes nos visions karmiques sont notre propre énergie, que ce soit en tant que Dang, Rölpa ou Tsel. Les quatre Tchokshak sont pratiqués ensemble en un instant : c'est le Dzogchen



Vue d'ensemble du Dzogchen

tiré du livre : Dzogchen et tantra de Namkhaï Norbu Rinpoché


1. L'ETAT PRIMORDIAL OU LA BASE de chaque individu (SHI)

- L'ESSENCE qui est vacuité

- LA NATURE
La manifestation se produit toutefois sans interruption

- L'ENERGIE
qui se manifeste de trois façons caractéristiques comme :
- DANG
- RÖLPA
- TSEL
Ceux-ci, ainsi que cela est expliqué dans les métaphores du cristal et de ses rayons de la sphère de cristal, et du miroir et de ses images, sont l'énergie même de l'individu. Toutefois un être dans le Samsara les prend pour des phénomènes extérieurs et les voit comme sa vision karmique, qui comprend respectivement :
L'ESPRIT, LA VOIX (ou énergie de la respiration) et LE CORPS


LA VOIE (LAM)

TAWA
La vue ou vision de ce qui est et de ce que l'on est
La vue véritable consiste à observer l'état de votre propre esprit, voix et corps

GOMPA
Les pratiques effectives telles que présentées dans les trois séries
SEMDE : la série de l'esprit
LONGDE : la série de l'espace
MEN NGAK DE : la série essentielle
il y a des pratiques qui travaillent sur chacun des aspects de l'individu : le corps, la voix et l'esprit

TCHÖPA
Comment l'on vit à la lumière de la Vue et de la pratique, amenant la contemplation dans chaque action des 24 heures de notre vie quotidienne, et gouvernant l'attitude par la conscience.
On distingue les pratiques principales et les pratiques secondaires.
LES PRATIQUES PRINCIPALES :
Ce sont les pratiques de la contemplation du Dzogchen lui-même et les pratiques de méditation permettant d'entrer dans l'état de contemplation. Les pratiques de TREKCHÔ (ou TREKCHEU) aident à continuer dans l'état de contemplation, tandis que les pratiques de THOGAL (ou THEUGUEL) permettent de développer rapidement l'état de contemplation, par la vision, jusqu'à sa conclusion ultime, la réalisation du Corps de lumière.
LES PRATIQUES SECONDAIRES :
Ce sont les pratiques que l'on peut utiliser conjointement avec la contemplation, pour développer une capacité particulière, ou pour surmonter un obstacle spécifique (Yantra-yoga, récitation des mantras, rituel, etc.)


LE FRUIT (DREBOU) ou la réalisation totale

LE GRAND TRANSFERT
LE CORPS DE LUMIERE
soit LES TROIS CORPS :
DHARMAKAYA, SAMBHOGAKAYA et NIRMANAKAYA
Qui sont les trois qualités de l' être même de l'individu lorsqu'il réalise, c'est-à-dire rend réelle, la base, l'état qui est sa propre condition véritable depuis l'origine.


LES TROIS DIVISIONS DE L'ATIYOGA

SEMDE

Dans le tantra de Kunched Gyalpo il est dit : « Les bouddhas et les êtres, et les existants phénoménaux du monde et des êtres sont apparus de la nature de l'esprit [l'esprit illuminé], le créateur universel. Quiconque les conceptualise autrement n'a pas l'opportunité de me rencontrer, le créateur universel. »

Dans le tantra de Longchen Rabjam Gyalpo il est dit : « Tous les existants phénoménaux et la diversité des imputations sont identiques dans la vaste étendue, la base non existante de la désignation du [temps et de l'espace] primordial. Dans l'unique grande étendue, le samsara et le nirvana apparaissent différemment dû aux conditions. Ainsi ils sont fortuits, comme le ciel, les nuages et les couleurs de l'arc-en-ciel dans le ciel. Comme ils apparaissent en tant que conscience intrinsèque parfaite, ils sont [dans] l'état de la sphère ultime. »

Le Semdé (Sems-sDe, s. cittavarga), la division de l'esprit, affirme que tous les existants phénoménaux, les objets mentaux, sont l'énergie du jeu de l'esprit. Sogpo Tentar écrit : « Le Semdé affirme que tous les existants phénoménaux du samsara, du nirvana et de la voie ('Khor- 'Das Lam gSum) sont apparus en tant qu'énergie de manifestation (Rol-Pa'i rTsal) de l'esprit. Dans le tantra de Kunched Gyalpo (KunByed rGyal-Po) il est dit : Les existants phénoménaux du monde et des êtres, et des bouddhas et des êtres sont créés par l'esprit, et sont identiques dans la nature de l'esprit ».

Longchen Rabjam le définit ainsi : « Dans le semdé il est affirmé que, bien que différentes entités surgissent, elles ne sont pas au-delà du jeu du simple Esprit, telle l'apparition de différentes nuances de blanc et de rouge sur l'unique face d'un miroir. Les différentes apparitions n'existent pas en réalité, parce qu'elles sont des perceptions [apparitions] de l'esprit et sont non-duelles [en regard de l'esprit]. L'essence (Ngo-Bo) de l'esprit est l'Esprit, qui est clarté, et c'est la sagesse primordiale apparaissant d'elle-même. De nos jours, les fous disent : le dzogpa chenpo affirme que les apparitions sont l'esprit. C'est totalement faux. [Si c'est ainsi.] l'esprit doit avoir des couleurs, être connaissable et posséder des dimensions, parce que les apparitions surgissent de la sorte. Ainsi doit-on savoir que les apparitions sont le mystère des apparitions [perçues] par l'esprit et sont en réalité non existantes, tels les reflets sur un miroir. Elles apparaissent dans l'esprit à la manière des illusions causées par les habituations [de l'esprit]. On doit comprendre que l'esprit est la base de surgissement [des apparitions] et qu'il est libre des dimensions et de la partialité, comme la surface d'un miroir, et que c'est l'essence de la conscience intrinsèque discriminante qui transcende tous les extrêmes de l'élaboration des postulats de pluriel et singulier. »

Gyurmed Tshewang Chogtrub explique : « La théorie du semdé transcende tous les différents niveaux de yânas, les deux vérités, les six perfections et les deux étapes, tous les aspects composés et contaminés de la "vérité de la voie" qui sont liés au concept rigide d'appréhension. [Ils sont transcendés par] la grande sphère ultime qui est la nature de l'esprit illuminé inné, la sagesse primordiale de la pureté de la grande égalité, la sphère ultime dépourvue d'élaborations, la nature de la vérité absolue. C'est la parfaite libération des causes et résultats, des vertus et non-vertus, et des acceptations et rejets. En bref, c'est la transcendance de tous les phénomènes de perceptions duelles de l'appréhendé et de celui qui appréhende. »

LONGDE

Le longdé (Klong-sDe, s. abhyantaravarga), la division du vaste espace [la sphère ultime], affirme que la sagesse primordiale apparaissant d'elle-même et les existants phénoménaux sont les attributs apparaissant d'eux-mêmes (rGyan) du vaste espace, la nature ultime (Ch'os-Nyid). Longchen Rabjam donne les explications suivantes : « L'essence (Ngo-Bo) du longdé affirme que la sagesse primordiale apparaissant d'elle-même et les existants phénoménaux qui en proviennent [de la sagesse primordiale] sont la grande pureté depuis leur origine et sont primordialement libérés. Les existants phénoménaux sont présents en tant que différents modes apparaissant d'eux-mêmes, mais ils n'existent pas puisqu'ils sont originellement libérés et sont un résultat naturellement pur. Ainsi, même l'aspect d'esprit et de jeu, les apparitions de l'esprit, n'existent pas. Dans la grande conscience intrinsèque dépourvue de partialité d'existence ou de non-existence, le longdé laisse les phénomènes apparaître, les laisse surgir ou ne pas surgir [naturellement]. Quelque soit les allégations que l'on porte [sur les apparitions], pures ou impures, au moment précis de leur apparition, leur essence intrinsèque transcende les extrêmes d'existence ou de non existence. Toutes sont la grande libération originelle et une étendue infinie. »

Sogpo Tentar écrit : « Le longdé affirme que tout ce qui apparaît, telles les étoiles et les.planètes dans le ciel, est la représentation des attributs apparaissant d'eux-mêmes de la conscience intrinsèque dans la vaste étendue de la nature ultime, Samantabhadri. Le longdé n'affirme pas que les phénomènes sont l'apparition de l'énergie et du jeu [de l'esprit] comme le fait le semdé. »

Gyurmed Tshewang Chogtrub décrit le longdé comme suit : « Le longdé établit que tous les existants phénoménaux de tout ce qui apparaît sont simplement les attributs apparaissant d'eux-même de la sagesse primordiale née d'elle-même, la vaste étendue de Samantabhadri, la nature ultime. Les apparitions phénoménales n'existent pas en tant qu'asservissement ou libération, ou en tant que choses pour faire apparaître ou laisser apparaître. Ainsi le longdé n'affirme pas que les existants phénoménaux sont l'énergie ou jeu [de l'esprit] comme le prétend le semdé. Le Longdé ne caractérise pas les existants phénoménaux comme existant de manière interdépendante, existant ou non existant, ils sont ou ne sont pas ou pur ou impur, mais affirme que tous sont la grande libération primordiale et la vaste étendue. »

MEN-NGAG-DE

Dans le tantra du Mutig Threngwa il est dit : « Dans la conscience intrinsèque incessante il n'y a pas de retour [à l'illusion], parce qu'il n'y a pas de cause à l'illusion. C'est extraordinaire parce que c'est la libération des temps et espace primordiaux. Les conditions objectives sont épuisées parce qu'elles sont auto-libération. Les apparitions sont pures parce qu'elles sont libération à l'attention dénudée. Les quatre alternatives ont cessé parce qu'elles sont libération des quatre extrêmes. C'est la vacuité de tous parce c'est 1'unique libération. »

Le Men-ngag-de (Man Ngag sDe, s. upadesavarga), la division des instructions ésotériques, qui réalise spontanément et directement la pure nature primordiale, libre de l'esprit, expressions et discriminations.

SUPERIORITE DU MEN-NGAG-DE SUR LES DEUX PRECEDENTES DIVISIONS

Longchen Rabjam écrit : « Puisque le semdé établit que les apparitions phénoménales sont l'esprit, cela implique une analyse intellectuelle. Comme le longdé appréhende les existants phénoménaux en tant que nature ultime, il y a aussi analyse intellectuelle. Ainsi le men-ngag-de est supérieur parce qu'il illumine naturellement (Rang-gsal), la nature ultime elle-même. »

Jigmed Lingpa écrit : « Le Men-ngag-de est supérieur aux deux divisions inférieures. Le semdé soutient que tous les phénomènes sont l'Esprit. Bien que le semdé entraîne plus particulièrement à la profondeur de la vacuité qu'à la clarté, ne parfaisant pas l'énergie (rTsal) de la clarté en tant que nature ultime, il y a le risque d'appréhender les attributs (rGyan) et le jeu (RoI-Pa) de l'Esprit par l'analyse intellectuelle. Bien que le longdé entraîne également à la profondeur de la vacuité et de la clarté, il y a le risque de tomber dans la partialité de la vacuité, parce qu'on appréhende la nature ultime par l'analyse intellectuelle .... Dans le men-ngag-de, comme l'éclat (gDangs) de l'essence originellement pure (N go-Bo), la grande libération des concepts et des expressions, apparaît naturellement à travers les portes des apparitions spontanément accomplies nées d'elles-mêmes, il n'y a pas de déviance et d'obstruction dans les apparitions de l'énergie (rTsal-sNang), et les apparitions des phénomènes sont parfaites dans la nature ultime des phénomènes, dépourvues d'élaborations. Ainsi est-il supérieur. »

Pema Ledrel Tsal écrit : « Le semdé et le longdé perçoivent, par l'analyse, la simple vacuité et l'aspect de clarté de l'esprit, avec le concept de c'est cela. Ils ne possèdent pas la réalisation claire de la conscience intrinsèque, nue et désentravée, du thregchod (Khregs-Ch'od, trancher la rigidité). »

LA VUE DU MEN-NGAG-DE

Jigmed Lingpa résume, ainsi, la vue dans la prière de la base, voie et résultat du dzogpa chenpo : « Puisque son essence est vacuité, elle est dépourvue de l'extrême de l'éternalisme. Puisque sa nature est clarté, elle est dépourvue de l'aspect du nihilisme. Puisque sa compassion est ininterrompue, c'est la base des différentes manifestations. Elles sont divisées en trois, mais dans leur signification elles sont indivisibles. Puissé-je réaliser l'état de la base du dzogpa chenpo. »

La base (gZhi)

Dans la vue du dzogpa chenpo, la base est primordialement pure. Comme l'essence (Ngo-Bo) de la base est vacuité et non existante, il n'y a pas de projection de lumières ou de formes en tant que clarté extérieure (Phyi-gSal). Mais comme sa nature (Rang-bZhin) est spontanément accomplie, c'est la présence de l'éclat initial (gDangs), les apparitions les plus subtiles de lumière, formes, rayons et thiglé en tant que clarté intérieure (Nang-gSal), la sagesse primordiale dans la nature ultime. Comme son essence est vacuité, elle est non existante. Comme sa nature est clarté, elle apparaît d'elle-même de manière ininterrompue. Comme sa compassion [énergie] est la sphère non obscurcie, elle cause les apparitions de la base.

Les apparitions de la base (gZhi-sNang)

Le rayonnement des cinq énergies de la sagesse primordiale apparaît extérieurement de la base. A cet instant, de la nature de l'accomplissement spontané se produisent extérieurement les apparitions des cinq lumières et l'éclat de la compassion [énergie] en tant que connaissance qui analyse les apparitions. A ce moment, l'aspect de non reconnaissance de l'essence intrinsèque de la connaissance et des apparitions, telle qu'elle est, est la non illumination en regard de l'illumination. Puis de la base, la pureté primordiale, apparaissent les apparitions spontanées des huit modes d'apparition des accomplissements spontanés.

Longchen Rabjam explique les huit modes d'apparition des accomplissements spontanés (Lhun-Grub Kyi 'Ch' ar- Tshul brGyad ou Lhun-Grub sGo-brGyad Kyi sNang-Ba) :

1. Comme dans la base, la pureté originelle, l'espace [ou la sphère, Go] de surgissement [des apparitions de la base] en tant que compassion (Thugs-rie) est incessant, y apparaît la compassion pour les êtres vivants.

2. Comme l'espace d'apparition en tant que lumière ('od) est incessant, y apparaissent les lumières intérieures de la sagesse primordiale comme les couleurs de l'arc-en-ciel, et elles pénètrent toutes les apparitions.

3. Comme l'espace d'apparition en tant que sagesse primordiale est incessant, il reste dans l'état de non pensée.

4. Comme l'espace d'apparition comme corps de bouddha est incessant, les corps de bouddhas d'absorption lumineuse sous la forme de bouddhas pacifiques et courroucés emplissent l'espace.

5. Comme l'espace d'apparition comme non-dualité (gNyisMed) est incessant, il n'y a pas analyse des choses en tant que pluriel et singulier.

6. Comme l'espace d'apparition en tant que libéré des extrêmes (mTha' -Grol) est incessant, les accomplissements spontanés sont clairs comme l'essence intrinsèque.

7. Comme l'espace d'apparition en tant que porte de la sagesse primordiale pure (Dag-Pa Ye-Shes) [c-à-d. le nirvana] est incessant, les apparitions de l'essence originellement pure, les jaillissements semblables au ciel sans nuage, apparaissent au-dessus.

8. Comme l'espace d'apparition en tant que porte du samsara impur (Ma-Dag 'Khor-Ba) est incessant, les apparitions des six classes d'êtres apparaissent en-dessous.

Le mode de libération du bouddha primordial

Au moment où surgissent les apparitions de la base, en reconnaissant l'essence intrinsèque de la connaissance et en réalisant les apparitions spontanément accomplies comme apparitions spontanées et dépourvues d'existence inhérente, on atteint la libération instantanément. Cela s'appelle la façon d'atteindre l'illumination comme bouddha primordial, la bonté universelle (Samantabhadra).

L'illusion dans le samsara

Au moment où se produisent les apparitions, en ne réalisant pas la vraie nature de l'essence intrinsèque de la connaissance et des apparitions spontanées des phénomènes, on devient victime de l'illusion au moyen des trois non-illuminations (Ma-Rig-Pa gSum) et quatre conditions (rKyen-bZhi), et l'on erre sans fin dans le cycle du samsara le long de la chaine des douze liens interdépendants (rTen- 'Brel Yan-Lag bChu-gNyis), jusqu'à ce qu'on atteigne l'illumination grâce à la force des mérites et à la réalisation de l'illumination.

Les trois non-illuminations.

En s'appuyant sur le Thegchog Dzod rco-r, Pema Ledrel Tsal explique les trois non-illuminations :

1. L'aspect de cognition consistant à ne pas reconnaître l'essence née d'elle-même de la conscience intrinsèque primordialement pure [telle qu'elle est], est la non-illumination de la cause d'un soi unique (rGyu bDag-Nyid gChig-Pa'i Ma-Rig-Pa).

2. En observant le surgissement extérieur des apparitions spontanément accomplies, ne pas les réaliser comme des apparitions spontanées et dépourvues d'existence inhérente est la non-illumination innée (Lhan-sKyes Kyi Ma-Rig-Pa). La bonté universelle (Kun-Tu bZang-Po) possédait ces deux non-illuminations, mais la sagesse (Shes-Rab) surgit et la mena à l'état libéré ne s'égarant pas dans le samsara.

3. Les êtres, en ne réalisant pas l'énergie (rTsal), l'analyseur, comme existence non inhérente, essence intrinsèque et énergie intrinsèque, deviennent victimes de l'illusion de celui qui appréhende et de l'appréhendé [concepts dualistiques]. Ensuite, au travers des imaginaires (Kun-bTags) sur les deux sois, on pense : « J'ai surgi de cela » ou « cela a surgi de moi ». C'est la non-illumination des imaginaires (Kun-brTags Kyi Ma-Rig-Pa).

Du fait de ces trois non-illuminations, l'aspect grossier de l'esprit augmente et appréhende la clarté intérieure des cinq sagesses primordiales en tant qu'objets, et il en résulte les cinq éléments [c.-à-d. la terre, l'eau, le feu, l'air et l'espace]. Par exemple, en appréhendant la lumière blanche, l'éclat de la sagesse primordiale semblable à un miroir, il en résulte l'élément eau. . .. Comme résultat d'appréhender les cinq lumières en tant qu'objets, les apparitions grossières surgissent du contenant [le monde] du samsara des trois dimensions des cinq éléments. Comme résultat d'appréhender les corps des bouddhas pacifiques et courroucés [illuminés], les corps grossiers des trois dimensions surgissent. Comme résultat d' appréhender le son intrinsèque de la nature ultime, la parole surgit. Comme résultat d'appréhender l'énergie de la conscience intrinsèque en tant que « ceci est mon esprit », l'esprit surgit.

Les quatre conditions.

Pema Ledrel Tsal résume aussi les quatre conditions :

1. La non-illumination innée, [l'aspect de] ne pas réaliser l'essence intrinsèque, est la « condition causale » (rGyu'i rKyen).

2. Le surgissement [à l'extérieur] des apparitions en tant que les cinq lumières est la « condition objective » (dMigs-rKyen).

3. Le surgissement de l'énergie de la compassion en tant qu'analyseur est la « condition subjective » (bDags-Po'i rKyen).

4. [« La condition immédiatement précédente », De-Ma Thag-rKyen]. C'est la condition qui, une fois les trois conditions immédiatement précédentes réunies ('Dus), est devenue l'analyseur ; et ainsi on s'illusionne dans l'appréhendé et celui qui appréhende [dualités]. Puis on s'éloigne de la sphère de lumière et on se retrouve piégé dans les habituations [traces] arrivées à maturité (rNam-sMin BagCh'ags).

La chaine des douze liens des causes interdépendantes du samsara.

Les êtres errent dans le samsara illusoire à travers la chaine des douze liens des causes interdépendantes. Longchen Rabjam le résume ainsi :

On erre dans le samsara à travers le processus successif (Lugs- 'Byung) de douze causes interdépendantes (rTen- 'Brel) :

1. La non-illumination : C'est l'apparition des trois non-illuminations, qui sont la non réalisation de l'essence intrinsèque de l'énergie (rTsal) de la compassion.

2. La formation : Ce sont les quatre conditions qui élaborent le samsara.

3. La conscience : De la formation surgit la connaissance grossière qui tire du plaisir (sPyod-Pa) des modes des objets.

4. Le nom et la forme : De la conscience surgissent le nom [c.-à-d. le sentiment, la discrimination, la formation et la conscience des cinq agrégats] et la forme causés par différents karmas.

5. Les organes des six sens : Du nom et de la forme surgissent différents éléments spécifiques et les couleurs des organes des six sens: l'œil, l'oreille, le nez, la langue, le corps et l'esprit.

6. Le contact : Des organes des sens surgit la félicité des objets.

7. Le sentiment : Du contact surgissent le bonheur, la souffrance et les expériences neutres.

8. Le désir assoiffé : Du sentiment surgit la connaissance de l'attachement au bonheur et de l'aversion envers la souffrance.

9. L'avidité : Du désir assoiffé surgit l'appréhension (Dang-Du Len-Pa) des objets.

10. Le devenir : Les karmas et souillures émotionnelles s'étant développés à partir de l'avidité, les actions qui mèneront à la naissance dans la prochaine vie sont réalisées.

11. La naissance : Du devenir surgit la naissance dans l'une des différentes migrations.

12. De la naissance surgissent la jeunesse, la vieillesse et la mort. Les êtres sont, depuis l'origine, dans l'illusion du samsara et errent à travers les douze chainons des causes interdépendantes. Par exemple, dans une vie donnée, dès le premier moment de la non réalisation de l'essence intrinsèque, quand la clarté ('od-gSal, l'absorption lumineuse) est dissoute et « l'état intermédiaire de l'existence » (Srid-Pa Bar-Do) est prêt à apparaître, c'est la non-illumination. Le processus de vie jusqu'à la cessation de la respiration externe (Phyi-dBugs), la mort, est le mouvement du cycle des douze liens des causes interdépendantes se succédant. Le processus des dissolutions grossières et subtiles qui intervient à la suite de la cessation de la respiration externe jusqu'à la mort est le mouvement inverse du cycle des douze liens des causes interdépendantes. Puis les apparitions des illusions cessent et le samsara s'effondre. A ce moment, se produit d'abord la vision de la pureté originelle, la nature ultime se produisant spontanément, le nirvana. Ensuite surgissent les apparitions de « l'état intermédiaire de la nature ultime » (Ch'os-Nyid Bar-Do) qui sont les apparitions des causes interdépendantes [la cessation] du nirvana. A ce moment, si on ne réalise pas cette nature absolue, on s'illusionne dans le samsara, et si on la réalise, on est libéré dans le nirvana. Ces alternatives sont appelées s'égarer dans le samsara et se libérer dans le nirvana. Dans les deux cas de la « base » et des « apparitions de la base », il n'y a pas non-illumination; mais du fait de l'apparition fortuite, semblable aux nuages [dans un ciel dégagé], et plus particulièrement à cause de l'apparition des perceptions impures en tant que samsara, les êtres commencent à errer dans les six migrations.

Sur la base des tantras du dzogpa chenpo du Nyingma Gyud-bum (rNying-Ma rGyud- 'Bum) tel que le Dra Thalgyur, le Rigpa Rang-Shar, le Rinpoché Pungpa et le Trashi Dzeyden, Longchen Rabjam clarifie la vue de la division la plus secrète du dzogpa chenpo dans son Thegchog Dzod et d'autres travaux. Sur la base du Thegchog Dzod, Pema Ledrel Tsal écrit :

Les quatre catégories - externe, interne, secrète et la plus secrète men-ngag-de s'accordent pour dire que l'illusion apparaît lorsqu'on ne réalise pas la sagesse primordiale, présente à la base avec ses essence, nature et compassion. Mais d'après les tantras, la vue unique de « la catégorie la plus secrète » est comme suit : Bien qu'il soit dit qu'il y ait trois différentes sortes d'illusions, plus précisément que certains êtres sont dans l'illusion à partir de l'essence (Ngo-Bo), d'autres à partir des expériences (Nyams) et d'autres encore à partir de l'énergie (rTsal), en fait les êtres sont dans l'illusion parce qu'ils sont ancrés à la non réalisation de l'essence véritable (Ngo-Bo), et par l'appréhension des expériences (Nyams) ou par les modes de surgissement de « la conscience intrinsèque des façons d'apparaître » ('Ch'ar-Tshul Gyi Rig-Pa) par l'esprit, l'énergie (rTsal). Ce qu'on appelle la grande base primordiale, la base commune au bouddha et aux êtres, ou « corps du vase de jouvence », est présentée en termes de : essence comme corps de bouddha, nature comme parole et compassion comme esprit. Cette base est l'état qui, auparavant, n'avait ni jamais été illuminé ou devenu bouddha par la réalisation de l'essence intrinsèque ni ne s'était égaré dans l'esprit en ne le réalisant pas. La base était présente comme le mercure non-neutralisé (Dug- 'Don Ma-Byas-Pay ou comme un cristal dont les rayons n'ont pas encore été projetés. Ensuite, en se projetant à l'extérieur, l'éclat (gDangs) de l'essence des cinq énergies ou air (Rlung-Nga), l'énergie de vie (SrogRlung, s. prana, force de vie) et ses quatre aspects, présents dans la conscience intrinsèque, brisent l'enveloppe du « corps du vase de jouvence » (gZhon-Nu Bum-sKu). Puis, par l'énergie (rTsal) ou éclat (gDang s) de l'accomplissement spontané (Lhun-Grub) surgissent les apparitions des cinq lumières ('od-INga) et, simultanément, l'éclat de la compassion, la conscience intrinsèque, apparaît sur le mode de la cognition analytique. Ce point, l'aspect de ne pas réaliser simplement la nature intrinsèque de la connaissance et de l'apparition telle qu'elle est, constitue la soi-disant non-illumination en regard de l'illumination. A ce moment la base n'est pas changée, mais semble l'être à cause des « apparitions de la base », et cela s'appelle les changements dans la conscience intrinsèque qui se produisent à cause des changements d'apparences dans la conscience intrinsèque (sNang-Ba-La Rig-Pa 'Gyur-Ba). Puis, à partir des apparitions (sNgang-Ba) de la pureté primordiale semblable à un ciel sans nuage, s'élèvent les « huit modes d'apparition des accomplissements spontanés » en tant qu'auto-apparitions ; ces apparitions sont appelées les apparitions dans la nature du précieux coffret (Rin-Po-Cn'e't Gau). Après que les apparitions soient apparues dans leur propre état, cela ressemble à un rêve, mais elles n'ont ni réalisée leur essence intrinsèque (Rang-Ngo), l'existence non inhérente (Rang-bZhin Med-Pa), ni ne sont (déjà) apparus aucun des concepts intellectuels grossiers extrêmes de celui qui appréhende et de l'appréhendé. A ce point, le processus de jaillissement des apparitions est appelé le mode d'« apparition de la base » à partir de « la base ».

Longchen Rabjam explique les cinq énergies ou air (Rlung) :

Dans l'état de conscience intrinsèque, l'énergie vitale (Srog-Rlung, s. prana, force vitale) et ses quatre aspects, est présente dans la nature de la conscience primordiale :

(1) L'énergie vitale racine est la présence de la sagesse primordiale (Ye-Shes) de la conscience intrinsèque (Rig-Pa) en tant que sagesse (Shes-Rab). C'est la présence du potentiel d'apparition, à la fois des concepts et de l'analyse, fondements de l'illusion, et à la fois de la conscience intrinsèque, fondement de la libération, alors que rien [encore] n'est apparu [en tant que quelque chose]. A ce moment, elle [l'énergie vitale racine] est présente en tant que sagesse primordiale qui voit les objets (Yui Rig-Pa'i Ye-Shes). Elle est ainsi la base d'apparition de toutes les sagesses primordiales. Les quatre aspects secondaires (Yan-Lag) sont l'énergie apparaissant d'elle-même ou la clarté qui s'est développée à partir de l'énergie racine. (Srog-dzln - « le vent qui accompagne la vie » - accompagne la respiration siège au centre du cœur)

(2) L'énergie qui se déplace vers le haut (Gyen-rGyu) qui est le transporteur de la sagesse primordiale. (Gyen-rgyu - « le vent qui se déplace vers le haut » - accompagne la parole - siège dans la poitrine, mais circule jusqu'au nez et à l'œsophage.)

(3) L'énergie qui nettoie vers le bas (Thur-Sel) est la clarté rayonnante de la sagesse. (Khyab-byed-« le vent pénétrant » - accompagne les mouvements musculaires - siège dans la tête, mais circule dans tout le corps.)

(4) L'énergie qui assimile la chaleur (Me-Dong mNyam-Pa) a le pouvoir de causer assimilation ou digestion. (Me-mnyam - « le vent qui accompagne le feu » - accompagne la digestion et l'assimilation - siège dans l'abdomen mais circule dans toutes les parties des intestins et de l'estomac.)

(5) L'énergie pénétrante (Khyab-Byed) a le pouvoir de causer le parachèvement. (Thur-sel - « le vent qui nettoie vers le bas » - accompagne les secrétions - siège dans le centre génital « secret » mais circule dans les intestins, la vessie, les organes sexuels et les cuisses.)

La vue de la catégorie la plus secrète

La base

Ce qui suit sont les déclarations de Longchen Rabjam concernant la vue du cycle le plus secret du Menngag-de :

« La base primordiale (Thog-Ma'i gZhi) : Son essence (Ngo-Bo) est primordialement pure comme un cristal immaculé. Elle n'existe ni en tant que chose ni en tant que caractéristique. Sa nature (Rang-bZhin) est spontanément accomplie, et bien que dans la blancheur [semblable à la nature du cristal] la subtile lumière intérieure soit présente en tant que clarté profonde [ou intérieure] (gTing-gSal Du), elle n'est pas apparente (Phyi-gSal) puisqu'il n'y a pas de conditions. Ainsi, la base est présente sur le mode du « corps du vase de jouvence » puisque son enveloppe externe (rGya) n'est pas [encore] brisée. L'essence [de la base primordiale] est vacuité parce qu'elle est primordialement pure et qu'il n'y a rien en elle. Mais la conscience intrinsèque subtile (Phra-Mo), la lumière intérieure du rayonnement profond, est naturellement accomplie sans entrave. Ainsi elle se présente en tant que « base de surgissement » de toutes les apparitions. Néanmoins, son essence n'est pas apparente à l'extérieur avec les caractéristiques de lumières, formes ou couleurs. Dans la vaste étendue de l'essence, la pureté primordiale, sont présents le rayonnement primordial (Ye-gDangs) spontanément accompli, la lumière intérieure (Rang-A'od) de la clarté (gTing-gSal) subtile et profonde, et la sagesse primordiale. Ils ne sont pas sur les modes de l'un, différent ou séparé, mais sont présents en tant que clarté suprême, sphère du précieux accomplissement spontané (Lhun-Grub Rin-Po-Ch'e'i sBubs), champ du « corps du vase de jouvence » et en tant que nature de l'essence, nature et compassion. Comme son essence est vacuité, elle n'existe pas en tant que chose ou caractéristique. Comme sa nature est clarté, elle n'a jamais abandonné la nature intrinsèque des apparitions du rayonnement primordial. Puisque sa compassion [énergie] est la conscience intrinsèque, elle est présente en tant que base incessante d'apparition du savoir (mKhyen-Pa) comme sagesse primordiale. »

Longchen Rabjam poursuit :

« Si vous observez du point de vue de l'essence [de la base], le primordialement pur, rien n'existe, et les lumières. formes et couleurs de la clarté extérieure (Phyi-gSal) ne se distinguent pas. Mais si vous observez du point de vue de la nature [de la base], la sphère ultime spontanément accomplie, il y al e rayonnement primordial, les plus subtiles apparitions des cinq lumières, formes, rayons et thiglés dans la sphère ultime. Ainsi, la nature réside en tant que sagesse intrinsèque la plus subtile, la clarté intérieure (Nang- gSal). »

Il continue :

« La nature de la pureté primordiale est spontanément accomplie. Sa sphère ultime, la plus ultime sagesse primordiale, se présente de l'intérieur comme apparitions subtiles de la clarté lumineuse, le rayonnement primordial. La sphère ultime est libre de l'extrême de l'éternalisme, parce qu'il n'est pas affirmé qu'il s'agisse de la clarté extérieure ordinaire [qui se projette]. Elle est dépourvue de nihilisme parce qu'elle est affirmée comme clarté intérieure subtile. Ainsi, la sagesse primordiale apparaissant spontanément, dépourvue des extrêmes, est non existante parce qu'elle est vacuité en son essence, et apparitions ininterrompues, parce qu'elle est clarté en sa nature. C'est la base de touts les surgissements parce qu'elle est ininterrompue en sa compassion [énergie]. Ceci est le mode de la vraie nature de la base. »

Surgissement des apparitions de la base.

Longchen Rabjam explique : « Dans la sphère ultime primordiale, le « corps du vase de jouvence » est présent comme essence en tant que corps de bouddha, comme nature en tant que parole et comme compassion en tant qu'esprit. Par l'émergence extérieure du rayonnement des cinq énergies, l'énergie vitale et ses quatre branches, qui résident au cœur (sNying-Po) de la conscience intrinsèque, brisent l'enveloppe du « corps du vase de jouvence ». Ensuite, du rayonnement de l'accomplissement spontané surgissent les apparitions des cinq lumières. Simultanément le rayonnement de la compassion, la conscience intrinsèque, surgit en tant que connaissance qui analyse les modes des apparitions. A ce point, le simple fait de ne pas réaliser l'essence intrinsèque [de la connaissance et des apparitions] fonctionne comme ce qui est communément appelé la non-illumination (Ma-Rig-Pa) qui est établie en regard de l'illumination. A cet instant, bien que la base soit inchangée, elle semble avoir changé à cause des apparitions de la conscience intrinsèque (RigPa-La sNang-Ba 'Gyur-Ba). Alors, de l'état des apparitions de pureté originelle, semblable à un ciel sans nuage, jaillissent les huit modes de surgissement de l'accomplissement spontané en tant qu'auto-apparitions. »

La voie de la libération de la bonté universelle (Kuntu Zangpo).

Longchen Rabjam écrit : « Quand l'éclat intérieur surgit de la sphère primordiale ultime vers l'extérieur, et que la compassion [énergie] apparaît simplement en tant qu'aspect de ne pas [encore] réaliser [l'essence intrinsèque de] la conscience intrinsèque elle-même [telle qu'elle est], à ce moment, en regardant à l'extérieur les « apparitions de la base », on les réalise à l'intérieur en tant qu'auto-apparitions. A cet instant précis de réalisation, les non-illuminations seront purifiées et le mode des « huit accomplissements spontanés » de la base se dissoudront dans l'état de pureté primordiale et resteront en elle. »

La libération en tant que, ou de la, bonté universelle, prend place en permanence, et ne concerne pas uniquement une simple personne ou quelques personnes ayant réalisé une telle libération dans le passé.

Pema Ledrel Tsal écrit : « On ne doit pas s'imaginer que le mode de libération de la bonté universelle [Kun-Tu bZang-Po, le bouddha primordial] concerne une libération qui a été atteinte dans des temps anciens. Parce qu'au moment précis où nous parlons, il y a de nombreux êtres qui, dupés à partir de la base, sont libérés et confus à la frontière entre libération et illusion. »

Dans le dzogpa chenpo, la réalisation de la bouddhéité n'est pas la recherche de quelque chose à partir d'autres sources, mais la libération de la conscience intrinsèque dans sa propre nature. Jigmed Lingpa écrit : « Le Dzogpa chenpo donne simplement la désignation de réalisation de la bouddhéité à la libération de la conscience intrinsèque dans son propre état naturel. Mais il ne désire pas ni ne recherche la bouddhéité à partir d'une autre source. Ainsi les bouddhas des trois temps sont réalisés dans l'état de la conscience intrinsèque naturelle, dépourvu d'appréhendé et de celui qui appréhende [concepts dualistes]. »

Illusion des êtres due à la non-illumination.

