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Les colombes et les pigeons dans l'histoire


Vous allez voir qu'un jour
on va nous déclarer la paix
et que nous ne serons pas prêts.


Tristan Bernard


traduction de Doves and Pigeons in History


Les colombes et les pigeons comme symboles









Les colombes et les pigeons comme symboles

Il est intéressant de noter que cet oiseau peu commun, si familier pour nous tous, a représenté un des symboles les plus nobles et positifs, dans presque toutes les cultures du monde entier.
La colombe a été associée à la maternité et à la féminité. Par exemple, la déesse-mère sumérienne Ishtar est souvent décrite comme tenant un pigeon. Les Phéniciens associent Astarté, la déesse de l'amour et de la fertilité, avec la colombe.

La déesse grecque Aphrodite et la déesse romaine Vénus sont tous deux représentées symboliquement par des colombes.
En Chine, la colombe symbolise historiquement la fidélité et la longévité.
Il y avait des superstitions dans l'Europe médiévale qui prétendaient que les démons et les sorcières pouvaient se transformer en oiseaux, mais pas en colombes, ce qui suggère la pureté de la colombe.


Le judaïsme se réfère à la colombe comme un messager d'espoir et de paix (l'histoire de Noé), et vous trouverez la colombe utilisée comme allégorie dans le Cantique de Salomon (chansons sur l'amour et la beauté).


Colombe de la Paix et de l'Amour par Motke Blum - Jérusalem


Dans le christianisme, la colombe est considérée comme un symbole du Saint-Esprit lors du baptême du Christ, (Matthieu 3: 16-17: "... et le Saint-Esprit descendit sous une forme corporelle, comme une colombe sur lui.").
Aujourd'hui, nous trouvons la colombe fréquemment utilisée dans la littérature profane et dans l'art comme un symbole de l'amour, de la fidélité, du dévouement et de la paix.


Timbres canadiens du Millénaire avec colombe blanche

médaille canadienne du Millénaire avec colombe


Qu'elles sont les particularités de cet oiseau qui le rende digne d'être associé avec ces concepts nobles ?



Pigeons messagers

L'histoire de Noé dans la Bible décrit l'une des premières utilisations du pigeon comme un messager. Noé envoya la colombe de l'arche pour voir si le déluge était fini. Il a été envoyé à plusieurs reprises avant qu'il ne revint avec une branche d'olivier dans son bec qui a révélé à Noé que les eaux avaient commencé à partir. Il y a même des écrits antérieurs, tels que l'épopée sumérienne de Gilgamesh qui décrivent aussi une histoire de grande inondation et comment un pigeon a joué le rôle d'un messager.

Des tablettes trouvées en Mésopotamie (zones autour de l'Irak et l'Iran) ainsi que des hiéroglyphes égyptiens, suggèrent que les pigeons ont déjà été domestiqués vers 3000 avant notre ère. Finalement, avec le temps, ils ont appris à utiliser leurs instincts de ralliement à des fins de communication. Par exemple les Egyptiens libèrent des pigeons afin d'annoncer au peuple l'élection d'un nouveau pharaon.


Premier siècle avant notre ère, mosaïque de scènes avec colombier égyptien pour pigeons domestiques, trouvée à Palestrina à côté de Rome


Il existe des documents qui indiquent que les marchands phéniciens ont pris des pigeons sur leurs navires au cours de leurs voyages d'affaires en Méditerranée qu'ils utilisaient quand ils avaient besoin de communiquer des renseignements au sujet de leurs visites d'affaires.

Les Grecs utilisaient des pigeons voyageurs pour communiquer les résultats des jeux olympiques et envoyer des messages à propos des victoires dans leurs champs de bataille.

Frontin, l'écrivain romain, raconte l'utilisation de pigeons voyageurs par Jules César. Il existe des documents sur l'existence d'un colombier à Rome qui contenait plus de 5000 pigeons.
Des conquérants dans l'histoire, comme Hannibal et Gengis Khan, ont également utilisé les pigeons voyageurs avec un réseau de communication.

Pigeon Carrier
La valeur ajoutée par l'utilisation de pigeons porteurs de messages dans le monde antique était tout à fait significative.

Par rapport aux autres moyens de communication longue distance dans les temps anciens, tels que la fumée, les tambours et les messagers humains, les pigeons ont fourni un moyen plus intime et discret pour transmettre des messages.

Entre la fin du 12ème siècle et le milieu du 13ème siècle, l'utilisation des pigeons voyageurs a atteint son apogée.

Marco Polo mentionne dans ses écrits, avec admiration, l'utilisation intensive des pigeons voyageurs en orient.


L'utilisation de pigeons voyageurs était si courante dans les années 1800 que beaucoup de gens croyaient que c'était un pigeon voyageur qui en 1815 a apporté le message de la défaite de Napoléon à la bataille de Waterloo à Nathan Rothschild 3 jours avant le messager humain de Wellington. Ceci a été contesté par un biographe de la famille Rothschild. Quelques années plus tard, cependant, les pigeons ont été utilisés par l'Agence Reuter pour communiquer des informations boursières entre l'Allemagne et la Belgique.


