Hemiphaga novaeseelandiae
ou Carpophage de Nouvelle-Zélande
ou Kereru


 


Le Carpophage de Nouvelle-Zélande1 ou Kereru (Hemiphaga novaeseelandiae) est l'espèce de pigeon de Nouvelle-Zélande. Il diffère du Pigeon ramier européen par la beauté de son plumage d'un bleu vert argenté contrastant avec l'éclat de son torse blanc. Il a les pattes et le bec rouges.

Taille : 46 à 50 cm
Poids : 600-800 g

Les carpophages de Nouvelle-Zélande fréquentent les lambeaux résiduels de la forêt primaire indigène. Ils marquent une nette préférence pour les zones boisées mixtes de podocarpes à larges feuilles. Ils aiment les forêts où émergent les grands arbres et où les sous-bois denses regorgent de broussailles. Ils sont moins assidus dans les forêts de Nothofagus qui sont des arbres proches de nos hêtres de l'hémisphère nord. Ils délaissent également les boisements qui sont exploités pour la coupe et ceux où on a introduit des herbivores pour contrôler la repousse. Leur habitat est situé généralement dans les plaines ou les régions basses, mais dans certaines régions on les trouve parfois jusqu'à 1100 mètres d'altitude. En dehors de la saison de reproduction, les carcophages de Nouvelle-Zélande résident souvent dans les plantations de bois exotiques, près de zones cultivées, dans les parcs, les jardins à la périphérie des villes et le long des cours d'eau.

Comme son nom l'indique bien, cet oiseau est endémique de Nouvelle-Zélande. On ne le trouve nulle parte ailleurs. Cette espèce est présente dans l'île nord et dans l'île méridionale, à Stewart Island et dans de nombreuses petites îlettes à proximité des 2 îles principales. Autrefois, son aire de distribution allait jusqu'à Lord Howe Island mais les populations qui y habitaient sont désormais éteintes. Malgré leur territoire assez réduit, les carpophages de Nouvelle-Zélande sont divisés en 3 sous-espèces : H. n. novaeseelandiae (île Nord, île Sud, Little et Great Barrier Islands, Hen et Chicken islands, Mayor Island, Kapiti et Stewart) - H. n. chathamensis (archipel des Chatham) - H. n. spadicea (Norfolk Island), sans doute éteinte depuis plus d'un siècle.

Au temps de la colonisation des premiers européens, les pigeons de Nouvelle-Zélande étaient nombreux et vivaient en larges troupes. De nos jours, on peut surtout les observer en solitaire ou en couples mais des bandes de 5 à 8 individus ne sont pas rares en dehors de la saison de reproduction. En dépit des persécutions qu'ils ont subies dans le passé, ces oiseaux ne sont pas très craintifs et ils se laissent même assez facilement approcher. Lorsqu'ils volent, leurs ailes produisent un bruit froufroutant ou occasionnellement ils les font claquer sèchement. Quands ils se nourrissent dans les arbres fruitiers, ils attirent l'attention à eux par leurs mouvements. A certains moments de l'année, lorsque leurs arbres favoris regorgent de fruits, ils se montrent très territoriaux et ils chassent les autres pigeons qui s'approchent. Un étude de leurs mouvements montre que ces pigeons effectuent des mouvements réguliers et locaux pour se nourrir. Les plus longs trajets sont estimés à quelques 25 kilomètres. Certains oiseaux qui sont connus pour avoir échoué dans leur tentative de reproduction retournent 3 fois par an dans les régions où les arbres fournissent des ressources abondantes.

