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LA GUERRE

DE

1914 - 1918


Pigeons militaires et premiere guerre mondiale



Texte du Musée du Pigeon







Dès 1915, l’emploi des pigeons voyageurs s’amplifia sous l’impulsion des colombophiles civils

Durant la guerre de 1914-1918, des pigeons voyageurs ont été utilisés par les Français pour communiquer sur le front. Avant cela, lors du siège de Paris par les Prussiens, les pigeons de la guerre de 1870 ont permis au nouveau gouvernement évacué de continuer à communiquer efficacement avec la capitale. Suite à cette expérience, l'armée française, à Coëtquidan et Montoire, a créé de nouveaux centres d'instruction de colombophile militaire. Ceux-ci seront utiles et utilisés de 1914 à 1919.

Dix ans avant leur utilisation sur le champ de bataille, l'hebdomadaire Les nouvelles illustrées dans son n°38 du jeudi 12 février 1903, consacrait ainsi un article aux pigeons de guerre dans l'armée allemande, illustré de deux photographies.

La Première Guerre mondiale a d'abord été caractérisée par la mobilité des troupes, qui se sont enlisées dès 1915 et pour 3 ans dans une guerre de position et de tranchées. L'information et la désinformation sont alors devenues vitales et stratégiques, ainsi donc que les moyens de communication.
Bien que ce soit l'époque du développement de la téléphonie, il était fréquent que des unités soient isolées ou que des messages doivent être envoyés rapidement sur de grandes distances. Pour cela, les deux camps utilisèrent largement les pigeons voyageurs qu'ils élèveront et transporteront dans des unités mobiles de campagne, camions spéciaux se déplaçant au gré des besoins sur différents fronts..
L'occupant allemand veille à interdire aux civils des zones occupées le lâcher de pigeons. Ainsi, dès décembre 1915, dans le nord de la France, pays des coulonneux et occupé, le Bulletin de Lille de la semaine suivante rappelle aux Lillois qu'il est interdit, sous peine de mort, de lâcher des pigeons voyageurs, et précise que les personnes « qui trouveraient des pigeons voyageurs (...) sont tenues de les remettre à l'autorité militaire la plus proche, faute de quoi elles seront suspectées d'espionnage et s'exposeront à des poursuites ; les infractions commises par négligence seront punies d'un emprisonnement pouvant atteindre 3 ans ou d'une amende pouvant s'élever jusqu'à 10 000 marks ».

Un bus à impériale de Berliet (dit Araba) fut transformé en pigeonnier roulant. Le bas de caisse contenait une réserve de grain et d'eau, ainsi qu'un logement pour le soigneur, et le haut du véhicule constituait le pigeonnier. En 1916, les alliés fabriquent aussi en France seize pigeonniers sur remorque.

Les pigeons ont principalement été utilisés par les unités au sol, mais parfois aussi lancés à partir d'avions ou de navires.
La Première Guerre mondiale est un conflit militaire qui s'est principalement déroulé en Europe de 1914 à 1918. Considérée comme un des évènements marquants du XXe siècle, cette guerre parfois qualifiée de totale a atteint une échelle et une intensité inconnues jusqu'alors. Elle a mis en jeu plus de soldats, provoqué plus de morts et causé plus de destructions matérielles que toute autre guerre antérieure. Plus de 60 millions de soldats y ont pris part. Pendant cette guerre, environ 9 millions de personnes sont mortes, et environ 20 millions sont blessées.

Les combats se déroulèrent en majorité sur différents fronts qui se situèrent surtout en Europe, mais une petite partie de l’Asie et de l’Afrique, ainsi que l’Atlantique Nord subirent des conflits. Le front de l'Ouest était caractérisé par un ensemble de tranchées et de fortifications séparées par une aire surnommée le no man's land. Ces fortifications s'étendaient sur plus de 600 kilomètres, incitant à une forme de combats dénommée « guerre des tranchées ». Sur le front de l'Est, l'étendue des plaines et la faible densité ferroviaire ont empêché une stabilisation des champs de bataille, mais le conflit était tout aussi étendu. Il y a eu d'importants combats dans les Balkans, au Moyen-Orient et en Italie. La guerre s'est aussi déroulée dans les airs, mais de façon rudimentaire comparativement à la Seconde Guerre mondiale.
 