Pigeons postaux


Au cours de 1870-1871, pendant la guerre entre la Prusse et la France, les messages avaient été envoyés depuis et vers Paris assiégée. C'était le seul moyen de communication entre la ville avec les villes voisines.

Dans la 1ère guerre mondiale un pigeonnier portable était créé dans le but d'accompagner les soldats au front. Cela leur permettait d'envoyer des messages presque instantanément. Il est connu que le service d'espionnage français a utilisé des pigeons voyageurs pour envoyer des messages vers et à partir d'agents derrière les lignes.
Un des pigeons voyageurs les plus célèbres de la 1ère guerre mondiale était "Cher Ami" qui a sauvé près de 200 soldats américains. Malgré les blessures infligées par l'armée allemande, ce petit pigeon a réussi à faire passer son message aux Alliés à temps pour sauver les soldats et le pigeon est rapidement devenu un symbole d'héroïsme. Aujourd'hui, son corps en peluche peut être vu dans le Smithsonian Institute aux États-Unis.

Il y avait aussi un usage intensif des pigeons pendant la guerre 39-45, et des décorations pour bravoure ont été attribuées à 32 d'entre eux, dont deux pigeons célèbres - GI Joe et le paddy irlandais.

Pendant le mandat britannique sur la Palestine, les pigeons voyageurs ont été utilisés par les organisations juives. En 1948, pendant la guerre d'indépendance, les pigeons voyageurs ont été utilisés par l'armée israélienne afin d'envoyer et de recevoir des messages à partir de la ville de Jérusalem assiégée lorsque les autres moyens de communication avaient échoué.

Le développement de la technologie et des nouveaux moyens de communication ont entraîné une réduction de l'utilisation des pigeons voyageurs, mais leur place dans l'histoire est reconnue, appréciée et retenue.



Colombarium, colombier et pigeonnier

La forte demande pour les pigeons aboutit à une occupation lucrative pour ceux qui élevaient et vendaient des pigeons.


Un colombier était à l'époque féodale un édifice destiné à loger et à élever des pigeons. Le colombier, lointain héritier du colombarium romain, est nommé plus souvent pigeonnier depuis le dix-huitième siècle mais le terme de colombier peut dans une acception plus étroite désigner un pigeonnier en forme de tour, généralement indépendant des autres bâtiments.

Les plus anciens seraient les colombiers forteresses de Haute-Égypte, et les colombiers perses surmontés d’une poivrière. Dans les régions arides, la fiente est une fumure recherchée et elle est recueillie sur des nattes régulièrement nettoyées. Dans l'ancienne Perse et Irak, elle servait à la culture des melons.

La présence de colombiers n’est pas attestée en France avant la conquête romaine par César. L’élevage des pigeons était alors une passion à Rome. Le colombarium romain, généralement rond, avait son intérieur recouvert d’un enduit blanc de poudre de marbre. Varron, Columelle et Pline l'Ancien ont écrit des ouvrages sur l’élevage des pigeons et la construction des colombiers.


Colombarium romain du IIIe siècle dans le mausolée de Mazor en Israël


Les sacrifices étaient une pratique courante dans le monde antique. A cette époque, le sacrifice humain a été pratiqué en Amérique centrale, dans certaines tribus d'Afrique et dans quelques tribus anciennes d'Europe, comme les Allemands et les Celtes. Dans la Grèce antique le sacrifice humain était une pratique en vue d'apaiser les dieux. Toujours en Egypte et en Mésopotamie, c'était une pratique en temps de crise. Par exemple, Meisha, roi de Moab, a sacrifié son fils (Kings 2,3,27). Jephté, le Galaadite, pour remplir sa promesse de Dieu, sacrifie sa fille (Juges 11,31). L'histoire raconte que Jephté a promis que s'il réussissait dans sa lutte contre ses ennemis, il ferait sacrifier le premier à sortir de chez lui pour le recevoir .... cela s'est avéré être son seul enfant - sa fille.

La Bible condamnait les sacrifices humains et avait appelé à un substitut, comme l'indique clairement l'histoire d'Abraham et d'Isaac. Selon les lois bibliques sur les sacrifices (en particulier le Lévitique (Vaikra) 1-16), il est impératif que le sacrifice soit effectué avec du petit bétail, des chèvres et des moutons ou avec une volaille provenant d'un oiseau pur.
Les pigeons correspondent à cette dernière catégorie. En plus ils avaient un avantage car ils étaient faciles à élever. Par conséquent ils ont servi au moins à deux besoins fondamentaux : comme source de nourriture et comme animal acceptable pour le sacrifice. En conséquence, une industrie florissante se développa pour élever les pigeons.