Longchen Rabjam écrit : « Dans la base primordiale il n'y a pas d'illusion. Mais quand les apparitions de la base surgissent, surgit aussi la connaissance (Shes-Pa) qui ne réalise pas l'essence intrinsèque, c'est une connaissance neutre prenant racine dans la non-illumination et qui considère les apparitions de la base comme des entités séparées, de la sorte on est pris dans l'illusion en tant qu'être. »

Pema Ledrel Tsal écrit : « A la fois les objets et les sujets de l'illusion sont non existants dans leur sens véritable. Mais ils apparaissent dans l'illusion et engendrent les souillures émotionnelles et les karmas vertueux, non vertueux et neutres. D'abord, après que les cinq lumières soient devenues la base de l'illusion des objets, la conscience intrinsèque devenue la base de l'illusion de l'esprit et les formes des déités pacifiques et courroucées devenues la base de l'illusion pour le corps, se produit alors la construction des habitudes des objets, sujets et différentes illusions. Et [es êtres errent dans le samsara faisant, sans fin, l'expérience du bonheur et de la souffrance, telle mouvement rotatif d'une roue à eau. »

LES DIVISIONS DU MEN-NGAG·DE

Le maître dzogpa chenpo Srisinha a classifié les enseignements du men-ngag-de en quatre catégories (sKor-bZhi). Jigmed Lingpa écrit : « Dans le men-ngag-de il y a quatre catégories : la catégorie extérieure, qui est comme le corps, la catégorie intérieure, qui est comme les yeux, la catégorie secrète, qui est comme le cœur et la catégorie la plus secrète, qui est comme le corps au complet. »

Longchen Rabjam explique :

1. La catégorie extérieure (Phyi-sKor) : En essence (Ngo-Bo), puisqu'il n'y a pas d'émotions à abandonner, les cinq poisons sont présents en tant que voie [de l'apprentissage]. En nature (Rang-bZhin), puisqu'il n'y a pas d'effort, tout ce qui surgit apparaît en tant qu'attribut de la nature ultime. En caractère (mTshan-Nyid), puisqu'il n'y a pas de partialité, la vacuité n'est encline à aucun aspect.

2. La catégorie intérieure (Nang-sKor) : En essence, puisque elle n'existe pas en tant que forme réelle, c'est la nature ultime dépourvue de caractéristiques. En nature, puisque elle est dépourvue d'allées et venues, c'est la sagesse primordiale du continuum éternel. En caractère, puisque elle pénètre à la fois le samsara et le nirvana, c'est comme la racine d'un arbre, puisque elle est la réalisation directe de la nature, c'est comme le tronc, puisque elle est le développement de l'énergie des apparitions sous différentes formes, c'est comme les branches, puisque elle est la clarté incessante, c'est comme les fleurs et puisque elle est le murissement réalisation, c'est comme le fruit d'un arbre.

3. La catégorie secrète (gSang-sKor) : En essence, puisque l'introduction à la conscience intrinsèque et les réalisations de celle-ci sont simultanées, elle ne s'appuie pas sur les trois sagesses : étude, pensée et méditation. En nature, puisque l'illumination et la cessation de la respiration [la mort] sont simultanées, elle ne s'appuie pas sur la diligence ni la force des expériences (Goms-sTobs). En caractère, puisque le développement de la compassion [énergie] et l'illumination sont simultanés, elle ne s'appuie pas sur la réalisation des deux accumulations.

4. La catégorie la plus secrète (gSang-Ba Bla-Medy : En essence, puisqu'elle ne dépend pas des mots, elle ne s'appuie pas sur la sagesse de l'analyse. En nature, puisqu'elle est la réalisation directe, elle ne demeure pas sur les vues de l'analyse intellectuelle. En caractère, comme elle est la perfection des quatre visions, elle n'a pas d'attente [de réalisation] des trois corps de bouddha et des cinq sagesses primordiales. Parce que, dans cette pratique, on actualise le résultat]accompli primordialement et spontanément dans cette même vie.


Points clefs du Dzogchen:

Points clefs du corps en méditation :

L'ignorance est transformée en la sagesse de l'espace primordiale (Le Rayonnant Vairocana)

La colère-aversion est transformée en la sagesse semblable au miroir (L'Immuable Akshobhya)

Le désir-attachement est transformé en la sagesse discriminante (Lumière infinie Amitabha)

L'orgueil est transformé en la sagesse de l'égalité (Le joyau Ratnasambhava)

L'envie-jalousie est transformée en la sagesse toute accomplissante (L'Efficient Amoghasiddhi)



- Dans l'instant présent :

Il faut rester dans l'instant présent, sans saisie. Rester non perturbé par les idées des trois temps. Rester inaltéré par les préoccupations des trois temps; ne pas aller vers les idées du passé ou du futur, ne pas les nourrir

- Ne rien faire

Ne pas méditer des divinités, ni mantras, interrompre tout discours (grossier) intérieur

- Demeurer

Demeurer dans l'état naturel (ou aise naturelle) clair et vide, union de la clarté et du vide


DZOGCHEN : TREKTCHEU ET THEUGUEL

LA MEDITATION DU MEN-NGAG-DE

Par Tulku Thondup

Jigmed Lingpa explique :

« Dans ce yana, la réalisation de l'essence de l'esprit-même, présent depuis les temps primordiaux en tant que grande libération, est appelée la conscience intrinsèque (Rig-Pa). En maintenant la continuité de cette conscience intrinsèque réalisée, on atteint l'illumination par la force. »

Il continue:

« Pour une personne toujours sur la voie ordinaire de l'apprentissage, lorsqu'elle voit une montagne, dans un premier temps il est inévitable de penser : c'est une montagne, mais dans un deuxième temps, dû à la perfection (rDzogs-Pa) de l'énergie (rTsal) de l'esprit et des évènements mentaux qui analysent la nature de la montagne, le concept de montagne disparaît sans laisser de trace. A ce moment, bien que l'apparition de la montagne dans l'esprit n'ait pas cessée, on acquerra l'expérience de demeurer dans la nature ultime, là où il n'y a pas d'appréhension de l'apparition de la montagne. Avoir purifié tous les existants phénoménaux en tant que libération simultanée dès l'apparition (Shar-Grol), unifier ('Dres-Pa) les apparitions et l'esprit de manière indivisible est l'infaillible dzogpa chenpo. »

LES DIVISIONS DE LA MEDITATION DU MEN-NGAG-DE

En général il y a deux catégories principales d' apprentissage dans le men-ngag-de. Il s'agit de thregchod (Khregs-Ch' od, trancher la rigidité) et thodgal (Thod-rGal, l'approche directe). Dans le tantra Mutig Threngwa (Mu-Tig 'Phreng-Ba) il est dit : « Thregchod et thodgal sont les apprentissages ». Pema Ledrel Tsalles décrit ainsi : « Thregchod est la voie par laquelle on s'entraîne à la conscience intrinsèque nue, sans s'appuyer sur les apparitions [visions] de clarté de thodgal et qui libère sans efforts. C'est la voie idéale pour les personnes ayant un intellect aiguïsé, mais paresseux concernant la pratique permettant d'atteindre l'illumination. Thodgal est la voie par laquelle on atteint la libération par l'effort. En s'appuyant sur les apparitions [visions] de clarté (A' od- gSal Gyi sNang-Ba), les personnes diligentes purifient leur corps grossier dans cette vie et réalisent l'illumination. »

Néanmoins, thregchod est l'essence de l'apprentissage du dzogpa chenpo et thodgal est spécifiquement relié à la division la plus secrète du men-ngag-de, Natshog Rangtrol explique que la totalité des méditations du dzogpa chenpo est comprise dans l'apprentissage de thregchod et thodgal : « Généralement, il y a d'innombrables divisions de pratique dans le dzogpa chenpo, tels que les semdé extérieur, longdé intérieur, men-ngag-de secret et le plus secret, de même que ati, chiti (sPyi-Ti) et yangti. Mais en bref elles sont toutes comprises dans thregchod, l'apprentissage de l'union de la conscience intrinsèque et de la vacuité, et thodgal, l'apprentissage de l'union des apparitions et de la vacuité. »

La racine commune à thregchod et thodgal est la réalisation nue de la conscience intrinsèque. Jigmed Lingpa écrit : « Si on ne peut mettre en valeur ou réaliser, de manière dénudée, la conscience intrinsèque, la racine à la fois de la pureté originelle et de l'accomplissement spontané, alors se contenter d'acquérir de l'expérience dans les phénomènes vides de forme de thodgal ne procurera aucun bénéfice, seulement celui de renaître dans le royaume des formes.

L'apprentissage sur les canaux, l'énergie [air] et l'essence des tantras est aussi compris dans les pratiques du dzogpa chenpo. Natshog Rangtrol écrit : « Nous essayons de mettre en valeur la pratique telle qu'expliquée dans les cycles d'enseignements du dzogpa chenpo, qui unissent tous les canaux en tant que- canaux de la sagesse primordiale, la sphère ultime libre d'élaborations, toute l'énergie [air] en tant qu'énergie de la sagesse primordiale, la clarté intérieure de la conscience intrinsèque, et toutes les essences (thig-le) en tant qu'essence de la sagesse primordiale de grande félicité, l'essence non fabriquée et tout-pénétrante. »

Sur la particularité de l'absorption lumineuse de atiyoga, Jigmed Tenpa'i Nyima dit : « L'absorption lumineuse de félicité, clarté et non pensée (bDe-gSal Mi-r'Iog-Pa'l A'od-gSal) est clairement exposée dans tous les anuttaratantras. Mais, mettre l'accent sur le dénuement de l'aspect de connaissance, l'aspect de conscience intrinsèque ou énergie de la compassion de la conscience intrinsèque, puis à travers elle apprendre sur la voie de l'absorption lumineuse, est l'habilité particulière du sommet vajra du dzogpa chenpo. »

Thregchod (Khregs-Ch/od, trancher la rigidité)

Jigmed Lingpa écrit : « Donner naissance à la conscience intrinsèque nue, dépourvue d'élaboration, en s'appuyant sur la pureté primordiale, la vacuité, et dissoudre les existants phénoménaux dans la nature ultime, la vacuité, est thregchod. »

Lochen Dhannasri explique : Thregchod est la contemplation avec la vue (iTa-Ba) de la pureté primordiale sans incertitude. ... Le maître Garab Dorjé (Prahevajra) dit dans l'Ati Zabdon Nyingpo (Ati Zab-Don sNying-Po) : « La nature de l'esprit est bouddha depuis le commencement. L'Esprit est comme l'espace, il n'a ni naissance ni cessation. Après avoir réalisé le sens pur et égalitaire des phénomènes, Rester en elle sans chercher est la méditation. »

Il y a quatre étapes de réalisation à travers la méditation. Comme il est dit : « Ce. sont demeurer, ne pas bouger, égalité et spontanéité. Dans le Rigpa khuchug il est dit : Rester naturellement est la contemplation. »

Mipham résume la méditation dzogpa chenpo dans les lignes suivantes : « Après avoir réalisé la vue et avoir contemplé sans effort l'essence intrinsèque présente de la sagesse primordiale, sans négation ni préservation, ni suppression ou maintien, on réalise le sens de la nature ultime, directement, telle qu'elle est. Bien que les deux catégories de méditation du dzogpa chenpo fassent un usage identique de la conscience intrinsèque apparaissant d'elle même, dépourvue d'effort comme voie de la pureté primordiale sans-forme (rNam-Med Ka-Dag) de Khregchod, la pratique, parmi d'autres, se porte sur la quadruple contemplation naturelle (Chog-bZhag). Dans l'accomplissement spontané (Lhun-Grub) de Thodgal avec forme, après avoir retourné (bZlog) les illusions dans la base grâce à un apprentissage tel que les trois façons de poser le regard (gZigs-sTang), on médite sur la perfection des quatre visions (sNang-bZhi). »

Jigmed Lingpa explique les quatre contemplations naturelles : Sur la méthode pour entrer dans les quatre contemplations naturelles (Chog-bZhag bZhi) il est dit dans le Dronma Nangched (sGron-Ma sNang-Byed) : « La contemplation naturelle semblable à une montagne est la perfection de la vue. La contemplation naturelle semblable à l'océan est la perfection de la méditation. Contempler naturellement les apparitions perçues est la perfection des actions. Contempler naturellement la conscience intrinsèque est la perfection du résultat. Un yogi qui a réalisé les quatre perfections s'est uni au sens absolu. »

(1) Par la vue de la contemplation naturelle semblable à une montagne (lTa-Ba Ri-Bo Chog-bZhag), après avoir été introduit à l'affranchissement des concepts (bSam-Ngo) tel que c'est, on contemple, librement et immuablement, la conscience intrinsèque dans la grande clarté intérieure sans avoir été influencé par l'antidote de la méditation sur l'effort et l'appréhension intellectuelle.

(2) Dans la méditation de la contemplation naturelle semblable à l'océan (sGom-Pa rGya-mTsho Chog-bZhag), après avoir placé le corps dans la position jambes croisées et les yeux regardant largement dans l'espace, on nettoie l'esprit (Shes-Pa), comme l'océan impassible face aux vagues, par l'état consistant à ne pas développer l'appréhension des apparitions objectives des six sens.

(3) Par l'action éducative de la contemplation naturelle (sPyod-Pa Man-Ngag chog-bZhag), ayant détendu naturellement les trois portes, on donne naissance de manière dénudée à la conscience intrinsèque claire, à partir de ce que perçoit la vue et de la méditation, et on la maintient naturellement.

(4) Grâce au résultat de la contemplation naturelle inchangée ('Bras-Bu Ma-bChos Chog-bZhag), après avoir contemplé naturellement les cinq objets externes tels qu'ils sont, à l'intérieur surgit de façon éclatante la clarté intérieure nue. Bien qu'ainsi on ait maintenu les cinq airs [énergies] dans la sphère ultime, à l'extérieur, la clarté des perceptions pures en elles-mêmes surgit, en tant que secrets ordinaires, sous la forme de fumée, mirage, rayons d'arc-en-ciel et ainsi de suite.

Jigmed Lingpa écrit :

D'après cela, le roi des yânas, l'essence (Ngo-Bo) de la conscience intrinsèque est primordialement dépourvue d'élaborations. C'est la raison pour laquelle il n'y a rien à libérer qui ne soit pas déjà libre. C'est la conscience intrinsèque primordialement pure ou l'état naturel de pureté originelle, telle qu'elle est, sans modification. Elle possède les signes des trois portes de la libération (rNam- Thar sGo-gSum) :

(1) Dans la base la vue, la conscience intrinsèque, est présente sans tomber dans aucune dimension (rGya). Comme sa nature est dépourvue d'existence inhérente, elle ne risque pas de tomber dans aucun extrême. Elle est dépourvue d'un intellect de conceptualisation d'un soi, et c'est la conscience intrinsèque nue et libre, inconcevable et inexprimable. Ainsi réside-t-elle dans la porte vide (sTong-Pa Nyid ou Ngo-Bo Nyid Med-Pa) de la libération.

(2) Sur la voie de la méditation, la conscience intrinsèque transcende l'état d'objet de caractérisation par les mots et les lettres, et n'est pas atteignable par l'esprit qui appréhende le sujet et l'objet comme dual. C'est donc l'entrée naturelle par la porte dépourvue de caractéristique (mTshan-Ma Med-Pa) de la libération.

(3) Il en résulte que, puisqu'il n'y a ni peur ni attente de réussite, c'est la réalisation de la sphère ultime, la porte de la libération de l'absence d'aspirations (sMon-Pa Med-Pa).

En tout cas, comme la conscience intrinsèque consiste à rester dans le lien secret (Dam-Tshig), la lignée de la clarté de l'essence vajra, qui est la complète perfection des vertus de la conscience intrinsèque, à partir d'elle toutes les vertus des trois corps de bouddha apparaissent sans effort.

Sogpo Tentar interprète :

Comme la conscience intrinsèque n'est pas présente en tant qu'objet connaissable, elle transcende les deux sois, le soi de la personne et le soi des phénomènes, qui appréhendent les choses en tant que je et mon. Il n'y a rien d'autre qui soit le méditant ou sur lequel méditer. Si on reste dans la véritable nature sans modification, la sagesse de la conscience intrinsèque émerge, nue, du ventre des huit consciences, et on la verra dénudée. Lorsque la réalisation d'une telle nature ultime est établie de manière permanente, aucune appréhension ignorante ne sera capable de nous entraîner dans le cycle des existences. Comme l'espace, elle ne change pas en fonction des nuages. ... lorsqu'on réalise un tel sens, puisque l'attachement aux objets et au soi n'est pas engendré par un créateur, mais est établi par la force des concepts mentaux, bien que pendant un certain temps ils semblent être apparus de la base et la racine qui, en fait, sont totalement non existantes, même pas de la taille d'un atome, ils seront libérés au moment précis de leur apparition, en étant parfaits comme non-nés. Il n'y a, ensuite, aucun besoin de réalisation d'aucune autre sagesse. A cet instant, toutes les méthodes conventionnelles créées par l'esprit, telles que la récitation, la mémorisation, la composition et la réflexion se dissolvent comme un dessin sur l'eau. Puis, quand on dissout les apparitions phénoménales, les trois agrégats (Tshogs-Pa), les apparitions externes, le corps interne et l'esprit secret se libèrent de leurs aspects grossiers, et on les réalisé en tant que l'union de vacuité et clarté, telle reflet de la lune sur l'eau. Pour une telle personne il n'y a pas d'empêchement à passer à travers les montagnes ou les rochers. Comme son esprit réside dans la noble vérité, il possède des vertus telles que les yeux divins et la prescience. Il est libéré de la naissance. ... s'il atteint la libération dans l'état de vacuité, d'égalité et de pureté primordiale (sTong-Pa Dag-mNyam Ka-Dag Gi Sa), il purifie même les quatre éléments de son corps mortel avec le feu de la sagesse primordiale et disparaît dans l'espace avec des miracles tels que l'évaporation de brumes, et sa conscience intrinsèque reste dans la sphère ultime. Cela s'appelle, alors, la bouddhéité dépourvue d'aspiration pour plus de réalisations. ... Dans certains cas, lorsque c'est bénéfique pour les autres, le yogi bénit les atomes dissous afin de rester sous la forme de ringsels (Ring-bSrel) reliques.

Thodgal (Thod-rGal), l'approche directe

Jigmed Lingpa résume ainsi : « Thodgal s'appuie sur les apparitions ou visions, l'accomplissement spontané de purification (Dangs) des aspects grossiers dans la clarté [absorption lumineuse] et dissout les phénomènes dans la nature ultime des apparitions. »

Lochen Dharmashri résume aussi : « En s'appuyant sur six moyens cruciaux d'apprentissage, les quatre visions apparaissent progressivement. Les quatre visions sont : La réalisation directe de la nature ultime (Ch'os-Nyid mNgon-gSum), le développement des expériences (Nyams Gong- 'Phel), la perfection de la conscience intrinsèque (Rig-Pa Tshad-Phebs) et la dissolution des phénomènes dans la nature ultime (èh'os-Nyid Zad-Pa).

Dans le tantra Dra Thalgyur (sGra Thal- 'Gyur) il est dit : « La vision de la réalisation directe de la nature ultime transcende même les mots celui qui appréhende, l'analyse intellectuelle. La vision du développement des expériences dissout les apparitions illusoires et réalise la sagesse primordiale de l'état intermédiaire. La vision de perfection de la conscience intrinsèque transcende les apparitions conceptuelles de la voie des trois kayas. La vision de l'épuisement dans la nature ultime met fin à la continuité de la chaîne du samsara. »

Jigmed Lingpa explique que, bien que les réalisations des quatre visions correspondent aux voies des yânas ordinaires, les réalisations des voies de ce yana sont nettement supérieures et bien plus rapide : « Concernant les choses à purifier et les résultats de la purification, ces quatre étapes correspondent partiellement (Phyogs-mTshungs) aux cinq voies du paramitayana ordinaire de la voie soutrique, mais il existe une différence importante quant à la rapidité des voies comme la différence entre la rapidité d'un chariot tiré par des chevaux et le soleil et la lune. »

Ce qui suit est un résumé des six moyens cruciaux (gNad-Drug) exposé dans le Yeshey Lama :

Les six moyens cruciaux d'apprentissage sont les trois moyens cruciaux des trois portes (sGo-gSum) et les trois moyens cruciaux par lesquels on se concentre sur la clarté ou l'absorption lumineuse (A'od-gSal).

Les trois moyens cruciaux des trois portes sont :

(a) Les trois positions du corps : la position du lion pour le dharmakaya, de l'éléphant pour le sambhogakaya et du sage pour le nirmanakaya.

(b) Le moyen crucial de la parole consiste à garder le silence.

(c) Le moyen crucial de l'esprit consiste à se concentrer sur l'espace extérieur.

Les trois moyens cruciaux par lesquels on se concentre sur l'absorption lumineuse sont :

(a) Le moyen crucial de la porte d'apparition, les yeux et les trois façons de regarder des trois kayas.

(b) Le moyen crucial de la base d'apparition, le ciel sans nuage ou le soleil ou la lampe.

(c) Le moyen crucial de la respiration, respirer naturellement par la bouche et la concentration de la conscience intrinsèque dans le ciel, parce que la sphère ultime extérieure fait apparaître la sphère ultime intérieure en tant que sphère ultime extérieure.

Gyurmed Tshewang Chogtrub explique la supériorité de thodgal :

Thregchod libère les apparitions illusoires, les objets des appréhensions dans leur vraie nature, sans laisser aucune base ni racine. En cela thodgal, tous les aspects des apparitions des trois dimensions (Khams-gSum) sont libérés en tant que clarté des thiglés des cinq lumières, la profondeur naturelle (Rang-gDangs) de la conscience intrinsèque. Il est, ainsi, supérieur aux apprentissages inférieurs.

Au moment de la mort, un yogi de thodgal accompli, s'il le désire, transformera son corps en un corps intrinsèque de lumière, seulement visible par ceux qui possèdent un œil pur, et qui servira les êtres vivants jusqu'à ce que le monde soit vidé ou jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de raison pour qu'il reste. Gourou Padmasambhava et Vimalamitra vinrent tous les deux au Tibet dans ce corps.

Jigmed Lingpa explique les deux réalisations :

Il y a deux réalisations, l'énergie [contrôle] sur la naissance et sur l'entrée (sKye-'Jug).

(a) la réalisation de l'énergie sur la naissance :

On se transforme en corps de grande transformation ('Pho-Ba Ch'en-Po) et on pourvoit aux besoins des êtres vivants. ... On rayonne dans le corps de lumière après avoir dissout les atomes du corps mortel. La réalisation de l'énergie sur la naissance et l'entrée est la spécialité de thodgal. Parce que dans thregchod il n'y a rien d'autre que cela, après avoir dissout le corps en atomes [Lus rDul-Phran-Du Dengs, dissolution totale] et l'esprit dans la nature ultime, on atteint la libération dans la pureté originelle. ...

(b) La réalisation de l'énergie sur l'entrée :

S'il n'y a pas moyen de servir les êtres avec cette forme particulière du corps, ... il dissout son corps de lumière de grande transformation, comme de la brume se dissolvant dans le ciel, et pénètre la sphère ultime intérieure. Ce faisant, jusqu'à ce que cesse le samsara, il agit pour les autres à travers les activités illuminées de l'inséparabilité des quatre corps de bouddha et des cinq sagesses primordiales.

ACCOMPLISSEMENTS DES VOIES ET ETAPES DU DZOGPA CHENPO

Dans le dzogpa chenpo on réalise et parfait les voies et étapes en résultat de l'apprentissage méditatif.

Les cinq voies de l'apprentissage et des réalisations bouddhistes sont finalisées dans la réalisation instantanée de la conscience intrinsèque du dzogpa chenpo.

Paltul Jigmed Chokyi Wangpo écrit :

Généralement, dans les yânas soutriques de la cause et des caractéristiques, après avoir développé l'esprit d'illumination, on s'applique à l'accumulation de mérites et de sagesses pendant d'innombrables éons. C'est la voie de l'accumulation. En développant la sagesse produite par la méditation, on est uni à la sagesse de la voie de la vue [la vérité]. C'est la voie de l'application. Voir directement la vraie nature des phénomènes et la nature absolue de tous les phénomènes des quatre vérités est la voie de la vue. Les moyens qui sont à l'origine de l'acquisition des expériences de la réalisation qui a été vue, est la voie de la méditation. Après avoir finalisé les apprentissages, lorsqu'il n'y a plus d'apprentissage, c'est la voie sans apprentissage complémentaire [la bouddhéité]. Dans le dzogpa chenpo ces cinq voies sont parfaites instantanément.

Il continue :

Dans le dzogpa chenpo, dû à l'aspect de la réalisation de la sagesse primordiale méditative, complète et dépourvue d'élaboration, on finalise spontanément les aspects des moyens habiles, telle la générosité, sans concept ni attachement. On développe aussi les apparitions de l'énergie de la sagesse discriminative et la compassion telle l'illusion irréelle, à partir de la connaissance subséquente de l'état sans méditation, (rJes-Shes). Ainsi, dans le dzogpa chenpo on parfait instantanément l'immense accumulation de mérites et de sagesse primordiale. C'est la raison pour laquelle le grand Rongzom [Rong-Zom, XIe siècle] définit le dzogpa chenpo en disant : « Il est appelé la grande perfection (dzogpa chenpo) parce qu'il parfait les vastes accumulations duelles ». De la même façon, la réalisation de l'essence de la conscience intrinsèque du dzogpa chenpo, la perfection instantanée de la grande accumulation, est la voie de l'accumulation. Certaines personnes prétendant être des enseignants du dzogpa chenpo déprécient les accumulations duelles en prétendant qu'un yogi qui a réalisé le dzogpa chenpo ne se concentre que sur la conscience intrinsèque, et tous les autres apprentissages par les moyens habiles sont des erreurs. Quelques autres prétendant être des érudits affirment que, pour un yogi qui a réalisé la vue du dzogpa chenpo, il n'y aurait aucune vertu telle que la compassion ou la renonciation. En écoutant de telles affirmations démoniaques, certaines personnes se ventant d'être des érudits du bouddhisme, sans examiner le sens véritable du dzogpa chenpo, calomnient et engendrent de graves karmas de renonciation du Dharma (Ch' os-sPang) en prétendant que le dzogpa chen po n'est pas une doctrine pure parce qu'elle méprise l'aspect d'actions vertueuses. Aucun d'entre eux n'a compris le moindre sens du dzogpa chenpo, et ils n'ont en aucune façon témoigné des vies des maitres accomplis du dzogpa chenpo.

Tous les textes canoniques et commentaires du dzogpa chenpo affirment ce qui suit :

Lorsqu'on réalise directement le sens du dzogpa chenpo, toutes les connaissances subséquentes de l'état hors méditation apparaîtront comme dépourvues de concepts et d'attachement. Ainsi, on sera naturellement libéré de l'attachement aux choses matérielles, etc, et toutes les colères, animosités et attachements, ainsi que les haines vis-à-vis de soi et des autres seront purifiés puisque auto-libérés. Les activités blessantes seront naturellement déracinées et demeureront dans les quatre disciplines de l'ascète (dGe-sByong Ci Ch'os-bZhi). Les quatre disciplines de l'ascète sont : Ne maudissez pas (gShe-Ba) les autres même si ceux-ci vous maudissent, ne vous fâchez pas (Khro-Ba) avec les autres même si ceux-ci sont fâchés avec vous, n'insultez pas (mTshang Bru) les autres même si ceux-ci vous ont insulté et ne battez pas (rDeg-Pa) les autres même si ceux-ci vous ont battu. On reste dans l'apprentissage du continuum naturel semblable au courant (Ch'u-Bo'i rGyun-Gyi rNal- 'Byor) avec des efforts dépourvus d'efforts. Lorsqu'on a éveillé l'énergie de la lumière de la sagesse apparaissant spontanément (Shes-RabRang-Byung-Gi-sGron-Ma) en tant que sagesse méditative, et qu'elle a jailli (Klong-rDol) dans les profondeurs de la connaissance des mots et des significations, toutes les vertus des six perfections apparaissent en soi, naturellement, sans effort.



Citation de Padmasambhava

La Claire Lumière, qui a sa source en elle-même et qui depuis l'origine n'est jamais née,
Est l'enfant de Rigpa, lui-même sans parents – ô prodige !
Cette sagesse, qui a sa source en elle-même, n'a été créée par personne – ô prodige !
Elle n'a jamais connu la naissance et il n'est rien en elle qui puisse causer sa mort – ô prodige !
Bien qu'elle soit parfaitement visible, nul pourtant ne la voit – ô prodige !
Bien qu'elle ait erré dans le samsara, nul mal ne lui est advenu – ô prodige !
Bien qu'elle ait vu la bouddhéité même, nul bien ne lui est advenu – ô prodige !
Bien qu'elle existe en chacun et partout, nul ne l'a reconnue – ô prodige !
Et vous continuez cependant à espérer atteindre ailleurs quelque autre fruit – ô prodige !
Bien qu'elle soit la plus essentiellement vôtre, vous la cherchez ailleurs – ô prodige !

Les quatre conduites du pratiquant dzogchen

tiré du livre L'escalier de Cristal I de Kunzang Péma Namgyel éditions Marpa

Quatre conduites différentes s'offrent au pratiquant du dzogchen :
- le butinage de l'abeille :
L'abeille vole, de ci, de là, au printemps, enivrée d'odeurs de fleurs. Fort industrieuse, ne connaissant guère de repos, elle butine avec persévérance tant que les odeurs de fleurs continuent à la stimuler. De même, le méditant aborde le dzogchen en recherchant tous les enseignements disponibles auprès des maîtres, où qu'ils soient donnés. Il engrange les explications et les instructions utiles à la méditation.
- le cerf blessé :
Le cerf blessé ne reste pas avec les siens mais se retire dans la solitude jusqu'à ce qu'il soit guéri. De même, après avoir obtenu les instructions nécessaires, le méditant se retire. La fréquentation du monde ordinaire, sa prolifération débridée de perturbation, ne peuvent que nuire à sa méditation. Il se met donc en retraite, par exemple dans un ermitage de montagne.
- le chien ou le porc :
Le chien ou le porc ne sont pas très regardants. Quand ils ont faim, ils avalent ce qu'on leur propose sans faire la fine bouche. De même, le yogi ayant pu stabiliser sa pratique en retraite ne craint plus le désir, l'aversion, la bêtise, ni les autres perturbations qui foisonnent en ville. Il peut y revenir car il est passé au-delà des notions de propre et de sale, de bon et de mauvais, de valable et de nuisible.
- Le lion :
Le lion n'a peur de rien. Majestueux et imposant, le roi des animaux s'avance sans être le moins du monde affecté par les circonstances contingentes. De même, le yogi ayant atteint le stade de l'assurance ne saurait être effrayé de se retrouver dans le pire des enfers ni émerveillé par le paradis le plus extraordinaire. Il est parfaitement sans attente et sans crainte, rayonnant et serein.


Trektcheu ou trancher radicalement la perception dualiste

VUE ET MEDITATION

tiré du livre : La liberté naturelle de l'esprit -Longchenpa- traduit par Philippe Cornu

Kyé ! Écoute, fils de noble famille !
Tout ce qui t'apparaît extérieurement sous des formes variées est comme le rêve de la nuit passée;
Puisqu'il s'agit là du déploiement fantasmagorique de ton propre esprit à l'intérieur, n'essaie pas de le corriger, de le rejeter ou de le contrecarrer.
Si tu examine cet esprit même, il n'a pas d'existence véritable, n'étant nulle part. Car il s'agit du Corps absolu dénué d'élaborations.
Lumineux tout en étant vide en lui-même, il est le Corps de jouissance spontanément présent.
Quand il émerge sous des formes variées, comme il n'a nulle part d'existence réelle, c'est le Corps d'apparition de l'émergence-libération.

La Liberté naturelle de l'esprit dans la Grande Perfection

Hommage au glorieux Samantabhadra. Son essence parfaitement pure est au-delà des objets de la pensée, sa nature spontanée apparaît comme la clarté essentielle, ses attributs sont multiples : je rends hommage à l'esprit où sujet et objet ont disparu, et qui ne choit pas dans les opinions extrêmes !

L'égalité où tous les phénomènes sont non nés englobe sans s'y attacher les perceptions et l'esprit, libres depuis toujours. C'est le roi merveilleux, l'esprit naturellement libre. Je vous l'explique tel que je l'ai réalisé, écoutez ...

La vue

La vue absolument pure, sans limites ni centre, ne se montre pas comme ceci, sans étendue ni hauteur, au-delà de l'éternité et du néant, elle est libre des souillures des quatre extrêmes. La cherche-t-on, on ne la trouve pas ; l'ayant regardée, on ne la voit pas. Au-delà des opinions et de la partialité, en aucun cas un objet mental, ce n'est pas un système philosophique, elle n'est ni vide ni non vide, elle ne dépend ni de la réalisation, ni de l'absence de réalisation, ni de calculs ou d'objectifs précis. Puisque cet Éveil, l'absolue pureté primordiale de tout est sans naissance ni cessation, informulable, inconcevable et inexprimable, c'est la sphère où pur et impur n'ont plus d'existence, vastitude où toutes choses sont inconcevables, égales et parfaites, sans entraves ni liberté, sans allées ni venues ni résidence.

Illusion du sujet et de l'objet, concepts d'apparences et de vacuité, samsara et nirvana, bonheur et souffrance sont comme des beaux rêves et des cauchemars. Dans l'instant même où ils apparaissent, leur nature est sans complications, et les circonstances de création et de cessation qui en résultent sont semblables à un songe, une illusion magique, un mirage, une ville dans les airs, un écho ou un reflet sans réalité. Puisque tous les phénomènes tels que les êtres, etc, sont par nature non nés, jamais ils ne cessent, et de ce fait, il n'y a ni mouvement ni transformation dans les trois temps. Ne venant de nulle part, n'allant nulle part, ne demeurant nulle part, on dirait de la magie ou un rêve. L'ignorant croit à la réalité de l'apparence. La considérant comme un phénomène permanent, il lui plaque la notion du moi et du soi, mais elle disparaît comme la jeune fille créée par magie qui s'évanouit dès qu'on la touche. C'est que, trompé, il attribue un contenu à l'apparence irréelle. Des six sphères de l'existence aux Champs purs des bouddhas, il n'y a aucun assemblage d'atomes mais les seules perceptions propres à l'esprit des êtres. Tout comme dans un rêve bouddhas et êtres vivants semblent plus réels que réels et revêtent n'importe quel visage, dès le réveil, ils ne sont plus que la pensée d'un instant. Sachez que les phénomènes du samsara et du nirvana sont ainsi !

Il n'y a pas de vacuité qui contredise l'apparence, de même que le feu est indissociable de la chaleur, le propre du feu. La conviction d'une différence n'est qu'une distinction intellectuelle : l'eau et le reflet de la lune dans l'eau sont indistincts dans la mare. Apparences et vacuité sont une dans la réalité absolue. Ces perceptions qui ne sont jamais nées sont le Corps absolu. Leur nature immaculée est comme un pur reflet. Puisque les considérations d'existence et d'inexistence ne sont que des errements intellectuels, ne revêtez d'aucune intention le contenu de vos perceptions. L'objet perçu aussi est une image de l'esprit, comme le reflet d'une belle forme dans un miroir. Ce qui, non duel, est duellement perçu n'est que le fruit d'habitudes et d'imprégnations immémoriales. Car bien que l'esprit et le rêve soient indissociables, pour celui qui est saoul de sommeil, le rêve est comme une apparence. Sachez qu'en réalité on ne peut les séparer.

Ainsi, comme un petit enfant qui se voit dans un miroir, les idiots admettent ou rejettent les objets extérieurs. Quand une mère regarde le miroir, elle l'époussette, et de même, les véhicules de la cause et du résultat interviennent sur l'extérieur. Quand une belle se mire, elle nettoie son propre visage. Pareillement, quand vous l'aurez reconnu, regardez au-dedans de vous cet esprit. Tel est le véhicule essentiel et intangible.

