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HISTOIRE DU PIGEON DOMESTIQUE DEPUIS L'ANTIQUITE

À l'origine, les pigeons bisets vivaient dans les falaises rocheuses, les montagnes ou les zones désertiques. La première domestication connue du pigeon date de l'Égypte des pharaons, il y a 5.000 ans. L’élevage du pigeon était initialement alimentaire. Mais ses compétences de grand voyageur revenant fidèlement à son pigeonnier ont bien vite été observées et le “ pigeon voyageur ” est né. C'est, entre autre, la magnétite présente dans certains tissus de son cerveau qui, équivalente aux composants de nos boussoles, l'aide à retrouver aisément son pigeonnier même quand il est relâché à plusieurs centaines de kilomètres. Avec le temps, des individus sont retournés à l’état “ sauvage ”( début du 20° siècle), abandonnant les pigeonniers pour s’installer le plus souvent en ville où ils occupent des constructions dont la verticalité évoque leurs falaises d'origines. Le pigeon de ville est le descendant du pigeon domestique, lui-même issu du pigeon biset initialement sauvage. La durée de vie moyenne d’un pigeon en ville est de 6 à 8 ans ( 3 à 4 ans à Paris ). Le pigeon biset de ville, contrairement au pigeon ramier qui niche dans les arbres, fait son nid dans les anfractuosités des bâtiments. Espèce à fort potentiel d’adaptation, il a conquis tous les espaces disponibles des greniers des immeubles aux constructions métalliques( métro aérien, halls de gares… ).


Histoire du pigeonnier et de la domestication du pigeon :

