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REPONSE A UN ARTICLE PARU SUR LE JOURNAL LIBERATION

Jeudi 19 octobre 2006
"Pigeon biset, prends garde à toi"



LA REPONSE



Nous avons ici un article caractéristique de la propagande anti-pigeons diffusée depuis plus de 50 ans par les médias. C'est une sorte de quintessence du genre qui confirme, encore une fois, que la presse a une grande responsabilité dans le massacre généralisé de cet oiseau.

Il reprend les meilleurs arguments du genre : sus aux pigeons qui propagent des germes mystérieux très dangereux, abîment les bâtiments, sont même moins intelligents que les rats. Bref cet oiseau parasite est une sorte d'alien dont les fientes hyperdestructrices trouent les chêneaux, et sont responsables de rendre malade la population. L'article développe une propagande basée sur une stratégie bien au point : faire peur. Mais peur de quoi ? De la mort bien sûr car c'est imparable. Le bourreau doit se justifier et diminuer sa victime car comment pourrait-il expliquer qu'on tue chaque année des millions d'animaux sans raison ? Le texte se garde bien de préciser que maintenant la science qui nous a appris que les nouveaux nés souffrent, déclare que les animaux aussi.
Selon la théorie matérialiste couramment admise il n'existe qu'un monde de forces, de particules et d'ondes. Tout peut s'expliquer par des lois immuables auxquelles ces forces aveugles et non conscientes obéissent. La vie et les êtres vivants ne sont qu'un épiphénomène, une complexification des forces naturelles.
Selon cette croyance, ce sont les organes qui fabriquent les émotions, la pensée, etc.

Les vertébrés possèdent à peu près les mêmes organes que l'Homme (système nerveux, sens, etc.). N'est-il pas logique, selon cette croyance, d'envisager que les animaux ont un vécu "intérieur" identique au nôtre ? Ne ressentent-ils pas comme nous puisqu'ils ont les mêmes dispositifs de production d'émotions, de pensées, la souffrance, la joie etc. ?

ALORS POURQUOI DEUX POIDS DEUX MESURES une pour les humains et une autre pour les animaux ?
Il se garde bien de mentionner qu'il existe maintenant un consensus chez les spécialistes de la question aussi bien aux USA, en Grande-Bretagne, en Australie, qu'en Europe sur le fait que tuer massivement et régulièrement les pigeons ne sert à rien. Une fois qu'une partie de la population a été éliminée, il reste plus d'espace et de nourriture pour les autres qui n'en demandent pas tant et se reproduisent donc d'autant plus rapidement. Au bout d'un certain temps, la population s'est totalement reconstituée et tout est à refaire. On observera que l'article n'est pas disert sur les diverses méthodes alternatives existantes.


ANALYSE CRITIQUE


Les fameuses maladies
libération :
S'il transporte des germes, au moins il ne mord pas.» Reste que enfants, vieillards, diabétiques, greffés et personnes présentant un déficit immunitaire ont intérêt à se tenir à distance.
............
Le pigeon transporte un champignon qui se niche dans les poumons, puis le système nerveux. Ce qui peut engendrer des méningites à cryptocoque, qui nécessitent de longs traitements
Alors là on est terrifié ! Mais c'est quoi au fait cette cryptococcose ?
La cryptococcose selon la science


La cryptococcose est une mycose cosmopolite due à une levure capsulée du genre Cryptococcus. Elle survient habituellement chez les patients à risque : immunodéprimés (sidéens, hémopathies sévères), maladie de Hodgkin, corticothérapie, sarcoïdose, greffes d'organes. La localisation clinique la plus fréquente et la plus grave est méningo-encéphalique.

Agents pathogènes : Cryptococcus neoformans
Cryptococcus neoformans (Cr. neoformans) est l'espèce la plus fréquente en pathologie humaine. C'est une levure saprophyte du milieu extérieur qui a un comportement d'opportuniste. La contamination se fait par inhalation de spores (primo-infection pulmonaire latente), beaucoup plus rarement par inoculation cutanée.