Bien qu'il n'y ait pas de substance dans l'esprit, de multiples apparences s'y élèvent en vertu des conditions objectives, comme des formes reflétées dans un immense miroir. Son essence est vacuité, mais son expression naturelle est incessante, et le jeu miraculeux des perceptions, varié à l'infini : ce qui est un dans la nature de l'esprit jaillit duellement en tant que samsara et nirvana, à l'exemple d'un cristal qui change de couleur quand on le pose sur un tissu blanc ou noir. Cette base d'émergence du multiple est en elle-même immuable, mais au gré des perceptions comme circonstances, elle semble se modifier dès que l'on perçoit différentes apparences. En vérité, rien ne change, comme dans un pur cristal. Vide depuis toujours et sans origine, la nature de l'esprit n'est pas affectée par la perception des phénomènes du samsara et du nirvana.

L'état de Samantabhadra, qui englobe les trois temps et l'au-delà du temps, perfection de la base en tant qu'Essence immuable et immobile, n'est pas affecté par les perceptions des six objets des sens, de même que l'eau qui reflète la lune. Dans le samsara et le nirvana, semblables à une apparition fantomatique inexistante, n'acceptez rien, ne rejetez rien, ne niez rien, n'affirmez rien, n'ayez ni espoir ni crainte ! Reconnaître qu'il s'agit là d'un fantôme, c'est la liberté ! Même captivé par la vue d'une armée fantasmagorique, quand vous en reconnaissez la nature, vous n'êtes plus sujet à la terreur panique ; désormais, nul besoin de repousser au loin les objets de la perception. Car l'expression du samsara est la nature même de l'esprit. Puisqu'il est au-delà de la souffrance et que rien n'y est jamais né, voir que la nature du devenir est l'esprit, c'est la liberté. A cet instant, il n'y a pas d'autre paix à réaliser. Plutôt que d'avoir peur de ses propres troupes comme étant l'ennemi, vous réalisez qu'elles ne surgissent pas d'un ailleurs et retrouvez votre bien-être.

Aujourd'hui,les bénédictions de mon glorieux maître m'ont montré que toutes les pensées samsariques sont le Corps absolu. C'est alors que du dedans émerge une félicité toute naturelle ! Nul besoin d'accepter ou de rejeter quoi que ce soit, le monde phénoménal m'apparaît comme le maître ; les instructions prennent une dimension infinie et toutes choses sont les amies de l'éveil, non seulement paisible, le bonheur de mon esprit est continuel ! Tout me réjouit, et de la réalité absolue jaillit le déploiement incessant des multiples phénomènes : Corps absolu et Corps formels, apparences et vacuité, double accumulation, méthodes et suprême connaissance sont spontanément présents dans la méditation comme après. Non créés, autonomes, les cinq Corps et les cinq Sagesses sont parfaits dans rigpa, sans qu'on s'attache aux perceptions ni à l'esprit. Ce sont les terres et les voies, les mantras et les recueillements, l'authentique état de la réalité où les qualités sont spontanément complètes.

Le grand lever naturel de rigpa, libéré de tous les opposés, n'est pas corrompu par l'objet ni ligoté par le sujet. Dans ce pur état non duel où tout a la nature de l'illusion, à quoi bon penser, s'exprimer, se recueillir ou méditer ? Ici, point de phases de création et de perfection, point de division ni d'union, point de thèses philosophiques ni de distinction de véhicules, ce ne sont là que de purs concepts, des imageries intellectuelles. Dans l'émergence naturelle, il n'est question que de liberté spontanée ! Ce rigpa ne se fixe aucun but particulier. N'allez pas le tenir pour ceci ou cela, il dépasse l'intellect. La nature de l'esprit, incréée et spontanément parfaite n'est pas altérable par les antidotes correcteurs. Laissez-la toute à l'aise ! Quand elle n'est pas altérée par le piège de la concentration, la réalité où s'égalisent réalisation et non-réalisation est dans son état naturel, ni existante ni inexistante, ni apparente ni vide. Vous ne pouvez la qualifier d'unique ou de multiple, elle transcende vue et méditation, ne peut être accomplie ou dissipée ; elle est sans allées ni venues. Pour que cesse la croyance aux deux vérités, on dit sans limites, non duel, illusion magique, rêve, mais dans l'état naturel, il n'y a ni vérité absolue ni vérité relative. On peut bien l'examiner, elle n'est pas ainsi. La tenir pour ceci, c'est la mettre en cage. Quelle que soit votre intention, vous chutez dans la croyance.

Le flot du samsara ne s'interrompt pas à coups d'efforts. Vous errez dans cette existence à cause du bien et du mal : bonheur, malheur, conditions élevées et basses, cela ressemble au seau d'eau qui monte et descend dans un puits ! Au fil des trois temps, les êtres s'égarent dans les trois domaines samsariques, tourmentés par la maladie de pourchasser les concepts nés de l'ignorance. Quelle pitié, tous ces êtres pour qui il n'y a ni début ni fin dans le temps ! Tout cela n'est que rêve et illusion. En vérité, il n'y a ni cercle vicieux ni quelqu'un qui tourne en rond. Là où tout est libre depuis toujours, c'est Samantabhadra. Réjouissez-vous puisqu'il n'y a ni fond, ni origine, ni substance. Sans artifices et originellement pure, la nature de l'esprit n'est pas affectée par les phénomènes du monde apparent, pareils aux reflets dans un miroir. Sans concevoir d'objets dans la sphère des perceptions ni imaginer un sujet dans l'esprit qui s'élève de lui-même, la Sagesse non duelle émerge de cette double perception, tandis qu'objets et esprit se déploient comme ses ornements incessants. L'éléphant qui ne s'approprie rien erre librement dans la plaine. Sa démarche est celle de la liberté naturelle, et il se pare des mets de la non-dualité. Il a victorieusement traversé les marais de l'acceptation et du rejet, de l'espoir et de la crainte, et fort de son pouvoir de réalisation, il plonge dans l'océan de la non-dualité.

Libre et sans retenue, le processus de l'émergence-libération n'est pas entravé par la corde de l'attachement aux antidotes. Grande vague, elle préserve l'ouverture de la vue dans sa complétude ; puissante énergie, le monde phénoménal y apparaît dans sa perfection comme le Corps absolu. Les six objets sans obstacle des sens et celui qui les perçoit sont essentiellement vides. Illimitée, la nature de l'esprit libre et sans buts ! Samsara et nirvana n'y sont pas deux et rigpa atteint la base primordiale. On appelle cela trouver l'accomplissement suprême. Puisque vous atteignez la perfection du double but, pour vous-même et autrui, c'est l'éveil authentique dans le royaume d'Akanishtha.

Hélas, les adeptes de la concentration, pareils au bétail, pratiquent l'arrêt des pensées et demeurent dans l'absence de discursivité, mais ce qu'ils nomment état naturel n'est en réalité qu'une obstination orgueilleuse. Avec l'habitude, ils chutent dans l'animalité, et s'ils ne s'y accoutument pas, ils se concentrent encore et atteignent les royaumes du sans-forme, où ils n'ont aucune occasion de se libérer du samsara. Ainsi, plus ils s'enorgueillissent, plus ils sont possédés par le démon de leur propre système. Lancés à la poursuite des fictions nées de leur esprit, ils ne voient point le contenu du réel à cause des souillures conceptuelles. Bien qu'ils évaluent les deux vérités, ils chutent dans les extrêmes de l'éternel et du néant ; bien qu'ils traitent du sans-limites, ils professent une vue qui n'est que le pic de l'expérience mondaine. Quoi qu'ils fassent, ils sont coincés par leur système, et jamais ils n'auront le moindre aperçu de la Sagesse primordiale naturelle. La condition naturelle leur est voilée par les pensées, le verbiage et les imaginations. Puisque ces moyens sont impropres à une reconnaissance réelle, le chercheur manque le but recherché.

L'esprit et la Sagesse primordiale sont comme l'eau et l'humidité. Ce à quoi on ne peut rien ajouter ni retrancher dans les trois temps, le mental le corrompt.en discriminant, acceptant ceci, rejetant cela. Quoi qu'il apparaisse, objet ou pensée, c'est l'essence naturelle, mais si vous vous attachez aux opinions et aux partis pris, c'en est fini de l'espace ! Si vous désirez sur-le-champ le Corps absolu inimaginable, ne vous lancez pas dans la recherche effrénée d'un pays de l'état naturel. Éliminez votre désir de faire du roi de tout ce qui émerge un but conceptuel. Il ne peut être cerné par l'opinion, ni reconnu comme tel. Quel que soit son mode d'émergence, il n'existe pas ainsi, quelle que soit son apparence, il n'a pas de nature propre. Au niveau ordinaire, l'esprit et ses perceptions sont libres depuis toujours, dans une dimension ouverte ; telle est la vue de la Grande Perfection naturelle. Bien que la métaphore du ciel désigne la nature des phénomènes, les phénomènes ne sont pas concevables comme l'est la nature du ciel. La nature de l'esprit est non née, les phénomènes sont semblables au ciel, ce ne sont là qu'étiquettes et désignations conventionnelles. Débarrassée des opinions sur être et ne pas être, au-delà de la pensée, l'égalité unique et parfaite depuis toujours ne peut être désignée comme ceci. L'existence phénoménale est pure en elle-même. Rigpa sans attachement se lève soudain dans toute sa pureté. A peine apparu, il ne demeure nulle part. Un jour, vous le verrez comme la Grande Perfection libre en elle-même. La nature de l'esprit, libre de toute origine et primordialement pure, n'a ni cause agissante ni créateur. Quel bonheur ! Dans rigpa, où toutes choses sont sans références ni buts, s'abolit l'étiquetage ceci, cela. Quelle extase !


La Liberté naturelle de la réalité absolue selon la Grande Perfection

Hommage au glorieux Samantabhadra ! Égalité de la luminosité non née depuis l'origine, immensité de la nature de l'esprit immuable et sans attaches, et dans la pure sphère d'Akanistha, présence spontanée des Trois Corps, je rends hommage à la base parfaite, immobile et immuable !

La vue

Bien que dans la nature de notre esprit, moi-même et tous les êtres soyons bouddhas, nous errons dans les contrées sauvages de l'existence sous l'emprise de l'ignorance. A vous qui souhaitez vous en délivrer, je vais à présent exposer la voie de l'excellent véhicule, la méthode du Dharma essentiel du contenu réel. Amis ! Dans ce samsara insondable et sans limites, les vagues tumultueuses des souffrances multiples sont nées de l'ignorance qui vous illusionne par la croyance au moi. Pour la contrer, la vue de la condition naturelle est capitale.

Ainsi, tous les phénomènes de l'existence apparente, du samsara comme du nirvana, sont originellement non nés et primordialement égaux. Sans véritable existence ni cessation, ni éternels ni néant, sans allées ni venues. Bien qu'en l'espace de la réalité absolue sans limites ni dualité ils apparaissent distinctement dans leurs compositions variées, à l'instant même de leur apparition, leur nature est sans complications. L'extérieur n'a pas de réalité, n'étant qu'un mode de perception de l'esprit, l'esprit n'étant point, les phénomènes qui en surgissent n'existent pas davantage. Perçus sous l'aspect des cinq objets des sens, ils sont comme l'impression de voir des cheveux coupés devant les yeux. Sans exister, ils se manifestent, mais les tenir pour duels est tromperie ! Lorsqu'en rêve vous vous voyez encerclé par une bande d'éléphants illusoires, vous êtes terrorisé, prenant pour autre ce qui vient de vous. Cependant, existent-ils ailleurs qu'en votre esprit ?

A cet instant, puisqu'il n'existe rien, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, ceux qui reconnaissent la nature des phénomènes lâchent leur peur qui se libère sur place ; par contre, tenant pour duel ce qui ne l'est pas, les ignorants s'accrochent à leur vérité et s'égarent dans l'existence. Les sages, quant à eux, reconnaissent l'indivisibilité des perceptions duelles et se libèrent de la nature du samsara en dépassant la souffrance.

Ces apparences sont primordialement non nées, bien que multiples, elles restent indifférenciées comme les reflets dans un miroir. Leur expression vide n'est pas distincte de leur apparence, et comme l'eau et l'humidité, elles ne font qu'un. Illusions sans limites, pareilles à une cité magique, qui, même nées, ne sont jamais venues à l'être, elles paraissent stables mais sont le Corps absolu qui ne repose sur rien. Leur cessation n'empêche pas qu'elles soient incessantes, sans pour autant croître ni décroître. Ainsi donc, de quelque manière qu'elles apparaissent, elles n'ont pas d'existence réelle. Toute analyse de l'apparence conclut de son absence d'essence, qui est l'état de Samantabhadra, unité libre depuis toujours. Ces phénomènes sans fondement, sans origine ni substance, vous ne pouvez croire qu'ils sont ceci car ils ne sont pas identifiables (étiquetables). A l'instar du ciel, ils sont vides, car il est inconcevable qu'ils aient un créateur. Finies les préoccupations du style, qu'est-ce donc, c'est le tout, c'est ceci, bien que vous puissiez adhérer à des philosophies partiales et que nombreuses soient les vues, les méditations et les modes d'action, il est difficile de percevoir le contenu naturel de l'esprit !

Shravakas, pratyekabuddhas, cittamatrins et mâdhyamika-svatantrikas analysent l'absence de soi des êtres et des phénomènes, mais ils s'égarent dans la vue et la méditation des quatre objets permanents tels que le ciel, etc. Et innombrables sont les êtres qui paraissent se réaliser ... Le contenu des tantras, Kriya, Carya, Yoga et Anuttarayoga comporte les nombreux artifices des phases de création et de perfection, mais les pratiquants n'y approchent pas le cours naturel de l'esprit non corrigé et spontanément présent, empêtrés qu'ils sont dans les mets de l'élaboration mentale. Se disent des esprits purifiés ceux qui ont une vue, une méditation, une action et un fruit. Certains d'entre eux écartent la discrimination et les sensations, d'autres tranchent le lien qui unit les trois temps, après quoi ils proclament, c'est la conscience du présent qui traverse tout. Les autres comptabilisent les naissances et les cessations des pensées et appellent sens réel ce qui n'est que le remous des vagues des pensées discursives. D'autres encore pratiquent l'union en contrôlant les souffles, et disant, le sens naturel réside dans la félicité-vacuité, ils se ligotent en s'attachant au désir charnel. Pris dans le filet où ils hésitent entre adoption et rejet, jamais ces gens-là ne verront le but essentiel. Tous sont trompés par des doctrines de l'analyse, et, enchaînés à cette existence, ils n'ont pas l'occasion de s'en libérer. Hélas, ne reconnaissant pas les signes précieux, ils rejettent leurs vœux et semblent à la recherche de breloques. Rejetant la suprême et authentique nature de l'esprit, ils s'enchaînent dans la cage des fantômes artificiels de l'espoir et de la crainte. Un esprit qui s'efforce jamais ne se libérera ! Poursuivant sa recherche, le chercheur s'avilit.

Merveille ! Si vous aspirez au sens de l'esprit naturel, à quoi servent les multiples analyses et investigations ? Quoi qu'il apparaisse, ne vous accrochez pas aux perceptions sans saisie ni partialité, adoption et rejet sont inutiles. Rien n'a de finalité ! N'allez donc pas le corrompre artificiellement ! Si les objets, l'esprit et ses perceptions se présentent sous le mode de la vacuité, il est inutile de les détruire par l'opinion c'est vide, et s'ils ne le sont pas, une telle considération ne les rendra pas vides. Toute cette fatigue insensée, pour quoi faire ? De même, une méditation naturelle ne nécessite pas de phases de création et de perfection. Si de telles méthodes d'adoption et de rejet ont pour finalité l'aise naturelle, il n'y a pas d'effort à fournir. Dans le cas contraire, elles n'ont plus de sens, comme vouloir transformer du charbon en or. Voilà pourquoi les dharmas de l'analyse intellectuelle sont imparfaits. N'allez donc pas vous corrompre au contact des antidotes correcteurs !

A présent, voici ce qu'est l'essence adamantine insurpassable, sans mantras ni tantras, sans thèse philosophique à admettre, elle n'est pas étiquetable, n'a ni vue ni méditation, ni action ni fruit. État du mandala unique où tout est égal et parfait, les théories y prennent fin, vues, méditations, actions et fruit s'y parachèvent, égaux et parfaits, samsara et nirvana sont l'extension de la réalité absolue. Naturel, non libéré, depuis toujours éveillé, le roi du non-agir est le Corps absolu spontanément parfait. Le multiple n'est que le déploiement ludique et illusoire des Corps formels, car l'existence phénoménale n'est ni unie à la sagesse du Triple Corps, ni séparée d'elle. Abandon et adoption y sont inconcevables car tout est l'absolue pureté. Vastes et grandioses, toutes choses sont spontanément au pinacle ! La perfection spontanée des phénomènes est l'égalité universelle. Le roi non né, sans limites ni centre ni opinions, est bien le sens authentique quand disparaît l'attachement au sujet-objet. Unité qui n'a nul besoin de l'abandon, de l'adoption, de l'affirmation ni de la négation, cime suprême de la vue, telle est la Grande Perfection. Le roi sans but reconnaît les phénomènes sans s'y attarder car ce sont les conceptions déterminantes qui enchaînent toutes choses. Sans rien concevoir, il reconnaît la Sagesse dans ce qui s'élève, c'est le flot originel, vide en lui-même, frais et authentique. Soyez sûr de cette vue débarrassée des croyances et des opinions !

Quelle plaisanterie que ces perceptions diverses ! Quand vous ne les examinez pas, elles semblent plaisantes, quand vous les examinez, elles n'ont pas d'identité ! Examinez-les complètement et elles transcenderont les limites de l'existence. Regardez donc du côté de cet esprit qui discerne leur existence, inconcevable dans les trois temps, sans naissance ni cessation, sans localisation, il n'a ni couleur ni forme, son essence n'est pas identifiable. Quand elles semblent émerger, les perceptions n'ont ni terrain d'émergence, ni producteur. Inconcevables à l'extérieur comme à l'intérieur, au-delà des limites du sujet et de l'objet, elles semblent vraiment jaillir sous forme d'objets extérieurs mais il. n'y a pas d'extériorisation, seulement leur émergence dans l'esprit. Au moment même où elles jaillissent, votre propre stupidité pousse votre conscience discernante à les dualiser instantanément. Non duelles, leur émergence est comme un reflet dans un miroir. Ultimement indivises, elles sont comme les vagues et l'eau. Le contenu de la Grande Perfection, qui n'a que faire de l'acceptation et du rejet, n'est autre que la nature, la bouddhéité originellement pure. L'esprit qui perçoit étant dépourvu d'existence depuis toujours, je comprends aujourd'hui l'enseignement de mon glorieux maître, à présent j'ai la ferme conviction que toutes choses sont le Corps absolu, et suis libéré de tous les doutes superflus à propos de l'être et du non-être.

Le repos de l'esprit, qui n'a plus personne à questionner, réside dans la vision de l'essence authentique, sans rien modifier. A cet instant, le Corps absolu, à la fois jaillissement et repos, se déploie. Tout ce qui en émerge est sa grande parure, qu'il n'est plus nécessaire d'adopter ou de rejeter. Dans son repos même, il est l'unique réalité absolue immuable où toutes choses, spontanément parfaites, sont immobiles et immuables.

A présent, l'intention des vainqueurs est comblée ! Félicité spontanément présente, la perfection de la base est Samantabhadra absolument immuable et immobile en tout temps. En conséquence, tout s'y réunifie pour se libérer dans le terrain primordial ! Hélas, aussi longtemps qu'existera ce créateur d'entraves, l'esprit accroché aux opinions partiales, vous n'aurez aucune chance de délivrance. En libérant l'attachement aux extrêmes et en vous débarrassant des opinions, vous verrez le sens non duel ; il n'y a rien d'autre à montrer ! En regardant, vous ne le verrez pas ; en l'analysant, vous ne le trouverez pas. Indésignable comme ceci, il repose dans son cours naturel ordinaire. Ne tentez pas de le libérer de ses chaînes avec cet esprit accrocheur ! Même en affirmant partout la non-dualité dénuée de limites, vous ligotez la nature de votre esprit essentiel aux limites du sans-limites. Même en admettant les deux vérités, vous chutez dans les extrêmes, et quand vous affirmez leur union, ce n'est pas là le mode naturel authentique. Quelle que soit la nature de votre examen, vous vous piégez dans la cage de l'attachement à l'attachement. Ainsi, il ne vous suffit pas d'être illusionné par le sujet et l'objet depuis une éternité, mais en plus vos analyses insistantes vous enchaînent aux schémas intellectuels.

Hélas, quelle pitié que cet esprit halluciné ! Tant qu'il étiquette les choses, pas de vue ! C'est la cage d'où jaillit le multiple, sans nécessité aucune. Rigpa ne se soucie pas de tout ce qui émerge, largeur, étroitesse, haut et bas n'existent pas, laissez donc tomber vos attachements tenaces ! De cet esprit qui perçoit, libéré de toute intention préméditée, ne corrigez rien à l'aide d'antidotes, laissez-vous porter dans son cours naturel. Telle est l'atteinte finale de l'essence du contenu réel. Tous les phénomènes variés, égaux en nature, sont cette émergence, la Sagesse non duelle. Ne la considérez pas intellectuellement, restez en dehors de la recherche mentale. Non entravée par l'objet, le sujet ne la corrompt point sachant que tous les phénomènes quels qu'ils soient sont pareils à l'espace, voyez leur égalité dans l'illusion, et, quand il n'y a plus d'objets d'attachement ni aucune dualité, le souverain suprême de la vue apparaît.

Oh merveille ! l'absence de limites est la mesure de la réalisation ! Existence et paix, sans dualité, sont l'aspect brut et nu de rigpa. Quand vous le reconnaissez en vous, il n'a ni fondement ni origine ni substance. Vous libérer des entraves, tel est le sens de la Grande Perfection non duelle qui demeure continuellement dans l'esprit de tous les êtres sans exception aucune. Afin que vous voyiez directement l'essence, ce sens profond qui n'a plus d'exemples, vous a été révélé par Drimé Oser. Sans vous attacher à l'esprit et aux perceptions, vous affranchissant des jeux de l'illusion, vous connaîtrez la vue de rigpa dénuée d'opinions !

La voie non duelle de la suprême cime adamantine

Ce rigpa où tout émerge est un état sans attachement aucun. Lorsqu'il demeure parfaitement tranquille en considérant l'accroissement de ce qui s'élève, il y reconnaît la clarté, comme l'eau qui se repose dans l'eau. Alors, la félicité, la clarté et l'absence de discursivité s'élèvent au sein de la liberté naturelle non duelle. Bien qu'encore une fois il s'agisse d'un jaillissement, vous demeurez stable sans bouger. A ce moment précis, l'esprit non né est l'état du Corps absolu. Et ce rigpa qui libère ce qui émerge est le Corps formel qui transcende la souffrance. Abandon ou adoption sont inutiles, une fois jaillie, laissez toute projection là où elle se trouve. Quand elle s'est élevée, unissez quiétude et vision profonde, les moyens et la connaissance, sans rien corriger ni fabriquer intellectuellement.


LA VÉRITABLE VOIE, INTRODUCTION À LA RÉALISATION

Longchenpa (Longchen Rabjam)

Détendez complètement l'esprit et le corps. La reconnaissance a lieu au moment de la présence instantanée de l'esprit. Tous les mondes et êtres, extérieurs et intérieurs sont les modes d'apparition de notre propre esprit. Ils sont comme des rêves. L'esprit lui-même est aussi vacuité en son essence, clarté en sa nature et apparitions variées en son caractère, comme l'apparition de formes dans un miroir sans tache. Ils sont libres de toutes les élaborations des extrêmes d' existants et de non existants lorsqu'ils apparaissent, mais sont, dans le même temps, libres d'être reconnaissables. Cela signifie qu'il n'y a pas de nature ultime (Ch'os-Nyid) séparée, autre que l'esprit-au-présent se projetant sous différentes formes.

Le grand maitre Padmasambhava dit :
« Si on comprend que l'esprit véritable est la nature ultime, il n'y a alors aucune autre sphère ultime sur laquelle méditer. Il est suffisant de simplement connaître les méthodes de réalisation et de libération, parce que l'esprit véritable est le corps ultime. Cette excellente voie est peu communément supérieure aux autres. C'est le yana universel de Samantabhadra. Quiconque accomplit la soi-disant renonciation des pensées, la méditation sur l'absence de pensées, et voit l'univers comme ennemi de la libération et illusion, tombe dans les extrêmes. »

Alors détendez-vous naturellement et spontanément dans l'esprit-au-présent lui-même sans efforts ni imputations. Quelque soit les pensées qui apparaissent, contemplez à l'intérieur de l'esprit-au-présent en vous détendant de manière ordinaire, tel quel et dénudé sans rejets ni acceptations. Être dans l'essence qui est libération par la vision; dans la nature qui est libération par la réalisation et la caractéristique qui est l'auto-libération est l'état naturel de l'esprit. Quoiqu'il apparaisse dans l'esprit, traitez-le sans y prêter grande attention, l'esprit reste alors dans l'état naturel de la conscience intrinsèque et la réalisation par elle-même surgit naturellement. À cet instant, sans l'influence d'aucun attachement, que ce soit de rejet ou d'acceptation, restez dans la conscience intrinsèque immuable, la sagesse primordiale instantanément libérée, l'union de la félicité, la clarté et l'absence de concepts. Quand on n'appréhende pas l'esprit-au-présent avec l'affirmation ceci est cela, la conscience intrinsèque elle-même s'auto-libère et se dissout simultanément. Quand la conscience intrinsèque est dissoute, restez. dans 1'état sans imputations et pollutions jusqu'à ce que la prochaine conscience intrinsèque surgisse. Lorsque de nouveau elle arrive, ne prolongez pas la conscience intrinsèque non reconnaissable, mais restez librement en elle (Yans-Tabs), conservez-la ouverte (Yengs-sTabs) et laissez-la s'en aller sans la retenir ('Dzin-Med). Comme mettre quelque chose dans un récipient sans fond, acquérez de l'expérience dans la conscience intrinsèque qui est transparente (Zang-Thal), instantanée (sKad-Chig), auto-libérée (Rang-Grol), sans entrave (Thal-Grol) et n'ayant pas de point de vue objectif sur ceci est cela. En bref, quand la vue et la méditation de la libération sur ce qui apparaît se produit à la manière de l'apparition par elle-même et d'une explosion jaillissant des profondeurs (Klong-rDol), à la fois les objets à abandonner et les antidotes sont libérés à travers la dissolution par elle-même. Ensuite, comme tous les existants phénoménaux sont apparus comme nature ultime, la méditation n'est pas interrompue. Comme la conscience intrinsèque et la vacuité sont libérées sans appréhensions, les impuretés sont purifiées comme sagesse primordiale. Comme les vertus sont présentes en tant que perfection spontanée, on transcende efforts et accomplissements. Comme tout a surgi en tant que nature, c'est la réalisation par elle-même de la nature ultime, pure de toutes erreurs et obscurcissements. Ainsi, toutes les pensées ordinaires actuelles et les souvenirs sont l'état de la nature même du corps ultime.

Le grand maitre Padmasambhava dit :

« Dans l'Esprit dépourvu de concepts, restez dans l'égalité (Phyam-Me) sans méditation, même si vous méditez, continuez naturellement (Khril-Le) sans remise en cause. Restez dans l'instantanéité (Tsen-Ne) sans hésitation, même si vous hésitez, continuez librement (Khril-Le) sans remise en cause. Demeurez en suspension (Chog-Ge) sans considération, même si vous observez, demeurez vierge (Che-Re) de remise en cause. Restez naturel (Rri-Ge) sans projection, même si vous projetez, continuez dans l'icité ('Di-Gar) sans remise en cause. Restez dans la caractéristique (Wal-Le) sans se renfermer sur soi, même si vous vous refermez sur vous-même, continuez clairement (Ting-Nge) sans remise en cause. Restez dans l'ouverture (Khrol-Le) sans rien mettre en œuvre, même si vous vous donnez du mal, continuez en vous restreignant (dTud-De) sans remise en cause. Restez dans la lucidité (Sa-Le) sans modifications, même si vous modifiez, demeurez dans la pureté (Sang-Ne) sans remise en cause. Restez dans l'absence d'effort (rTsol-Med) sans acquérir, même si vous acquérez, continuez spontanément (Lhun-Gyis) sans remise en cause. Restez dans la spontanéité (Rang-Byung) sans rejeter, même si vous rejetez, continuez dans le non né (sKye-Med) sans remise en cause. Restez dans la vigilance (Hu-Re) sans limites, même si vous êtes limité, continuez naturellement (Lhan-Ne) sans remise en cause. Restez dans la détente ('Bol-Le) sans efforts, même si vous faites des efforts, continuez spontanément (Shugs- 'Byung) sans remise en cause. Restez libre de base (gZhi-Bral) sans contemplation, même si vous contemplez, continuez spontanément (Lhug-Par) sans remise en cause. »

L'esprit-au-présent ayant été libéré ouvertement dans l'état naturel, l'immuable perfection spontanée de tout ce qui apparaît, il n'y a pas d'attachement envers les phénomènes externes et internes. Dans l'esprit-au-présent, comme il n'y a pas de pensées de rejet ou d'acceptation, l'état de non-dualité de l'esprit reste en permanence. Comme il n'y a pas de pensées ordinaires, l'esprit en errance incontrôlée a été libéré des pensées de la dimension du désir. Comme les pensées qui se projettent ont surgi dans le naturel, l'esprit a transcendé toutes diversions vers les dimensions de la forme et du sans forme. N'ayant pas d'appréhension comme étant ceci, la tranquillité a été réalisée spontanément. Comme le naturel (So- Ma) de l'esprit a surgi spontanément, la perception intuitive a été réalisée spontanément. Comme il n'y a pas de projection et de demeure, leur union a été réalisée spontanément. Comme elle a été libérée dans l'état d'instantanéité même (ou instantanément dans son propre état), la sagesse a été réalisée spontanément. Comme il n'y a pas de demeure, l'absorption a été réalisée. Comme il n'y a pas d'appréhension de la libération à l'apparition de la conscience intrinsèque, la sagesse primordiale a été réalisée spontanément. Comme toutes les fautes sont présentes à travers l'aspect d'appréhension, elles sont libérées dans ce qui est dépourvu d'appréhension et d'entraves. Comme toutes les vertus surgissent dans la sagesse de la conscience, elles progressent. C'est l'esprit parfait dans sa propre nature et c'est la réalisation de l'accomplissement suprême du grand sceau (mahamudra), dans cette vie même.

Padmasambhava dit :
« Restez dans la conscience non créée, naturelle et sans obstacle, l'état de tout ce qui apparaît, à travers la grande réalisation apparaissant par elle-même. Le roi-esprit dépourvu de support est satisfait sans appréhensions et a réalisé le corps ultime non né, l'état éternel. »

Dans les périodes post-méditatives, de pratique de la véritable contemplation, le naturel de l'esprit-au-présent à tout ce qui apparaît, entrainez-vous clairement à la force des pratiques consistant à voir que toutes les apparitions externes et les consciences internes, aussi bien que les expériences de la pratique, sont non existantes, exactement dès leur apparition, comme un rêve, une illusion, un mirage, le reflet de la lune sur l'eau et les apparitions. Ces pratiques libèrent l'attachement à tous les existants comme réels. Même pendant le sommeil on reste dans le dharmakaya, l'absence d'appréhensions.

Si la maladie et les effets nuisibles, les manifestations des pensées, sont examinés, il est évident qu'ils n'existent nulle part à l'extérieur, à l'intérieur ou entre les deux. Alors, avec une attitude joyeuse causée par l'opportunité d'inverser les obscurcissements au moyen de la pratique sur la voie du non né, méditez en pensant et visualisant : sur la pénétration et le soulagement des souffrances de la maladie et sur la puissance des entrainements à la compassion et à la réalisation de la non-existence des obscurcissements causant les effets nuisibles, dans leur vraie nature. Cela les pacifiera certainement.


Cette pensée a t-elle une forme, extérieure et matérielle ou intérieure, d'où vient-elle, de quel organe, endroit etc... vient-elle par l'œil etc...


Note personnelle :
On doit réaliser que l'Esprit ne vient de nul part, ne réside nul part et ne disparaît nul part. Il est tout, partout; monde externe (univers et notre propre corps ainsi que les autres êtres vivants) et monde interne mental. Tout est conscience.

Cette pratique prend entre autre appui sur chiné et lhaktong. Ceci est la sphère de l'Esprit éveillé, fond même de la compréhension de Guru Rinpoché. La pratique du trekcheu consiste à demeurer dans la vue en toute circonstances, en tout lieu et en toute activité


Note personnelle :
La vue du Dzogchen : d'un espace unique, vacuité consciente et lumineuse se déploie l'univers formé des domaines purs et impurs, les êtres individuels émergent tous de cette base et sont, en vérité, que le déploiement de celle-ci, ils ne sont donc qu'une unique conscience (un reflet de l'unique conscience -comparaison avec un miroir) comme dans le sivaïsme non-dualiste cachemirien.