Colombes et colombiers sont présents très tôt dans l'histoire de l'homme.
A l'époque assyrienne l'on représente sur des bas reliefs des colombes voletant dans les cours de la déesse Ishtar. En Égypte l'élevage des pigeons est une activité florissante depuis l'antiquité, jusqu'à nos jours. En Crète dans le trésor du Cercle Royal de Mycènes (XVI BC) l'on a trouvé une représentation sur feuille d'or d'un colombier sacré. Dans le palais de Knossos, à l'époque Minoenne, l'on a trouvé un autel miniature de la déesse crétoise assimilée à Aphrodite, portant des colonnes avec colombes. En Grèce c'est vers le VI ième siècle av. JC que le pigeon commence à être élevé à des fins religieuses : c'est l'oiseau de Venus. Dans la Genèse, c'est Noé qui par trois fois lâche une colombe, qui revint deux fois, puis ne revint plus. Le Lévitique prescrit au pêcheur dépourvu de moyens de remplacer les offrandes rituelles de veaux et d'agneaux, par deux tourterelles ou deux pigeonneaux. De même, l'évangile selon St Luc rapporte que quand Jésus fut présenté au Temple de Jérusalem pour la purification "ils venaient aussi présenter en offrande le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes" (Luc 2, 6-24). Le Cantique des Cantiques compare sans cesse la bien-aimée à la colombe. C'est sous la forme d'une colombe que l'Esprit-Saint descendit sur le Christ le jour de son baptême. A l'époque romaine Pline l'Ancien et Varron donnent des instructions précises sur l'élevage des pigeons et l'art de construire des colombiers. Columelle confirmera et répétera ces propos, qui seront respectés jusqu'au XIX ième, siècle époque des dernières constructions de colombiers utilitaires. Pline raconte comment l'élevage des pigeons était devenu une véritable passion à Rome et comment fleurissaient les tours pour les abriter sur le toit des maisons. En Turquie l'on retrouve aussi des pigeonniers troglodytes dans la célèbre région de Cappadoce, remontant probablement à l'époque byzantine. En France, l'introduction du pigeonnier est sûrement due aux légions romaines. Dans les provinces méridionales où l'influence du droit romain n'avait pas disparu, la possession d'un colombier subissait moins d'entraves. Dans le restant du pays, son usage va se répandre après l'abolition des privilèges seigneuriaux. Selon les coutumes féodales, il fallait être seigneur d'un fief et exploitant d'un domaine pour avoir droit de colombier, le fermier devant, lui, subir les dégâts occasionnés par les pigeons. Les pigeonniers "sur pied" ou indépendants des autres constructions étant l'apanage des grands fiefs.
Il semble que l'apparition des édifices dotés d'un toit remonte au XIV ième siècle. La répartition des pigeonniers suit la répartition de la culture du blé, selon le "patron" de l'époque. Les différents styles et la diversité des formes en font un élément très particulier du décor des campagnes françaises.
La nuit du 4 août (suppression des privilèges) est la date qui marque le changement par rapport à l'époque antérieure, les plaintes pour dommages aux récoltes provoqués par les pigeons se répétant dans les "cahiers de doléances". Ainsi s'élargit le droit de posséder un pigeonnier - de même que celui du bétail à corne et à laine - mais leur taille diminuera d'autant. Avec le nouveau code rural en 1791, il est autorisé de tirer le pigeon durant les périodes de moisson ; d'animal domestique, il devient ainsi gibier.
Au XVII ième siècle on estimait le nombre des colombiers en France à 42 000. En Angleterre l'introduction des pigeonniers remonte à l'arrivée des Normands et suit - via la Normandie - une tradition apportée par les Romains. Les dispositions régissant le droit de possession d'un colombier étaient très semblables à celles de la France de l'Ancien Régime. La répartition était aussi la même qu'en France. Ils étaient donc très répandu sur les terres à blés comme le Pays de Galles et l'Essex.
Les plans sont ceux très classiques du pigeonnier rond avec des murs en pierre épais de 90 cm. Ceux de la frontière galloise font exception avec leurs murs en colombage. Au milieu du XVII ième siècle on estimait à 26 000 le nombre des colombiers d'Angleterre. Une coutume fabuleuse pour attirer les pigeons du voisin prend le nom de : "Salt cat". Il s'agit de placer dans le pigeonnier un chat en rut, rôti avec du cumin ! En Écosse où les pigeonniers sont nombreux, l'on pense que leur forme très proche de celle du Sud-ouest de la France est due à l'influence des courtisans français à la cour de Marie Stuart. Certains étaient ronds (les beehives), d'autres rectangulaires (les Lecterns), souvent divisés en deux. Le plus grand d'entre eux a 2 000 nids. Des vieux textes témoignent de l'importance des vols de pigeons dans ces régions et des terribles punitions qui y étaient attachées : amputation de la main droite, fouet, voire la mort. Une superstition écossaise veut que construire un pigeonnier fasse mourir dans l'année et qu'en détruire un faisait mourir la femme du propriétaire dans les dix mois. On raconte l'histoire d'un homme qui détestait sa femme, construisit et détruisit quatre colombiers, mais celle-ci restât en vie. En Allemagne l'on connaît quelques pigeonniers dans des domaines de riches aristocrates ayant lu les ouvrages d'Olivier de Serres. En Iran l'on rencontre de nombreux pigeonniers de forme ronde et de très grande taille dans la région d'Ispahan (jusqu'à trois milles en forme de grosses tours rondes) et de Yazd. Leur construction remonte à l'époque de Shah Abbas. La fiente servait entre autre à fumer les fameux melons d'Ispahan. Par contre en Iran les pigeons étant considérés actuellement comme des oiseaux sacrés, personne ne consomme leur chair.
Cette pratique ne semble toutefois pas toujours avoir eu cours, car au XVII ième siècle Tavernier raconte que seuls les musulmans étaient autorisés à manger ces délicieux pigeons, ce qui entraînait la conversion de quelques mécréants pour satisfaire au péché de gourmandise. Les jeux traditionnels et les paris, utilisant des pigeons, ont d'ailleurs toujours cours et ce, depuis l'époque Safavide. En Égypte, où encore actuellement le pigeon (rôti ou farci) constitue le plat national, l'on trouve de nombreux "pigeonniers châteaux" dans la région du "Fayoum". Ces pigeonniers en pisé souvent circulaires, comportent de nombreuses tours et un aspect extérieur rappelant étrangement ceux d'Iran. En Espagne on rattache l'origine des pigeonniers à l'arrivée des romains. On connaît aussi quelques pigeonniers ayant subit l'influence française (pied de mulet) comme celui de la province de Léon, proche des modèles de Gascogne et celui près de Pampelune proche de ceux des fermes de Dordogne. Comme ailleurs la répartition des pigeonniers suit celle du blé et ils sont particulièrement nombreux en Castille. Dans la province de Zamora, l'on retrouve une grande concentration de pigeonniers autour des lagunes de Villafafila. A l'intérieur d'une même région il y a des formes très différentes : carré, circulaire, rectangulaire, avec cour, en fer à cheval (Aliste et Sanabria) , toit en pied de mulet ou en forme de pagode. Les matériaux sont aussi très variés : pisé, pierres, brique pour les plus récents, tuiles romaines, ardoises... Un des rares exemples de pigeonniers troglodytes se trouve dans les différentes falaises du superbe village de "Alcala del Jucar". En Espagne le droit de possession d'un pigeonnier subissait les mêmes règles qu'en France ou en Angleterre sous l'ancien régime. La Ley de Proteccion de Los Palomares du roi Enrique IV approuvée en 1465 prévoyait une amende pour la destruction des pigeons. Une variante locale de l'alimentation consiste à donner aux pigeons du thym et du romarin. Dans le sud, en Andalousie, nous ne connaissons jusqu'à présent que trois grands pigeonniers (dont deux dans la province de Cadix), probablement construit selon les mêmes techniques, vus leurs similitudes. Le plus grand des deux est " El Palomar de la Breña", un autre se trouve attenant au Cortijo de "Los Baños de Giconza", et un troisième se trouve près de "La Redondela" (Huelva).