 


Apparemment, il semblait qu’avec toutes les inventions modernes connues des belligérants en 1914, le pigeon voyageur, en tant que messager, serait démodé. L’organisation colombophile militaire en France était rudimentaire au début du conflit. Les colombiers militaires installés dans les places fortes de l’Est étaient uniquement destinés à assurer les liaisons avec l’intérieur en cas d’investissement. Mais, dès 1915, l’emploi des pigeons voyageurs s’amplifia sous l’impulsion des colombophiles civils. Les pigeons furent transportés depuis Paris vers la ligne de front par ces amateurs bénévoles et ramenèrent des renseignements sur la progression allemande. Les différentes fractions de l’armée française : les 2e, 3e, 4e, 5e et 6e armées se munirent également de colombiers dits de « l’arrière » et de « l’avant ».

Au milieu de l’année 1915, apparurent les trois premiers colombiers mobiles réalisés par la transformation d’autobus à impériale. Leur raison d’être était née de l’idée d’offensive car on savait que la destruction des ressources colombophiles dans les régions envahies, par ordre de l’ennemi allemand, donnait la certitude de ne retrouver aucun pigeon vivant lors d’une avancée française. Seuls les pigeons voyageurs fonctionnaient régulièrement en toutes circonstances pour permettre les communications et cela malgré les bombardements, la poussière, la fumée ou la brume. Ils apportaient dans un délai relativement court des précisions sur la situation des troupes engagées.




Fort de Vaux

Ce fut lors de la résistance du fort de Vaux que la colombophilie militaire allait gagner, s’il en était encore besoin, une place d’honneur dans l’histoire.

L’épisode du fort de Vaux se situait en plein cœur de la bataille de Verdun, de février à décembre 1916. D’abord désarmé par les Français avant l’avancée ennemie, ce point stratégique n’eut pas le temps d’être réarmé avant l’assaut, le 1er juin 1916 au soir. Cette attaque cerna le fort qui n’eut plus d’autre moyen pour communiquer avec l’extérieur que les quatre pigeons du colombier de Verdun confiés au commandant Raynal.

Le 2 juin, un premier oiseau fut lâché : « L’ennemi est autour de nous. Je rends hommage au brave capitaine Taboureau, très grièvement blessé. Nous tenons toujours. »
Les 3 et 4 juin, deux autres pigeons furent libérés pour décrire la situation dans le fort : l’avancée ennemie, la résistance des soldats français, une demande, à titre posthume, de la Légion d’honneur pour le capitaine Taboureau. Le 4 juin, le commandant lança vers Verdun son dernier pigeon. Des gaz asphyxiants allemands envahissaient l’atmosphère du fort. Le pigeon ne parvenant pas à s’élever au-dessus des fumées, il revint se poser devant le poste de commandement. Le commandant Raynal s’écria alors : « Mais il faut qu’il parte ! ». Il le renvoya et eut la joie de le voir piquer dans la bonne direction : Verdun. Dépourvu de tout moyen de communication, livré à ses seules ressources extrêmement précaires, complètement privé d’eau, le fort succomba le 7 juin à l’offensive allemande. L’héroïsme du commandant Raynal força le respect de ses adversaires dont il obtint l’insigne honneur de conserver son épée, suprême hommage rendu à sa bravoure.