L'inoculation directe par des blessures de la peau peut provoquer des lésions cutanées à type de panaris ou de cellulite, voire une dissémination en cas d'immunodépression. Mais l'infection ne se transmet pas d'homme à homme en dehors des rares observations décrites après greffe d'organes. De rares cas ont été rapportés après nettoyages de surfaces très contaminées par des fientes de pigeons, et le contact étroit avec de tels oiseaux est donc déconseillé pour les personnes immunodéprimées.

La cryptococcose est une infection cosmopolite du système nerveux central et des méninges. Des lésions cutanées peuvent se manifester secondairement, ainsi qu’au niveau des muqueuses, des os et des articulations. Auparavant peu fréquente (observée chez les malades leucémiques ou cancéreux), cette mycose est actuellement l’une des plus fréquentes chez les patients atteints de SIDA.

La principale espèce pathogène : Cryptococcus neoformans, comporte trois variétés : C. neoformans var. neoformans, C. neoformans var. gattii et C. neoformans var. grubii. Cryptococcus neoformans est présent dans l'environnement et c'est par inhalation qu'a lieu la contamination. La première se retrouve communément en Amérique et en Europe, dans les fientes d’oiseaux. Elle représente l’espèce presque toujours en cause lors de cryptococcose chez les patients atteints de SIDA. La seconde est liée aux arbres Eucalyptus, qui constituent leurs biotopes

ZOONOSE : Ne se transmet pas de l'animal à l'humain

En France, 85 % des cas actuels de cryptococcose sont diagnostiqués chez des patients infectés par le VIH. Ces patients ont un taux moyen de 44 CD4.

année 2003 : En analysant les 1644 cas de cryptococcose répertoriés au Centre National de Référence depuis 1985 chez des sujets séropositifs pour le VIH, nous avons pu démontrer que l'incidence de la cryptococcose avait diminué de 46% depuis 1997, et qu'être originaire du continent africain, avoir plus de 45 ans, avoir été contaminé par le VIH par voie hétérosexuelle, n'avoir eu aucune autre maladie définissant le stade SIDA et ne pas se savoir séropositifs étaient actuellement des facteurs de risques indépendants de cryptococcose
En résumé le pigeon ne transmet pas cette maladie qui touche très majoritairement les personnes atteintes du SIDA. On dénombre environ 100 cas par an en France. On retrouve cette levure un peu partout, dont les fientes des oiseaux. On en a observé dans les fientes de pigeon mais les cas de contamination par les fientes de pigeons, en France, sont très rares. Soit quelques cas en plusieurs dizaines d'années... Le risque est donc infime et nul si on n'est pas immunodéprimé.

On notera que nulle part il n'est mentionné que les enfants et les vieillards "risquent" de contracter cette maladie contrairement à ce qui est affirmé dans l'article.

libération :
des logements sous les combles débarrassés de leurs pigeons et réhabilités conservent les tiques molles qui proliféraient sur le volatile et qui s'en prennent par défaut à l'homme. Sur la peau apparaissent alors plaques et oedèmes : une trentaine de cas sont signalés tous les ans à Lyon.
Cela paraît terrible mais c'est quoi ces tiques molles ?
Les tiques molles de pigeon selon la science


Argas reflexus est une tique molle appartenant à l’ordre des acariens. Il s’agit d’un parasite hématophage spécifique des pigeons des villes. Se réfugiant à l’intérieur des habitations voisines des colonies de pigeons, il peut s’attaquer à l’homme. Les morsures peuvent être responsables de réactions inflammatoires locales mais aussi de réactions anaphylactiques systémiques. L’allergène majeur de la tique a été identifié relativement récemment.

Des réactions locales et systémiques peuvent survenir après morsure d’Argas reflexus, une tique molle parasitant les pigeons.

Plusieurs publications ont déjà été faites sur le sujet mais elles rapportaient un petit nombre de cas.

Une publication portant sur 148 sujets ayant été mordus par Argas :
Des réactions systémiques (urticaire, angio-oedème, dyspnée, trouble cardio-vasculaire, perte de connaissance) ont été rapportées chez 12 des 148 sujets (8%) ; 146 sur 148 (99%) avaient eu des réactions locales.
cette étude concerne 148 patients s’étant présentés spontanément après un appel à témoin : 8% avaient eu des réactions systémiques contre 99% des réactions locales. Le mode de recrutement pourrait bien sûr augmenter artificiellement les réactions importantes.