Architecture, différents types :

Les grands pigeonniers pouvaient avoir différentes formes extérieures :
  • Ronds (les plus répandus : Angleterre, Espagne, France, Iran)
  • Carrés
  • Rectangulaires
  • Polygonaux (8 à 12 côtés)
  • Troglodytes
  • Pigeonnier carré ou "pied de mulet" (Aquitaine, Provence, Limagne et extension jusqu'en Castille et en Écosse).
  • Sur colonnes ( de taille moyenne )
  • Pigeonnier-porche
  • Pigeonnier grenier appelé aussi "fuies"
  • Pigeonniers "volets", établis sous une toiture ou en façades avec des fermetures amovibles

La taille du pigeonnier était toujours en rapport avec celle du domaine. L'on compte en moyenne ½ hectare par nid. Quand on comprend l'intérêt de l'élevage intensif des pigeons, l'on conçoit aussi tout le soin apporté à la construction du pigeonnier. C'est aussi un exemple de fonctionnalité ou aucun détail n'est gratuit.Pour aider les jeunes pigeons à retrouver leur nid, le pigeonnier doit se trouver dans un endroit élevé et découvert, généralement un peu plus haut que les autres bâtiments. L'exposition au levant est la meilleure, car les pigeons aiment profiter des premiers rayons de soleil. Le plan circulaire est le plus utilisé pour les structures intérieures du pigeonnier, même quand celui ci est d'une forme différente à l'extérieur. Cette forme est aussi la plus rationnelle quant à l'exploitation qui demande une visite régulière des nids, soit pour leur nettoyage, soit pour prélever des pigeonneaux ou des œufs. L'échelle tournante, appelée aussi potence, avec un axe central au pigeonnier est le système le plus pratique dans ce genre de structure. La partie supérieure du toit, quand elle existe, présente des formes différentes et souvent chargées de symbolisme. Un symbole phallique, souvent appelé "poupée" est très courant, probablement comme un appel à la fécondité de l'élevage. A cette catégorie peuvent être rattachées les pommes de pin, par le symbolisme dont est aussi chargé le fruit du pin parasol. Souvent c'est aussi un pigeon en faïence qui trône au faîte du toit. Quand il s'agit de girouettes, pour les pigeonniers d'époque féodale, l'on peut lire le rang du seigneur en fonction de la forme de la girouette : La forme carrée, en forme de bannière, était réservée aux seigneurs "banneret", donc comptant suffisamment de vassaux pour se ranger sous sa bannière, alors que le simple chevalier devait se contenter d'une girouette en forme de triangle. Quand il s'agit de grands pigeonniers dépendant d'un château, ils furent toujours construits avec les même matériaux que celui ci. Ce qui prouve l'importance qu'ils revêtaient pour le statut du seigneur; c'est aussi ce qui a fait leur longévité. Les matériaux utilisés pour la construction des pigeonniers sont aussi divers que les régions où ils furent édifiés :

  • Briques et pierres et silex en Normandie
  • Briques exclusivement dans la région de Toulouse.
  • Pans de bois et colombages en Normandie et dans le sud-ouest de la France
  • Pierre de taille dans le Centre et le Nord de la France.
  • Maçonnerie en Angleterre et Espagne.
  • Terre crue et pisé en Espagne, en Égypte, en Iran et en Afghanistan.
  • Troglodytes en Turquie, en Espagne et dans la vallée de la Loire.
  • Couverture en ardoise, tuiles, chaume.