Le pigeon voyageur porteur du message était, comme la petite troupe du fort de Vaux, fortement intoxiqué par les gaz. Il revint cependant à son colombier et fut plusieurs jours entre la vie et la mort. Il survécut grâce aux soins attentifs dont il fut l’objet. Cette femelle avait auparavant accompli cinq voyages dans des conditions difficiles. Le colonel Raynal écrivit par la suite : « Seul un approvisionnement suffisant de pigeons aurait pu m’assurer, jusqu’au dernier instant, une communication certaine. »
Cinq mois après la chute du fort, une contre-offensive française permit de le reprendre.

De ce fort est parti pendant la bataille de Verdun, le 4 juin 1916, le dernier pigeon voyageur du Commandant Raynal (N° 787-15) portant le message suivant :

"Nous tenons toujours mais nous subissons une attaque par les gaz et les fumées très dangereuse. Il y a urgence à nous dégager. Faites-nous donner de suite communication optique par Souville qui ne répond pas à nos appels. C’est mon dernier pigeon".

Le pigeon accomplit sa mission et a obtenu la citation suivante :

"Malgré des difficultés énormes résultant d’une intense fumée et d’une émission abondante de gaz, a accompli la mission dont l’avait chargé le Commandant Raynal, unique moyen de communication de l’héroïque défenseur du Fort de Vaux. A transmis les derniers renseignements qui aient été reçus de cet officier. Fortement intoxiqué, est arrivé mourant au colombier".

Diplôme de Bague d’Honneur

"Cette plaque a été érigée par souscription des Sociétés Colombophiles de France, par les Amis des Pigeons Voyageurs et par les soins du « Pigeon de Verdun », société colombophile de Verdun, et inaugurée le 24 juin 1929".


Quelques mois plus tard, le pigeon matricule 787-15 obtint la bague d’honneur aux couleurs de la Légion d’honneur. Alors qu’à Verdun, les liaisons par pigeon voyageur étaient assurées par des colombiers fixes de création ancienne ; sur la Somme, au contraire, les combats se déroulant dans une région dépourvue de colombiers en temps de paix, les liaisons l’étaient par deux colombiers fixes, cinq colombiers remorques et six colombiers automobiles.

Entre 1917 et 1918, il fut fait un emploi intensif des pigeons. Les unités commencèrent à chiffrer leurs messages afin d’éviter les indiscrétions dans le cas où les oiseaux tomberaient entre les mains de l’ennemi. La France se maintenait ainsi en permanence informée de la position de ses troupes. Au début de 1918, l’armée disposait de 24 130 pigeons, dont plus de 15 000 parfaitement éduqués à la mobilité et entraînés. Les demandes de pigeons, formulées par les troupes en ligne, les chars d’assaut, l’aviation, devenaient de jour en jour plus pressantes et plus nombreuses. L’emploi des messagers volants était très varié : à titre d’exemple, les aviateurs en détresse pouvaient faire connaître leur position grâce au lâcher de messagers ailés.

Dans l’aéronautique et dans la Marine

Mais les pigeons voyageurs ne furent pas seulement utilisés dans les troupes de première ligne, les chars de combat, les observatoires du front ou les reconnaissances de cavalerie.

Dans l’aéronautique et dans la Marine, ils rendirent également des services qui furent très appréciés. La liaison des avions avec leur escadrille et des hydravions et torpilleurs avec leur port d’attache, par pigeon messager, constitua un excellent moyen de communication.

Les centres d’aviation et d’aérostation maritimes, ainsi que les escadrilles côtières possédèrent leur colombier. Tout avion ou dirigeable partant en reconnaissance emportait plusieurs oiseaux. Il en était de même de certains bâtiments de la flotte.

Grâce à ces volatiles, l’aviateur, l’aéronaute, le chalutier, le commandant de sous-marin avaient la possibilité de renseigner rapidement le Commandement et de demander du secours en cas de nécessité. On cite à ce sujet l’équipage d’un hydravion britannique qui, tombé désemparé en pleine mer du Nord, dut son salut à ses deux pigeons, dont le prompt retour au colombier permit à un torpilleur d’aller recueillir les aviateurs.