La saison de reproduction a lieu pendant les mois d'été, c'est à dire entre les mois de décembre et de juillet. Son commencement coïncide avec l'arrivée des premiers fruits en décembre et en janvier. L'accouplement est précédé par un vol de parade au cours duquel le mâle monte à une hauteur considérable dans le ciel avant de redescendre en planant, les ailes et la queue largement déployées. Chez les carpophages de Nouvelle-Zélande les liens conjugaux durent généralement plus d'une saison et la formation des couples intervient pendant la saison hivernale. Les deux partenaires établissent un grand territoire d'une superficie de 10 hectares, mais seuls les abords immédiats du nid sont défendus avec vigueur. En cas de succès de la couvée, le site est réutilisé pendant plusieurs années consécutives, s'il n'est pas disponible, un nouvel emplacement est choisi tout à proximité. Le nid est une très modeste structure de brindilles qui forment une boule sans garniture. Il est placé dans un arbre entre 3 et 9 mètres au-dessus du sol. Sur les îles qui sont situées au large, il est presque situé à terre. Les 2 parents collaborent à sa construction. La ponte comprend un seul œuf blanc qui est couvé pendant une période qui varie de 28 à 30 jours. Les jeunes prennent leur envol au bout de 36 à 45 jours, ce qui est une très longue période même pour un pigeon de cette taille. Les deux partenaires poursuivent leur collaboration en ce qui concerne, l'incubation, le soin et le nourrissage des jeunes. La femelle couve à partir de la fin de l'après-midi et pendant toute la nuit alors que le mâle la relaie au petit matin et œuvre pendant la grande majorité de la journée. Les pigeonneaux naissent nus et aveugles. Ils ouvrent leurs yeux au bout d'une semaine et ils sont totalement emplumés au bout de 24. Le taux de réussite des nichées est faible (33% d'œufs éclos, 22% d'envols). La productivité de la reproduction est également peu élevée. En cas d'échec, il n'y a pas souvent de nichée de substitution. Les années où les ressources alimentaires sont peu abondantes ou de piètre qualité, certains couples ne sont pas aptes à se reproduire. A noter que le séjour au nid des jeunes est assez long, sans doute à cause du faible nombre de prédateurs. Toutefois, les mammifères introduits, tels que les rats noirs (Rattus rattus) sont responsables de la disparition d'une partie des œufs.

Les carpophages de Nouvelle-Zélande sont majoritairement frugivores. Ces oiseaux sont réputés pour consommer une grande variété de fruits et de baies mais seules quelques-unes sont vraiment essentielles dans l'organisation de leur alimentation. En décembre, les baies des arbustes du genre Aristotelia et celles des podocarpes sont très prisées. A partir de février jusqu'à juin, les fruits des conifères du genre Prumnopitys sont vraiment primordiaux et c'est à la recherche de ces victuailles que les oiseaux entreprennent les premiers mouvements post-reproductifs. Lorsque la saison des fruits arrive à son terme, les carcophages de Nouvelle-Zélande se nourrissent de feuilles d'apocyn et de coprosme robuste pour esssayer de faire le joint avec la saison nouvelle. Au printemps, les bourgeons et les jeunes feuilles provenant des saules (salix), des pruniers (prunus) et des ormes (ulmus) deviennent prépondérents dans le menu. Ces végétaux sont collectés à 59% dans les arbustes des sous-bois. L'étage supérieur des arbres est plus rarement visité (19%), le sol (6%) est assez délaissé. Les carpophages de Nouvelle-Zélande recherchent leur nourriture en solitaire ou en couples.

Cette espèce n'est pas vraiment rare mais ses effectifs sont pour l'instant inconnus. On sait seulement que sa répartition est très irrégulière et que sa densité est assez variable selon les régions. Elle est devenue rare aux îles Chatham (sans doute moins de 100 adultes), elle a disparu à Norfolk et à Lord Howe, mais elle est relativement courante à Stewart Island. La dégradation de son habitat et la poursuite de l'exploitation des forêts, la prédation de ses œufs et de ses oisillons par les opposums (Trichosurus vulpecula) sont les plus grands obstacles à sa survie. D'après Birdlife, le carpophage de Nouvelle-Zélande est considéré comme presque menacé (NT - Near threatened).

Catégorie actuelle UICN pour la Liste Rouge : Quasi menacé