Quelques exemples exceptionnels comme celui du Manoir d'Ango (Normandie) présentent une architecture très soignée présentant une alternance de briques, de pierres de taille de couleurs variées formant des dessins géométriques, en plus de silex noirs et blancs présentés sur leur plan de taille. Le tout surmonté d'un énorme dôme. Les plages d'envol des pigeons sont un élément particulièrement soigné des pigeonniers ayant un toit. L'ouverture est toujours située sur le coté opposé aux vents dominants. L'eau étant un élément important pour l'élevage des pigeons, tant pour la boisson que pour leurs bains, un point d'eau doit se trouver à proximité du pigeonnier. Il peut être intégré directement à l'architecture, sous forme d'un canal et d'un réservoir.

Utilité(s) du pigeonnier :

Les déjections des pigeons appelées "colombine", riches en azote et en acide phosphorique, servaient à la fumure de cultures exigeantes comme le chanvre et le tabac. Cet engrais, le meilleur jusqu'au XIX ième siècle, devait être battu au fléau pour le rendre plus pulvérulent, et étendu par temps de pluie pour le diluer et éviter de brûler les cultures. Avant l'apparition des engrais chimiques, l'importance de la "colombine" était telle dans certaines régions, que sa valeur était stipulée dans les baux de métayages ou pouvait figurer dans les contrats de mariage comme partie de la dot. Un pigeon en produit de deux à trois kilos par an.
Autre utilisation de la fiente de pigeon : la production de salpêtre pour faire de la poudre à fusil.
Avant le début du XIX ième siècle les quantités de bétail restaient très limitées pour différentes raisons, ce qui limitait d'autant les possibilités de consommation de viande et celle de la fumure à base de déjection du gros bétail. Quand le bétail ne pouvait être nourri avec du fourrage en hiver, il fallait l'abattre et saler la viande.
L'introduction de la rave et du rutabaga au XVIII ième siècles, vont changer les conditions d'élevage du gros bétail et diminuer d'autant l'intérêt de celui des pigeons. L'intérêt de l'élevage des pigeons, tient à leur forte et rapide capacité de reproduction ; toutes les cinq semaines de mars à septembre, un couple pond deux œufs, les couve, les engraisse et recommence. Ainsi un pigeonnier de cinq cents nids pouvait donner 160 pigeonneaux par semaine. C'est aussi une viande disponible toute l'année, les pigeons pouvant être facilement nourris avec du grain lorsque les conditions atmosphériques empêchent leur alimentation dans les champs. C'est une viande facilement conservable et transportable sous forme de pigeons vivants, dans des cages en l'absence de système frigorifique. Les pigeons sont vendus vivants au marché, tués et consommés au fur et à mesure des besoins. Donc du plus grand intérêt à l'époque des grands voyages de la navigation à voile. A noter que de grands pigeonniers se retrouvent près de grands ports ou construits par des armateurs comme celui d'Ango près de Dieppe, ou celui de Brue Auriac prés de Marseille (4100 boulins) . Le déclin de la culture du chanvre et le développement du maraîchage ont aussi participé à l'abandon progressif des pigeonniers, ainsi que l'apparition des engrais chimiques vers la fin du XVIII ième siècle. A ces utilités principales et d'ordre économique, il faut ajouter le rôle social du pigeonnier signalant le rang de son propriétaire. Ceci par les formes des girouettes couronnant le toit, mais aussi par la taille même du pigeonnier, qui pour les plus grands signalent des domaines de plusieurs milliers d'hectares; sans parler de la forme massive et imposante de la construction. Tous les châteaux possédaient un ou plusieurs pigeonniers, ainsi que de très nombreuses abbayes et les fermes qui en dépendaient. Un exemple intéressant en France, est celui du pigeonnier du château de Hagnou, il fonctionnât jusqu'en 1832 et avec ses 3200 nids avait 6 personnes attachées à son service.

les colombiers de pieds vestiges du Moyen-Âge :
Ces tours, souvent rondes, parfois carrées, étaient divisées en deux étages, l'étage supérieur étant réservé aux pigeons. Les murs de ces pigeonniers étaient pourvus de trous, ou boulins, où pondaient les oiseaux. Un arbre central, pouvant tourner sur son axe, supportait, au moyen de potences, deux ou quatre échelles, qui permettaient de visiter les boulins pour saisir les pigeonneaux. Les murs étaient lisses sans aucune saillie, afin que les chats ou les bêtes nuisibles ne puissent y grimper

après la révolution :