Les alliés utilisèrent même le pigeon en tant qu’espion : des agents transportaient les oiseaux en Angleterre, puis en Hollande et les introduisaient enfin en territoire occupé en traversant la Belgique. Les pigeons étaient ensuite remis entre les mains de personnes de confiance qui communiquaient des renseignements précieux à la France. Le 11 novembre 1918, l’armée française disposait, outre les colombiers fixes, de plus de 350 colombiers mobiles pour un total de 30 000 pigeons. Un monument à Lille commémore les 20 000 pigeons tués du côté français.

L’utilisation de la colombophilie par la France lors de la Grande Guerre fut reprise par les Anglais puis par les Américains. Avec des faits d’histoire remarquables comme celui de l’exploit de Cher Ami en 1917. Ce pigeon sauva un bataillon qui s’était égaré chez l’ennemi. En avançant trop avant, ce bataillon de la 77e division s’était retrouvé coupé de ses arrières. Sans munitions et sans soutien, il devait se rendre ou combattre jusqu’au dernier. Aucun des messagers humains lancés à travers les lignes allemandes ne parvint jusqu’à la division. En désespoir de cause, l’ordre fut donné de lâcher les pigeons. Tous, sauf Cher Ami, furent tués par un barrage d’artillerie. Lui seul échappa aux éclats d’obus et, bien que blessé, réussit à rejoindre en 25 minutes son pigeonnier au quartier général, pourtant distant de 40 km. Lorsqu’il se posa, on découvrit qu’il avait perdu une patte et qu’une balle lui avait traversé le poitrail. Son exploit sauva le bataillon. Aujourd’hui, son corps empaillé repose au Smithsonian Institute à Washington. Les Allemands, parallèlement aux Français, comprirent tout l’intérêt du pigeon voyageur. Entre 1914 et 1918, un million d’oiseaux furent confisqués en Belgique. Certains d’entre eux furent équipés d’appareils photo miniaturisés qui après quelques échecs permirent des clichés d’espionnage assez clairs.

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Bien des soldats doivent doivent leurs vies grâce aux pigeons voyageurs et les pigeons héros de la guerre sont nombreux on peut citer des noms comme "Spike" un de ces pigeons ordinaire sans pédigrée qui transporta plus de 52 messages sans jamais être pris, ou encore "Kaiser" qui effectua des missions périlleuses et qui mourut à l'âge de 22 ans, "Le Mercury" un pigeon Britannique seul rescapé d'un lâcher important il parcouru les 900 km en reliant le Danemark à l'Angleterre en délivrant un message important pour la résistance Danoise.

Ces pigeons devaient échapper à la mitraille, aux obus et aux tirs nombreux de tireurs d'élite spécialement entrainés pour abattre les messagers ailés et aux rapaces dressés pour les chasser.






Celui la ne fera plus de mal a personne !


Cher Ami


une des rares photos de "cher ami" vivant


Cher Ami est un pigeon voyageur donné par des colombophiles du Royaume-Uni, entraîné par des colombophiles américains, puis redonné à l'US Army Signal Corps pour un usage en France lors de la Première Guerre mondiale. Il participa au sauvetage du Lost Battalion de la 77e division d’infanterie américaine lors de la bataille de l'Argonne, en octobre 1918.

Le 3 octobre 1918, Charles Whittlesey et plus de 500 hommes sont pris au piège dans une petite dépression sur le côté d'une colline proche des lignes ennemies, sans nourriture ni munitions. Ils commencent également à subir des tirs amis de la part des troupes alliées qui ne sont pas au courant de leur position. Cernés par les Allemands, plusieurs soldats sont tués ou blessés les deux premiers jours et seuls 200 hommes restent encore en vie.

Whittlesey envoie alors des messages par pigeon. Le premier pigeon, portant le message "Beaucoup de blessés. Nous ne pouvons pas évacuer." est abattu. Un second pigeon est envoyé avec le message "Les hommes souffrent. Pouvons-nous avoir un support" est lui aussi tué. Le dernier pigeon, Cher Ami, est alors envoyé, portant dans une canule à sa patte gauche le message "Nous sommes le long de la route parallèle au 276.4. Notre propre artillerie fait un tir de barrage sur nous. Pour l’amour du ciel, arrêtez".