Notions sur le sivaïsme non-dualiste d'Abhinavagupta

extraits du livre Le Paramarthasara traduit et commenté par Lilian Silburn

Le sivaïsme Trika est un idéalisme dont l'ontologie est trinitaire (trika) en raison des trois aspects de la réalité : l'unité, l'unité dominant dans la différenciation et la différenciation, ces aspects restant néanmoins subordonnés à une vision moniste de l'univers.
L'absolu, Paramasiva, renferme en lui-même ces trois aspects mais on ne peut affirmer de lui en toute rigueur qu'il est L'Un, car il transcende l'unité. En fait il est le Tout (nikhila), car hors de lui il n'existe rien. L'Absolu échappe à toute pensée quelle quelle soit, il est donc nirvikalpa. Incompréhensible et ineffable, il demeure au-delà de toutes les manières d'être.
Les partisans du Trika se sont gardés d'identifier l'absolu au Bien, au Beau, à l'Amour ou à la Sagesse qui ne sont pas sans impliquer la relation de l'un et du multiple. La Réalité ultime est à leurs yeux l'éternelle conscience de soi (caitanya) absolument immuable, qui seule existe et dont la lumière au perpétuel éclat forme l'essence de toute chose.
L'idéalisme du système d'Abhinavagupta nous apparaît donc comme un idéalisme de la libre conscience dans lequel cette conscience prend l'aspect du multiple grâce à son dynamisme intrinsèque.
En ces conditions nous verrons que l'objet n'existe que pour un sujet, et un sujet conscient de soi, ou pour un agent autonome apte à unifier et à séparer les diverses connaissances.
La Conscience universelle est l'intimité pure, le Soi (atman). Conscience et Soi ne font qu'un.
Mais le Soi n'est pas une pure lumière indifférenciée, il est le Sujet suprême qu'il ne faudrait pas imaginer à la manière d'un sujet qui s'opposerait à un objet, car la conscience se présente comme l'identité parfaite du sujet et de l'objet. Elle reste étrangère, en effet, à toute détermination puisqu'il n'y a rien qui puisse se différencier du Soi conscient qui renferme tout ce qui est.
Que ce soit à l'état ordinaire ou au cours des plus hautes expériences spirituelles le sujet prend conscience de soi sans jamais se dédoubler en un sujet et en un objet; la conscience ne devenant pas un objet pour elle-même, il s'ensuit que si le Soi est considéré comme le Sujet toute vue objective à son égard sera entachée d'illusion.
On ne peut définir la Conscience, bien qu'elle serve à tout définir. La réalité de la conscience ne peut être mise en doute, car elle se révèle par elle-même (svaprakasa) et réalise de façon immédiate sa nature. Elle est donc l'unique critère de la réalité : « Si le Soi ou la Conscience ne rayonnait pas sa clarté, le monde entier ne serait qu'une masse de ténèbres ou pas même cela » .
La Conscience est ce qui fonde les preuves et n'est pas fondé par elles. Comment, en effet, les critères de juste connaissance (pramana) qui ne portent que sur l'aspect objectif et changeant de l'expérience s'appliqueraient-ils à cette conscience qui ne doit sa lumière qu'à elle seule ? « Les pramana ne concernent en rien le véritable Sujet » . C'est ce que chante Abhinavagupta en une stance :
« Tous les êtres sont remplis de honte lorsqu'ils se voient réduits par le Seigneur au niveau de l'objet connu. Comment alors réduirait-on le Seigneur lui-même à un tel niveau ? »
Si le Soi était un objet ou se trouvait appréhendé de façon objective, il deviendrait une chose parmi les autres et ne serait pas le Sujet, l'en soi.
Seule le lumière de la Conscience possède une existence indépendante et les choses insensibles elles-mêmes n'ont de réalité que dans la conscience : « L'existence (sattva) n'est que conscience (prakasamanata). » C'est dire en d'autres termes qu'elle n'a de sens que si elle est connue ou connaissable.
Sans la conscience de soi l'ego ne saurait comprendre sa propre existence ni appréhender la multiplicité car la conscience se manifeste à la fois comme le Soi et le non-soi : « C'est un seul et même acte qui s'éclaire lui-même en éclairant les objets » nous dit Abhinavagupta.
Il est donc nécessaire de distinguer nettement à la suite d'Abhinavagupta ces deux aspects de la conscience que sont la prise de conscience de soi (ahamvisarsa) qui est propre au Sujet et la prise de conscience de ce qui n'est pas le soi, c'est-à-dire l'objet (idam vimarsa). Cet objet peut être une réalité extérieure au sujet ou encore l'expérience objective faite d'états propres au moi vital, intellectuel (buddhi) ou affectif qui ne sont en fait que les objets de la conscience de soi. «  La conscience de soi est pure, précise Abhinavagupta, si elle repose dans la Conscience absolue qui est identique à l'univers ou encore si elle prend appui sur le Soi immaculé dans lequel l'univers se reflète. La conscience de l'ego est impure quand elle repose sur le corps et objets semblables » .
Bien qu'il n'y ait qu'une seule conscience, les philosophes du système de l'autonomie (svatantryavada) y ont discerné deux aspects dans le seul but de nous faire comprendre leur position originale à ce sujet ainsi que la vraie nature de Siva. Ils posent d'un côté prakasa, la pure lumière indifférenciée, l'être de la conscience pour ainsi dire, et de l'autre vimarsa, l'acte de prise de conscience, la liberté d'action de la conscience qui est son pouvoir d'actualisation. Mais n'oublions pas qu'il ne peut y avoir d'acte sans conscience ni de conscience sans acte.
Prakasa ou cit est la lumière infinie qui brille par soi-même, uniformément, à la manière de la conscience (cit) telle que la conçoit Sankara. Réduit à sa propre luminosité, Siva ne se verrait pas et l'on ne pourrait expliquer ni l'intériorité du Soi ni l'unification des diverses connaissances par la conscience. Si Siva prend conscience de soi, c'est grâce à vimarsa ou caitanya, la conscience en acte qui équivaut à svatantrya, l'énergie toujours active de la conscience (citsakti), pour la raison que la lumière se révèle éternellement à elle-même. C'est admettre en d'autres termes que la volonté autonome forme la nature même de la lumière de la conscience (prakasa).
Vimarsa se présente dans l'expérience concrète où l'on se dit 'je sais' comme un choc ou un ébranlement de la conscience (spandana ou samrambha), et cet ébranlement nous fournit la preuve que la conscience n'est pas inerte, mais qu'elle réagit et sait qu'elle est affectée. La conscience d'être affectée (paramarsa) est la véritable vie de la conscience. C'est dans cet acte intérieur qu'elle accomplit, acte qui ne se distingue pas d'elle-même, que l'énergie consciente se trouve à l'état pur et nous avons là cette divine liberté qui est la racine de la conscience et, partant, de la réalité.
Si la libre activité (vimarsa) ne formait pas l'essence de la conscience (prakasa), celle-ci ne pourrait s'élever au-dessus de l'inconscience et l'univers se refléterait en elle comme les objets dans un cristal inanimé sans que la conscience offre la moindre réaction.
Cette liberté de la conscience consiste à se rétracter intérieurement ou à se répandre vers l'extérieur tout en reposant toujours en elle-même. « Lorsque surgit la connaissance qui s'exprime en ces termes : 'moi seul qui suis essentiellement la lumière, je me manifeste', la conscience (samvid) se considère alors comme sujet connaissant, objet connu et moyen de connaissance sans que l'aide d'un objet externe s'avère nécessaire » . Nous verrons que le Je suprême est l'expression de cette conscience de soi.
En dépit de la distinction de conscience et de conscience de soi (prakasa-vimarsa), qui ne vise que les besoins de l'enseignement, la Conscience universelle demeure indifférenciée. Elle ne comporte en effet, aucun élément étranger à son essence; étant libre elle ne dépend de nul autre pour agir et se révéler : « C'est en elle-même, par elle-même et à partir d'elle-même qu'elle manifeste tout ce qui existe » .
« L'univers entier qui s'étend de Siva à la terre, qu'il soit sujet ou objet, fulgure et vibre (sphurati) comme identique à Paramasiva qui consiste en une masse de lumière (prakasa), en béatitude suprême (ananda) et qui transcende l'univers tout en lui étant immanent » .
Comment est-il possible que le monde infiniment varié qui est essentiellement identique à la conscience apparaisse comme s'il en était différent, et, plus encore, comme s'il lui était extérieur, alors qu'en réalité il ne peut s'en détacher, étant donné qu'il repose en elle ?
Dira-t-on que la Conscience fait évoluer à partir d'elle-même une multiplicité qu'elle contiendrait en son sein ? A strictement parler, cette thèse n'est pas exacte, car Abhinavagupta soutient en réalité que la conscience ne fait que se voiler et s'obscurcir au moyen de son activité inhérente qui est une énergie recouvrante et différenciatrice, tirodhana ou apohana-sakti, une limitation de soi qui se trouve ainsi à la source de la multiplicité cosmique. Mais n'oublions pas que cette énergie qu'on appelle encore maya, illusion, n'est que le libre pouvoir du Seigneur (svatantrya), la liberté qu'il a d'obscurcir l'unité; en d'autres termes la volonté que possède le Seigneur de se cacher lui-même.
« Siva, proclame Abhinavagupta, en raison de sa libre volonté crée la variété des formes en découpant les objets qui, identiques à son Soi, forment une seule masse solide, en se servant du ciseau de son Energie différenciatrice » .
L'univers se révèle donc en Siva comme les rêves chez le rêveur sans l'intermédiaire d'une cause matérielle.
...D'une part les choses en leur infinie variété ne se manifestent qu'en se détachant sur la paroi lumineuse de la Conscience universelle qui, reposant en elle-même, brille de son propre éclat, de même qu'une peinture ne peut apparaître que sur un mur ou écran bien éclairé.
D'autre part ces manifestations variées qui sont ainsi projetées pour ainsi dire sur la conscience ne contredisent en rien son unité, comme il appert au cas du miroir qui reste le même en dépit des objets multiples qui s'y dessinent.
Si le miroir est pur ou si l'eau dans laquelle on se regarde est limpide et tranquille, l'image qui s'y reflétera paraîtra unique et stable. Mais que le miroir soit impur ou l'eau agitée et l'image sera multiple et mouvante.
En outre les reflets qui se jouent dans le miroir forment un tout compact, une image identique au miroir, ils ne possèdent aucune existence objective propre lorsqu'on les envisage comme séparés du miroir. Ainsi le monde que la libre volonté du Seigneur manifeste comme s'il était extérieur à lui, en dépit des distinctions qu'il présente, forme une unité indivise, car il repose à l'intérieur de la Conscience absolue, son substrat. Il ne peut exister indépendamment d'elle non plus que les reflets hors du miroir ni les rêves sans le rêveur.

.... Jnanasakti, l'omniscience, équivaut à la lumière de la conscience (prakasa). C'est le pouvoir qui fait surgir simultanément le sujet et l'objet de toute connaissance. Une de ses manifestations, sont les âmes (jiva) et les objets insensibles (jada) non seulement comme entièrement séparés de la conscience absolue mais encore comme séparés les uns des autres. Mais c'est le Seigneur qui éprouve, se souvient et connaît par l'intermédiaire de tous les sujets limités.

..... « De même que le pur cristal de roche assume l'apparence de couleurs variées, de même aussi le Seigneur assume l'aspect de dieux, d'hommes, de bêtes et de plantes. »


extraits du livre : Hymnes aux Kali la roue des énergies divines de Lilian Silburn

Le Krama-Maharta ..... il s'intéresse surtout au vide dynamique sous l'aspect des kali dans leur rôle de puissances négatrices qui font échec aux structures psychiques et aux dispositions latentes. Néanmoins il n'envisage jamais le vide comme une fin en soi mais comme un moyen permettant au tumulte intérieur de s'apaiser et à l'acte spontané de s'épanouir. Sous l'influence du Bouddhisme Mahayana le vide apparaît aussi dans le Krama en rapport avec le discontinu et l'instantané : à chaque moment un vide se creuse sous nos pas, brisant notre durée, d'où la possibilité de jaillissements nouveaux, ou plutôt de mise à nu de l'immuable Réalité.
Dans tous les cas il s'agit d'un même vide considéré sous des angles divers.... La Conscience -la Réalité même- est plénitude indifférenciée. Elle détermine un vide suprême ... dans lequel l'univers pourra se manifester en son infinie variété. En ce vide l'univers apparaît comme un réseau sans consistance, discontinu : considéré comme tel, on a le vide proprement dit (sunya) qui se présente à nous à tout instant. Par contre, saisi en sa substance comme la Conscience absolue, ce même univers n'est autre que la plénitude indifférenciée; d'où le qualificatif d'ineffable (anakhya).
Sous ce double aspect le vide se trouve également sur la voie de l'être qui vit dans le réseau serré du monde objectif mais qui pourtant cherche à le percer pour atteindre la plénitude : il peut accéder soit au vide superficiel et passif, généralement stérile, qui laisse à découvert les zones obscures de l'inconscient propres aux tendances appelées samskara, soit à l'indicible (anakhya) grâce au vide interstitiel ou voie médiane entre deux extrêmes où la Conscience innée se dévoile à lui. Ainsi se succèdent des cascades de vides et d'anakhya selon les encombrements qui demeurent encore -quant au vide- et selon la plus ou moins grande lucidité de la conscience- quant à l'indicible état.




Le chant du vajra

tiré du livre dzogchen et tantra de Namkhaï Norbu Rinpoché Albin Michel

Non né
Continuant pourtant sans interruption
N'allant ni ne venant
Omniprésent
Dharma suprême
Espace (ou conscience) immuable, non défini
Autolibération spontanée
État parfaitement sans obstacle
Existant depuis l'origine
Autocréé, non localisé
Sans rien de négatif à rejeter
Expansion infinie, partout présente
Immense et sans limites, sans attaches
Sans rien même à dissoudre
Ni dont se libérer Présent au-delà du temps et de l'espace
Existant depuis l'origine
Incommensurable dimension, espace intérieur
Radieusement lumineux tels le Soleil et la Lune
Parfait en soi Indestructible tel le Vajra
Stable comme la montagne
Pur comme le lotus
Puissant comme le lion
Plaisir incomparable
Au-delà de toute limite
Illumination
Équanimité
Cime du Dharma
Lumière de l'univers
Parfait depuis l'origine



Citation de Gourou Rinpoché :

Même si le monde matériel apparaît,
Si les êtres vivants semblent le peupler,
Installe-toi en leur absence de vérité :
Ils sont la divinité claire et vide.




Abhinavagupta hymnes Quête de la réalité ultime

1. Parce qu'il pénètre toute chose au plus haut degré, lui dont l'essence est lumière consciente, il ne brille pas séparé des lumières du soleil, de la lune, d'une lampe, etc. C'est pourquoi les expressions illumination et illuminé ne valent que de façon relative.

2. En vérité rien n'est séparé de la connaissance; et la différenciation née de la variété n'existe pas dans la Conscience. On ne trouve pas non plus de distinction spécifique dans le domaine unique et très pur, par soi-même lumineux.

3. Ainsi Siva, Lumière suprême de l'univers, n'est qu'unicité, Conscience indivise de soi; et là seulement, dans l'énergie diversifiée, apparaît la différenciation scindée en prenant et en preneur.

4. En conséquence, c'est lui le différencié non distinct du possesseur de ce domaine unique, très pur et autonome, tout comme maisons, éléphants, chevaux, nuages, fleuves, montagnes etc., ne sont pas séparés du miroir ou du cristal de roche (dans lequel ils se reflètent).

5. Si le reflet dans le miroir et l'objet réfléchi sont démontrés réels à l'aide de critères logiques, pour les choses perçues à l'intérieur du miroir de la Conscience autonome, il n'y a pas (là) d'autre cause.

6. C'est pourquoi Tu n'es que Conscience indivise; en Toi brillent instantanément les mondes. Ils fulgurent par la Splendeur de Ton éclat. Toi seul est leur auteur, ô Souverain !

7. Je chante ainsi la louange du Seigneur Bhairava intuitivement senti, source de toute certitude et qui échappe aux preuves, Soi, Souverain qui n'a pas de souverain, plénitude d'énergies, sans espace ni temps, éternel, omniprésent.



Sur le vide et la métaphore du miroir dans le sivaïsme non-dualiste du Cachemire

extraits du livre La Maharthamanjari de Mahesvarananda traduit et commenté par Lilian Silburn

La réalité sivaïte est d'une manière indescriptible nonchalance pleine d'ardeur, ténèbres intenses identiques à la lumière, vacuité faite de plénitude.
Lorsqu'on adopte le sans-demeure (aniketa), on atteint précisément cet inexprimable dans lequel tout est contenu : Siva se trouvant dans un état infime et celui-ci en Siva. C'est à cette Réalité vide et pourtant sans vide que fait allusion la Spandakarika : « Alors, en ce grand firmament (du Cœur) où soleil et lune (toute la dualité, connaissance et connu) se sont couchés, l'ignorant est dans un état semblable au sommeil sans rêve tandis que celui qui s'éveille complètement a perdu ses voiles. » En effet l'homme dépourvu de vigilance tombe dans un état mystique d'inconscience semblable au vide, mais dans ce même vide, un yogin vigilant s'abîme en toute conscience et pour lui s'épanouissent alors efficience et félicité au moment où fulgure l'illumination.

Bhasa, Splendeur divine, Réalité ultime du système Krama-Mahartha, désigne l'énergie même de la Conscience, liberté absolue par delà toute dualité, éternellement active et comblée car elle résorbe les autres. Elle se confond sur la voie du retour vers l'Un avec l'illumination permanente qui déverse sa grâce sur tous les êtres.
Le Padukodaya la célèbre de la façon suivante :
« La grande illumination qui contient en son sein l'univers s'appelle Splendeur; pleine de conscience, elle indique la voie. C'est elle l'unicité de l'Essence sivaïte. Comme un reflet, le monde consistant en sujet et en objet connu se révèle en elle -écran lumineux- à la manière d'une ville dans un miroir. C'est la liberté, l'indicible énergie consciente du Seigneur... »
Déjà Utpaladeva comparaît Siva à la surface unie d'un mur sur lequel se dessine la fresque bigarrée de l'univers : « Il n'y aurait pas de connaissances différenciées, dit-il, si celles-ci ne se trouvaient pas réunies sur ce mur unique de la Conscience universelle, libre et éternelle. »
A son tour Abhinavagupta reprend la même image dans son Paramarthasara : le monde apparaît comme un reflet dans un miroir, reflet et miroir demeurant inséparables. Cette image sert à illustrer le fait que si la Conscience semble se différencier en quatre états, en douze ou seize fonctions (kala), en trente-six catégories, etc. ces aspects résident en elle comme des reflets dans un miroir, c'est-à-dire unifiés, indifférenciés et comme identiques au miroir, bien que leur spécificité subsiste, la maison étant perçue distincte de l'arbre. Ainsi les seize kali n'ont pas de réalité séparée de la Conscience indivise et ne se manifestent pas hors d'elle, tandis que se manifester, pour la Conscience, consiste précisément à se manifester en ces kali.
Tout en revêtant l'aspect d'un univers varié, la Conscience reste essentiellement pure, non-affectée par la multiplicité des reflets. Mais on ne perçoit pas simultanément sa nature ineffable et sa manifestation différenciée comme l'éléphant et le taureau de notre image, ou encore comme un acteur et le rôle qu'il interprète : voir l'un c'est au même moment ignorer l'autre (ou comme le miroir et ses reflets).

Le Sivaïsme cachemirien repousse la conception d'un créateur qui subsisterait à part de sa création, puisque Siva forme la réalité substantielle de l'univers.
Pour montrer comment l'univers apparaît en Siva lui-même, Mahesvarananda donne l'exemple d'une peinture représentant un éléphant et un taureau dessinés de telle sorte que si l'on aperçoit l'éléphant, le taureau disparaît et dès que l'on distingue le taureau, l'éléphant s'efface. Il en va de même pour la Réalité qui peut être envisagée dans une double perspective selon un jeu de kaléidoscope, une secousse instantanée déploie un paysage entièrement nouveau : si la conscience se tourne vers l'intérieur, elle expérimente l'indifférenciation indicible; si elle se tourne vers l'extérieur, l'univers différencié surgit. Ainsi donc, pour que l'univers se montre, il faut que la Conscience indifférenciée lui cède la place et, corrélativement lorsque celle-ci se révèle, l'univers disparaît. L'être libéré a le choix entre deux modes incompatibles dans l'instant : la jouissance d'un monde surabondant d'énergie divine ou celle du seul Siva en qui l'énergie réside à l'état de germe.
Un choix similaire s'impose d'ailleurs dans la vie ordinaire : à l'état de veille on a l'expérience des objets, rêve et inconscience demeurant latents; inversement, durant le sommeil, la diversité des choses s'évanouit. Un jeu analogue se poursuit sur le plan cosmique entre nimesa et unmesa, l'univers surgissant et se résorbant selon que Siva ferme les yeux – en restant indifférencié – ou qu'il les ouvre en s'amusant à déployer ses énergies différenciatrices. L'énergie qui émet l'univers ne peut donc être considérée comme une appartenance de Siva; identique à lui, elle forme avec lui un couple (yamala) :
« L'énergie ne peut exister sans Siva, ni Siva sans l'énergie », lit-on dans un texte anonyme. Mahesvarananda déclare en ce sens dans une autre de ses œuvres, le Komalavallistotra : « O Mère ! Tu es identique à Siva, comme Siva est identique à Toi. La Réalité unique de Siva et de l'énergie en leur état indivis forme le domaine non-extraverti dans lequel la modalité de l'univers apparaît comme si elle était distincte (de Siva, bien qu'elle ne le soit pas). »
L'être unique semble se dédoubler quand il se reflète en sa propre énergie comme dans un miroir dans lequel il prend conscience de soi; mais en réalité il ne subit aucun changement.


tiré du livre Hymnes de Abhinavagupta traduits et commentés par Lilian Silburn éd De Boccard

Sur la métaphore du miroir :
...La métaphore présente certains avantage mais prête à confusion : elle n'a de portée que si le lecteur fait un effort pour lâcher la dualité. Il ne s'agit pas d'abord d'un miroir plan à deux dimensions, mais d'un domaine infini. En outre, les reflets qui s'y manifestent n'ont aucun objet correspondant. En langage d'école, il n'y a pas de bimba -chose externe objective réfléchie dans un miroir et dont on peut prouver l'existence indépendamment du reflet qu'elle y occasionne- il n'y a que pratibimba, apparition, phénomène au sens grec, ce qui vient à l'être ou reflet sans objet. On ne l'appelle reflet qu'en fonction de la comparaison de la conscience à un miroir. L'exemple du rêveur et de ses rêves ne serait pas aussi inexact à ce point de vue, mais moins riche et moins suggestif....



Le sivaïsme non-dualiste et les trois ignorances :

( extraits du livre La Maharthamanjari de Mahesvarananda traduit et commenté par Lilian Silburn)
...Cette impureté est triple : finitude, illusion, et action : «  l'impureté de finitude (anavamala) due à l'obscurcissement de la véritable nature a deux aspects : ou perte de la libre puissance chez l'être omniscient ou bien perte de la conscience chez l'être libre », selon la définition qu'en donne Utpaladeva, dans l'Isvarapratyabhijnakarika. Nous avons vu que l'Un à la fois omniscient et omnipotent se scinde en conscience et en puissance; par cette rupture d'équilibre divers sujets conscients se manifestent; les uns conservent une pure conscience mais n'ont plus la pleine liberté d'agir; les autres ne perdent pas leur liberté, ils ne jouissent cependant que d'une conscience très imparfaite; ils peuvent mais ne savent pas.
L'impureté de finitude cache la nature réelle du Soi, lequel se croit limité dès qu'il n'a plus l'intuition de sa plénitude originelle. On la nomme indifféremment ignorance ou connaissance limitée, l'ignorance n'étant nullement alors un manque total de connaissance mais une connaissance finie, du fait qu'elle n'est pas coextensive à l'objet à connaître et ne porte pas sur l'essence même de cet objet, en l'occurrence Siva ou le Soi.
Les deux autres impuretés découlent de la première : lorsque l'omniscience se réduit à une connaissance restreinte, le sujet conscient se limite davantage, il est soumis à l'impureté de l'illusion (mayiyamala), il acquiert des organes de connaissance et prend vivement conscience de la séparation. Il se manifeste alors en d'innombrables individus limités. Puis quand, dans ce monde différencié, et par la faute d'un désir déterminé, sa toute-puissance se ramène à une action restreinte, le monde lui apparaît comme extérieur et séparé du Soi, il acquiert des organes d'action et est soumis à l'impureté d'action (Karmamala) : il s'arroge la responsabilité de ses actes, oubliant alors qu'il n'est que l'instrument de la volonté universelle. Il s'attache au mérite et au démérite; ainsi confiné en lui-même, cet être qui transmigre est fort démuni en énergie selon l'expression de Ksemaraja.
Pourtant l'universelle énergie consciente ne diminue pas; bien qu'elle se transforme sans arrêt.


L'impureté de finitude semble correspondre à l'ignorance fondamentale du dzogchen, et dans le sivaïsme non-dualiste au niveau de conscience (cosmique) d'Anasritasiva ou siva-sans-relation


Chiné ou Népa (calme continue) : tib : zhi gnas, sansc : samatha) ou dans la paix (chi) l'esprit demeure (né)

Pour la pratique de ces instructions il faut rechercher un lieu désert et répudier les distractions des corps/parole/esprit. Puis prendre la posture de Vairocana en 7 points :

  1. Jambes en posture vajra

  2. Mains dans la position du recueillement

  3. Dos droit

  4. Épaule ouverte

  5. Menton rentré

  6. Yeux fixés sur le bout du nez

  7. Lèvres qui tombent librement

Puis demeurer dans cette posture de vairocana, sans parole, l'esprit non altéré par les pensées des trois temps, dans l'instant présent, l'esprit laissé à son état naturel tel que présenté par le Maître, l'esprit est laissé tel quel, non manipulé, corrigé ceci est le chiné Dzogchen. Chiné est le repos dans l'état naturel.

Lorsqu'on demeure ainsi dans l'état naturel au repos 3 types d'expériences principales peuvent s'élever :

Des pensées surgissent d'elles-mêmes qui peuvent être :

Examiner le mode d'être de la nature ultime de l'Esprit :


Citation de Guru Rinpoché (Padmasambhava)

tiré du livre Dzogchen et tantra de Namkhaï Norbu Rinpoché Albin Michel

Il est tout à fait impossible de trouver le Bouddha
Ailleurs que dans son propre esprit
Celui qui ignore cela
Peut chercher à l'extérieur
Mais comment se trouver soi-même
En cherchant ailleurs qu'en soi-même ?
Celui qui cherche sa propre nature à l'extérieur
Est comme un fou qui,
Donnant un spectacle au milieu d'une foule,
Oublie qui il est
Et cherche partout ailleurs pour se retrouver.

Il faut persévérer pour aboutir à la certitude, cette quiétude n'est pas intellectuelle, elle est au delà des constructions mentales ordinaires. Après un examen très approfondi on arrive à cette vérité (du domaine de l'Éveil) :

Même si il y a trois noms en vérité on parle d'une seule chose. décrite par 3 aspects. Cet unique est la pensée de Guru Rinpoché qui embrasse les Bouddhas des trois temps, cette essence est identique à la nature de notre esprit.


Les cinq sagesses dans le dzogchen

tiré du livre : L'Escalier de Cristal de Kunzang Péma Namgyèl

...La base elle-même est un miroir, sa nature claire est la clarté inhérente au miroir... L'essence et la nature de la base correspondent à la base au sens du trèkcheu et au sens du theuguel, à ses aspects immaculé et spontané. L'union de ces deux aspects possède une énergie propre, une capacité illimitée, celle de la compassion originelle, tout comme le miroir possède la capacité de refléter tout ce qui se présente devant lui, sans discrimination. (note personnelle : à la différence d'un miroir ordinaire, ici, aucun objet extérieur ne sert de base aux reflets). Cette compassion est l'émergence des cinq sagesses :
- L'essence vide, immuable, correspond à la sagesse de l'espace primordiale
- la nature claire, base d'apparition, correspond à la sagesse semblable au miroir
- l'égalité de la base en toutes circonstances, dans le samsara comme dans le nirvana, correspond à la sagesse de l'égalité
- l'omniscience de la base perçoit toutes choses du samsara et du nirvana sans toutefois les confondre, distinguant clairement chacune, ce qui correspond à la sagesse qui distingue
- de toute origine, la base et le fruit ne sont pas différents, possédant tous deux toutes les qualités susdites; le savoir est la sagesse qui tout accomplit.
...Les trois notions, essence, nature et compassion, constituent, une fois réalisées, la sagesse omnisciente.

Note personnelle :
Ces trois aspects correspondent aussi à 3 niveaux de manifestation pure :
- Dharmakaya : le Bouddha primordiale Samanthabadra
- Sambhogakaya : les 5 familles de Bouddha
- Nirmanakaya : les protecteurs des 3 sortes (maîtres des 3 familles)


Sur l'énergie dans le dzogchen

tiré du livre Dzogchen et tantra de Namkhai Norbu Rinpoché

L'énergie
Ainsi, shi, la Base, la condition fondamentale de l'individu et de l'existence est, en essence, vacuité, et néanmoins sa nature est de se manifester. Et elle se manifeste en tant qu'Énergie, que l'on compare aux images qui surgissent dans un miroir. Le maître peut à nouveau montrer un miroir au disciple et expliquer que les images qui s'y reflètent sont l'Énergie de la Nature inhérente au miroir manifestée de façon visible.
Mais l'exemple du miroir montre que l'Essence, la nature et l'Énergie (ou compassion) sont mutuellement interdépendantes et ne peuvent pas être véritablement séparées l'une de l'autre, si ce n'est pour les besoins de l'explication. Il est est ainsi parce que la pureté et la clarté d'un miroir, sa capacité à réfléchir et les images qui y apparaissent sont toutes essentielles pour qu'existe ce que nous appelons un miroir...

Comment l'Énergie se manifeste : Tsel, Rölpa, Dang
Cette Énergie se manifeste selon trois modes caractéristiques que l'on appelle Dang, Rölpa, Tsel. Ces termes sont intraduisibles et il nous faut utiliser les mots tibétains que l'on explique par trois exemples.

Tsel :
Tsel se rapporte à la façon dont l'énergie même de l'individu est perçue comme un monde extérieur. Un être enfermé dans le dualisme expérimente ainsi la vie en tant que soi isolé, apparemment séparé du monde extérieur qui est ressenti comme autre et prend la projection de ses propres sens pour des objets existant séparément de ce soi auquel il s'attache. L'exemple utilisé pour montrer l'illusion de cette séparation établit un parallèle entre la façon dont l'énergie de l'individu se manifeste et ce qui se produit lorsqu'un cristal est exposé à la lumière du soleil. La lumière du soleil tombant sur un cristal est reflétée et réfractée, faisant apparaître des rayons et des motifs de lumière irisée semblant séparés du cristal, mais qui sont en fait des fonctions de sa propre nature caractéristique. De la même façon, c'est l'énergie de l'individu, perçue par ses propres sens, qui prend l'apparence d'un monde de phénomènes extérieurs. En vérité, il n'existe rien d'extérieur ou de séparé de l'individu; l'unité de ce qui est est précisément ce dont on fait l'expérience dans le Dzogchen, la grande perfection. Pour un être réalisé, la manifestation de sa propre énergie en tant que Tsel est la dimension du Nirmanakaya ou Corps de manifestation. Ainsi, quand on parle des trois kâyas ou des trois corps, cela ne représente pas simplement les trois corps du Bouddha ou les trois niveaux d'une statue. Ce sont trois dimensions de l'énergie de chaque individu, ainsi que l'on fait l'expérience dans la réalisation

Rölpa
Une sphère de cristal illustre la façon particulière dont l'énergie de l'individu se manifeste. Lorsqu'un objet est placé près d'une sphère de cristal, l'image de cet objet peut être vue à l'intérieur de la sphère de sorte que l'objet lui-même semble s'y trouver. Ainsi l'énergie de l'individu peut apparaître comme une image expérimentée de façon interne, comme vue avec les yeux de l'esprit. Toutefois, aussi vivante que puisse être cette image, c'est une fois encore l'énergie propre de l'individu qui se manifeste en tant que Rölpa. C'est à ce niveau que le pratiquant de la Voie de la transformation travaille à transformer la vision impure en vision pure par le pouvoir de la concentration. Et un être réalisé expérimente ce niveau de sa propre énergie comme le Sambhogakaya ou Corps d'abondance. Cette abondance est la multiplicité fantastiques des formes qui peuvent se manifester à ce niveau, le niveau de l'essence des éléments qui est lumière....

Dang
Une sphère de cristal n'a pas de couleur mais, placée sur un tissu rouge, elle paraît rouge, sur un tissu vert, verte, et ainsi de suite. Exactement de la même manière, au niveau de Dang, l'énergie de l'individu est essentiellement infinie et sans forme, et pourtant elle peut prendre n'importe quelle forme. Cet exemple aide à clarifier ce que l'on entend par vision karmique. Bien que l'énergie de l'individu soit essentiellement sans forme, en conséquence de l'attachement, les traces karmiques qui existent dans le flux de conscience de l'individu donnent naissance à ce qui est perçu comme corps, voix et esprit, et comme environnement extérieur, dont les caractéristiques sont déterminées par les causes accumulées au cours de vie innombrables. Dans l'illusion de la dualité, l'individu est tellement conditionné par sa vision karmique qu'elle semble être l'individu lui-même. Lorsque cette illusion est détruite, l'individu expérimente sa propre condition telle qu'elle est réellement, telle qu'elle a toujours été depuis l'origine : esprit infini, énergie au-delà de toute limite ou de toute forme quelle qu'elle soit. Réaliser cela est réaliser le Dharmakaya ou Corps de vérité, mieux traduit par le Corps de la réalité telle qu'elle est. Mais ni Dang, Rölpa, Tsel, ni Dharmakaya, Sambhogakaya, Nirmanakaya ne sont séparés les uns des autres...


note personnelle sur l'énergie Tsel Rölpa et Dang :
dans le texte on mentionne toujours l'individu expérimente, l'individu etc. attention de ne pas se tromper, l'individu c'est l'illusion, seul existe cet unique espace conscient de la base d'où surgissent les êtres comme des reflets, je fais cette précision pour éviter tout malentendu sur ce texte qui pourrait prêter à confusion.



sur la vue dans le sivaïsme non-dualiste du Cachemire

extrait de la Maharthamanjari de Mahesvarananda traduit par L Silburn

Paramasiva (qui est un des noms de la nature ultime dans cette tradition), Conscience lumineuse indifférenciée, étant la plénitude, renferme tout en lui-même, prakasa (lumière consciente)et vimarsa (énergie de prise de conscience de Soi) y sont indistincts. Pour faire apparaître l'univers, il doit pour ainsi dire se retirer en lui-même et se vider de son énergie contenant l'univers en germe. Il fulgure alors sous forme de prakasa, lumière consciente qui voile l'énergie (vimarsa). Tel est l'état appelé Siva-sans-relation ou vacuité transcendante (Anasritasiva défini comme sunyatisunya). Bien qu'il se détourne d'un univers possible, il reste en quelque sorte en rapport avec lui. Conscient de soi, Siva-sans-relation possède la totale intériorité (aham-vimarsa), mais il est dépourvu d'autonomie parce qu'il refuse d'exercer sa libre volonté.
Par contre Siva, en tant que première des catégories de la manifestation (Sivatattva), se trouve indissolublement associé à l'énergie, vimarsa, il est donc conscient de soi et aussi de ses propres énergies qui, unies, constituent sa liberté (svatantrya). Ce libre pouvoir s'exprime par la possibilité de manifester les énergies hors de lui sous forme d'univers ou de les unifier dans la conscience de soi. Ainsi Siva renferme à la fois conscience et libre efficience (Bodha et svatantrya), dont l'union est nommée conscience-en-acte (caitanya) et existence dynamique (mahasatta). Les énergies divines ne sont que divers aspects de la conscience de soi : que vimarsa repose en elle-même et Siva jouit d'une pleine félicité (ananda); qu'elle désire créer et elle devient énergie-activité (Kriyasakti).
Sous ce second aspect et quand sa volonté entre en vibration (Icchaspandodaya), Siva apparaît comme plénitude, car il est comblé des modalités de l'univers clairement manifestées en lui. Il s'amuse à engendrer toutes choses à la manière d'un magicien qui exerce librement ses énergies, unissant et dissociant ses connaissances relatives aux manifestations objectives, en liaison avec un sujets conscient. Abhinavagupta (un très grand maître du sivaïsme non-dualiste) donne un bref aperçu des moments de l'émanation envisagés sous l'angle de prakasa et de vimarsa : d'abord émanation très pure tant que Siva est maître des trois énergies : connaissance, activité et illusion, puis émanation impure quand ces mêmes énergies prennent l'aspect des trois guna,, ces qualités qui l'asservissent en l'individualisant (anu) : « Toutes les lumières et les prises de conscience éparses dans l'univers sont identiques au Seigneur qui ne diffère pas de l'univers, prakasa formant sa connaissance et vimarsa son activité (jnana et kriya). De l'énergie créatrice d'illusion (mayasakti) dépend la double prise de conscience je et cela, ces deux moments de l'émanation nommés éternel siva et souverain (sadasiva et isvarattva). Si l'objectivité y apparaît distinctement, elle repose pourtant encore dans la conscience de soi parce que la prise de conscience (paramarsa) de la lumière et de son acte continue à porter sur la nature essentielle du Soi. Ce sont là les énergies innées du Seigneur. Mais lorsque cette intuition parfaite de la nature de soi fait défaut et que la connaissance appréhende les objets comme séparés du Soi, séparés entre eux et dépourvus de (véritables) prakasa et vimarsa (à savoir lumière en sa splendeur et prise de conscience parfaite), alors se manifestent les trois qualités : plaisir, douleur et la limitation » .
Abhinavagupta explique plus clairement dans un autre passage que, pure et bien intériorisée, la conscience du Je repose uniquement sur la conscience identique à l'univers ou encore sur le Soi dans lequel l'univers entier se reflète. Lorsque cette conscience de soi perd sa pureté sous l'influence de maya – libre volonté de Siva qui obscurcit le pur et unique prakasa- elle se manifeste comme un sujet distinct à l'intérieur de la pensée ou du corps qu'elle prend pour le Sujet réel. Elle n'obéit plus qu'à l'alternative (vikalpa) dans laquelle soi et non-soi s'excluent mutuellement, car pour connaître, elle doit s'opposer à un autre que soi. Mais lorsqu'elle est pure, la conscience de soi n'a jamais de contraire, elle ne peut en effet rien exclure ni nier (pas même un pot lequel étant essentiellement conscience (prakasa) et non de nature différente, ne peut être exclu). ...Ainsi puisque rien n'existe hors du Soi, comment celui-ci comporterait-il alternative ou détermination ?
Mahesvarananda rattache la séparation progressive des deux aspects de la conscience aux cheminements parallèles du signifié (vacya) qui s'étend des parcelles dynamiques jusqu'aux univers, l'être dans sa spontanéité se déployant dans l'espace qu'il engendre pour finalement devenir matière inerte. Par contre vimarsa ou énergie en tant qu'acte vibrant de la conscience, correspond au son (vacara) ou signifiant; elle s'exprime dans le temps sous forme de phonèmes, de formules et de mots et, symétrique à la lumière consciente dont pourtant elle va divergeant, elle finit par prendre l'aspect de sujet limité face à la nature inconsciente, à laquelle aboutit de son côté prakasa.