Quand le droit de colombier fut supprimé par la Révolution, le 4 août 1789, l'élevage des pigeons connut en France une très grande vogue. Ceci fut sans doute dû au profit que les particuliers pouvaient en tirer, mais certainement aussi à la satisfaction de pouvoir jouir d'un nouveau droit jusqu'alors réservé aux seigneurs. Des colombiers s'élevèrent un peu partout : c'étaient des constructions de bois posées sur un poteau central. Mais des restrictions survinrent, qui causèrent la disparition de nombreux pigeonniers : pour limiter les dégâts causés aux cultures, les éleveurs furent contraints de maintenir leurs oiseaux enfermés au moment de semailles. Pendant les deux Guerres Mondiales, les Allemands ordonnèrent la destruction de tous les pigeons (beaucoup prirent le risque d'en cacher quelques couples). Après la Seconde Guerre Mondiale, le prix des grains et leur raréfaction entrava également l'élevage, bien décimé par la tourmente, en beaucoup de régions de France.




source :
http://www.palomardelabrena.com/indexfr.html




Le Pigeon marron (le Pigeon biset) : Columba livia J.F. Gmelin, 1789

de Olivier Lorvelec, Jean-Denis Vigne & Michel Pascal


D'après Voous (1960), l'aire initiale de reproduction du Pigeon biset s’étendait du nord de l'Afrique jusqu’à l'Asie centrale, au nord, et le sous-continent indien, au sud, à l'exclusion du massif de l'Himalaya. En Europe, elle englobait l'ensemble des côtes méditerranéennes, la péninsule ibérique et les côtes de Bretagne et des îles britanniques. La forme domestique de l'espèce a été progressivement introduite en milieu naturel sur l'ensemble des autres continents, notamment aux États-Unis d'Amérique dès le début du 17ème siècle (Johnston & Garret, 1994), à l'exception de l'Antarctique (del Hoyo et al., 1997).

Le Pigeon biset est fortement représenté dans le Nafoutien d'Israël (10 000 avant J.- C.) et dans les sites habités du Levant datés du Néolithique précéramique (Masseti, 2002). Si Lever (1987) le suppose domestiqué à cette époque, pour Tchernov (1984) l'évolution morphologique observée sur les restes osseux collectés dans les sites néolithiques précéramiques du Proche-Orient ne signerait pas obligatoirement une domestication, mais plutôt une pré-domestication conséquence d'un commensalisme induit par la mise à disposition de l'espèce d'importantes quantités de céréales provenant de l'essor de l'agriculture. Sa domestication est avérée de façon certaine dès la fin de l'Antiquité (Masseti, 2002). Sans préjuger de sa domestication, indépendante ou non, dans d'autres civilisations et d'autres époques, l'analyse de 5 documents zootechniques datant de la 3ème dynastie d'Ur (fin du 3ème millénaire) amène Limet (1994) à conclure que l'espèce était parfaitement domestiquée en Mésopotamie dès cette époque.

En France, des restes de Pigeons bisets ont été identifiés dans de nombreux assemblages du Pléistocène supérieur du Midi de la France et de Corse (Mourer-Chauviré, 1975 ; Vilette, 1983 ; Louchart, 2001).

Les mentions de l'espèce se raréfient au début de l’Holocène, au Mésolithique et au Néolithique, mais perdurent dans le Midi (Vilette, 1983, 1988) comme en Corse (Vigne et al., 1997). Il est vraisemblable qu'à ces époques l'espèce ait été absente d'une large partie du territoire français.
En effet, ce n'est qu'à partir de l’Âge du Fer (Poulain, 1985), et surtout de la Période romaine, que le Pigeon biset est mentionné dans le Nord et l'Est du pays, au 1er siècle avant J.-C. dans le Pas-de-Calais (Vadet & Vadet, 1993) et à Meaux (Yvinec, 1988) et du1er au 4ème siècle après J.-C. à Lutèce (Oueslati, 2002) et dans les départements de l'Oise, du Pasde- Calais, de l'Aisne, du Nord (Lepetz, 1996), de l'Ain (Vadet, 1981) et de l'Essonne (Leblay et al., 1997). Il est probable qu’il s’agit déjà en majorité de pigeons domestiques ou marrons.
L’augmentation du nombre de mentions, notamment en provenance du Centre, du Nord et de l’Est du pays, pendant le Moyen Âge, ne laisse plus aucun doute quant à la nature domestique ou marronne des sujets dont on trouve les restes en Dordogne dans des couches datées du 11ème au 14ème siècle (Caillat & Laborie, 1997-1998), à Paris dans des sites du 12ème - 13ème (Audoin-Rouzeau, 1989) et du 14ème siècle (Pichon, 1992), dans la Nièvre dans des couches datées du 11ème au 17ème siècle (Audoin-Rouzeau, 1986), à Lille (Vadet, 1986) et à Compiègne (Clavel, 1997) dans des sites du 16ème siècle, et enfin dans de nombreux autres sites du Nord et de l’Est de la France, datés de la période comprise entre le 12ème et le 17ème siècle après J.-C. (Clavel, 2001 ; Marinval, 2002). Toujours au Moyen Âge, l'espèce est aussi mentionnée au nombre des oiseaux consommés (Saly, 1984) et figure sur la liste des espèces à l'étale établie sur 41 marchés allant de 1602 à 1711 (Couperie, 1970).