Alors que Cher Ami vole vers sa maison, les Allemands l’aperçoivent et ouvrent le feu durant plusieurs minutes. Les hommes du Lost Bataillon voient Cher ami se faire toucher et tomber au sol, mais celui-ci reprend son vol. Il parvient à regagner son abri au quartier général de la division, couvrant 25 miles en 25 minutes, permettant de sauver la vie de 194 hommes. Durant cette mission, Cher Ami délivre son message bien qu'il ait été touché à la poitrine et à un œil, qu'il soit couvert de sang et qu'une de ses pattes ne tienne plus que par un tendon.

Cher Ami est alors le héros de la 77e division d’infanterie américaine, ce qui lui vaut des soins de la part des médecins du régiment. Ils ne furent pas capables de sauver sa patte, mais lui firent une prothèse en bois. Une fois sa santé retrouvée, Cher Ami fut rapatrié aux États-Unis par bateau, le général John J. Pershing assistant personnellement à son départ de France.

À son retour aux États-Unis, Cher Ami devient la mascotte du département. Il est par ailleurs décoré de la Croix de guerre avec palme (Oak leaf cluster) pour son action héroïque dans la délivrance de douze messages lors de la bataille de Verdun. Il meurt à Fort Monmouth, dans le New Jersey, le 13 juin 1919 des blessures reçues lors de sa dernière bataille et entre au Racing Pigeon Hall of Fame en 1931. Il reçoit également la médaille d'or de la part de la Organized Bodies of American Racing Pigeon Fanciers en reconnaissance de ses prouesses lors de la guerre. Le corps empaillé de Cher Ami fait partie de la collection du Smithsonian Institution.



Dear Friend

Texte de Stories of American Heroes



L'armée américaine est divisée entre plusieurs spécialités différentes, les hommes de chaque spécialité ont une formation pour un type de travail particulier. Les fantassins sont entraînés à se battre sur le terrain, les artilleurs sont responsables de la grosse artillerie, les blindés se réfèrent aux hommes qui se battent dans les tanks, et le Service de l'Air était le nom pour le groupe de soldats qui a combattu dans l'air pendant la Première Guerre mondiale. les membres de l'US Army Corps SIGNAL sont un des plus anciens de ces groupes de soldats. Depuis la naissance de notre nation, ce sont ces hommes qui sont responsables de la transmission des messages entre toutes les unités (y compris les messages à d'autres corps d'armée comme la Marine). L'Army Signal Corps s'identifie par une torche avec deux drapeaux croisés. Ceux-ci représentent des drapeaux de signalisation, signifiant que les messages sont transmis codés.

Lorsque les États-Unis sont entrés en guerre en 1917, l'US Army Corps SIGNAL a reçu 600 pigeons dans le but de faire passer des messages quand cela ne pouvait pas être fait par téléphone, drapeau de signalisation, ou homme de terrain. Les pigeons ont été donnés par des colombophiles en Grande-Bretagne avec une formation pour leur emploi par les soldats américains.

Au cours de l'offensive dîte Meuse-Argonne, la bataille de 2 mois qui a finalement terminé la première guerre mondiale, 442 pigeons ont été utilisés dans la région de Verdun pour transporter des centaines de messages. C'est ainsi que le système fonctionnait :

Quand un commandant sur le terrain jugeait nécessaire d'envoyer un message, d'abord il était écrit sur du papier en essayant d'être à la fois bref et pourtant aussi détaillé que possible. Puis il appelait un de ses officiers qui lui apportait un des pigeons destinés aux soldats engagés dans la bataille. Le message était mis dans une capsule attachée à une patte de l'oiseau, puis l'oiseau était jeté dans l'air pour qu'il rentre à la maison.