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Tout homme connaît le Soi lorsqu'il assume l'existence de l'ego dans sa vie quotidienne, à l'occasion d'une opinion banale : je suis gros, je suis maigre. Il ne peut nier sa propre existence bien qu'il ne cesse de confondre le Soi avec le moi empirique prisonnier de son flot d'expériences. Kula n'est plus que l'énergie de ce corps et de ses organes. Ainsi Siva doué d'un corps est celui qui rend hommage; en se prosternant, du seul fait qu'il existe, il réalise Siva, le Soi. On peut ainsi soutenir que tous les êtres sans exception aiment spontanément Siva car ils s'aiment eux-mêmes : « O Seigneur ! s'écrie Utpaladeva, Tu es le Soi de tout être et tout être est attaché au Soi. Ton amour se réalise donc de lui-même. » Quant au monde inanimé, il doit son existence à la lumière consciente laquelle, en revêtant l'aspect du soi et du non-soi, possède seule une libre existence. « Les choses se révèlent sur le fond du sujet conscient et les sujets individuels ne forment plus qu'un seul Sujet que caractérise la vie. Cette vie consiste en connaissance et en activité; il faut donc considérer l'individu comme Paramesvara, le Je universel, Seigneur tout-puissant qui jouit souverainement des pouvoirs de connaissance et d'activité. En vérité, l'existence des choses inanimées repose sur l'être sensible; connaissance et activité forment donc la vie même des choses inanimées » . Le sujet prend conscience de lui-même en affirmant sa subjectivité transcendante et vivante.

En résumé l'univers comprenant le contenant et le contenu est la projection d'une unique Conscience, ici nommée Paramasiva, chaque tradition mystique non-dualiste a ses propres noms dans le Dzogchen la base ou Shi.


Quelques éléments de cosmogonie dans le dzogchen et selon la tradition tibétaine :

tiré du livre Dzogchen et tantra de Namkhaï Norbu Rinpoché Albin Michel

Dans le Dzogchen, on considère que l'état primordial, au-delà du temps, de la création et de la destruction, est la base fondamentalement pure de toute existence, tant sur le plan individuel qu'universel. C'est la nature inhérente de l'état primordial de se manifester en tant que lumière, qui à son tour se manifeste dans les cinq couleurs, essence des cinq éléments. Les essences des éléments interagissent pour produire les éléments eux-mêmes qui constituent à la fois le corps de l'individu et toute la dimension matérielle.
L'univers est compris comme le jeu spontané de l'énergie de l'état primordial et peut être ressenti ainsi par celui qui demeure en unité avec sa condition inhérente essentielle, dans l'état parfait en soi, l'état d'autolibération, l'état du Dzogchen. Mais si, du fait d'une perception fondamentalement erronée de la réalité, l'individu entre dans la confusion du dualisme, la conscience primordiale, source de toute manifestation, se perd dans ses propres projections qu'elle prend pour une réalité extérieure à elle-même et douée d'existence séparée.

tiré du livre La voie du Bouddha de Kalou Rinpoché éditions du Seuil

...la nature de bouddha, obscurcie par l'ignorance, devient le substrat universel du samsara. Comme telle elle est nommée la conscience fondamentale ou universelle, ou encore la huitième conscience. Elle englobe et pénètre tout, c'est la base à partir de laquelle s'élèvent toutes les illusions des consciences individuelles. En elle, le développement de l'illusion commence par l'apparition de la dualité : c'est-à-dire que l'état non dualiste de la triade vacuité,luminosité, infinité, se scinde en la dualité sujet-objet et acte. De la vacuité vient le moi-sujet, de la luminosité vient l'altérité, et de l'infinité ou connaissance illimité(ou compassion ou énergie) viennent tous les types de relations fondées sur l'attraction, la répulsion et l'aveuglement. Avec cette émergence de la dualité, naît la conscience souillée, c'est la conscience dualiste, c'est-à-dire la conscience que quelqu'un a de quelque chose. Elle est dite souillée parce qu'elle est polluée par ce dualisme, c'est la septième conscience. Cette conscience souillée a pour entourage six autres consciences correspondant aux différentes facultés sensorielles : visuelle, auditive, olfactive, gustative, tactile et mentale.
L'esprit, essentiellement vide, lumineux et infini, peut être envisagé comme ayant cinq qualités fondamentales : vacuité, mobilité, clarté, continuité et stabilité, qui ont respectivement la nature des cinq principes élémentaires : espace, air, feu, eau et terre. Nous avons déjà évoqué l'esprit comme n'étant pas quelque chose de tangible : il est indéterminable, omniprésent et isotrope, il est vacuité, ayant la nature de l'espace. En lui apparaissent constamment pensées et états variés; cette mobilité, cette versalité, a la nature de l'élément air. Ensuite l'esprit est clair, il a la possibilité de connaître; cette clarté-lucidité a la nature de l'élément feu. D'autre part, l'esprit est continu, ses expériences sont un flot ininterrompu de pensées et de perceptions; cette continuité a la nature de l'élément eau. Finalement l'esprit est le fondement duquel s'élève tout ce qui est connaissable, du samsara comme du nirvana; cette qualité de fondement, de base, a la nature de l'élément terre.
Les cinq qualités de l'esprit pur ont ainsi la nature des cinq principes élémentaires, ou éléments. Entrant dans les illusions et la dualité, l'esprit se modifie mais ses productions gardent, sous différents aspects, la nature de ces cinq éléments. Toute la manifestation est le jeu de l'esprit dans les transformations de ces cinq principes élémentaires.
Par ailleurs, sous-tendant l'esprit et ses mutations, il existe des énergies subtiles nommées traditionnellement souffles. L'esprit, la conscience et diverses expériences sont produits par ces souffles-énergies, ils en sont indissociables, c'est l'énergie qui les anime et les modèle.
Les cinq qualités fondamentales de l'esprit que nous venons de voir correspondent ainsi à cinq souffles très subtils, dont l'énergie se manifeste dans l'esprit comme cinq luminosités essentielles dites hypersubtiles, qui sont respectivement bleue, verte, rouge, blanche et jaune. Ces luminosités commencent à se manifester au moment où la conscience se rétablie à la fin du bardo de la vacuité. Elles font partie du processus de naissance, d'émergence de la conscience dualiste.
Les expériences de la conscience, ses projections, se constituent ensuite à partir de ces cinq luminosités : elles produisent les apparences des cinq éléments qui, dans l'illusion, sont perçues comme corps mental et monde extérieur.
Toutes les apparences illusoires qu'expérimente la conscience sont ainsi fondamentalement l'irradiation même de l'esprit, la manifestation de ses cinq principes élémentaires, présents d'abord comme qualités essentielles de l'esprit, puis dans les souffles et les luminosités, et comme apparences. Chacun de ces niveaux a la nature des différents éléments : espace, air, feu, eau et terre.




Quelques éléments de cosmogonie dans le sivaïsme non-dualiste du Cachemire

Les cinq premières des 36 catégories (tiré du livre La Doctrine du Mantra d'Arthur Avalon) sont

Shiva-tattva : l'aspect prédominent de puissance est ici Conscience (cit), puis Shakti-tattva : l'aspect principal est ici béatitude (ananda), le troisième Sadashiva-tattva est l'étape où l'expérience de l'être commence (sat), ici la puissance de la volonté-désir (iccha) prédomine, à l'étape suivante c'est Ishvara-tattva : la puissance de la connaissance (jnana) est en évidence et à l'étape finale shuddhavidya-tattva c'est la puissance de l'action (kriya) qui agit comme influence dominante ...Ces cinq étapes ou catégories représentent la différenciation progressive dans l'Expérience pure, qui, ultérieurement, sert de base à l'évolution de l'univers pluraliste. Tout d'abord, il y a seulement l'expérience sans distinction. En celle-ci, la condition de distinction est introduite par Shakti. Quand nous atteignons le Sadashiva-tattva, l'expérience de la forme : Je suis cela survient, avec l'accent sur Je. Au niveau suivant de l'Ishvara-tattva, l'accent est mis sur le cela : Cela, je le suis. Afin que l'univers des esprits et des objets puisse surgir, il devrait y avoir un équilibre entre cela et je. C'est ce qui est obtenu à l'étape de shuddhavidya. Ici, dans l'expérience Je suis cela, les deux parviennent à égalité. C'est dans une telle expérience qu'il y a activité et mouvement de la pensée.
Jusqu'à Shuddhavidya, ce que nous avons est seulement une création idéale. C'est seulement après cela, et avec Maya, que commence la création réelle, la création qui est appelée impure. Maya, qui est la première des trente-et-une catégories de la création impure, est la puissance d'obscurcissement. Elle obscurcit l'esprit infini et rend possible l'apparition d'une pluralité d'âmes et de choses....

Les 9 vibrations et les 5 flots (tiré du livre La Maharthamanjari de Mahesvarananda traduit et commenté par Lilian Silburn éd. de Boccard

Les 9 vibrations :
Du point de vue du yogin, ce sont les neufs mouvements ou vibrations répartis en deux groupes : le premier groupe purement interne relève d'abord du sujet (pramâtr) puis de la connaissance (pramana); il comprend quatre sortes de vibrations qui deviennent moins subtiles à mesure qu'elles se manifestent davantage. Ce sont :

1 – Adyaspanda, vibration initiale du sujet conscient, son ébranlement originel identique à Siva même.

2 – Pure tendance de l'énergie alors qu'elle est sur le point de s'orienter vers l'expansion cosmique. Cette vibration qui appartient au pur sujet est suprême comme lui.

3 – Parispanda, vibration encore très subtile associé à l'ébranlement des moyens de connaissance et aux organes sensoriels; c'est un frémissement au niveau de la connaissance.

4 – Sphuratta, vibration propre à la tendance qu'ont les organes sensoriels à déterminer cette préperception, à l'établir fermement.

5-9 – Le second groupe concerne le monde objectif dont il est le déploiement conscient. Il se divise en cinq éléments qui s'étagent de l'éther dont la vibration reste subtile à celles de plus en plus grossières de l'air, du feu, de l'eau et de la terre. Ce qui fait neuf types de vibrations.
Ainsi tous les mouvements de l'univers procèdent du mouvement originel du Sujet conscient ultime; et ces mêmes vibrations sont celles que l'on trouve aussi dans la pure émission créatrice de Siva sous le nom des énergies : conscience (Citsakti), félicité (ananda), désir (iccha), connaissance (jnana)et activité (kriya). Elles sont à l'œuvre également dans chacune de nos activités, la vision par exemple :
1- avant même de regarder il n'y a encore qu'incitation à voir, ébranlement initial ou adyaspanda; 2- puis on se tourne vers le monde externe dont on a une impression générale et vague; 3- vibration subtile (parispanda) quand les organes entrent en contact avec l'objet; 4- l'objet est perçu, bien établi en son environnement et distingué comme tel : c'est un vase, dit-on. Enfin quintuple déploiement des activités variées à l'égard des formes, des sons, des contacts, etc.

Pancavaha, le quintuple courant

Ces neufs vibrations se répandent en cinq courants ou flots vibrants de Paramesvara. Ils ont pour nom : vyomavamesvari, khecari, dikcari, gocari et bhucari. Vyomavamesvari (selon l'école Kalinaya qui l'identifie à Kalasamkarsini, de même Abhinavagupta), énergie suprême de la Conscience équivaut à citsakti et caitanya où coïncident conscience et liberté souveraine. Douée d'autonomie et d'efficience, elle est aussi source de vie. Comme elle vomit (vam-) l'univers hors de l'absolu, elle correspond à l'état indifférencié (avikalpa) de Paramesvara, on la nomme vamesvari; et vyoma, vide, car les modalités du sujet et de l'objet ne s'y dessinent pas. Mais dès qu'elle se manifeste, elle cache sa vraie nature et repose alors dans le vide (sunya et non plus vyoman, vide éthéré). Quittant l'indifférenciation et se mouvant (cari) vers les activités humaines, on l'appelle khecari parce qu'elle vole dans la conscience (khe, buddhi) du sujet limité. Etant essentiellement repos dans le Soi et sujet conscient, elle se rattache à la félicité (ananda). S'avançant davantage dans la différenciation, l'énergie apparaît sous forme de dikcari associée à l'organe interne et correspond à la volonté (iccha). Puis elle revêt l'aspect de gocari, incitatrice des organes sensoriels tournés vers l'extérieur, d'où son lien avec la connaissance (jnana). Elle entre enfin en contact avec l'existence objective (prameya) et devient bhucari, celle qui se promène sur terre. Elle est alors grossière et différenciée; elle correspond donc à l'activité (kriya).
Par la limitation qu'elles engendrent, ces énergies réduisent l'homme en esclavage. Ce sont elles aussi qui fulgurent en faisant s'épanouir le cœur de leur maître (pati) et délivrent celui qu'elles tenaient entravé, le pasu. Celui-ci doit s'efforcer de passer par delà ces quatre courants en les résorbant les uns dans les autres, à tour de rôle, et de plonger le soi limité dans le grand lac, vyomavamesvari, conscience du Soi (atmaciti) à laquelle il s'identifie.

Attention il ne faut pas s'attacher aux expériences, une fixation sur les 3 principales expériences peut conduire à une renaissance dans les mondes des dieux :

Chez ceux qui méditent longuement beaucoup d'expériences arrivent :
formes de divinités, visions de terres pures, félicité, clarté, absence de constructions mentales, rayons, tiglés, etc... Mais aussi des apparitions bizarres, démons, douleurs, maladies qui surgissent brusquement, angoisses, etc... Mais l'essentiel est cette nature de l'Esprit que nous a présenté le Maître. Ces expériences sont comparables aux nuages dans un ciel clair. Il faut garder foi, confiance et compassion puis persévérer dans la méditation telle qu'elle a été présenté par notre Maître.

Lhaktong ou Miyowa (vision profonde) (tib : lhagmthong, sansc : vipasyana). Supérieur (lhak) capacité à voir (tong) ou état immuable qui ne peut être perturbé ni conditionné

Description

Dans la vision profonde les pensées discursives ont la nature de l'Esprit. Il n'y a pas de différence entre le repos et le mouvement alors qu'avec chiné une différence existe. Le mouvement est l'expression de l'unité, au sein du mouvement le repos ou inversement. Cette comparaison : l'océan sans vagues est comparé au repos et avec vagues au mouvement. Le mouvement surgit du repos et retourne au repos. Cette quiétude est l'union de la clarté et du vide, dans l'état de repos, libre de constructions mentales, pas de saisie (indifférencié) et dans le mouvement c'est l'expressivité de la conscience de soi (conscience dynamique). Du repos s'élève le mouvement qui s'autolibère (tout vient de notre essence ou Soi, surgit de nous, en nous se résorbe, il n'y a plus de distinction entre repos et mouvement, tout se passant dans l'essence.)

Note personnelle :
Cette image de l'océan me fait penser à celle utilisée dans le sivaïsme non-dualiste du Cachemire où l'océan est comparé au Soi, Conscience ultime indifférenciée, ses vagues sont comparées à son énergie de prise de conscience, libre, qui fera émaner l'univers formé des multiples sujets conscients ainsi que des objets mobiles ou immobiles, monde de la dualité scindé en de multiples sujets_objets. Tout est le Soi, est émis dans le Soi par le Soi.

Nyamnyi ou équanimité, état dans lequel tout a un seul goût

Dans cette égalité il n'y a ni production ni destruction, ni espoir ni crainte, ni bon ni mauvais, elle au-delà des couples des contraires, (en sanscrit lumière indifférenciée – Nirvikalpa).
Le problème n'est pas les constructions mentales (en sanscrit Vikalpa) mais que l'on n'est pas conscient que c'est l'expression de l'essence de la nature de l'Esprit, on en est dupe. Le couple aversion/attraction (désir) nous fait tomber dans le samsara et le karma. Dans la vision profonde on doit reconnaître les constructions mentales subtiles et supprimer celles grossières

Dans la vision profonde il faut reconnaître la nature vide de l'Esprit même quand l'Esprit est en mouvement et son aspect de clarté. Ceci est le discernement de la vision éminente (la nature claire et vide non altérée par la dualité, fusion du sujet-objet).

à l'étape actuelle nous sommes pris dans les constructions mentales et il nous faut, grâce à la fine pointe de notre esprit, être vigilant (cette vigilance qui a un nom tibétain est nécessaire au début de la pratique du Dzogchen quand on est pas un disciple de capacité supérieur. Après cette étape quand fusion il y a dans le domaine de la non-dualité les constructions mentales s'élèvent et s'autolibèrent et la vigilance devient superflue, mais cette quiétude qu'est l'autolibération n'arrive qu'à un disciple dont la réalisation de la pratique est déjà très avancée.


Illusion et liberté dans le sivaïsme non-dualiste

Cette comparaison tirée de la vue du sivaïsme non-dualiste du Cachemire (La Maharthamanjari de Mahesvarananda traduit par L Silburn)

Omnipotent, omniscient, parfait, éternel et illimité, le Seigneur par l'action même de ces cinq énergies apparaît comme doué des qualités contraires. Paramesvara est essentiellement agent universel et connaisseur de toute chose; parfait en raison de son autonomie, satisfait de son propre Soi, il n'a nul désir. Mais, par sa libre volonté, il voile ses qualités et les fait apparaître comme des énergies limitantes et limitées, les cuirasses qui entravent et obscurcissent l'individu. L'énergie omnipotente devient une activité limité, l'omniscience, une connaissance finie, la plénitude, un désir circonscrit à des objets particuliers, l'éternité revêt l'aspect du temps avec sa succession; enfin l'infinité celui de la détermination qui pousse à dire : ceci est à moi, cela n'est pas à moi.
Ces cinq cuirasses ou tuniques doivent s'associer pour former le lien qu'est la servitude humaine; séparées, elles perdent leur pouvoir : « Désir, illusion, fonction, savoir limité, détermination et temporalité, on sait que leur quintuple point d'appui commun constitue l'ensemble des liens » . Ce passage du Kramodaya énumère six cuirasses, mais le système Trika n'en admet que cinq, l'illusion étant considérée comme leur source.

L'acteur du drame cosmique, Sambhu à la pure conscience, devient une âme individuelle dont l'état indescriptible consiste à assumer tous les rôles. La pure Conscience exempte de doutes et de limitations est Paramesvara : il est tout, tout est lui et il le sait. A la fois connaissance et liberté totale, il interprète à lui seul la pantomime cosmique : « Le Soi est le danseur » proclament les Sivasutra.
Cet état est inexprimable puisque Siva joue tous les rôles à la fois grâce à son activité subtile (parispanda) : sur le plan individuel du purusa, ses rôles consistent en veille, rêve, sommeil et autres conditions psychiques; sur le plan cosmique, ils s'étendent de la catégorie terre à celle de Siva : « Naissance, enfance, jeunesse, vieillesse, c'est à cause de ces associations transitoires que Moi, Siva, je suis le grand Danseur interprétant le ballet du purusa dans l'évolution cosmique » .
Bhattanarayana célèbre lui aussi dans son Stavacintamani Hara, Poète qui prélude et met un terme au ballet des trois mondes. Un traité aujourd'hui perdu, le Sarasastra, tenu en haute estime par Abhinavagupta, affirme qu'il n'y a qu'un seul danseur :
« Le Souverain des dieux lui-même se lie et lui-même se libère. Il est lui-même le sujet qui éprouve (jouissance et douleur) et lui-même le sujet qui connaît. Qu'il s'examine donc lui-même. »
La jouissance est nécessairement associée à l'objet puisqu'elle fait partie de l'expérience et que le sujet échappe à l'expérience. C'est en revêtant l'aspect de l'objet connu ou désiré, en s'identifiant à lui qu'on se lie et qu'on transmigre; par contre, en se dégageant de l'objet, on recouvre sa liberté. Ainsi, selon qu'il voile le Soi ou le révèle, le suprême Siva déploie son jeu prestigieux fait de servitude et de délivrance.
Se manifestant librement sous une forme limitée, parvenu au stade d'individu, le Seigneur perd conscience de sa propre perfection et de sa plénitude, bien que celles-ci soient toujours présentes. Purusa exprime donc l'ignorance relative à sa propre plénitude intérieure. S'associant à divers corps, aux souffles, à l'intellect, le purusa devient multiple, on l'appelle bhoktr, sujet qui éprouve des expérience variées, car il goûte aux fruits de ses actes et, de la sorte, il se trouve lié. L'expérience devient en son cas action limitée et souffrance.
Interpréter la pantomime universelle, dit Abhinavagupta, n'est là qu'une manière de cacher son propre Soi; on dit de lui c'est un roc, un arbre, et l'on oublie qu'il est Siva.
« A l'objection suivante : comment le pur Sujet pleinement conscient peut-il devenir ainsi cet objet connu et par là même inconscient, il est répondu : en réalité la conscience de soi demeure essentiellement la même, on ne peut rien lui ajouter ni lui retrancher; mais en vertu de sa pure liberté qui accomplit l'impossible, ce Seigneur est habile au jeu de cacher son propre Soi. »
Malgré les états variés qu'il assume, le purusa reste le Sujet suprême, parce que les états divers, veille, sommeil ne se déploient pas indépendamment de lui, le Spanda -acte ultime. Il ne déchoit donc jamais de sa nature propre, celle de Sujet percevant.
De quelle manière Paramesvara révèle-t-il son essence ? Une œuvre perdue de Mahesvarananda, le Komalavallistava, nous l'enseigne : « Lorsqu'on quitte par la pensée (et non réellement) un objet particulier dont on vient de prendre connaissance, parce qu'on a le désir de s'absorber dans un autre, l'état intermédiaire suspendu entre l'objet quitté et celui que l'on n'a pas encore atteint, voilà, O Mère ! ce que les yogin considèrent comme Ta réalité exempte de dualité. »
Les yogin qui, entre deux constructions mentales se rapportant à deux objets successifs, s'emparent de cet instant fugitif qui échappe à toute relation conceptuelle (avikalpa) sombrent aussitôt dans la Réalité sous-jacente, la Conscience absolue que recouvraient les constructions mentales ininterrompues.
Abhinavagupta donne quelques brèves explications sur la fonction du purusa dans sa Laghuvrtti :
« Le purusa est au-dessus des objets de connaissance et pourtant on le classe dans la catégorie de l'objectivité. En effet, sans lui, comment des catégories, terre, etc.., deviendraient-elles objets de connaissance ? L'individu manifeste donc les objets différenciés qu'il unifie entre eux et avec le sujet qui connaît » .
La Virupaksapancasika explore ainsi le champ de l'ego (ahamkara) : « On perçoit le sentiment du moi dans les six domaines suivants : objets sensoriels lorsqu'on dit : je possède cela; corps : je suis faible; organes des sens : mes organes sont enclins à ...;pensée : je me réjouis; souffles : je respire; absence de toute fonction : je suis vide. »
Dans sa Sivadrsti Somananda met l'accent sur le jeu divin, activité sans but en vue du seul plaisir : « En se jouant, Paramesvara assume des corps résidant dans les abîmes des océans infernaux et dont les actes ont pour fruit des impressions douloureuses » . Il fait apparaître de cette manière des individus aux expériences variés qu'on nomme bhoktr, sujets jouissants ou purusa.
Pourtant seul existe le Sujet suprême ou Soi, en dépit de l'aspect objectif et limité qu'il revêt : « Même si dans l'âme individuelle (jiva), que dominent souffle et corps subtil, l'existence objective se trouve confinée, néanmoins là aussi cette existence réside dans le Soi suprême. »
Et le Spandasutra également : « Puisque le moi individuel est identique au Tout, il n'y a pas d'état propre aux réflexions sur la parole et le sens qui ne soit Siva. »
Le Naresvaraviveka constate de son côté : « Parce qu'ils possèdent leur propre luminosité (celle de la Conscience), tous les sujets conscients, ayant Siva pour essence, sont de toute manière omniscients, omnipotents et ne diffèrent nullement de lui. »
Un ancien traité, le Hamsabheda, joue sur l'étymologie du terme purusa : « On l'appelle purusa parce qu'il réside dans la triple forteresse (pur) constituée par la pensée, le souffle et le corps en raison du sentiment qu'il a de son moi (ahamkara); mais quand il réduit en cendres ce triple domaine, on nomme ce même purusa tripurantaka qui met un terme à la triple forteresse : on le dit alors ennemi du dieu de la passion (et donc identique à Siva). »

Semblables au jus de la canne à sucre qui se solidifie peu à peu (sans perdre) sa saveur sucrée, les cinq éléments ne perdent pas la douceur de la lumière sivaïte
Nous venons d'assister à la fragmentation et à l'éparpillement de la Conscience suprême, d'abord transparente à elle-même et parfaitement consciente de soi en sivatattva, puis de plus en plus opaque, épaissie et déformée jusqu'au stade inférieur des cinq grands éléments (mahabhuta) : éther, air, feu, eau et terre, apparemment privés de conscience. Pourtant, en dépit de leur matérialité, ces éléments restent imprégnés de la lumière consciente dont ils procèdent, conservant la saveur unique, la béatitude de l'universel Sujet conscient, Paramasiva.
En haut, en bas lumière et joie demeurent les mêmes : la force latente dans le germe le plus petit est aussi grande qu'en Siva; à la seule différence qu'en sivatattva l'énergie est comme endormie dans la Conscience ou Siva tandis qu'au stade final c'est lui qui semble assoupi en elle. A l'origine l'arbre entier -énergie divine manifestée- est contenu latent en Siva sous forme de graine, Siva étant seul révélé; mais à la fin de l'émanation, Siva devient latent en sakti, celle-ci se dévoilant clairement, à la manière néanmoins, d'une puissance aveugle.
Somananda trace brièvement dans sa Sivadrsti le processus de solidification et d'obscurcissement croissants au cours duquel Siva se limite et perd sa liberté native : « apparaissant tantôt sous forme de pure énergie s'il met l'accent sur sa volonté, tantôt comme sadasiva si l'énergie cognitive prédomine et comme Isvaratattva si c'est l'activité. Puis sa conscience continuant à se solidifier, il se nomme suddhavidya; s'il lui plaît de cacher, en manière de jeu, son propre Soi, il revêt l'aspect de l'illusion (maya). S'exerçant ainsi, il assume la forme des trente-six catégories jusqu'à la terre, inconsciente, matière inerte, compacte et résistante. »
Pourtant, à travers ces étapes variées, la Lumière du cœur reste toujours présente, conservant sa douceur comme un sirop en se cristallisant garde sa saveur sucrée : « Tout comme jus, sirop, sucre candi, mélasse, fragments de sucre sont également le jus de canne à sucre, ainsi les divers états appartiennent tous à Siva », disait également Abhinavagupta. Et dans un autre passage : « En chaque catégorie réside la forme des trente-six autres » .
Tout est en tout, car tout est Siva : « La nature Sivaïte demeure identique en toute chose. Si l'on y distingue des états supérieurs, inférieurs, c'est à l'intention des gens imbus de convictions erronées » . Privés de la certitude qui accompagne la vision mystique, intuitive et globale, ces hommes forgent arbitrairement des contrastes : pur-impur, bien-mal, alors que la même puissance divine et la même Conscience infinie se rencontrent partout et indifféremment dans la matière et dans la pensée, dans le pur et dans l'impur.


Trektcheu la pureté primordiale

C'est le mode d'esprit non altéré – Mahasunya. Le nom de cette pratique :
Trek veut dire dur et compliqué et cheu trancher. Dans Trekcheu il faut acquérir la certitude complète sur la nature de l'Esprit, demeurer sans aucun doute, demeurer dans la méditation chiné/lhaktong (en se conformant aux instructions reçues)

Si j'ai bien compris, dans le Dzogchen on cultive en premier la vue jusqu'à une certaine maturation permettant au maître d'introduire le disciple dans la nature de l'Esprit, après celui-ci doit continuer à cultiver cette présentation de Rigpa par la méditation chiné/lhaktong puis puis quand un degrés de maturation/certitude devient effectif commence Trektcheu qui devra être complètement réalisé pour pouvoir aborder Thögal.

La méditation dans Trekcheu

Le corps en posture de vairocana, dos droit, les yeux ouverts droit devant fixés dans l'espace. Rigpa est stable, il faut demeurer dans l'aspect de clarté dans l'instant présent.

expériences de torpeur,agitation et de fixation compulsive :

Considérez ces états sans s'en soucier et pulvérisez les avec le son Phat violent et bref et ces états mentaux seront dispersés comme des nuages dans le ciel par un vent violent et dans un état sans préoccupations ou saisies laissez vous aller au tel quel. On se trouve dans l'intelligence primordialement pure et on doit y rester sans soucis.
Ce son Phat vient d'un enseignement qui fait la synthèse de la méthode et de la sagesse upaya / prajna ( les tantras masculins représentent la méthode, les féminins la sagesse ), cette syllabe Phat est la conjonction de :
Pha = méthode, représente tous les dharmas
Ta = sagesse, destruction

avec l'épanouissement de lhaktong on en vient à voir des terres pures, des yoginis, des déités etc...

Le testament de Dga'-rab rdo-rje frapper l'essence en trois stances

extrait du livre : les testaments de Vajradhara et des porteurs-de-science traduit et commenté par Jean-Luc Achard (Les deux Océans)

Ce précepte qui révèle le Discernement dans son impudeur (comporte trois partie) :
- Confrontation Directe,
- Certitude directe,
- Confiance Directe en la Liberté.
(Il traite ainsi de) l'occurrence intégrant deux modes d'êtres :
L'existence de notre propre nature et
Ce qui se manifeste comme d'une autre nature
.
Nous sommes tout ce qui se manifeste (et c'est cette)
Prouesse (qui constitue) naturellement notre propre grandeur,
Notre rencontre avec nous-même.
(Aussi naturellement) qu'en elle-même, la mère reconnaît la mère
Et qu'en lui-même, le fils reconnaît le fils,
L'Unité reconnaît en elle-même l'unité.
Nous sommes reliés à l'Unicité du Discernement;
Nous somme reliés à notre propre Unicité et
Nous somme relié à l'Unicité de la Liberté.
C'est en soi qu'on tranche les liens des manifestations (qui conduisent) aux extrêmes,
C'est dans l'unité qu'on tranche les liens de nos propres manifestations (perceptions) et
C'est dans la liberté qu'on tranche les liens du doute.

La Confiance -semblable aux trésors d'un riche (seigneur)- (capable) de nous séduire
La Confiance -semblable à un Roi Universel- qui séduit autrui
Et la Confiance -semblable au ciel se fondant dans le ciel- qui séduit la Terre de la Liberté,
(Telles sont les trois Confiances qu'il faut acquérir).

C'est en soi-même qu'on se libère naturellement,
C'est dans l'unité que l'unité se libère :
Telle est l'union Mère-Fils

Connaître sa propre nature, c'est être confronté à la Base;
Voilà pourquoi, (aussi naturellement que) Mère et Fils se rencontrent, la Terre de la Liberté est reconnue comme étant unique.
Sachant se libérer naturellement, (on parvient à) la certitude en le Discernement Primordial; C'est pour cela que les souillures lavent les souillures, que les pensées discursives sont l'antidote des pensées discursives et que la certitude ne dépend pas d'autrui (mais de soi-même).
La Liberté issue de la Base elle-même donne toute confiance,
Et c'est pourquoi, telle le serpent qui se libère de ses propres nœuds,
L'éradication des immondices qui souillent le Discernement prêtant attention à autre (chose que lui-même)
Permet de poser directement les fondements de la pratique principale.
.....


Les conseils pour que ceux de capacité moyenne se libèrent dans les bardos


Selon Longchenpa

1. L'entraînement lors du bardo entre la naissance et la mort.
2. La maîtrise de la clarté lors du bardo du moment de la mort.
3. Prendre pour terrain de libération les bardos du samsara et du nirvana.

L'entraînement lors du bardo entre la naissance et la mort

L'entraînement au cours du bardo des apparences diurnes
Vous y méditerez comme cela vient d'être enseigné.

L'atteinte du but dans le bardo des apparences nocturnes
Premièrement, vos rêves non vertueux cesseront. Deuxièmement, reconnaissant vos rêves, vous vous entraînerez à leur irréalité. Troisièmement, les rêves fusionneront dans la luminosité, vous ne rêverez plus et ce sera la mesure de votre libération dans ce bardo.

La maîtrise de la clarté dans le bardo du moment de la mort

Au moment de votre mort, l'élément terre se résorbera dans l'élément eau, et, votre corps étant devenu très pesant, vous serez incapable de vous lever. Simultanément, quand l'eau se résorbera dans l'élément feu, tous les liquides du corps tels que sang et urine se concentreront en quintessence jusqu'à s'assécher. A ce moment, les sons se dissoudront dans les odeurs, et les oreilles n'entendront plus. Alors le feu se résorbera dans l'air et la chaleur corporelle se retirera dans le cœur, et, au même moment, les odeurs fusionnant avec les goûts, le nez ne percevra plus les odeurs. Ensuite, l'air se fondra dans la conscience et les mouvements respiratoires cesseront. A ce moment, les goûts s'absorbant dans le toucher, la langue ne percevra plus les goûts. Quand la conscience se résorbera dans l'espace, les croyances subtiles et grossières s'évanouiront. A ce moment, le toucher fusionnera avec les phénomènes mentaux, et les conceptions liées aux sensations cesseront.

Alors, les gouttes blanche et rouge, respectivement sous la forme d'un HAM et d'un petit A, se mêleront dans le cœur, et, au moment de la fusion de l'espace au sein de la luminosité, les sagesses de la félicité, de la clarté et de l'absence de discursivité émergeront en quatre temps. Quand elles s'absorberont dans le terrain primordial de la réalité absolue, vous vous apprêterez à libérer la nature du samsara en nirvana. A ces moments, vous rafraîchirez votre mémoire en vous rappelant les conseils reçus et la luminosité du bardo, semblables à la belle danseuse qui se regarde dans le miroir.

Prendre pour terrain de libération les bardos du samsara et du nirvana

Par éveil au niveau primordial, on exprime :

a) La Sagesse des quatre séquences au sein du bardo du nirvana, le Corps absolu.

b) Les cinq jours d'absorption méditative du Corps de jouissance, la clarté purissime des apparences.

c) Une fois libérée dans la vérité, l'émergence des apparences de la grande spontanéité, les Corps d'apparition qui émanent vers chacun des lieux propres aux six classes d'êtres.


a) Ainsi, on donne le nom d'apparence à la Sagesse du premier instant de la luminosité : La félicité, la clarté et la non-discursivité émergent au premier instant, bien plus sublimes qu'auparavant, tandis que la sphère des perceptions de la conscience apparaît blanche comme un lever de lune, comme un mirage, de la fumée, un brouillard. Cette Sagesse met fin aux pensées discursives produites par la colère, au nombre de trente-trois. Quelles sont-elles ? Selon l'Abrégé des actes d'Aryadeva : « La naissance est du domaine de la vérité relative. La mort est du domaine de la vérité absolue. A ce moment surgissent les quatre Sagesses de la luminosité. Au premier moment, les trente-trois conceptions issues de la colère cessent. Quel est donc le nom des trente-trois conceptions ? Le détachement d'avec ce que l'on désire, le détachement du désir moyen, le détachement du désir intense, les allées et les venues du mental, la souffrance, la souffrance moyenne, la souffrance extrême, la paix, la discursivité, la frayeur, la frayeur moyenne et la frayeur extrême, le désir, le désir moyen, le désir intense, la saisie, la non-vertu, la faim, la soif, la sensation, la sensation moyenne, la sensation intense, le connaisseur, la base de connaissance, le discernement, la honte, l'amour, l'amour moyen, l'amour intense, l'intention, l'accumulation et la jalousie sont les trente-trois conceptions naturelles. » A ce moment, la colère se fond dans la Sagesse Semblable-au-miroir.