Les travaux d'archéolozoologie et d'histoire témoignent donc d’un probable indigénat du Pigeon bizet au début de l'Holocène dans le Midi de la France et en Corse, l'indigence des données ornitho-archéologiques en provenance la façade atlantique du pays ne permettant pas de se prononcer pour cette partie du territoire. À partir de l’Antiquité galloromaine au moins, les enregistrements archéologiques témoignent de l’apparition de pigeons domestiques et de leurs inévitables corollaires marronés. Il faut par ailleurs garder à l'esprit que la forme domestique du Pigeon biset a rempli longtemps deux fonctions distinctes, celle de ressource alimentaire et celle de messager, la seconde étant à même de favoriser la disséminatrice de sujets domestiques. En France, sous la royauté, le droit de détenir des pigeons constituait un privilège exclusif de la noblesse, et, sous la République, celui de détenir des pigeons voyageurs a été soumis à l'autorisation du Ministère des Armées jusque récemment.

Columba livia est très proche de deux espèces d'Asie centrale, le Pigeon des rochers, C. rupestris, et le Pigeon des neiges, C. leuconota, dont l'aire de répartition va de l'Himalaya à la Corée. Il est également proche de deux espèces africaines, le Pigeon roussard, C. guinea, originaire de l'Afrique nord-tropicale et du sud, et le Pigeon à collier blanc, C. albitorques, dont la répartition est limitée à l'Éthiopie et à l'Érythrée (del Hoyo et al., 1997). D'après Voous (1960), certains pigeons domestiques extérioriseraient des caractères morphologiques du Pigeon des rochers et du Pigeon roussard. Selon cette appréciation, ces deux espèces auraient donc contribué, avec le Pigeon bizet, à la constitution des actuelles populations de pigeons domestiques.

L'ancienneté de la domestication du Pigeon biset en France rend délicat l'établissement de l'aire initiale de répartition de sa forme sauvage réputée sédentaire, et rupicole. Voous (1960) propose de la limiter aux côtes et aux îles, et dans son inventaire de 1936, Mayaud la cite exclusivement liée aux falaises maritimes des Côtes d’Armor, d'Houat, de Corse, et de la côte méditerranéenne. Depuis, toutes ces populations ont perdu leur pureté phénotypique, à l'exception peut être de celle de Corse (Dubois et al., 2000), et l'évocation de l'existence actuelle de populations sauvages de Pigeon biset dans le Massif Central et en Provence (Patrimonio, 1994) est sujette à caution.

À cette importante réduction de l'aire de répartition de la forme sauvage de l'espèce s'oppose la colonisation de la quasi-totalité des agglomérations urbaines du territoire par des populations marronnes de la forme domestique, processus rapporté pour la ville de Londres dès le 14ème siècle (Lever, 1987).

Initialement autochtone de la Corse, du Midi de la France et probablement d'une partie des rivages maritimes de la France continentale, voire, de sites rocheux continentaux, la forme "sauvage" du Pigeon biset présentait une aire de répartition limitée au début du 20ème siècle. Dès l’Antiquité gallo-romaine et plus encore au Moyen Âge, des individus issus de populations domestiques sont venus se joindre à ces populations sauvages. L’espèce, dans laquelle il est difficile actuellement de déterminer ce qu’il reste du pool génique autochtone, colonise maintenant la totalité du territoire par l'entremise d'un vaste ensemble de populations maronnes.

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