Le pigeon volait vers son pigeonnier derrière les lignes. Quand il atterrissait un système faisait retentir une cloche ou une sonnerie, et un soldat du Signal Corps savait qu'un message était arrivé. Il allait retirer le message de la boîte pour l'envoyer par télégraphe, téléphone ou par un messager humain aux personnes concernées.

Les pigeons voyageurs ont fait un travail important. Il était aussi très dangereux. Si des soldats ennemis étaient à proximité quand un pigeon était libéré, ils savaient que l'oiseau était porteur de messages importants, et essayaient d'abattre le pigeon afin que le message ne soit pas livré.

Certains de ces pigeons étaient devenus très célèbres chez les fantassins parmi lesquels ils travaillaient. Un pigeon nommé "Le Moqueur" avait effectué 52 missions avant qu'il ne soit blessé. Un autre avait été nommé "Président Wilson". Il avait été blessé dans la dernière semaine de la guerre et il semblait impossible pour lui d'atteindre sa destination. Bien qu'il ait perdu son pied, le message passa permettant de sauver un groupe important de fantassins américains encerclés.


Probablement le plus célèbre de tous les pigeons était un nommé Cher Ami, deux mots français qui signifie «Dear Friend». Cher Ami avait été utilisé plusieurs mois sur les lignes du front au cours de l'automne 1918. Il avait effectué 12 missions importantes (messages). Peut-être la plus importante était celle effectuée le 4 Octobre 1918.

Monsieur Charles Whittlesey était avocat à New York, mais lorsque les Etats-Unis ont appelé des soldats pour aider la France à retrouver sa liberté, Whittlesey rejoignit l'armée et se rendit en Europe pour aider. Il avait été nommé commandant d'un bataillon de soldats de la 77e Division d'Infanterie, connu sous le nom de "La Division de la Liberté" parce que la plupart des hommes étaient venus de New York et portaient un patch bleu vif sur leurs épaules qui avait la statue de la liberté dessus.

Le 3 octobre 1918 le Major Whittlesey et plus de 500 hommes avaient été pris au piège dans une petite dépression sur le côté de la colline. Entourés par des soldats ennemis, beaucoup avaient été tués et blessés la première journée. Dès le deuxième jour un peu plus de 200 hommes étaient encore en vie ou non blessés.

Le Major Whittlesey envoya plusieurs pigeons pour dire à ses commandants où il était et dans quel mauvais piège ils étaient. Le lendemain après-midi, il n'avait plus qu'un seul pigeon de réserve, Cher Ami.

Au cours de l'après-midi, l'artillerie américaine avait tenté une protection en tirant des centaines de coups d'artillerie de gros calibre dans le ravin où les Allemands encerclaient le Major Whittlesey et ses hommes. Malheureusement, les commandants américains ne savaient pas exactement où les soldats américains se situaient, et avaient commencé à tirer les gros obus juste au-dessus d'eux. C'était une situation horrible qui aurait pu aboutir à ce que le Major Whittlesey et tous ses hommes se fassent tuer par leur propre armée.

Le Major Whittlesey appela son dernier pigeon, Cher Ami. Il écrivit un message simple et rapide, disant aux hommes qui dirigeaient les pièces d'artillerie où ils étaient situés et leur demandant d'arrêter le pilonnage. Le message fut mis dans le réservoir accroché à la jambe gauche de Cher Ami. Il disait simplement :

Nous sommes sur la route parallèle à 276.4.
Notre propre artillerie fait un tir de barrage directement sur nous.
Pour l'amour du ciel, arrêtez !


Quand Cher Ami essaya de passer les Allemands le virent et ouvrirent le feu. Pendant plusieurs minutes les balles sifflèrent dans l'air autour de lui. Pendant une minute il sembla que le petit pigeon allait tomber, qu'il n'allait pas réussir, les fantassins américains condamnés, leur dernier espoir, blessé, faisait une chute libre, esquivant une attaque très forte des balles allemandes.