Fragment de pierre avec le mot hébreu «Korban» (sacrifice) et une gravure de pigeons, découvert à Jérusalem en 1960


Au début, ils ont été élevés dans des petits pigeonniers, et puis avec le temps ils ont été élevés dans de grandes structures appelées colombier.



Des centaines de colombiers antiques ont été découverts en Israël, quelques dizaines d'entre eux dans et autour de la ville de Jérusalem. La plupart d'entre eux ont été construits dans des grottes artificielles. Les autres ont été construits au-dessus du sol sous la forme de tours. Ceux-ci ont été trouvés dans la ville de David, Jéricho, Massada, Hérodion et dans d'autres villes en Israël, datant de la période hellénistique et romaine ancienne.

La plupart de ceux qui ont été construits au-dessus du sol n'ont pas survécu. Certains qui ont été créés dans le sol sont restés en bon état. Un certain nombre d'entre eux, trouvés près de Beit Govrin, au sud-ouest de Jérusalem, sont présentés dans cette page.



La douceur relative du calcaire qui existe dans les collines au pied de Jérusalem a contribué à créer les structures souterraines. Les colombiers ont été créés avec des formes rondes, des formes carrées et/ou complexes qui comprenaient plusieurs chambres et salles avec des passages entre eux.

Dans les murs de ces salles des centaines de niches ont été creusées, chacune assez grande pour permettre à une pigeonne de couver 2 oeufs et de s'occuper de ses deux pigeonneaux.

Ces structures contenaient parfois des milliers de pigeons. Leurs fientes étaient utilisées pour fertiliser les terres agricoles des alentours - donnant ainsi un avantage supplémentaire à cette industrie.



Des colombiers peuvent également être trouvés dans de nombreux endroits à travers le monde : Angleterre, Ecosse, Pays de Galles, France, Europe centrale, Italie, etc. Il est possible que les Romains aient introduit cette pratique dans les zones conquises. À l'époque médiévale, le pigeons a été souvent considéré comme un droit de la noblesse et, par conséquent, vous pouvez trouver des pigeonniers qui sont encore en bonne état à côté des châteaux.

En France, les pigeonniers (colombiers) étaient généralement construits en pierres, en briques ou en torchis. Vous pouvez trouver des pigeonniers en France pouvant accueillir plus de 2 000 pigeons. Les pigeons étaient encouragés à se reproduire dans des bassins d'argile ou parfois dans des paniers en osier tressé.


Pigeon de concours




L'élevage des pigeons est rapidement devenu un passe-temps qui a abouti à des variétés inhabituelles de pigeons de fantaisie qui étaient (et sont encore) cultivés pour mettre en valeur, le sport, etc. En même temps, une perte de contrôle dans le processus de sélection a abouti à la propagation généralisée des pigeons redevenus sauvages autour des villes et des villages, à tel point que les descendants sont maintenant assez nombreux et considérés comme une nuisance pour justifier l'émergence d'une industrie spécifique consacrée à se débarrasser d'eux.


Pigeonnier troglodytique aux Baux-de-Provence, XIe siècle



Intérieur du pigeonnier troglodytique de Tourtenay (commune française)



Fuie de l'abbaye Saint-Hilaire (1254) à Ménerbes

Une grande diversité architecturale caractérise les petits dérivés domestiques ou isolés du colombarium. Il existe une surprenante géographie des colombiers, avec des densités éminemment variables suivant les régions du Moyen-Orient et méditerranéennes, ou encore les contrées d'Europe occidentale. Les colombiers ont marqué les paysages en Gascogne, Quercy, Occitanie toulousaine, Provence, Touraine, Anjou, Normandie, Picardie mais aussi l'Angleterre après la conquête normande et plus tardivement en Basse Écosse, notamment sur les rives du Firth of Forth, près d'Édimbourg pendant le règne des Stuart.

Le colombier désigne encore les édifices de la Renaissance et du début des Temps modernes.

Une variante de petite taille annexée à une tour ou à une ferme s'est appelée en latin classique fuga et en latin populaire fuga. Un mot français fuie est attesté vers 1135 au sens de « fuite », puis à partir du XIIIe siècle de « refuge » et enfin de « volière pour les pigeons »1, le terme français remonte probablement au latin vulgaire *fugita. La fuie consiste en une petite volière qu'on ferme avec un volet et où l'éleveur particulier peut nourrir son pigeon domestique.

Il faut noter que l'évolution gasconne de fuga, sous la forme hune2, désigne un type précis de colombier de plan circulaire et couvert d’une voûte en coupole3. Les hunes étaient très répandues en Gascogne, même si beaucoup unt disparu, comme en témoignent les toponymes. Dans les pays proches de la Garonne et du Midi français, couloumé dérivé de colombarium correspond à une installation domestique, c'est-à-dire à la fuie de Touraine.

Le terme « pigeonnier » est plus commun au XIXe siècle, attestant la lente obsolescence du mot colombier. Les deux termes peuvent être considérés comme synomymes.



Colombier du manoir d'Ango (Varengeville-sur-Mer - France)

 



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