Ensuite se lève la Sagesse de la croissance, plus pure que la précédente, qui prend place au second instant, tandis que les perceptions de la conscience deviennent rouges comme un lever de soleil, apparaissant à la semblance des lucioles. Grâce à cette Sagesse, les quarante conceptions issues du désir disparaissent dans la dimension de la Sagesse du Discernement. Selon le texte précité : « Au second instant, les quarante conceptions issues du désir cessent. Quelles sont-elles ? Le désir physique, le désir physique moyen, le désir physique violent, la joie, la joie moyenne, la joie extrême, la réjouissance, le contentement complet, l'émerveillement, le rire, la satisfaction, l'embrassement, le baiser, la succion, la fermeté, l'application, l'orgueil, le devoir, l'amitié, la puissance, l'allégresse, l'union dans l'amour mutuel, l'union dans l'amour moyen et extrême, la séduction, la séduction complète, la renommée, la vertu, la clarté d'énonciation, la vérité, la certitude, l'appropriation, le donateur, l'encouragement des autres, le courage, l'effronterie, la fourberie, l'attraction, l'irréprochabilité et la déloyauté sont les quarante conceptions issues du désir ».

Alors, la croissance se fond dans l'obtention, et il naît une félicité, une clarté et une absence de discursivité bien plus grandes qu'auparavant, que l'on appelle Sagesse de l'obtention. Les perceptions de la conscience apparaissent durant ce troisième instant comme des apparences crépusculaires jaunes et vertes, telle une lampe à beurre qui ne vacille pas au vent. Grâce à cette Sagesse, les sept conceptions issues de l'ignorance cessent ; selon le même texte précité : « Au troisième instant, les sept conceptions qui procèdent de l'ignorance cessent. Quelles sont-elles ? Le désir violent, l'oubli, la méprise, le mutisme, la tristesse, la paresse et le doute, qui s'appuient toutes sur la stupidité, cessent. A cet instant, la stupidité plonge dans la Sagesse de l'Espace absolu, et c'est la Sagesse absolument sans aucune discursivité.

Ensuite, quand l'obtention se fond dans la proche obtention, émerge dans un quatrième instant une Sagesse plus sublime que les précédentes, appelée proche obtention. Les perceptions de la conscience s'élèvent, semblables à un ciel d'automne absolument pur, baigné par la lumière solaire. Grâce à cette Sagesse, les pensées discursives d'attachement, avec leurs tendances habituelles, s'éteignent dans l'espace.

Alors, le Corps absolu, la nature de la grande spontanéité, l'intention de tous les bouddhas, s'élève de lui-même. A cet instant, la clarté que vous avez maîtrisée autrefois rencontre la Sagesse non duelle, comme un fils rejoint sa mère, et vous êtes libéré.

Si vous n'êtes pas libéré ainsi, votre rigpa s'élèvera du cœur et jaillira jusqu'aux yeux. Des yeux, il se déploiera dans l'espace sous l'apparence quintuple de rayons lumineux quinticolores. Au premier moment apparaîtra votre propre éclat lumineux d'un bleu absolument pur, la Sagesse de l'Espace absolu, qui prend l'apparence du seigneur Vairocana avec son entourage innombrable. Ce que reconnaissant pour tel, vous vous libérerez en Vairocana et parviendrez au niveau primordial. Pareillement, en un second, troisième, quatrième et cinquième moment, apparaîtront successivement la Sagesse Semblable-au-miroir, la Sagesse de l'Égalité, la Sagesse du Discernement et la Sagesse Tout-Accomplissante, qui prennent les formes d'Akshobhya, de Ratnasambhava, d'Amitabha et d'Amoghasiddhi et des myriades de leurs entourages et, juste au moment où vous les reconnaîtrez, vous vous libérerez en eux indistinctement. C'est là le bardo du Corps de jouissance. Au moment d'une telle reconnaissance, vous deviendrez vous-même un tel Corps, et des pointes des myriades de rayons lumineux qui embrassent toutes choses jailliront d'inconcevables émanations, telles que le Bouddha Shakyamuni, dans les dix directions des six mondes. En un instant, elles se manifestent afin d' œuvrer au bien des êtres, et c'est là ce qu'on appelle bardo du Corps d'apparition doué de perfection. Après cela, les Corps d'apparition plongent dans le Corps de jouissance, qui lui-même se fond dans le Corps absolu. Ce dernier réside, sans mouvements ni transformations, au sein de la précieuse sphère hermétique parée de toutes les perfections : c'est l'éveil manifeste dans le terrain primordial.

Ceci clôt l'exposé de la libération des êtres de capacité moyenne dans le bardo.


A présent, pour ceux qui n'ont pas effectué la reconnaissance bien que leur soient apparues les manifestations précédentes, voici l'exposé supplémentaire sur les projections karmiques du bardo du devenir

Vous allez donc errer dans le bardo du devenir, semblable aux bons et aux mauvais rêves. Pendant la moitié de votre séjour domineront les tendances habituelles du passé, puis s'élèveront les manifestations du futur, et votre conscience sans support errera, ballottée par la souffrance d'être mort. En mettant en pratique les instructions données jadis par le maître, les meilleurs réaliseront l'irréalité de ce bardo. Ceux de moindre capacité pratiqueront la phase de création semblable à l'illusion. Des moins bons, il est dit qu'en prenant refuge avec respect et dévotion et en pensant aux Champs purs, tels que Sukhavati, ils seront libérés. A ce moment, ayant clos les mauvaises entrées des matrices, en songeant que vous renaîtrez dans un précieux corps humain paré des sept qualités, visualisez dans le palais de la matrice de votre future mère, sur un siège de soleil et de lune, la syllabe-germe de votre déité de méditation, un HUM par exemple. Votre conscience y fera son entrée et il ne fait aucun doute qu'ayant par la suite obtenu un corps humain et rencontré le profond Dharma, vous serez libéré. Ceci clôt les explications sur le bardo avec projections.

La libération au moyen du transfert de conscience

A l'intérieur de votre corps se trouve le canal central Avadhuti, tel un vase ouvert vers le haut, creux à l'intérieur, qui conduit vers le haut au trou de Brahma. Méditez qu'à l'intérieur du canal se trouve votre conscience sous forme d'un A blanc immaculé. En prononçant à chaque fois avec force, A, A, A. ... cent fois, pensez que ce A sort du trou de Brahma pour s'extérioriser très loin, et que la conscience est ainsi projetée en Sukhavati, le Champ pur occidental, où elle va reposer dans le cœur d'Amitabha en Corps absolu. Demeurez sans pensée aucune. Quand vous vous serez exercé ainsi pendant sept jours, le sommet de votre tête gonflera puis s'ouvrira, et il n'y a pas de doute que vous effectuerez le transfert en Sukhavati.

Quand les signes de la mort seront au complet, grâce à cette pratique, vous ne chuterez dans aucun autre lieu. Tels sont les conseils ultimes du transfert, appelés le Pois d'or.


L'ESSENCE DES JOYAUX, LES INSTRUCTIONS ESSENTIELLES DE LA LIBERTÉ NATURELLE DE L'ÉGALITÉ SELON LA GRANDE PERFECTION

de Longchenpa

LES CONSEILS QUI LIBÈRENT EN CETTE VIE

Les préliminaires qui purifient les obstacles :
Le guru Yoga
Le yoga du mandala
Le yoga des cent syllabes (Vajrasattva)
Le yoga de l'esprit d'éveil (Grand Véhicule)
Le yoga du sens de la nature de l'esprit


La pratique principale : la présentation de l'esprit

Votre corps dans la posture en sept points, fixez intensément ce qui apparaît à vos yeux et demeurez immobile. Le maître dit alors :

Écoute, fils de noble famille ! Tout ce qui t'apparaît extérieurement sous des formes variées est comme le rêve de la nuit passée. Puisqu'il s'agit là du déploiement fantasmagorique de ton propre esprit à l'intérieur, n'essaie pas de le corriger, de le rejeter ou de le contrecarrer. Si tu examines cet esprit même, il n'a pas d'existence véritable, n'étant nulle part. Car il s'agit du Corps absolu dénué d'élaborations. Lumineux tout en étant vide en lui-même, il est le Corps de jouissance spontanément présent. Quand il émerge sous des formes variées, comme il n'a nulle part d'existence réelle, c'est le Corps d'apparition de l'émergence-libération.

Le maître Padmasambhava l'a dit : « La conscience fraîche au présent a une essence vide, le Corps absolu ; une nature lumineuse, le Corps de Jouissance, et un mode d'émergence varié, le Corps d'apparition. On ne peut chercher le Bouddha ailleurs. Même en méditant, demeurez dans la fraicheur qui ne médite pas. Même en regardant, demeurez dans la fraicheur qui ne regarde pas. Même en vous attachant, demeurez dans la fraîcheur qui ne s'attache pas. Même en vous projetant, demeurez dans la fraicheur qui ne projette pas. Même en réabsorbant, demeurez dans la fraicheur qui ne réabsorbe pas. Même distrait, demeurez dans la fraîcheur non distraite. Quoi qu'il s'élève, cette fraicheur qui est en vous est un état clair comme l'océan limpide où félicité, clarté et absence de discursivité sont spontanément présentes. »

Quelles que soient les pensées qui s'élèvent, détendez-vous dans la fraicheur en vous appuyant sur cette conscience au présent, attentive aux mouvements des pensées sans aller à la rencontre des souvenirs ni des pensées à venir. Demeurez ainsi dans le Cours naturel de la grande présence spontanée. Comme mouvements et libérations sont simultanés, la vue de la vision profonde qui libère l'émergence est la grande détente. Après cela, émergera la méditation de la Sagesse, dénuée du soi et du sujet-objet, et s'accompagnant d'expériences de clarté, de félicité et de non-discursivité. Il s'agit là de la méditation de la grande luminosité qui s'établit d'elle-même. Si, comme auparavant, se produit à nouveau un mouvement, détendez-vous sans l'intention de vous y attacher ; puisque vous vous stabilisez comme précédemment par la méditation qui est l'état limpide de la grande présence spontanée, les expériences de félicité, clarté et non-discursivité, ainsi que les réalisations précitées, naîtront dans votre esprit.

Pour résumer tout cela, avec la présentation des perceptions comme étant l'esprit, de la nature de l'esprit comme étant vide et du vide comme étant la libération de l'émergence, votre vue a pouvoir sur la durée. Avec la présentation de la réalité absolue comme étant l'état de clarté, de l'état clair comme étant la félicité-clarté, et de la félicité-clarté comme étant vide, votre méditation prend le pouvoir sur la distraction. Avec la présentation de l'esprit qui perçoit comme étant une illusion, de l'illusion comme étant absence d'attachement et de l'absence d'attachement comme étant la détente complète, votre action a pouvoir sur les circonstances. Avec la présentation de vôtre propre esprit comme étant le Bouddha, du Bouddha comme étant apparu spontanément et de la spontanéité comme étant la libération sur l'émergence, votre fruition vient à bout des déviations.

Très brièvement, de quelque manière qu'apparaissent les objets, l'esprit ne s'y attachera pas. Où que se situe le lieu d'émergence, votre conscience au présent demeurera sans rien fabriquer ni utiliser aucun antidote, et tout ce qui apparaît deviendra le foisonnement de la réalité absolue.

L'enseignement des moyens pour préserver les effets de la pratique après les sessions

a. La présentation de l'esprit et des apparences comme étant un rêve.
b. La présentation des rêves comme étant la luminosité.
c. La présentation de la luminosité au cours du bardo.


La présentation de l'esprit et des apparences comme étant un rêve

Ainsi, les formes, les sons, les odeurs, les goûts et la texture des objets qui sont perçus à l'extérieur, et toute la variété des concepts de l'esprit qui saisit à l'intérieur, sont semblables aux apparences extérieures et à la conscience intérieure perçues sous des formes variées au sein d'un rêve de la nuit passée. Quand vous réalisez cela, il n'y a plus de différence, vous savez que tout ce qui apparaît est irréel et, dans un état où il n'y a plus aucune saisie, vous vaquez à vos occupations telles que marcher, etc. En vous comportant ainsi, tous les phénomènes se résolvent dans l'essence semblable aux rêves, et, puisqu'il n'y a plus d'attachement à quoi que ce soit, la luminosité de la nature non duelle s'élèvera. Puisqu'il n'y a désormais plus d'attachement à ce qui apparaît en tant qu'objets, au sein de la conscience claire naît un état limpide, vide et lumineux, sans aucune discursivité, la luminosité naturelle. La reconnaître vous fera gagner la libération dans le bardo.

La présentation des rêves comme étant la luminosité

A la limite entre le sommeil et les rêves, la conscience claire est non discursive et, extérieurement, les pensées conceptuelles grossières relatives aux objets des six sens cessent. Intérieurement, l'entrée dans le canal central est semblable à la plongée dans le sommeil, et, juste avant que ne s'élèvent les pensées subtiles, émerge la luminosité naturelle. L'ayant reconnue, méditez sans distraction. Quand vous aurez de la sorte médité pendant une quinzaine de jours, tout d'abord, vos cauchemars se transformeront en bons rêves. Ensuite, les ayant complètement maîtrisés, vous aurez la capacité de les intensifier et d'y produire des émanations fantomatiques. Finalement, ils s'éteindront dans l'espace absolu et vous intégrerez la luminosité sans plus rêver. Si vous n'atteignez pas ce but,.vous y parviendrez en fixant votre esprit au niveau du cœur sur une petite sphère quinticolore qui resplendit de lumière naturellement comme le fait un arc-en-ciel. Ainsi, le jour et la nuit s'unifieront dans la Roue de la luminosité, les meilleurs pratiquants se libéreront dans cette vie même et les moyens, reconnaissant la luminosité dans le bardo, seront des bouddhas parfaitement manifestes.

La présentation de la luminosité au cours des bardos

Lors du bardo de l'existence jusqu'à la mort, la vue consiste en l'immuabilité de la vacuité-clarté, la méditation est un état limpide et lumineux, l'action est la détente des six sphères des sens et le fruit est la réalisation sans attachement de la liberté naturelle. Puisque, ainsi, vous vous serez familiarisé avec la luminosité naturelle, vous rejoindrez la luminosité au cours du bardo du moment de la mort, ou vous la reconnaîtrez au cours du bardo de la réalité absolue, et, sans voir le bardo de l'existence, vous serez Bouddha.


LES CONSEILS SUR LA LUMINOSITÉ QUI LIBÈRENT DANS LES BARDOS

Au moment où se lève le bardo de la vie présente jusqu'à la mort, vous devriez vous familiariser avec le contenu des présentations. Aussi, dès à présent, assurez-vous-en par la vue, maîtrisez-le par la méditation, décidez-en par votre action, et grâce à la reconnaissance du fruit, maîtrisez-en le contenu. Le yogi qui fait cela cesse complètement de s'attacher à tous les phénomènes extérieurs et intérieurs au moment de la mort et il se rappelle alors les conseils et ne se laisse point distraire de sa pratique vertueuse actuelle.

Puis, lors de la résorption de la terre dans l'eau, son corps s'alourdit. Quand l'eau se résorbe dans le feu, le sang des artères et les gouttes essentielles se résorbent progressivement en quintessence. Lorsque le feu se résorbe dans l'air, la chaleur se retire. Lorsque l'air se résorbe dans la conscience, les respirations externe et interne cessent. Lorsque la conscience se fond dans l'espace, les conceptions grossières et subtiles cessent. C'est alors qu'émerge, en quatre temps, la Sagesse de la luminosité.

En un premier temps s'élève, pour un seul instant, la Sagesse de la félicité, de la clarté et de l'absence de discursivité appelée Apparence, bien plus intense que la luminosité à laquelle il s'est accoutumé auparavant. Puis s'élève dans un second temps la Sagesse de la croissance, encore plus intense. Ensuite émerge, dans un troisième temps, la Sagesse de l'obtention, elle-même bien plus intense. Enfin s'élève, dans un quatrième temps, la Sagesse de la proche obtention, bien plus intense que toutes les autres.

A ces moments-là, en un premier temps rafraichissez votre réalisation de l'émergence-libération, acquise lors de votre entraînement passé. Comme vous demeurez sans attachement aucun dans l'état lumineux et limpide, vous vous libérez sur place dans la telléité et conquérez la citadelle de l'état de grande présence spontanée, le Corps absolu. C'est la luminosité du vide.

Puis, à cause de la croissance des manifestations quinticolores de la luminosité apparente, apparaissent par centaines de milliers les Corps de bouddhas venant des confins de toutes les directions. A ce moment, sachant que vos propres perceptions sont semblables à un rêve, vous demeurez dans la clarté, sans attachement, et vous vous libérez après y avoir reconnu votre propre visage. Ensuite, si vous ne l'avez pas reconnue, la luminosité d'apparence se fond à l'espace absolu, et le bardo de la réalité absolue se renverse de lui-même, laissant place à la manifestation du bardo du devenir. Alors, ce qui s'est précédemment dissout va croître à nouveau dans l'espace.

Comme le cadavre et la conscience sont séparés, le premier crépuscule est celui du devenir du défunt ; le second crépuscule est celui du devenir de la terre, le troisième, celui de l'eau, le quatrième, celui du feu, le cinquième, celui de l'air, le sixième, celui de l'espace et le septième, celui de l'existence des propensions et du karma.

1. Vous demeurez un moment comme évanoui.

2. Vous vous éveillez un peu de cet état, et, bien que les perceptions de votre esprit soient comme un rêve, vous pensez que votre corps demeure solide. Pourtant, les apparences extérieures, comme les formes d'un mirage, vous apparaissent vacillantes et évanescentes. Cette conscience étant la luminosité née d'elle-même, vous vous libérez en vous remémorant les conseils pour reconnaître les formes en tant que liberté naturelle.

3. Vous vous éveillez un peu plus, et pensez que votre corps est imbibé d'eau. Les apparences extérieures, semblables à de la fumée, vous apparaissent brumeuses et vaporeuses. Comme il s'agit là de la luminosité née d'elle-même, vous vous libérez en l'intégrant à votre expérience passée de clarté-vacuité, l'émergence-libération.

4. Vous vous éveillez un peu plus encore et pensez que votre corps est brûlé par le feu. Les apparences extérieures vous apparaissent telles des lucioles, mais comme il s'agit là encore de la luminosité née d'elle-même, vous vous libérez en la mêlant à votre réalisation de jadis, l'état limpide de félicité-clarté.

5. Vous pensez que votre corps est ballotté par le vent. Vous voyez les apparences extérieures comme des lampes brillantes et, puisqu'il s'agit encore de la luminosité née d'elle-même, vous vous libérez en la mêlant, sans attachement, à votre réalisation passée où la luminosité des couleurs est la clarté-vacuité.

6. Votre corps vous semble comme l'espace, et les apparences extérieures sont pareilles à un ciel sans nuages. Il s'agit toujours de la luminosité née d'elle-même, et vous vous libérez en la mêlant à cette expérience passée de vacuité-luminosité, la luminosité sans discursivité.

Les cinq signes extérieurs décrits sont la manifestation de la croissance des cinq souffles liés aux cinq éléments ; les signes intérieurs se manifestent comme des reflets consécutifs au mode d'émergence. Les signes secrets sont la luminosité sans élaborations, la concrétisation de l'émergence en mode naturel du Bouddha de la base, la présence spontanée de l'esprit même.

7. A présent, voici le septième crépuscule : dans le miroir d'une conscience bien plus limpide apparaissent les reflets des imprégnations et du karma. Puisque des perceptions plaisantes, douloureuses, etc., se manifestent comme des rêves, on appelle cela regarder dans le miroir du karma. A ce moment-là, par le simple rappel que la luminosité précédente est libre des complications de l'union des apparences et de la vacuité, et celui des expériences méditatives des phases de création et de perfection, vous vous mêlerez un instant aux perceptions karmiques, puis, comme le lever de lune ou l'arc-en-ciel, dans un état où vous vous manifestez comme votre déité Yidam de méditation semblable à une illusion magique, vous reconnaîtrez que tous les sons entendus sont comme un écho, que toutes les pensées discursives que vous créez sont tel un rêve, et, réalisant qu'il s'agit de la Sagesse de la félicité, de la clarté et de l'absence de discursivité, vous vous éveillerez pleinement. Pour de tels moments, il existe deux méthodes libératrices : la libération par la force d'autrui et la libération par sa propre force.

La libération par la force d'autrui

La première est la libération grâce à la compassion d'êtres tels que le grand maître Padmasambhava. Tout comme le lotus s'épanouit sous l'influence du soleil, il vous suffit de vous rappeler les prières que, empli de dévotion, vous avez adressées autrefois à vos maîtres et à votre déité Yidam pour que ceux-ci, vous voyant de leur œil divin, vous libèrent par le pouvoir de leur compassion.

La libération par sa propre force

Il y a quatre libérations par sa propre force : la libération par la force de réalisation de la vue, la libération par la force d'habituation de la méditation, la libération par la force de la conscience de l'action et la libération par la force de l'émergence du fruit.

a) Vous vous libérez en vous rappelant simplement à cet instant qu'autrefois, lors du bardo qui s'étend de la naissance à la mort, vous aviez reconnu que les perceptions et l'esprit ont pour nature le vide.

b) Vous vous libérez en vous mêlant simplement à rigpa qui émerge à ce moment précis où vous êtes habitué aux sagesses de la félicité, de la clarté et de la non-discursivité, habitude acquise jadis dans la méditation de limpidité et de luminosité.

c) En vous rappelant simplement avec précision les moments où vous vous êtes jadis exercé à l'action de Samantabhadra, lorsque vous agissiez sans adoption ni rejet face à ce qui émerge comme une illusion magique, vous reconnaissez que toutes vos perceptions du bardo, telles des illusions oniriques, n'ont aucune réalité. Ce que réalisant, dans l'indistinction de l'adoption et du rejet, vous êtes un Abhisambuddha.

d) En vous rappelant simplement à cet instant votre ancienne connaissance de la terre d'extinction primordiale, lorsque vous aviez acquis la certitude de la grande présence spontanée du rigpa naturellement libre, vous détruisez toute modification artificielle et tout antidote et, en les dépassant au sein de la Grande Perfection de la base, vous vous libérez directement et instantanément dans la base primordiale. C'est l'éveil manifeste.

Ainsi ces sept jours qui apparaissent d'eux-mêmes sont les sept formes de devenir et on appelle ceci dépasser complètement les sept devenirs, selon le tantra tout peut se rapporter aux sept devenirs. En outre, il sera très facile pour ceux de capacité moyenne habitués dès à présent à la pratique de se libérer à ce point. Par exemple, lorsque avec le jour qui se lève les rêves prennent fin, vous reconnaissez que tout ce que vous avez rêvé de terrifiant durant la nuit n'était qu'un rêve et cela suffit à vous en libérer instantanément. Par ailleurs, la conscience du présent passant par les sept stades, ceux-ci se manifestent au cours des rêves, et, la conscience grossière ayant cessé, la Sagesse s'élève de la base universelle. De ce fait, elle est comme la manifestation d'un reflet dans un miroir. Le rêve passant à son tour par les sept stades, il se manifeste comme un bardo et, puisque le corps et la conscience se séparent, il n'y a plus de lien entre la matière et le corps illusoire. Cette conscience issue de la base universelle s'accroît, et les objets variés de vos propres perceptions se manifestent à cause des comportements liés aux tendances habituelles du passé. Aussi, l'entrée dans l'existence est-elle pareillement mêlée d'ignorance, de désir et de colère. A ce moment-là, puisque vous n'avez plus aucun attachement ni aucune colère vis-à-vis de quelque phénomène que ce soit, vous reconnaissez que votre esprit n'a pas d'origine, grâce à quoi vous libérez votre esprit et n'entrez plus dans le samsara. Ainsi, le mode naturel de la base, ou terre d'extinction, ou encore mode naturel primordial ou nature de l'esprit, l'espace de la luminosité d'une absolue pureté naturelle est véritablement la conscience au présent sans corrections ni altérations. Il en résulte que vous reconnaissez pleinement votre vraie nature au niveau même de la base, ce que l'on appelle libération dans la terre de Samantabhadra. Autrement, vous reconnaissez l'irréalité de vos perceptions des six classes d'êtres, ou vous les stoppez au moyen des phases de création et de perfection, ou encore vous choisissez une matrice humaine ou divine. Quant à ceux qui souhaitent les champs purs, ils choisissent les conseils qui vont venir. Ceci clôt l'exposé des conseils sur la luminosité, qui libèrent durant les bardos.

Les conseils sur le transfert de conscience, qui libèrent dans la vie suivante

Vous imaginant sous la forme de quelque déité Yidam qui vous convienne, visualisez votre propre esprit dans votre cœur comme une sphère quinticolore. En prononçant vingt et une fois « HIK ! », projetez-le par le trou de Brahma dans l'un des Champs purs des cinq familles tels que celui d'Akanishtha, jusque dans le cœur d'un Bouddha comme Vairocana, et souhaitez avec dévotion qu'il s'y mêle sans retour. Entraînez-vous ainsi pendant trois jours, et l'orifice au sommet de votre tête gonflera puis s'ouvrira. Vous entraînant ainsi tous les mois, vous penserez, chaque jour, que vous transférez votre conscience d'arc-en-ciel dans ce champ pur, sans toutefois prononcer le son HIK. Quand vous aurez de la sorte acquis la maîtrise de la pratique, vous renaîtrez dans la vie suivante dans un champ pur de Bouddha, où vous gagnerez la parfaite bouddhéité manifeste.


LE FRUIT OU LA REALISATION ULTIME


RÉALISATION DES VOIES, ÉTAPES ET VISIONS DE DZOGPA CHENPO

note de Tulku Thondup

La pratique du dzogpa chenpo parfait les voies et étapes de réalisation des pratiques soutriques et tantriques ordinaires. Ce qui suit sont des extraits des Choying Rinpoche'i Dzod , Namkha Longchen, Tshigdom Dzod, Semnyid Rangtrol et Namkha Longsal. Dans ces passages Longchen Rabjam explique les accomplissements de la réalisation de l'esprit illuminé (Byang-Ch'ub Sems) et des quatre visions ou réalisations (sNang-Ba) obtenues par la pratique de thregchod et thodgal. Quatre visions est un terme technique pour les niveaux de réalisation dans le dzogpa chenpo. Longchen Rabjam compare l'esprit illuminé et les quatre visions du dzogpa chenpo avec la réalisation des cinq voies, les perfections des trente-sept aspects de l'illumination et les corps de bouddha tels qu'ils sont expliqués dans les écrits ordinaires bouddhistes.

TOUS LES YANAS SONT INCLUS DANS L'ESPRIT ILLUMINÉ DU DZOGPA CHENPO

Dans le Choying Rinpoche'i Dzod, Longchen Rabjam affirme que le sens des enseignements et les réalisations de l'ensemble des neuf yanas sont compris dans l'esprit illuminé (Byang-Ch'ub Sems), la réalisation du sens du dzogpa chenpo.

Longchen Rabjam :

Les enseignements des yanas des auditeurs, bouddhas pour soi et bodhisattvas sont identiques en ce sens qu'en affirmant la non-existence du soi d'une personne et du soi des phénomènes, on réalise la liberté d'élaborations, identique à l'espace. D'après les enseignements du suprêmement secret et grand yoga, l'ati, dans l'immensité, pareille à l'espace, dépourvue de distinctions entre soi et les autres on conserve naturellement la sagesse consciente d'elle-même, telle qu'elle est. Ainsi toutes les réalisations de ces yanas sont comprises dans cette essence suprême l'esprit illuminé. Les trois classes du tantra externe, kriya, upa (ou carya) et yoga sont identiques en ce sens qu'au moyen de l'ainsité, déité et d'offrande de nuages de contemplation, on réalise l'accomplissement des purifications des trois portes. En cet enseignement roi, secret, sommet du vajra, les perceptions, sons et pensées sont purs ; elles sont déités depuis le commencement et c'est l'accomplissement de la perfection des trois portes. Ainsi la réalisation de ces yanas est comprise dans cette essence suprême. Maha, anu et ati s'accordent, aussi, sur le fait qu'en réalisant le monde et les êtres de l'existence phénoménale comme les déités masculines et féminines de leurs terres pures, et qu'en pratiquant l'indivisibilité de la sagesse primordiale et de la sphère ultime, on réalise la nature ultime immuable, la sagesse primordiale apparaissant d'elle-même. Dans ce secret le plus suprême, tout est primordialement parfait en tant que demeure incréée, la terre pure de l'espace primordial de félicité, qui n'a ni division externe ou interne, et est omniprésent et tout pénétrant. Il n'y a aucun élément caractéristique qui doive être accepté ou rejeté. Tous sont libérés dans l'origine infinie de l'étendue du dharmakaya. Ainsi toutes les réalisations de ces yanas sont comprises dans cette grande essence secrète.

note de Tulku Thondup

LES RÉALISATIONS DES QUATRE VISIONS, VOIES ET ÉTAPES DE THOGDAL

Dans le passage suivant du Namkha Longchen, Longchen Rabjam décrit les quatre niveaux de réalisation atteints par la pratique de Thodgal :

Longchen Rabjam :

En progressant dans les expériences de cette méditation, on réalise les quatre niveaux de visions (sNang-Ba).

(1) D'abord, dans la vision de la réalisation directe de la nature ultime (Ch'os-Nyid mNgon-Sum), on finalise les expériences de réalisations équivalant celles de la voie des accumulations. On devient naturellement libre des attachements aux corps, sensations, esprit et phénomènes (c.-à-d. Dran-Pa Nyerb-Zhag-bZhi). Les vertus augmentent en soi et de ce fait les non-vertus diminuent spontanément (c.-à-d. Yang-Dag sPong-Ba bZhi). Et en finalisant les contemplations on réalise presciences et miracles (c.-à-d. rûzu- 'Phrul rKang-bZhi).

(2) Ensuite dans la vision de l'augmentation des expériences (c.-à-d. Nyams-sNan Gong- 'Phel), similaire à la voie de l'application, on réalise les cinq aptitudes (dBang-Po INga) : foi, diligence, conscience, contemplation et sagesse. Et on réalise aussi les cinq grandes forces (sTobs-1Nga), les antidotes qui éliminent les aspects de souillures. On n'a ni poux ni lentes et nos rêves sont purs. La renaissance dans les dimensions inférieures s'interrompt et nos paroles de vérité se réalisent.

(3) Ensuite dans la vision de perfection de la conscience intrinsèque (Rig-Pa Tshad-Phebs), dans ses étapes de début, milieu et finale, on réalise les voies de la vision et la méditation jusqu'à la huitième étape. La vision des terres pures, contemplations, miracles et ainsi de suite augmente et on réalise les vertus de la nature essentielle (Khams). On parfait les sept branches de l'illumination, (c.-à-d. Byang-Ch'ub Kyi Lam Yan-Lag bDun).

(4) On réalise ensuite la vision de la cessation dans la nature ultime (Ch'os-Nyid Zad-Pa). Parce que dans les trois étapes pures de la huitième à la dixième les hôtes des souillures conceptuelles sont manifestement épuisés et les corps grossiers et perceptions erronées aussi, cette vision est appelée la dissolution. Cette vision est la grande sagesse intrinsèque lumineuse, dans laquelle l'esprit (la conscience), les appréhensions (les consciences des cinq portes des sens) et les concepts (la conscience de la base universelle) sont dissous. On réalise le contrôle sur la sagesse d'absence de pensée, les terres pures, le corps illusoire de sagesse primordiale et les éléments vertueux des activités illuminées.

note de Tulku Thondup

LES RÉALISATIONS DES QUATRE VISIONS ET DES DIX ÉTAPES

Se basant lui-même sur les tantras, Longchen Rabjam écrit, dans le Tshigdon Drod, que dans les quatre visions les réalisations des étapes sont incarnées.

Longchen Rabjam :

Les dix étapes incarnent la réalisation des quatre visions du Dzogpa Chenpo ... Lorsque la personne qui a été introduite au préalable à la réalisation réalise la vérité, la montée de la joie en elle est la réalisation de la joyeuse, la première étape. La reconnaissance de la réalisation de la vérité en tant que visions intérieures est la réalisation de la pure, la seconde étape. En acquérir de l'expérience est la réalisation de la productrice de lumière, la troisième étape. Avoir des visions de lumières est la réalisation de la rayonnante, la quatrième étape. Après avoir acquis de l'expérience dans la vue de la lumière de la sagesse primordiale et avoir purifié, naturellement, toutes les souillures émotionnelles, voir la sagesse primordiale est la réalisation de l'invincible, la cinquième étape. Rendre effectif ou voir, directement, les corps de lumière est la réalisation de l'actualisation, la sixième étape. Après avoir parfait les expériences, s'éloigner loin des souillures émotionnelles est la réalisation de l'éloignement, la septième étape. Après avoir totalement parfait les vertus des visions, l'absence de mouvement des pensées est la réalisation de l'inébranlable, la huitième étape. Voir le mandala dans sa totalité, les bouddhas et les champs de bouddha, est la réalisation de l'excellente sagesse, la neuvième étape. En maintenant nos sens dans les visions de la sagesse primordiale, les visions apparaissent naturellement ; ensuite, voir tous les existants phénoménaux comme des nuages est la réalisation du nuage du dharma, la dixième étape.

note de Tulku Thondup

LES REALISATIONS DE LA VOIE DES QUATRE VISIONS DANS THREGCHOD

Généralement, les quatre visions résultent de la pratique de thodgal. Mais d'après Longchen Rabjam, thregchod propose aussi un système pour réaliser les quatre visions. Ainsi, par la pratique de thregchod, on parfait aussi de la sorte les quatre visions ainsi que la réalisation des cinq voies et dix étapes. Longchen Rabjam en fait le résumé dans le Semnyid Rangtrol.

Longchen Rabjam :

(1) Les karmas vertueux accumulés précédemment, la bonté du gourou et l'habileté dans les moyens : ces causes interdépendantes étant réunies, la conscience apparaissant d'elle-même, sans entraves, libre et simple, qui est non-appréhension dès l'apparition, est réalisée directement. C'est la grande vision de la réalisation directe de la dharmata.

(2) En ayant la certitude que toutes les imputations externes et internes sont la dharmata, quoi qu'il apparaisse, rien ne sera à rejeter, accepter, modifier ou transformer, tout apparaîtra seulement en tant qu'exercice de la réalisation. Ensuite, lorsque ces expériences auront augmenté, on sera capable d'inverser, sur la voie, les circonstances défavorables des affirmations et négations des existants intérieurs et extérieurs. Par 1'apparition de la réalisation la libération sera atteinte et en y demeurant, la félicité sera consommée. En acquérant de l'expérience,les yeux, prescience, miracles et ainsi de suite, les différentes vertus de la conscience intrinsèque apparaissent. Elles sont ensuite identifiées comme vision de l'augmentation des expériences.

(3) En développant plus profondément les expériences, la conscience intrinsèque devient clarté, vacuité et sagesse primordiale nue, dans laquelle il n'y a ni torpeur et exaltation, ni instabilité et stabilité. Il n'y a pas de différence entre méditation et post-méditation, mais c'est toujours incessant comme une rivière. Lorsqu'un tel niveau extraordinaire de vertu est atteint, c'est la réalisation de la vision de la perfection de la conscience intrinsèque.

(4) Lorsqu'on ne sort plus jamais de cet état, on devient libre des conceptualisations de l'appréhension des caractéristiques et on transcende les objets d'attachement, les objets à abandonner et leurs antidotes et tout est simultanément parfait et libre d'appréhensions délibérées. L'attachement aux existants externes et internes est épuisé, puis c'est la réalisation de la vision de la dissolution dans la dharmata. Ensuite, en parachevant la conscience intrinsèque dans les quatre visions, les corps formels se dissolvent dans la dharmata, et on réalise la libération en transcendant les apparitions et appréhensions vides, c'est la réalisation de la permanence dans l'état primordial.

note de Tulku Thondup

RÉALISATION DE THREGCHOD ET THODGAL

Comme la pratique de l'union de la sphère ultime et de la conscience intrinsèque, par la pratique de thregchod et thodgal sans séparation, est le dzogpa chenpo, les quatre visions sont la réalisation du dzogpa chenpo, à la fois de thregchod et thodgal. Longchen Rabjam le décrit dans le Namkha Longsal.