Mais Cher Ami réussit à déployer ses ailes et à recommencer à prendre de l'altitude, toujours plus haut, au-delà de la portée des canons ennemis. Le petit oiseau vola 40 km en seulement 25 minutes pour délivrer son message. Le bombardement fut arrêté et plus de 200 vies américaines sauvées, tout cela parce que le petit oiseau n'a jamais cessé d'essayer de passer.

Pendant cette mission Cher Ami fut grièvement blessé. Quand il atteignit finalement son pigeonnier il ne pouvait presque plus voler et le soldat qui répondit au son de la cloche, trouva le petit oiseau couché sur le dos, couvert de sang. Il était aveugle d'un œil, et une balle avait frappé son sternum faisant un trou de 23 cm. De ce trou affreux, tenue par quelques tendons, la patte du brave petit oiseau était presque coupée. Une boîte d'argent était attachée au reste de la patte avec le message très important. Encore une fois, Cher Ami ne voulait pas mourir jusqu'à ce qu'il ait terminé son travail.

Cher Ami est devenu le héros de la 77e Division d'Infanterie et les médecins ont travaillé longtemps et dur pour le rafistoler. Quand les soldats français pour qui les Américains se battaient eurent appris l'histoire de la bravoure de Cher Ami et sa détermination, ils lui donnèrent un des plus grands honneurs de leur pays. Cher Ami, le pigeon voyageur courageux, eu la médaille appelée la Croix de Guerre française.

Bien que les médecins dévoués aient sauvé la vie de Cher Ami, ils ne pouvaient pas sauver sa jambe. Les hommes de la Division s'occupèrent avec soin du petit oiseau qui avait sauvé 200 de leurs amis, et avaient même taillé une petite patte en bois pour lui. Lorsque Cher Ami fut assez remis pour voyager, le petit héros unijambiste fut mis sur un bateau en partance pour les États-Unis. Le commandant de l'ensemble de l'armée des États-Unis, le grand général John J. Pershing, vu personnellement Cher Ami quand il quitta la France.

De retour aux Etats-Unis l'histoire de Cher Ami a été dite et redite. Le petit oiseau était dans les journaux, les magazines, et il semblait que tout le monde connaissait son nom. Il est devenu l'un des plus célèbres héros de la Première Guerre mondiale. Quelques années après la guerre, un homme du nom d'Harry Webb Farrington décida de mettre sur pied un recueil de poèmes et de courtes histoires sur les hommes et les héros de la Première Guerre mondiale. Quand son livre fut publié il contenait un poème spécial dédié à Cher Ami :

Cher Ami



Cher Ami, comment fais-tu !
Ecoutez, laissez-moi vous parler;
Je ne vais pas vous faire de mal, ne voyez-vous pas ?
Venez, vous êtes un peu trop loin pour moi.

Un peu maigrichon bleu et blanc,
messager pour les hommes qui se battent,
parlez-moi de la profonde cicatrice rouge,
là-bas, là où les plumes ne sont pas.

Qu'en est-il de votre pauvre patte gauche ?
Dites-moi, Cher Ami, je vous prie.
Garçons et filles ne savent,
Comment vous avez gagné cette Croix d'argent.

"La meilleure chose qui me soit arrivée
c'est quand je suis allé avec Whittlesey;
Nous avons marché si vite, si loin !"
"Nous sommes tous perdus" déclara le chef;

"Mon Cher Ami - c'est mon cher ami -
Vous êtes celui que nous allons envoyer;
Le bataillon tout entier est aujourd'hui perdu,
Et vous devez réussir à tout prix."

Donc, avec le message lié serré;
Je me suis envolé à pic de toutes mes forces,
Avant d'être assez haut,
Les armes ont commencé à me mitrailler.

Les balles des mitrailleuses m'ont entouré comme la pluie,
On pouvait penser que j'étais un avion;
Et quand j'ai commencé à partir,
moi, les coups de feu se sont approchés !

Mais je me suis envolé, tout droit comme une abeille;
Le vent ne pouvait pas me rattraper,
Jusqu'à ce que je sois redescendu à terre,
Dans le camp de nos propres hommes !

Mais, Cher Ami, sur ma parole,
Vous modeste, modeste petit oiseau;
Maintenant, ne savez-vous pas que vous avez oublié ?
Dites comment votre poitrine et votre patte ont été abattues.

"Oh, oui, le jour où nous avons franchi la Meuse,
J'ai pris l'avion à Rampont avec le courrier;
Encore une fois les balles venaient comme la grêle,
J'ai pensé pour sûr que j'allais tomber."

Les balles sifflaient comme une abeille,
Si proches, ça m'a presque fait peur;
Une a frappé les plumes de mes ailes,
Un autre est passé à travers ma queue.

Mais quand je suis rentré à l'arrière,
je me suis aperçu qu'ils m'avaient touché là et ici;
Mais cela n'était rien, ça ne faisait rien;
un vieux Poilu, presque aveugle.

Je ne me préoccupais pas de ce qu'ils disaient,
car, quand ils avaient vu la façon dont j'avais saigné,
et trouvé devant une boule gonflée,
avec le message accroché à ce moignon;

Les Français et les miens ont dit : "Tres bien",
ou Very good - en américain.
"Mon Cher Ami, tu as apporté de bonnes nouvelles;
notre armée a traversé la Meuse !

Tu as sûrement eu un coup de chance !"
Et donc j'étais content. Je crois que c'est tout.
Je vais m'asseoir, alors pardonnez-moi, je vous prie;
Il m'est difficile de tenir sur une jambe !


"Cher Ami" et Poèmes De France
Presse Rough & Brown, 1920


Cher Ami est mort de ses multiples blessures de guerre le 13 juin 1919, moins d'un an après avoir terminé son service dans l'armée américaine Signal Corps. À sa mort, un taxidermiste a conservé le petit pigeon pour les générations futures, un oiseau avec une histoire qui est devenu une source d'inspiration pour des millions de personnes au fil des années.

Aujourd'hui, les visiteurs du Musée national d'histoire américaine de l'Institution Smithsonian, Washington DC, peuvent encore voir Cher Ami, conservé pour l'histoire à côté de la Croix de Guerre française qui lui a été décernée par le gouvernement français. Dans les années qui suivirent la mort de Cher Ami, il a existé la rumeur que l'oiseau avait également reçu la "Distinguished Service Cross". Bien qu'il y ait une ample documentation faite par le général John J. Pershing sur l'attribution d'une "médaille d'argent" pour ce pigeon voyageur courageux, il n'y a aucune trace d'une D.S.C. attribuée.



Webnote

Comme toute légende, l'histoire du Cher Ami a grandi et a changé à chaque récit. L'histoire de Cher Ami est probablement un composite de la mission "Lost Battalion" et une autre mission plus tardive du ou vers le 25 octobre 1918, lorsque Cher Ami est censé avoir délivré son dernier message. Dans certains récits il n'y a aucune mention de Cher Ami ayant été blessé dans le vol sur le ravin. Dans son poème monsieur Farrington indique certainement que le pigeon voyageur a été blessé au cours de l'action consistant à traverser la Meuse à cette dernière date. D'autre part, même l'Institution Smithsonian crédite Cher Ami de la mission du message important délivré lors de l'épisode du bataillon en perdition.

Le point important n'est pas tellement quand Cher Ami a été blessé, mais ce que l'oiseau courageux a réussi. L'histoire de cette grande détermination est tout à fait exacte.
 



Utilisation du pigeon à partir d'un char britannique, 1917
Pigeonnier de la Cie de transmissions australienne, état-major du Corps australien, Bertangles, juillet 1918
Utilisation du pigeon dans l'armée belge, Flandres 1918

 



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