Longchen Rabjam :

Les apparitions de clarté sont la sagesse primordiale de thodgal et la paix présente d'elle-même libre de projection et de post-méditation est la vacuité spontanément accomplie de thregchod. L'aspect de cessation de l'esprit est le thregchod. La clarté intérieure spontanément accomplie est le thodgal. L'union des deux, la sagesse intrinsèque apparaissant d'elle-même, .est la voie secrète du nyinthig (l'essence la plus intérieure). Une fois toutes les élaborations complètement pacifiées, à cet instant, la sagesse intrinsèque consciente d'elle-même surgira naturellement. … Ceux qui s'attachent à thregchod ou à thodgal séparément et pratiquent en conséquence, ressemblent à un aveugle examinant des formes. Ils n'ont pas compris le sens de la sphère ultime et la conscience intrinsèque. Ce sont les amis des bourricots. En accumulant les expériences de la nature ultime, la suprême absorption lumineuse, la réalisation de l'universel suprême (rNam-Kun mCh'og Dan), on parfait les quatre visions, la réalisation directe de la nature ultime, l'augmentation des expériences, la perfection de la conscience intrinsèque et la dissolution dans la dharmata, on réalise la nature primordiale.

note de Tulku Thondup

RÉALISATION DU RÉSULTAT FINAL

Après avoir parfait la voie du dzogpa chenpo, on réalise la sphère ultime et obtient les trois corps. Longchen écrit ce qui suit dans le Namkha Longchen.

Longchen Rabjam :

C'est la voie de la libération, la perfection du résultat : quand on a épuisé la voie de la pratique et les objets à abandonner, notre esprit, les évènements mentaux et leur base, sont totalement épuisée dans la sphère ultime.

Puis, comme des nuages dévoilant le soleil dans le ciel, de la sphère du corps ultime, on manifeste le mandala des corps formels dans la nature de la luminosité. À ce moment, dans le ciel de la sphère ultime, la vacuité dépourvue de conceptualisations, brille le corps de félicité, luminescent et doté des signes majeurs et des marques mineures. C'est la réalisation de l'illumination, la nature illuminée. C'est la perfection des vertus du corps ultime : les dix pouvoirs, quatre absences de peur et dix-huit vertus non communes.

Les vertus du corps manifesté : la compassion inconcevable, les vertus accomplies spontanément et les connaissances de la vue des vérités absolue et relative. Ainsi, c'est la perfection des vertus de bouddha pareilles à l'océan. À partir de cet état, les projections pour le monde des êtres à éduquer, les inépuisables manifestations sous différentes formes, apparaissent pour tous, comme le reflet de la lune dans l'eau. Dû aux causes interdépendantes du karma des pratiquants et de la force des bénédictions des êtres illuminés, ils apparaissent de manière appropriée.


ACCOMPLISSEMENTS DE LA REALISATION AU MOMENT DE LA MORT

Notes de Tulku Thondup

Puisque la mort est l'aspect le plus important de la vie, j'aimerai proposer d'autres considérations sur la mort provenant des écritures. Généralement, la vie est une chaine de naissances et de morts dans la mesure où chaque moment de la vie est la naissance d'un nouveau moment et la mort d'un moment précédent. Mais conventionnellement, la naissance fait référence au commencement d'une vie et la mort en est la fin. Puisque nous sommes déjà nés dans cette vie, pour nous, la chose importante que nous devons traiter est la mort. D'après le bouddhisme, même pour une personne non réalisée, si on peut réagir de façon appropriée dans les circonstances du moment de la mort, notre prochaine renaissance résultera en une vie plaisante, puisque tout fonctionne en regard de causes interdépendantes. Un pratiquant du dzogpa chenpo accompli peut réaliser les accomplissements au moment de la mort, de l'état intermédiaire ou dans la prochaine renaissance. Les méditants accomplis du dzogpa chenpo sont les plus merveilleux pratiquants du Tibet, parce qu'ils meurent en montrant les signes extraordinaires de réalisation de l'illumination décrits dans les écritures. Ils montrent de nombreux signes de réalisation en résultat de l'apprentissage qu'ils ont poursuivi.

Kunkhyen Jigmed Lingpa résume la signification des signes, en deux catégories : « Comme résultat de la rapidité de l'obtention de la libération, il y a deux sortes de réalisation à la mort. (a) Dans le dzogpa chenpo, afin de réaliser la cessation de la souffrance, la nature primordiale et la cité de la paix secrète, on dissout les éléments contaminés du corps mortel. Le résultat s'appelle le pleinement illuminé (samyaksambuddha). (b) La mort avec l'apparition de cinq signes : les lumières, les sons, les images de déités pacifiques et courroucées dans les os, gDung de différentes couleurs et indestructibles (Les blanches sont de la taille d'un pois, et les colorées varient de la taille d'un pois à celle d'une graine de moutarde. Les Ring-bSrel sont blanches, destructibles et varient de la taille d'une graine de sésame à celle d'un atome.) et les tremblements de terre. Cela s'appelle la réalisation de l'illumination manifeste (mNgon-Par Sangs-rGyas-Pa, abhibuddha). »

Jigmed Tenpa'i Nyima explique les différences entre la base et le résultat : « Si on ne reconnaît pas l'unique esprit naturel lumineux, c'est la base de l'illusion. Si on le réalise et le stabilise, c'est l'état de libération. Le premier cas est la base et le second le résultat. L'Omniscient (Longchen Rabjam) a rejeté l'interprétation qu'ils sont identiques. Pour la base, une complète absorption lumineuse apparaît à chaque instant de la mort, mais en ne le réalisant pas on retourne aux mouvements illusoires (Yo-Lang) de l'appréhendé et de celui qui appréhende. Lorsqu'on atteint le résultat, parce qu'on a réalisé sa véritable essence, on ne retournera pas à l'illusion. Telle est la différence entre la base et le résultat. »

Le signe le plus exceptionnel du dzogpa chenpo à la mort est la dissolution ou transformation du corps mortel. Comme il a été dit précédemment, il y a deux formes principales de dissolution du corps mortel : la réalisation de la dissolution des atomes ou particules les plus subtiles (dissolution totale) du corps mortel, connue communément pour être la réalisation du corps d'arc-en-ciel ('Ja-Lus), à travers l'apprentissage de thregchod (trancher la rigidité) et la réalisation du corps de lumière (A'od-Lus) ou de grande transformation ('Pho-Ba Ch 'en-Po) à travers l'apprentissage de thodgal (l'approche directe). Longchen Rabjam distingue ces deux réalisations :

« La cessation (ou dissolution) des éléments au moment de la perfection de la réalisation du sens de la pureté primordiale (Ka-Dag) à travers l'apprentissage de thregchod, et l'épuisement des éléments par le parachèvement de l'accomplissement spontané à travers l'apprentissage de thodgal sont seulement similaires dans le fait d'avoir purifié les éléments grossiers internes et externes. Mais dans thregchod, au moment précis de la dissolution des particules indissociables, on atteint la libération dans la pureté primordiale et il n'y a pas de manifestation du corps de lumière. Dans thodgal, avec la réalisation du corps de lumière, on accomplit le corps de grande transformation. Ainsi, leur différence réside dans le fait d'avoir, ou pas, le corps de lumière, et non dans la réalisation de la libération dans l'état de pureté primordiale. »

Néanmoins, certains tantras du dzogpa chenpo distinguent quatre formes de dissolution. Le tantra Nyida Khajor (NyiZia Kha-sByor) dit : « (1) La façon de mourir des dakinis, (2) La façon de mourir des détenteurs de connaissance, (3) L'auto-consumation comme par un feu, et (4) Invisible comme l'espace. Dans toutes, ils font disparaître leurs éléments mortels du corps, deviennent invisibles et ne prennent aucune autre forme élémentaire. Voilà ce dont le suprême yogi jouit. »

Kunkhyen Jigmed Lingpa développe les quatre façons de dissoudre :

« Dans la suprême façon de mourir, on dissout son corps mortel de deux façons : Dans tregchod on dissout le corps tel qu'il est dit, comme l'espace et à la façon de mourir des dakinis. Dans thodgal on dissout le corps, tel qu'il est dit, comme le feu et à la façon de mourir des détenteurs de connaissance. Ce sont les quatre façons de mourir d'un yogi du dzogpa chenpo accompli. »

« (1) Après avoir purifié jusqu'aux plus petites souillures de l'air/énergie et de l'esprit qui obstruent la sphère ultime, on réalise la disparition des phénomènes dans la sphère ultime intérieure (Nang-dByings), et de ce fait, le corps extérieur se décompose en atomes dissolution totale. A cet instant précis, l'ainsité de notre conscience intrinsèque, qui était située dans le corps mortel, s'unit à la sphère ultime naturelle (Rang-bZhin Ch'os-Kyi dByings), comme l'espace d'un vase se mélange avec l'espace extérieur quand le vase est cassé. Puis, après avoir uni la sphère ultime et la conscience intrinsèque dans l'état de pureté de l'égalité sans séparation, on devient illuminé ....

(2) C'est l'union des corps, base et conscience intrinsèque, ce qui est basé. Les atomes du corps des disciples du dzogpa chenpo sont présents à un moment mais le moment suivant ils se dissolvent dans l'invisible nature. A cet instant précis, la conscience intrinsèque se dissout, sans retour, dans la sphère ultime, comme une flèche lancée par un archer habile. C'est identique à la façon de mourir des dakinis ou des êtres nés miraculeusement, leur corps devient soudainement invisible. Comme il est dit précédemment, c'est similaire à la manière par laquelle Pang Sangyé Gonpo (sPang Sangs-rGyas mGon-Po), un disciple direct de Vairocana, mourut à Tragmar Gon (Brag-dMar dGon) de Tod Khung-rong (sTod Khung-Rong), et par laquelle trois disciples de leur lignée moururent, l'un après l'autre, à Wa Sengé Trag (Wa Seng-Ge Brag), la même année du serpent.

(3) La façon de dissoudre la conscience intrinsèque après avoir purifié les souillures de l'air/énergie et de l'esprit, de même que la dissolution de la sphère ultime, l'endroit où on réalise la libération, sont identiques comme dans les deux premiers cas. Mais dans le cas présent, comme les éléments intérieurs ont disparus, le corps physique mortel se dissout dans un corps de lumière (' od-Phung). C'est comme lorsque tout le combustible d'un feu est consumé, il n'y a plus de combustible pour que le feu continue de bruler. Par exemple, deux disciples de Kyergom Zhigpo (dGyer-sGom Zhig-Po) réalisèrent les corps de lumière et disparurent dans le ciel à la grotte de Dotshen (rDo-mTshan).

(4) On dissout son corps mortel créé par la maturation du karma et des habituations dans le corps de lumière et on devient visible aux autres êtres afin de les conduire vers la doctrine. C'est comme la progression des détenteurs de connaissance d'une étape à l'autre, ils voyagent dans le ciel, avec des sons et des lumières, vers d'autres champs de bouddhas et servent les besoins des autres. C'est comme Chetsun Sengé Wang-chug (IChe-bTshun Seng-Ge dBangPhyug, XIe-XIIe siècle), le seigneur des yogis, dont le corps mortel s'est dissout dans le corps de lumière, accompagné de lumières et de sons, dans le ciel à Oyug Chikong ('o-Yug Phyi-Gong). »

Le corps des méditants du dzogpa chenpo possédant encore des résidus de maturations karmiques ne se dissolvent pas à la mort, et il en est dont les accomplissements sont complètements parfaits, mais qui, au lieu de dissoudre leurs corps mortels, les abandonnent avec des gDung et Ringsel (reliques) comme objets de dévotion pour les dévots. Quelques adeptes du dzogpa chenpo laissent aussi leur corps avec ou sans signe en fonction de différentes circonstances ou objectifs. Sogpo Tentar dit :

« Même si un adepte du dzogpa chenpo possède la capacité de dissoudre le corps mortel grâce à sa réalisation de la vue et de la méditation, il n'épuise pas ses énergies karmiques en restant sous la forme mortelle mais accepte la responsabilité de la roue des activités pour le bien de la doctrine et des êtres. Même si dans le but d'aider les êtres avec les restes de leurs gDung et Ring-sel, ils réalisent les accomplissements à la manière de l'état des détenteurs de connaissance avec résidus (rNam-sMin Rig'Dzin). C'est comme Jigmed Thrinlé Odzer Palbar ['JigsMed Phrin-Las A'od-Zer dPal- 'Bar, 1745-1821, le premier Dodrup Chen], notre refuge suprême, le seigneur des sages et maître des cent familles de bouddha, et manifestation illusoire du bouddha primordial Samantabhadra dans la perception des disciples. »

Une façon moins extraordinaire d'atteindre la mort pour un méditant du dzogpa chenpo est décrite par Sogpo Tentar comme ayant quatre signes :

« Même si certains méditants dzogpa chenpo réalisés n'ont pu atteindre l'épuisement des quatre éléments, s'ils ont réalisés le sens de l'ainsité et purifiés leurs attachements aux objets, ils ne seront pas tenaillés par des obsessions mondaines ('Jig-rTen mThun- 'Jug). Ils ne compteront pas sur les médecins, divinations ou prières s'ils sont malades, et ne s'appuieront pas sur les cérémonies mortuaires hebdomadaires, etc., au moment de leur mort. Ils possèdent quatre signes : Comme un cerf, ils apprécient la solitude là où les hommes ne viennent pas, comme un lion qui n'a peur de personne, ils n'ont pas peur de la mort, comme un mendiant, même s'ils meurent dans la rue, ils ne sont pas attristés et, comme un enfant, ils ne se préoccupent ni de la mort ni de la vie. »

La pratique

Lochen Dharmashri résume :

« En elle les pratiquants se réjouissent de tous les phénomènes sans distinction entre abandon ou acceptation, dans la mesure où tout ce qui surgit apparaît comme le jeu (Rol-Ba) de la nature ultime. »

Le résultat

Lochen Dharmashri résume :

« C'est la perfection d'être dans l'état de bonté universelle spontanément parfaite (Kun-Tu bZang-Po) du moment présent précis. Grâce à la perfection de la quadruple confiance en cela, on réalise la libération du samsara dans le nirvana. »

Ce qui suit est un résumé du Yeshey Lama sur la quadruple confiance :

« La quadruple confiance est (a) la confiance de n'avoir aucune peur de l'enfer sachant que tout est illusion, (b) n'avoir aucune attente de résultats karmiques puisque le samsara est non-existant, (c) n'avoir aucun espoir de réalisation parce qu'il n'y a pas d'existence véritable du nirvana, et (d) ne pas avoir de joie, mais plutôt de l'équanimité concernant les vertus de la bouddhéité, puisqu'on a atteint l'état naturel. »

Mipham Namgyal écrit :

« C'est la présence en soi, de la nature de la conscience intrinsèque, l'essence de l'esprit illuminé, qui est inséparable du seigneur omniprésent, la bonté universelle (Kun-Tu bZang-Po), l'état de sublime sagesse primordiale. Après avoir purifié toutes les obstructions inopinées, cette réalisation est la perfection de la purification et de la réalisation, et est libre des changements de décroissance ou de croissance. »

Jigmed Lingpa écrit :

« Ainsi, après avoir réalisé les caractéristiques de la base et la voie, on parfait le résultat, les cinq corps de bouddha [le corps vajra immuable (Mi- 'Gyur rDorJe), le corps parfaitement illuminé (mNgon-Par Byang-Ch'ub), le corps ultime pacifique (Zhi-Ba Ch 'os-sKu), le corps de félicité (Longs-sPyod rDzogs-sKu) et le corps manifesté de différentes manières (Chir-Yang sPru/Pa'i sKu)] et la quintuple sagesse primordiale. Ces résultats ne viennent pas d'autres sources, mais sont la purification des souillures de la base universelle, et la pacification de l'esprit et des évènements mentaux dans la sphère ultime. En cela, la sagesse primordiale semblable au soleil, totalement pure, de la cause substantielle des huit consciences semblable aux nuages (Nyer-Len), les appréhensions des phénomènes connaissables des habituations de l'attachement à un soi, sont les apparitions de la base surgissant de la base, et qui jaillissent en tant que clarté naturelle, libres de voiles. »


LES CORPS DE BOUDDHA ET LES SAGESSES PRIMORDIALES DANS LE DZOGPA CHENPO

note de Tulku Thondup
Cette section est une traduction abrégée expliquant la bouddhéité présentée dans le onzième chapitre du Tshigdon Dzod, intitulé « Les étapes de perfection des résultats ». Dans cette section Longchen Rabjarn explique la division en trois corps de bouddha et les sagesses primordiales des trois corps de bouddha d'après le dzogpa chenpo.

Longchen Rabjam :

Quand la conscience intrinsèque est libérée de toutes les souillures fortuites, on réalise le corps ultime naturellement pur (dharmakaya) et on atteint la sphère ultime, l'union des corps de bouddha et des sagesses primordiales. Ensuite, sans se départir du corps ultime, on se manifeste en tant que lampes pour tout ce qui existe, s'étendant dans toutes les directions, et on satisfait aux bienfaits duels sous la forme des corps de bouddha, le corps de félicité (sambhogakaya) et le corps manifesté (nirmanakaya), grâce à l'esprit d'illumination [la compassion]. C'est le résultat ultime de cette voie de pratique. Cette illumination nous dote d'infinies qualités, mais peut être brièvement expliquée en deux catégories : (a) l'essence (Ngo-Bo) des corps de bouddha, la demeure de la réalisation de l'illumination, semblable à l'océan, et (b) la nature (Rang-bZhin) de la sagesse de la conscience, la bannière de victoire des joyaux qui exaucent les souhaits. ...

LES TROIS CORPS DE BOUDDHA

L'essence des corps de bouddha est le fait d'être la base ou corps de vertus des bouddhas. L'essence du corps ultime est la grande pureté depuis son origine, du fait d'être libre de conceptions et d'expressions. L'essence du corps de félicité est la grande spontanéité du fait d'être la clarté intérieure libre des extrêmes des concepts. L'essence du corps manifesté est la compassion [énergie] parce qu'il est la base de l'apparition des manifestations appropriées.

Les caractéristiques (mTshan-Nyid) : Les deux puretés ultimes (Dag-Pa), fonctionnant en tant que corps des bouddhas, sont les caractéristiques générales des corps de bouddha. Concernant les caractéristiques individuelles des corps de bouddha, il est dit dans le Tsaldzog (Seng-Ge rTsal-rDzogs) tantra : « L'inconcevable est la caractéristique du corps ultime. La clarté sans concepts est la caractéristique du corps de félicité. La manifestation sous différentes formes est la caractéristique du corps manifesté. »

Leur façon d'être présent (bZhugs-Tshul) : Le corps ultime est présent dépourvu de caractéristiques, comme l'espace. Le corps de félicité est présent dépourvu de forme mortelle, comme un arc-en-ciel. Le corps manifesté est présent sous des formes indéfinies et variées, comme le jeu des illusions.

Le champ de bouddha (Zhing-Khams) : Le champ de bouddha du corps ultime est pureté depuis l'origine, libre de concepts. Le champ de bouddha du corps de félicité est clarté des cinq corps de bouddha et des sagesses primordiales. Le champ de bouddha du corps manifesté est l'apparition, à travers l'étendue de l'espace, des êtres qui en ont les qualités, sous la forme du monde et des êtres.

Les êtres qui en ont les qualités ou disciples (gDul-Bya) : Le disciple du corps ultime, l'essence pure par elle-même, est la conscience intrinsèque qui transcende mouvements et efforts. Le disciple du corps de félicité est l'apparition spontanée d'assemblées de maîtres et de disciples. Le disciple du corps manifesté est l'être ordinaire des six dimensions.

Les activités (Byed-Las) : Après avoir parfait l'objectif pour soi-même dans le corps ultime, sans s'en départir et en restant dans l'état de la sphère ultime, on apparaît à autrui sous la forme des corps de bouddha, et on satisfait à l'accomplissement de bienfaits duels, jusqu'à la fin du samsara, en faisant progresser les êtres [ou jusqu'à l'objectif]. ... Les bienfaits pour autrui sont satisfaits sans que l'on s'éloigne de la sphère ultime, comme la lune-eau [le reflet de la lune sur l'eau]. ...

La perfection de la confiance (gDengs-Tshad) : C'est la réalisation des trois corps de bouddha en finalisant les vertus d'abandon et de réalisation. De même que l'accomplissement des souhaits est la perfection d'un joyau qui exauce les souhaits. La qualité consistant à être immuable et libre de conceptualisations est la perfection du corps ultime. La clarté intérieure, la réalisation des marques majeures et mineures, est la perfection du corps de félicité. Satisfaire à la réalisation d'objectifs duels est la perfection du corps manifesté.

LA NATURE DE LA SAGESSE PRIMORDIALE DE CONSCIENCE INTRINSÈQUE

Elle a trois aspects : (a) L'essence (Ngo-Bo) de la sagesse primordiale de la conscience intrinsèque (Rig-Pa YeShes) : La conscience intrinsèque pareille au soleil demeure comme conscience intrinsèque omnisciente (mKhyen-Rig) primordialement et est dépourvue de tous les obscurcissements fortuits semblables aux nuages. De la sorte, elle est la vision de la sagesse primordiale immaculée et est présente en tant qu'essence des corps de bouddha. ... (b) L'aspect de la conscience primordiale (Ye) de savoir (mKhyen-Rig) est spontanément luminescente. Réaliser (Shes) directement cette conscience de savoir nous libère de tous les obscurcissements et fait fleurir le mandala de toutes les vertus. Ainsi, les corps de bouddha et les sagesses primordiales sont présents en union dans l'espace de la béatitude. (c) Division (dBye-Ba) : Il y a deux divisions de la sagesse primordiale, la générale et la spécifique.

La sagesse primordiale générale

Elle a trois aspects, la « sagesse primordiale à la base » du corps ultime (Ch'os-sKu gZhi gNas Kyi Ye-Shes), la « sagesse primordiale dotée de caractéristiques » du corps de félicité (Longs-sKu mTshan-Nyid 'Dzin-Pa'i Ye-Shes) et la « sagesse primordiale d'omniprésence » du corps manifesté (sPrul-sKu Kun-Khyab Kyi Ye-Shes). La sagesse primordiale du corps ultime est comme le disque du soleil et offre la base d'apparition pour les corps de félicité et manifesté, tels le soleil et ses rayons. La sagesse primordiale du corps de félicité est comme un miroir, elle laisse apparaître, clairement et sans confusion, les reflets de l'entière « sagesse primordiale dotée de caractéristiques ». La sagesse primordiale du corps manifesté est comme une lune-eau [ou reflet], elle apparaît de manière appropriée pour les réceptacles réceptifs [c.-à-d. les disciples]. …

Du corps ultime, la sagesse primordiale en la base demeure dans la nature de vacuité et clarté, la base d'apparition des corps de bouddha formels, et est identique à une boule de cristal présente telle qu'elle sans influences externes. De l'état de « sagesse primordiale en la base » rien ne se manifeste directement, excepté l'aspect consistant à fournir la sphère d'apparition à la « sagesse primordiale dotée de caractéristiques » du corps de félicité et à la « sagesse primordiale d'omniprésence » du corps manifesté.

Dans l'état de sagesse primordiale dotée de caractéristiques du corps de félicité, la « sagesse primordiale en la base » est simplement présente en tant que base d'apparition de la forme des corps de bouddha et la« sagesse primordiale d'omniprésence » rayonne simplement en tant que rayons. De la sorte ils sont directement présents. La nature de « la sagesse primordiale dotée de caractéristiques » est présente en tant que cinq lumières de couleurs surgissant de la boule de cristal.

Dans l'état de la sagesse primordiale du corps manifesté, « la sagesse primordiale en la base » n'est pas en dehors de la sphère ultime, tel le disque du soleil, et la « sagesse primordiale dotée de caractéristiques » réside dans le champ de bouddha du corps de félicité en tant que rayons et couleurs d'arc-en-ciel. De la sorte elles ne sont pas présentes de façon manifeste. La « sagesse primordiale omniprésente », comme un reflet de la lune apparaissant dans des récipients, surgit directement pour les disciples individuellement.

Ces divisions de la sagesse primordiale sont seulement faites, eu égard aux existants phénoménaux (Ch 'os), en relation avec leur façon d'apparaître. Concernant la nature des phénomènes (Ch 'os-Nyid), tous sont d'essence identique, qui transcende l'état d'être un ou séparés.

Les sagesses primordiales spécifiques des corps de bouddha

Au nombre de trois : les sagesses primordiales en la base du corps ultime, dotées des caractéristiques du corps de félicité et de l'omniprésence du corps manifesté.

La sagesse primordiale du corps ultime

Le corps ultime, la libération dans l'état libéré, est pur depuis l'origine et a un goût unique, comme l'espace. Il y a trois sagesses primordiales en lui : (a) la sagesse primordiale de l'essence originellement pure (Ngo-Bo Ka-Dag), qui transcende tous les concepts et expressions, comme une boule de cristal transparente, (b) la sagesse primordiale de la nature spontanément accomplie (Rang-bZhin Lhun-Grub), qui est uniquement la base du surgissement des vertus des apparitions, une clarté subtile sans substance, et (c) la sagesse primordiale de la compassion omniprésente (Thugs-rJe Kun-Khyab), simplement l'aspect de l'énergie (rTsal) de l'essence, qui est présente de manière incessante comme base d'apparition des deux formes de corps de bouddha et est l'aspect de sagesse conscience (ShesRig) qui n'analyse pas directement les objets.

Si le corps ultime avait des aspects grossiers, il tomberait dans les extrêmes des substances (dNgos-Po) et caractéristiques (mTshan-Ma) et ne serait pas tranquille de conceptualisations. S'il n'y avait pas la présence d'un aspect subtil de clarté profonde en tant que base d'apparition dans le corps ultime, il tomberait dans l'extrême du nihilisme comme l'espace. C'est la raison pour laquelle le corps ultime, contrairement à ces deux extrêmes, est une sagesse primordiale subtile, l'union de vacuité et clarté, présente à la base de l'apparition.

La sagesse primordiale du corps de félicité

C'est la sagesse primordiale dotée de caractéristiques, elle a cinq divisions :

1. La sagesse primordiale de la sphère ultime (Ch' osdByings). L'essence (Ngo-Bo) : C'est l'inséparabilité des trois aspects : (a) la vacuité, la sphère primordialement pure qui est la base de libération, (b) la clarté intérieure de la sagesse primordiale, la base de la lumière intérieure et (c) la sphère ultime de la sagesse du savoir.

2. La sagesse primordiale semblable au miroir (Me-Long lTa-Bu). L'essence : C'est la clarté, la sphère sans obstruction pour l'apparition des qualités de bouddha dans l'union de vacuité et clarté de la conscience intrinsèque.

3. La sagesse primordiale de l'équanimité (mNyam-Nyid). L'essence : C'est l'état d'égalité sans tomber dans les extrêmes de partialité et de dimensions. La cause de l'équanimité est la grande équanimité primordialement libérée dans la sphère ultime du samsara et nirvana. La condition de l'équanimité est de résider dans la grande équanimité des trois portes, corps, parole et esprit illuminés des bouddhas et de l'essence, nature et compassion [énergie] du corps ultime.

4. La sagesse primordiale discriminante (Sor-rTog). L'essence est la sagesse primordiale de discerner, directement et sans confusion, tous les phénomènes existants.

5. La sagesse primordiale de l'accomplissement des actions (Bya-Grub). L'essence : Après avoir réalisé l'objectif pour soi dans l'état de la conscience intrinsèque, elle remplit, sans effort, les besoins des autres, comme le joyau qui exauce les souhaits.

La sagesse primordiale du corps manifesté

C'est « la sagesse primordiale d'omniprésence » du corps manifesté, qui a deux aspects. Les corps manifestés qui apparaissent pour les autres, les êtres qui en ont les qualités, ne sont pas comme de simples êtres inanimés ou des reflets, mais sont manifestés spontanément à travers la double sagesse primordiale, pour la réalisation spontanée des objectifs des êtres. (a) La sagesse primordiale du savoir de l'ainsité des phénomènes tels qu'ils sont (Ji-ITa-Ba) est le savoir de la vérité absolue, l'essence des phénomènes sans erreur. Par elle, le bouddha enseigne aux pratiquants la nature absolue libre d'élaboration, apparition et cessation, comme l'espace. (b) La sagesse primordiale du savoir de la variété des phénomènes (Ji-sNyed-Pa) est le savoir de la vérité relative, les détails, sans confusion, de tous les phénomènes. Grâce à ces savoirs le bouddha enseigne les capacités (dBang-Po), éléments (Ch 'os), karma, voie de la pratique et ainsi de suite aux êtres qui en ont la capacité, sous la forme des huit exemples d'illusion.

1. Sagesse primordiale du savoir de l'ainsité (vérité absolue)

L'essence : C'est le savoir, sans erreur, de la manière dont les phénomènes sont présents dans leur vraie nature. La division : Elle a deux divisions : Ce sont la sagesse primordiale du savoir de l'ainsité, la nature des apparitions phénoménales, et la sagesse primordiale du savoir de l'ainsité, la nature vide de la nature absolue. Connaît-elle aussi la variété des apparitions ? Dans les apparitions il y a deux aspects, l'essence et la forme. Ce savoir connaît à la fois l'essence, l'ainsité et les formes, la variété. C'est comme percevoir le lys bleu (utpala) et ces détails tels que sa couleur bleue, etc.

2. La sagesse primordiale du savoir de la variété la (vérité relative)

L'essence : C'est le savoir de tous les détails des apparitions phénoménales, telles que les dispositions (khams) et inactivités (Bag-La-Nyal) des habitudes des êtres qui en ont les capacités. ... La division : Il y a deux aspects : Le savoir de tous les aspects des qualités pures des bouddhas, perceptibles par le corps manifesté et le savoir du complet aspect des éléments impurs des êtres mondains : le corps manifesté remplit spontanément les objectifs duels comme un joyau qui exauce les souhaits, jusqu'à ce que le samsara soit vidé.

C'est la raison pour laquelle, grâce à l'union inséparable des corps de bouddha et des sagesses primordiales, les bouddhas atteignent parfaitement leur objectif d'autonomie dans la sphère ultime et assument le bien être d'autrui, et c'est le résultat. Dans le Longtrugpa (Klong-Drug-Pa) il est dit : « À partir du corps ultime pareil à l'espace, apparaissent spontanément le corps de félicité comme les hôtes des étoiles et le corps manifesté pareil à un nuage. Ils se réunissent spontanément et produisent de bienfaits ininterrompus de lumière et pluie pour les êtres vivants. »


ACCOMPLISSEMENT DU RÉSULTAT, LES CORPS DE BOUDDHA ET LES SAGESSES PRIMORDIALES DE LA BOUDDHÉITÉ DANS LES SOUTRAS ET TANTRAS DU MAHAYANA

note de Tulku Thondup
« Ce qui suit est une traduction abrégée des vingt-deux chapitres du Pema Karpo et une citation du Shingta Chenpo sur le résultat de la voie de la pratique. Il décrit les cinq corps de bouddha et les cinq sagesses primordiales, résultat final de la pratique d'après les soutras et tantras bouddhistes généraux. »


Les bouddhas des dix directions confèrent la potentialisation de la grande lumière (A'od-Zer Ch'en-Po) aux bodhisattvas qui ont atteint la fin de la dixième étape. Immédiatement, les bodhisattvas finalisent de nombreuses absorptions telle que l'absorption pareille au vajra (rDorJe Tla-Bu'i Ting-Nge 'Dzin), qu'ils n'avaient pas obtenu auparavant.

De la sorte, ils réalisent la bouddhéité et finalisent spontanément l'état du roi universel du dharma. À partir de là, la base universelle et ses traces cessent, de même que le processus de l'esprit et des évènements mentaux. Une fois les souillures nettoyées, l'ensemble des vertus spontanément accomplies, la nature de l'essence lumineuse présente en soi, s'épanouissent simultanément, telle la totalité du disque du soleil dans un ciel sans nuage ...

De là, les bodhisattvas réalisent l'accomplissement du corps ultime, la cessation des élaborations et le corps de félicité pareil au joyau qui exauce les souhaits, spontanément accompli ou apparu depuis l'état du corps ultime et dépourvu de concepts. Leurs activités de bouddha, les manifestations inépuisables, se propagent dans toutes les dimensions des êtres réceptifs et apparaissent devant chaque être individuel. ...

Ayant libéré l'obscurcissement des apparences des corps des trois dimensions, les bodhisattvas apparaissent sous la forme de cinq corps vajra. Après avoir libéré les sujets, les huit consciences, les bodhisattvas apparaissent dans l'essence des cinq sagesses primordiales ...

Concernant le résultat de la voie de l'apprentissage, celui-ci a trois aspects : les corps de bouddha qui sont la base ; les sagesses primordiales basées sur les corps et les activités de bouddha.

LES CINQ CORPS

Il existe de nombreuses façons de classifier les corps de bouddha ; en trois, quatre ou cinq corps, par exemple. Ici, suivant le mayajala, la classe de tantra non duelle, ils sont classifiés en cinq classes. Il est dit dans le Manjusrinamasangiti : « Bouddha est la nature des cinq corps, le seigneur universel est la nature des cinq sagesses primordiales. ... »

1. Le corps ultime :
C'est la liberté d'élaboration et la source suprême, la vaste sphère ouverte pareille au ciel pour l'apparition des différentes vertus de bouddha.

2. Le corps de félicité :
De l'état de corps ultime, il apparaît comme cinq classes de bouddhas, comme le soleil et la lune brillant dans le ciel. Pour les bodhisattvas de la dixième étape, il apparaît comme une réplique des cinq classes de bouddhas et leurs champs de bouddha, similaires aux originaux.

3. Le corps manifesté :
Pour les êtres impurs il apparaît en trois catégories de représentations ; par exemple comme la manifestation du suprême illuminé, comme l'apparition des reflets du soleil et de la lune dans l'eau claire. ... Les trois catégories du corps manifesté sont : Le corps de l'art manifesté, les formes (rTen) du corps, parole et esprit des bouddhas tels des tableaux créés ou apparaissant spontanément comme objets de génération de mérites pour les êtres. ... Le corps de naissance manifesté, la manifestation en tant que personne noble (Des-Pa, c.-à-d. bodhisattva) et ainsi de suite, pour protéger les êtres de choses telles que la famine et la maladie. La manifestation en tant que suprêmement illuminé, la manifestation en tant que sage qui laisse apparaître les douze actes de bouddha. ...

Les deux corps suivants sont identiques en essence aux trois premiers corps, mais du point de vue des vertus ils sont catégorisés en deux corps séparés. Le grand corps de bonheur parfait non contaminé est l'aspect d'omniprésence ou essence des trois corps. Les corps de béatitude parfaite et d'essence sont synonymes. Le corps vajra est l'aspect de la nature indestructible de l'état parfaitement illuminé. ...

4. Le grand corps de béatitude parfaite :
C'est la nature des trois corps, l'essence de la non-existence comme singulier ou pluriel et c'est la grande béatitude parfaite et inconcevable, l'essence non contaminée qui transparaît, et reste inséparable de tous les corps de bouddha et sagesses primordiales. Ainsi ce n'est rien d'autre que la béatitude parfaite. ...

5. Le corps vajra :
Puisqu'il a abandonné tous les obscurcissements duels et a développé toutes les vertus, c'est le corps de l'illumination parfaite. Comme il ne décroit jamais de l'état totalement libéré et comme il est immuable, c'est le corps vajra. ...

Les cinq corps n'existent pas en tant que substances séparées. Ils sont la sagesse primordiale auto-discriminante de bouddha et sont une sphère ultime. ... L'aspect d'essence vide de l'absorption lumineuse, réalisée au moment de l'obtention de l'illumination, est appelé corps ultime. Sa nature de clarté est appelée corps de félicité. Apparaissant sous différentes formes et activités, il est appelé corps manifesté. L'inséparabilité des souillures qui sont à purifier et la réalisation de celles-ci est appelé corps vajra. Le goût unique de sa grande béatitude est appelé le corps de grande essence de béatitude parfaite. ...

LES CINQ SAGESSES PRIMORDIALES

Les cinq sagesses primordiales sont basées sur les cinq corps. ... La sagesse primordiale de la sphère ultime est la sagesse du corps ultime. La sagesse primordiale semblable au miroir est la sagesse du corps de félicité. La sagesse primordiale de l'équanimité est la sagesse du corps de béatitude parfaite. Les sagesses primordiales de sagesse discriminante et de l'accomplissement sont les sagesses du corps manifesté. Elles sont toutes sous la forme du corps parfaitement illuminé ou vajra. Les cinq sagesses primordiales sont présentes dans la conscience intrinsèque, l'essence spontanément accomplie chez tous les êtres. Mais elles ne se manifestent pas parce qu'elles sont obscurcies pour les personnes qui sont encore sur la voie de la pratique.

Les sagesses primordiales se manifestent de deux façons : en apparaissant d'elles mêmes par la purification (Dag-Pa) des cinq obscurcissements et en dissipant les obscurcissements aux sagesses primordiales par cinq moyens :

(1) La dissolution de la base universelle et ainsi de suite.

Dans le kayatraya vatara sutra il est dit : « La dissolution de la base universelle dans la sphère ultime est la sagesse primordiale de la sphère ultime. La dissolution de la conscience de la base universelle dans la sphère ultime est la sagesse primordiale semblable au miroir. La dissolution de la conscience-esprit dans la sphère ultime est la sagesse primordiale de l'équanimité. La dissolution de l'esprit souillé dans la sphère ultime est la sagesse primordiale discriminante. La dissolution de la conscience des cinq portes dans la sphère ultime est la sagesse primordiale de l'accomplissement. »

De même, par la purification des cinq souillures émotionnelles, les cinq sagesses primordiales apparaissent. ... La purification du désir est la sagesse primordiale discriminante. La purification de la haine est la sagesse primordiale semblable au miroir. La purification de l'ignorance est la sagesse primordiale de la sphère ultime. La purification de l'orgueil est la sagesse primordiale de l'équanimité. La purification de la jalousie est la sagesse primordiale de l'accomplissement. L'aspect des souillures qui doivent être purifiées et transformées est comme les nuages.

(2) Les cinq moyens pour dissiper les obscurcissements sont :

... en apprenant les mots et le sens du dharma on dissout les obscurcissements empêchant de voir la sagesse primordiale semblable au miroir. De même, la méditation sur l'esprit d'illumination, équanimité envers tous les êtres, concerne la sagesse primordiale de l'équanimité. Donner des enseignements aux autres concerne la sagesse primordiale discriminante. Servir les besoins des autres concerne la sagesse primordiale de l'accomplissement. En contemplant l'ainsité on dissout les obscurcissements permettant de voir la sagesse primordiale de la sphère ultime.

L'essence (Ngo-Bo) des sagesses primordiales :

Le savoir de l'essence de la nature ultime, la cessation des élaborations, est la sagesse primordiale de la sphère ultime. Le savoir de la nature des phénomènes comme absorption lumineuse est la sagesse primordiale semblable au miroir. Le savoir de toutes choses comme égales et de goût unique est la sagesse primordiale de l'équanimité. Le savoir discernant de tous les détails des phénomènes est la sagesse primordiale discriminante. Le savoir non obscurci de tous les phénomènes connais sables est la sagesse primordiale de l'accomplissement.

Les cinq sagesses primordiales peuvent être comprises dans deux sagesses primordiales de savoir :

Les sagesses primordiales de la sphère ultime et de l'équanimité sont comprises dans la sagesse primordiale de la connaissance de l'ainsité tel que c'est. Elle ne conceptualise pas les phénomènes du samsara et du nirvana comme n'étant qu'un ou séparés. Elle réside indivisiblement dans le corps ultime, identique à l'espace dépourvu d'élaborations.

Les sagesses primordiales semblable au miroir, de l'accomplissement et discriminante, sont incluses dans la sagesse primordiale du savoir de toute la variété. Elle voit et connaît l'infinité des phénomènes connaissables. Comme la compassion du bouddha est sans limites, elle voit la totalité de l'univers. Même dans quelque chose de la taille d'une graine de moutarde, un système de mondes et d'êtres incommensurables apparaît et le bouddha est au service de leurs besoins.

LES ACTES DU BOUDDHA

Les activités de bouddha sont le jeu manifeste de la sagesse primordiale de l'accomplissement. Elles apparaissent instantanément, partout où il y a des êtres, sous la forme de corps de bouddha, enseignements et ainsi de suite, pour quiconque en a les qualités.

DISSOLUTION DES CORPS FORMELS

Dans un récipient rempli d'eau, les reflets de la lune se dissolvent spontanément dans la lune même. De la même façon, s'il n'y a pas les récipients d'eau que sont les êtres réceptifs, le reflet de la lune que sont les corps manifestés des bouddhas, apparus dans les perceptions des êtres, n'existera plus. Il n'y a rien d'autre que l'état du sambhogakaya apparaissant de lui-même. La dissolution du nirmanakaya dans le sambhogakaya est seulement un processus nominal et n'est pas comme quelque chose se dissolvant en quelque chose d'autre. La lune aussi se dissout dans sa propre clarté intérieure (Nang-gSal) pendant les jours de nouvelle lune. De même, l'actuel sambhogakaya apparaissant de lui-même se dissout dans la clarté intérieure de la sphère du sambhogakaya, et cela s'appelle demeurer ('Khyil-Ba) dans la sphère de la sagesse primordiale. À ce stade, la sagesse discriminante consciente d'elle-même (So-So Rang Rig-Pa'i Ye-Shes) atteint la sagesse primordiale la plus subtile, et cet instant est l'état contemplatif le plus élevé.


Longchenpa la liberté naturelle de l'égalité

tiré du livre : Longchenpa La liberté naturelle de l'esprit traduit du tibétain par Philippe Cornu

A présent, lorsque tout émerge sans que vous l'acceptiez ni le rejetiez,
Votre rigpa passe au-delà, en cet espace de limpidité.
Au moment d'embrasser la dimension de la félicité dans l'Un sans dualité,
Vous vous libérerez dans la Grande Perfection d'égalité, où expression et immobilité ne sont pas distinctes.
C'est l'état, c'est l'origine, c'est la Grande Perfection :
Inutiles, le rejet et l'adoption, c'est la grande pureté de l'esprit.

La nature de l'esprit étant toujours dépourvue de discursivité,
Si vous ne brimez pas ce qui s'y élève à présent,
Apparences et esprit se libéreront dans le champ du Corps absolu non discursif.
Au moment suivant, il n'y aura rien à accomplir dans une telle perfection d'égalité.
Quand s'élèvent les six objets des sens dans l'unique spontanéité,
Il est inutile d'en analyser les détails, demeurez détendu tel quel.
Tout comme la clarté non duelle du miroir et des reflets,
Espace et Sagesse, indistincts, sont spontanément présents;
Et bien qu'ils émergent comme des objets, ils ne jaillissent pas à l'extérieur
Et ne sont que le déploiement des reflets de la clarté de l'esprit même.

Parce que toutes choses sont reconnues depuis toujours en un espace unique,
Le sens de la Sagesse spontanée sans corrections ni altérations
Est enseigné comme étant l'essence qui transcende causes et fruits.
Ainsi, les phénomènes agencés par l'intellect
Sont des propensions karmiques, et à cause d'elles vous errez dans le samsara des causes et des effets.
Ce qui apparaît sous les aspects variés du bonheur et de la souffrance, du bien et du mal,
Est semblable aux fruits produits par différentes graines.

La luminosité de l'esprit, telle quelle sans fabrications,
Est l'indistinction de la cause et du fruit et n'a jamais nécessité aucun effort.
Puisque à l'instar de l'espace elle n'est pas produite ni blocable ni statique,
Elle est immobile et immuable dans les trois temps, inexprimable et inconcevable.
Spontanément présente sans qu'on la recherche, on n'y voit ni défauts ni qualités.
Comme rien n'arrête son déploiement ludique, c'est l'espace absolu;
N'altérez pas artificiellement cette nature unique !
Progressez et vous ne l'atteindrez pas, purifiez-la et il n'y aura point de pureté.
Cherchez-la et vous ne la trouverez pas... détendez-vous donc dans le tel quel !




L'éveil ultime dans le Dzogchen

tiré du livre Dzogchen et tantra de Namkhaï Norbu Rinpoché

Séwa, mélanger :
Ainsi, la Voie n'est pas en soi différente du Fruit, mais le processus d'autolibération va s'approfondissant jusqu'à atteindre la Base, et c'est le fait de l'atteindre que l'on appelle le Fruit. Le mot tibétain Séwa, qui signifie littéralement mélanger, est ici utilisé dans ce sens. On mélange la contemplation à chaque action au cours de la vie quotidienne
...Alors se développent les trois capacités appelées Tcherdröl, Shardröl et Rangdröl. Drôl, dans chacun de ces mots signifie libération... Dans Tcherdröl, la première des trois capacités, le processus d'autolibération en est encore à un stade mineur.
Tcherdröl :
Tcherdröl signifie on observe et cela libère, et on donne l'exemple de la façon dont une goutte de rosée s'évapore au soleil....
Shardröl :
Shardröl est une capacité moyenne, et l'on donne ici l'image de la neige qui fond en tombant dans la mer. La neige représente ici les contacts des sens ou les passions, et Shardröl signifie dès que cela s'élève, cela se libère. Ainsi, dès qu'il y a un contact des sens, cela se libère immédiatement, sans même qu'un effort pour maintenir la conscience soit nécessaire. Même les passions, qui conditionnaient quelqu'un n'ayant pas atteint ce niveau de pratique, peuvent tout simplement être laissées comme elles sont. C'est pourquoi il est dit que toutes les passions, toute la vision karmique, deviennent comme des ornements dans le Dzogchen, parce que, sans être conditionné par elles, sans y être attaché, on en jouit en les ressentant comme le jeu de notre propre énergie, ce qu'elles sont en vérité...
Rangdröl :
La capacité ultime de l'autolibération s'appelle Rangdröl, qui signifie de soi-même, cela se libère, et on donne ici l'exemple de la vitesse et de l'aisance avec laquelle un serpent déroule ses propres anneaux. C'est ici l'autolibération immédiate et instantanée, totalement non duelle. Ici, la séparation entre sujet et objet s'effondre d'elle-même et la vision habituelle, la cage limitée, le piège de l'ego, s'ouvre dans l'espace de la vision de ce qui est.
L'oiseau est libre et peut enfin voler sans obstacles. On peut entrer joyeusement dans la danse et le jeu des énergies sans aucune limite. On dit que le développement de cette vision s'étend comme un feu de forêt jusqu'à ce que la sensation d'un sujet et d'un objet disparaisse d'elle-même. On expérimente la sagesse primordiale dans laquelle, dès qu'un objet apparaît, on reconnaît sa vacuité comme identique à celle de notre propre état. L'union de la vacuité et de la vision, et la présence de l'état et de la vacuité sont expérimentées simultanément. Alors, on peut dire que tout n'a qu'un seul goût, ce qui est la vacuité à la fois du sujet et de l'objet....

Les cinq ngönshé :
Avec les progrès de la pratique, toutes les pensées et, en fait, toutes les perceptions des sens s'autolibèrent. L'illusion du dualisme se défait et alors, par la réunification du sujet et de l'objet, les cinq Ngönshé (Nonxes), les cinq formes supérieures de conscience, se manifestent au pratiquant.....

...la véritable connaissance des yeux des divinités ... on devient capable de voir les choses quelque soit leur distance, ou de les voir même si elles sont derrière d'autres objets...

...la véritable connaissance de l'ouïe ... on est capable d'entendre tous les sons, à quelque distance que ce soit...

...la connaissance de l'esprit des autres...

...la connaissance de la vie et de la mort
....

...la véritable connaissance des miracles....

C'est donc ainsi que les signes de la Voie peuvent se développer pour un pratiquant, bien qu'ils puissent apparaître dans n'importe quel ordre. Et nous avons une sixième capacité, une faculté du Fruit que l'on appelle Trödrel, ce qui veut dire au-delà du concept, ou comme le ciel. Cela implique la totale réintégration du sujet et de l'objet et constitue une méthode spécifique au Dzogchen pour atteindre la réalisation totale en une seule vie, par la maîtrise de sa propre énergie et de la façon dont elle se manifeste.

Ying interne et Ying externe
Cette réalisation est accomplie en intégrant Semnyi, qui signifie la nature de l'esprit et que l'on appelle aussi Ying interne, avec Tchönyi, qui signifie la condition de l'existence et que l'on appelle aussi Ying externe. Que ces deux aspects soient tous deux appelés Ying, ce qui signifie espace, montre bien qu'ils sont depuis l'origine de même nature. L'existence ne disparaît pas; mais l'individu en tant que microcosme étant un reflet parfait du macrocosme, de l'univers, du point de vue du Dzogchen, on peut toujours dire que l'individu est le centre de l'univers. La nature essentielle de l'un est la nature essentielle de l'autre. Lorsque l'on se réalise, on réalise la nature essentielle de l'univers. L'existence de la dualité n'est qu'une illusion et lorsque l'on se défait de cette illusion on réalise alors – on rend réelle- l'unité primordiale de notre propre nature et de celle de l'univers. Par l'intégration du Ying interne et du Ying externe, on manifeste le Corps de lumière. Si les cinq autres Ngönshé étaient les signes du développement sur la voie, ceci en est finalement le fruit.

Le Corps de lumière (Jalü ou Jàlus en tibétain)
(résumé personnel : à la mort du corps celui-ci disparaît sans laisser de trace, seul restent les cheveux et les ongles)

La Voie de lumière
En reprenant à nouveau la métaphore du miroir, on pourrait dire de cette réalisation du Corps de lumière que, n'étant plus dans la condition des images, on est entré dans la condition du miroir et, de là, dans la nature et dans l'énergie du miroir. Sachant comment notre énergie se manifeste en tant que Dang, Rölpa et Tsel, on peut alors, intégrer complètement notre énergie, jusqu'au niveau de notre existence matérielle, concrète. Cela est accompli soit par les visions du Longdé qui sont le résultat de la pratique des quatre Da, soit par la pratique des quatre lumières qui amènent l'apparition des quatre visions du Thögal. Celles-ci se développent de façon très semblable à celles des visions du Longdé.
La première de ces visions est appelée la vision du Dharmata (ou essence de la réalité), et la deuxième vision est le développement de la première. La troisième en est la maturation et la quatrième est la consumation de l'existence. Si, au cours de la vie, on atteint le troisième niveau de ces visions -et cela se traduit par des signes précis-, alors au moment de la mort le corps disparaît lentement dans la lumière. Au lieu de se décomposer en ses éléments constitutifs de la façon ordinaire, il se dissout dans l'essence de ses éléments qui est lumière ... Un pratiquant qui a manifesté cette réalisation n'est pas mort au sens ordinaire ordinaire du terme – bien au contraire; son principe d'être demeure actif dans un Corps de lumière...

Le grand Transfert
Un pratiquant qui accomplit et parachève le quatrième niveau du Thögal ne manifeste même pas la mort et effectue cette transsubstantiation de son vivant, sans aucun des symptômes ou des signes de la mort physique, devenant progressivement invisible pour quelqu'un ayant notre vision karmique ordinaire. Cette réalisation, que des maîtres tels que Padmasambhava et Vimalamitra ont manifestée, est en essence identique au Corps de lumière et est appelée le grand transfert.

La réalisation totale les trois corps : Nirmanakâya, sambhogakâya et dharmakâya :

Nirmanakâya
(note personnelle : un être totalement éveillé peut manifester deux sortes de corps : le Corps de lumière perçu par les êtres en ayant la capacité ou pureté et le corps physique normal perçu par tout le monde; cet être éveillé ne sera pas conditionné par ce corps ni par ses actions)

Sambhogakâya
Le Sambhogakâya, ou Corps d'abondance, est la dimension de l'essence des éléments qui constituent le monde matériel dense; c'est une dimension subtile de lumière apparaissant dans une abondance de formes qui ne peuvent être perçues que par la clarté mentale et le développement d'une capacité de vision. Un être totalement réalisé peut manifester une forme Sambhogakâya, mais dans cette forme il ne sera pas actif comme l'est un être qui manifeste un Corps de lumière...
Bien que la capacité de manifester une forme Sambhogakâya ou Nirmanakâya soit une facette de la réalisation totale, cette réalisation signifie que l'on est allé au-delà de toute limite et de toute forme. On a rendu manifeste cet état qui est et a toujours été notre véritable condition depuis l'origine, et qui ne peut jamais se perdre, même si l'on en oublie l'expérience dans l'illusion du dualisme. La réalisation totale signifie que l'on a réalisé son identité absolue avec l'état ultime, le Dharmakâya.

Dharmakâya
Le Dharmakâya ou Corps de vérité ou dimension de la réalité telle qu'elle est. C'est cette matrice vide, omniprésente, Shi, la base de l'être de chaque individu, qui manifeste la danse, s'interpénétrant à l'infini, des énergies de l'univers : les formes Sambhogakâya ou Nirmanakâya d'un être réalisé, ou la cage limitée de la vision karmique -le corps, la voix et l'esprit- d'un être prisonnier du dualisme qui prend sa propre énergie pour un monde apparemment extérieur... La réalisation totale signifie la fin définitive de l'illusion, la fin de la souffrance, la cessation du cycle des naissances conditionnées; c'est l'aube de la liberté absolue, de la parfaite sagesse, de la béatitude suprême et sans fin.



tiré du livre L'escalier de Cristal I de Kunzang Péma Namgyel éditions Marpa

Le résultat du dzogchen se manifeste de deux façons différentes. Dans le trekcheu immaculé, le corps disparaît entièrement, il n'en reste pas même un atome, et l'esprit est libéré dans la réalité absolue. Dans le theuguel spontané, l'éveil est obtenu avec un corps d'arc-en-ciel, c'est le grand transfert, le corps grossier ordinaire est transformé en corps de sagesse. L'expression corps d'arc-en-ciel ne signifie en aucune façon que ce dernier scintille au sein de halos de lumières colorées... Le corps du méditant est entièrement transformé, purifié, les êtres ordinaires perçoivent encore un corps ordinaire, mais les êtres réalisés reconnaissent les qualités du corps d'arc-en-ciel : pour un yogi, c'est un corps de sagesse, pour un bodhisattva un corps d'émanation.


sur la nature ultime dans le Dzogchen (du livre : Le Docte et Glorieux Roi de Patrul Rinpoche traduit par J-L Achard) :
Chacun de ces corps participe le l'unicité de la Réalité, de l'essence infrangible de l'Eveil. Cette indifférenciation constitue ce que l'on désigne comme le Corps Adamantin Immuable (mi gyur rdo rje'i sku), c'est à dire l'accomplissement spontané de la Sagesse vierge de toute discursivité. Une définition elliptique de ce Corps est conservée dans le tantra de l'Émergence Naturelle du Discernement (Rigpa rang shar gyi rgyd) disant :
« le vide animé par la quintessence de la Sagesse est le Corps Adamantin qui ne demeure en aucune limite » .
La perfection quintuple du Fruit ne s'arrête pas à ces quatre Corps mais s'augmente d'une modalité finale de l'Eveil, que l'on qualifie de Corps de la Parfaite Pureté Manifeste (mgnon par byang chub pa'i sku), c'est à dire la somme parfaite de toutes les Qualités salvatrices de l'Eveil, animé d'une beauté immaculée, inépuisable, semblable à l'océan sans fond. A son sujet le Filet de la Sagesse (Ye shes drwa ba) dit :
Il est pureté parce qu'il est vierge de souillure;
Parfait parce qu'il accroît les Qualités;
Parce qu'il est unifié et qu'il est non-duel,
On le désigne comme le Corps de la parfaite Pureté Manifeste
Ces cinq Corps sont associés aux cinq Sagesses (ye shes inga) qui forment les modalités à la fois sapientiales et visionnaires de l'Eveil. L'ensemble de ces Corps et de ces sagesses s'exprime en une inépuisable Roue d'Ornements (rgyan gyi khor lo) qui devient la gloire universelle du Samsara-Nirvana, l'expression ultime du Fruit du plein Eveil parfait, que l'on désigne communément comme la Roue de la Sagesse (ye shes kyi khor lo). Cette roue est à même de se mettre en branle pour déployer d'infinis mandalas (univers) destinés à la prédication de la Loi et à la conversion des fortunés.




Abhinavagupta hymne à la gloire de l'absolu

1. D'une pensée identique à Toi, en mon cœur je rends hommage au Seigneur Bhairava, refuge de qui n'a pas de Seigneur. Fait de Conscience, unique, infini, sans origine, il imprègne la diversité des êtres mobiles et immobiles.

2. O grand Souverain ! Par l'énergie de Ta grâce, cet univers entier m'apparaît désormais comme identique à Toi. Tu es éternellement mon propre Soi; ainsi la totalité des choses est pour moi identique au Soi.

3. En Toi, Seigneur, mon propre Soi, qui pénètres tout, la peur de la transmigration n'a plus de raison d'être quand même subsisterait réellement une multitude d'activités forgeant terreurs, égarements et intolérables douleurs !
.....



Extraits de texte du sivaïsme non-dualiste sur l'éveil ultime

extraits tirés du livre Le Paramarthasara d'Abhinavagupta traduit et commenté par Lilian Silburn

Etat bhairava
La fin que visent les fidèles du système Bhairava n'est pas tant de se libérer que de réaliser le Soi dans toutes ses manifestations et de devenir un bhairava. Bhairava n'est autre que Siva dans ses rapports avec le cosmos et Abhinavagupta précise dans son Tantraloka que lorsque l'homme jouit de la réalité de la Conscience au milieu de toutes les activités ordinaires, cette conscience fait de lui un bhairava.
Mais il s'en faut de beaucoup que tous ceux qui avancent sur les voies de la libération atteignent l'état de jivanmukta, la libération en cette vie. Nous avons vu que ceux qui parcourent la voie inférieure, s'ils conservent quelque impur désir de jouissance, s'arrêtent à mi-voie et n'obtiennent pas la libération ici-bas. D'autres, par contre, sont affranchis de la nature de ces liens, on les nomme kevalin, isolés et délivrés, car ils ne sont plus solidaires de l'univers individuel et illusoire et ils ne renaîtront plus, mais ils n'ont pas pour autant atteint l'identité à Siva; ils se sont arrêtés au seuil des pures catégories où leur propre effort les a conduits. Seule la faveur miséricordieuse de Siva leur permettra de franchir l'étape des bases principielles universelles et de jouir de la Connaissance suprême (vijnana).
Ceux qui suivent la voie de l'énergie s'enseveliront dans l'énergie divine sans être capables de s'identifier à Siva, à moins qu'une grâce plus intense ne les conduise au-delà de l'Energie.
Il existe des êtres privilégiés qui s'abîment en Siva seul sans que l'énergie divine se révèle à eux, en sorte qu'ils ne jouissent que de prakasa, tandis que vimarsa reste engloutie en prakasa, ce qui signifie que leur prise de conscience de soi n'est pas parfaite; ils ont la gnose (jnana) mais non l'autonomie et leur félicité n'est que celle de la conscience (cidananda).
Enfin, les êtres vraiment parfaits sont ceux qui s'élèvent jusqu'à Paramasiva, et qui s'identifient à Siva doué de son énergie (sakti), en sorte qu'ils possèdent en même temps la pleine conscience de soi (vijnana) et la liberté divine (svatantrya). Etant devenus paramasiva qui est le Tout (sarva), ils accèdent à la totalité universelle et leur félicité est des plus élevée, c'est la félicité cosmique (jagadananda). Nous avons là l'état théopathique, la pleine déification techniquement désignée par le terme bhairava.
Notons que la révélation de Soi (unmesa) est la même au cours des trois dernières réalisations, elle ne peut être qu'instantanée et totale, mais il y a des degrés quant à la puissance (kriyasakti) qui l'accompagne.
Entre le moment de l'Eveil (unmesa) et celui où il se hausse à la divinité (jivanmukti) quand il a acquis la conviction qu'il est le créateur et le destructeur du monde et qu'il lie par l'illusion et délivre par la grâce, un certain temps s'écoule habituellement et cet intervalle correspond au degré de la faveur divine.
Après avoir réalisé son identité à Siva, il est bon d'y demeurer continuellement absorbé et c'est en immergeant les notions de corps, d'intellect, de souffle et autres en Siva qu'on obtient tous les pouvoirs surnaturels, y compris le pouvoir suprême.
Les maîtres de l'école pratyabhijna témoignent d'un souci constant de ne pas scinder la vie mystique de la vie ordinaire, contrairement à la tendance générale de l'Inde ( « Parce que même dans les affaires usuelles, achats, vente, etc., le Seigneur par sa libre volonté entre dans un corps et manifeste comme extérieurs les objets qui brillent en Lui-même. Les fonctions qu'Il déploie dans le cosmos, création, grâce, etc. sont les mêmes que celles qu'Il exerce au cours de la vie quotidienne ou de la vie artistique » ).
Ils se gardent de dévaloriser le déroulement de l'expérience courante, car ils appréhendent la vie en son essence, comme baignant dans l'énergie consciente et la béatitude infinie. Ils rejettent seulement comme erronées les conceptions tronquées et illusoires que nous surimposons arbitrairement. L'acte qui brise le réseau des limites individuelles est cela même qui restitue la réalité à son indifférenciation originelle.


extraits du livre le Vijnana Bhairava traduit et commenté par Lilian Silburn

(sur les onze étapes de la réalisation mystique)
Onzième cycle
Bhairava apaisé ou Paramasiva ineffable dont la Liberté se manifeste pleinement.

Le jnanin parvient maintenant à Bhairava suprêmement apaisé, lequel engloutit la multiplicité phénoménale; d'après l'étymologie mystique du terme, il est celui qui, grâce à la conscience de soi, réfléchit tout, donne tout et pénètre l'univers entier. Ainsi ce Bhairava apaisé ne doit pas être conçu comme retranché du reste des choses, étant donné que « le corps cosmique (vapus) de Bhairava est ce en quoi se manifeste un nombre infini de créations et de dissolutions » .
Même si l'on se dit : tout cet univers est mien, le Je s'opposant en quelque sorte à l'univers, la pensée n'en accède pas moins à ce qui n'a pas de fondement, sans que la paix en soit troublée.
Puis à nouveau, mais pour la dernière fois, la Réalisation (bhavana) ouvre la voie à une parfaite compréhension : sachant que tout lui appartient, qu'il est éternel, souverain universel et foncièrement libre -puisqu'il n'a d'autre support que lui-même- le mystique a la révélation du Sens ultime (artha). C'est un libéré vivant (jivanmukta) parce qu'il jouit également de l'expérience spirituelle intégrale dont il a vécu substantiellement tous les aspects ainsi que de la pleine connaissance de ce qu'elle implique. Ou plus précisément, il a réalisé le Soi pour lui-même et pour les autres, puis, devenu le maître de cette réalisation, sa pensée étant bien illuminée, il peut la communiquer à ses disciples.
Après l'épanouissement d'un univers apaisé, succède une phase d'intériorisation : on prend conscience que le Soi est libre de toute modalité; et puisqu'il n'est pas doué de l'attribut connaissance, le connaissable ou le monde qui dépend de celle-ci n'a plus aucun fondement. L'univers est donc vide; simple spectacle de magie ou reflet dans le pur intellect divin, il ne peut ébranler la paix de l'unique Sujet conscient indifférencié qui, résidant au Centre, ignore les extrêmes que sont lien et délivrance et ne voit que la Liberté infinie du jeu de sa propre énergie. Du fait que ce libéré vivant possède un corps et des organes, il éprouve plaisir et douleur, etc. mais parfaitement détaché de ces organes, il repose dans le Soi cosmique.
On assiste aussitôt après à la plus parfaite des kramamudrasamata, harmonie achevée entre le Soi et l'univers. Alors qu'au cycle précédent le yogin contractait l'énergie en lui-même en se tenant vigilant à la source du sujet et de l'objet, avec le 137 (sutra) « toute chose est illuminée par la Connaissance du Soi et le Soi est illuminé par toute chose » . En effet le Soi cosmique se révèle partout uniformément et par l'intermédiaire de tout ce qui existe, en quelque forme que ce soit. Paramasiva est la Totalité cosmique saisie sous tous ses aspects; connaissance et connu n'étant plus seulement appréhendés en leur source indivise (turya) mais en leur plein déploiement et comme ne faisant qu'un (turyatita). Telle est l'identité de vimarsa et de prakasa en Paramasiva, identité qui marque de son sceau le jivanmukta.
En guise de conclusion et dernier écho du cycle ouvert au 94 (sutra) -lui répondant à une profondeur insondable- on laisse derrière soi en quelque sorte la révélation de l'atman : pensée empirique, conscience intériorisée (cetana), énergie (en tant que voie vers Siva) et le Soi s'effacent pour faire place à la Merveille indifférenciée (vapus) ou Bhairava cosmique, ce quatuor étant ce qui limitait, à des niveaux différents, l'unicité du Tout. Il n'y a plus désormais de non-réalisation du Soi -durant l'activité de la veille ou l'inconscience du sommeil- qui ferait contraste avec la réalisation en turya, mais un seul état ininterrompu, turyatita ou modalité bhairavienne. Au-delà, nous sombrons en Paramasiva, l'ineffable.

extrait du livre : hymnes aux kali la roue des énergies divines de Lilian Silburn

.... Par delà ce qui se pose comme un Je dont on prendrait encore conscience, il n'y a plus que l'indicible Splendeur lunaire, l'ultime kali. Le temps s'est à tout jamais arrêté, et pourtant l'Énergie consciente présente simultanément de libres cycles à l'intérieur de son essence indifférenciée. Mais ne l'oublions pas, il ne peut y avoir en elle qu'un unique maintenant, une éternité identique à elle-même. C'est là la véritable liberté, la souveraineté divine. L'homme y vit alors un immense instant et ne connaît ni peur ni temps successif. Tout est en lui, il n'attend rien du passé ni de l'avenir puisque rien de nouveau ne peut lui advenir.
... Échapper à toute limitation dans la durée et dans l'espace signifie donc vivre comme lui toujours, partout et en toutes choses. Alors conscient de l'éternité de son essence, le jnanin se livre spontanément à l'Énergie, à son rythme créateur résorbateur.
Dégradation et transfiguration, contrainte et liberté, tout se ramène en définitive, à une seule énergie. Le temps et sa nécessité sous forme de l'énergie qui voile et rend esclave, et, face au facteur de lien, le facteur de libération : l'énergie se révélant en son rôle de souveraine. L'énergie apparaît ainsi comme une plaque tournante dont l'envers serait la nécessité temporelle et l'endroit, la liberté. La vraie liberté ne se comprend bien que par rapport à la nécessité, car la nécessité consiste à ne rien repousser, pureté radicale dans le négatif, une pureté telle que la dualité s'évanouit ainsi que le pivotement envers-endroit, et qu'il n'y a plus même de négatif. La nécessité se montre efficace du fait qu'elle n'est ni oui ni non : c'est tout simplement au-delà des fluctuations. On atteint de la sorte la racine du temps qui est celle de la nécessité-liberté et on baigne dans le spontané (sahaja), abandon à l'ordre universel (l'antique rta), mais un ordre qui n'a rien d'astreignant. Chaque chose se trouve justifiée puisque la totalité, qui est l'ordre même, réside en chaque chose et à chaque instant. Ce qui était nécessité n'est plus, dès lors, que plénitude et perfection.
Mais nous ne pouvons nous élever au sommet où liberté et nécessité coïncident, sans avoir relâché notre main-mise sur les êtres et les choses et renoncé à les asservir à nos projets. Il nous faut donc les rendre à leur liberté primitive, comme la Déesse-mère Aditi-qui-délie, en brisant nos entraves, nous rend à notre spontanéité innée.
.....
Une autre comparaison qui revient à plusieurs reprises dans les hymnes, est celle d'un flot afin de marquer le dynamisme universel qui entraîne sujet, connaissance et connu. En ce flot dont elle est l'eau, la douzième kali est le support de la variété quand elle émet dix-sept courants, les artisanes ou portions lunaires. Résidant ainsi en pleine manifestation, elle plonge dans la terreur jusqu'à Bhairava-le-Redoutable qui jouit de l'état d'énergie consciente. Autrement dit, le suprême Sujet s'immerge dans l' Énergie ultime où la distinction Siva-sakti n'a plus cours. Telle est la parfaite Déesse Bhairavi qui attire vers elle, en les contractant pour n'en faire qu'un seul, les sujets conscients ayant réalisé les onze kali précédentes.
.....
La véritable liberté, clef du système Krama, c'est de saisir à la lumière de l'unité l'Énergie divine telle qu'elle se manifeste simultanément dans le multiple et dans l'Un. Mieux encore : qu'on s'écoule spontanément avec le flux, et tous les êtres proclament la Réalité indifférenciée, qu'avec le reflux, on retourne à la source, le royaume indifférencié, et ces mêmes êtres montent jusqu'au Soi pour en Lui ne former qu'Un. De la sorte on s'adonne au flux et au reflux de l'énergie, toujours
libre d'exercer des activités créatrices et résorbatrices, sans quitter l'ineffable indifférenciation.


BIBLIOGRAPHIE

Bibliographie sur le sivaïsme non-dualiste

Édition-Diffusion DE BOCCARD 11, rue Médicis 75006 PARIS :
Institut de civilisation indienne (Collège de France)

de Lilian SILBURN :
- Le Paramarthasara
- Vatulanatha-sutra, avec le commentaire d'Anantasaktipada
- Le Vijnana-Bhairava
- La Bakti. Le Stavacintamani de Bhattanarayana
- La Maharthamanjari de Mahesvarananda
- Hymnes de Abhinavagupta
- Hymnes aux Kali. La roue des énergies divines
- Sivasutra et vimarsini de Ksemaraja.
- Spandakarika stances sur la vibration de Vasugupta et gloses de Bhatta Kallata, Ksemaraja, Utpalacarya Sivadrsti de Somananda


de A. PADOUX et L. SILBURN : Abhinavagupta la lumière sur les tantras tantraloka

de André PADOUX :
- La paratrisikalaghuvrtti de Abhinavagupta
- Le Cœur de la Yogini. Yoginihrdaya avec le commentaire Dipika d'Amrtananda

Et aussi sur les systèmes non-dualistes de l'Inde :
- CHENET (Fr) Psychogenèse et cosmogonie selon le Yoga-Vasistha
- Lilian Silburn Instant et Cause le discontinu dans la pensée philosophique de l'Inde

Et chez Les Deux Océans :
La Kundalini l'énergie des profondeurs par Lilian Silburn

Bibliographie sur le Dzogchen et le bouddhisme tibétain

Dzogchen et tantra de Namkhaï Norbu Rinpoché – Albin Michel
La voie du Bouddha de Kalou Rinpoché - éditions du Seuil
L'escalier de Cristal vol I II III de Kunzang Péma Namgyèl - éditions MARPA
La liberté naturelle de l'esprit - Longchenpa - traduit par Philippe Cornu - éditions du Seuil
Les testaments de Vajradhara et des porteurs-de-science traduit par Jean-Luc Achard - éditions Les Deux Océans
Le Docte et Glorieux Roi de Patrul Rinpoché traduit par Jean-Luc Achard - éditions Les Deux Océans
Aux sources du Bouddhisme textes traduits et présentés sous la direction de Lilian Silburn - FAYARD
Milarépa Les cent mille chants traduit par Marie-José Lamothe - éditions FAYARD
Dzogchen l'essence de la Grande Perfection par Sa Sainteté le Dalaï-Lama - éditions THE TERTÖN SOGYAL TRUST
La vie de Yéshé Tsogyal par Gyalwa Tchangchoub et Namkhai Nyingpo - éditions PADMAKARA
L'union du Dzogchen et du Mahamudra par Chökyi Nyima Rinpoché - éditions DHARMACHAKRA
Le livre tibétain de la vie et de la mort par Sogyal Rinpoché - éditions DE LA TABLE RONDE
Le chemin de la Grande Perfection de Patrul Rinpoché - éditions PADMAKARA
La marche vers l'éveil de Shantideva - éditions PADMAKARA
Traité du Milieu de Nagarjuna - éditions du Seuil
Les deux visages de l'esprit par Shamar Rinpoché - éditions DZAMBALA
Les prodiges de l'esprit naturel, l'essence du Dzogchen dans la tradition bön originelle du Tibet par Tenzin Wangyal - éditions du Seuil
Longchenpa (Longchen Rabjam) - Anthologie du Dzogchen - écrits sur la grande perfection, introduction, traduction du tibétain et notes de Tulku Thondup - Editions Almora
La prière de Samantabhadra – commentaire de Gangtèng Tulkou Rimpoché – Traduction du tibétain de Bruno Le Guével – édition Almora
Thrangou Rimpoché Le traité des 5 sagesses et des 8 consciences – édition Claire Lumière





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