Une dizaine de cas ayant un choc anaphylactique grave après morsure de tiques de pigeon (Argas reflexus) a été recensée en France.
En résumé ce genre de tique ne semble pas présenter beaucoup de risques. Car il faut premièrement déjà être mordu. Ce qui semble peu probable si on se réfère aux chiffres de l'article : 30 cas/an à Lyon sur une population de 500 000 habitants soit un risque de 0,006 % (30/500 000).
Les morsures provoquent rarement une réaction systémique, d'après l'étude citée 8 %, mais vu son mode de recrutement on peut tabler sur un chiffre de 5 % soit pour la population de Lyon 0,0003 % de risque. D'autre part nous savons que seulement quelques dizaines de cas graves ont été répertoriés au niveau national sur plusieurs années alors quel est est le risque qu'un des 30 cas de Lyon soit un cas grave ? Et le risque par rapport à la population totale de Lyon ?
La réponse : 0,000000.. % très faible.......


Conclusion sur les fameuses maladies


Comme on peut le voir les deux maladies évoquées sont très rares.

RECETTE :
Si vous voulez faire peur, la peur suprême, celle de mourir, dans le but de diaboliser une espèce animale il est nécessaire de chercher quelques cas même rares de personnes infectées par cette espèce. Ce qui est facile car n'importe quelle espèce est susceptible de transmettre une pathologie sans qu'on parle de zoonose (parasites etc.). D'ailleurs l'espèce la plus dangereuse épidémiologiquement parlant pour l'homme est l'homme et de très, très loin .... Il faut sélectionner des maladies vendeuses, au nom évocateur et terrifiant, puis le faire savoir, cette espèce propage telle maladie. On s'abstiendra bien sûr d'indiquer la rareté de la pathologie, ni de mettre en perspective cette rareté par rapport aux pathologies principales qui touchent une population donnée. Par exemple les réactions allergiques graves, très rares, à la morsure de la tique des pigeons en rapport au grand nombre de chocs allergiques constaté en France dus à de multiples causes comme les médicaments, l'alimentation, la pollution, les pollens, les piqûres d'insectes etc. C'est un mensonge par omission.

Mai la presse est-elle seule en cause ? Et bien non ! Ce genre d'argument nous est servi aussi par :
les entreprises de dépigeonnage, les villes qui tuent les pigeons et par quelques "experts" aussi malheureusement.

L'article cite le Pr Bourée parasitologue de l'hôpital du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) qui est aussi cité dans autre article récent de libération :
Lisez donc l'article paru sur Libération le 12 septembre 2006. Vous y apprendrez qu'en France il existerait 58 millions d'animaux de compagnie de toutes les espèces détenus par une famille sur deux. Le professeur nous met en garde ! Attention vos animaux sont dangereux. On y mentionne une liste de pathologie dont certaines au nom évocateur comme pour le chien un risque d'attraper un kyste hydatique, dans le foie. (Qui s'opère, ouf on est rassuré).

Mais portant ces familles semblent finalement être en bonne santé, si on regarde autour de nous Il faudrait en fait tuer tous les animaux, et peut être après, tous les humains malades, puis se réfugier dans un gros bunker et ne plus bouger pour vraiment diminuer les risques.......

LETTRE du Docteur Philippe de WAILLY
Membre de l'Académie Vétérinaire de France
Président de la section ornithologique du G.E.N.A.C. (Groupe d'Etude des Nouveaux Animaux de Compagnie)
Président de I.W.P.F France


Nul ne saurait nier l'existence de maladies graves chez les merveilleux pigeons de nos villes. Mais il convient d'affirmer que le plus gros pourcentage de mortalité chez eux est provoqué par des affections totalement et exclusivement spécifiques aux colombidés contre lesquelles les vétérinaires se trouvent souvent impuissants: variole du pigeon, paramyxovirose B (qui se manifeste par des torticolis et des convulsions), enfin l'herpès virus 1 (PH V 1) dont les signes cliniques sont sinusites, abattement, paralysie.
Aucune de ces maladies n'est susceptible de provoquer le moindre malaise chez les humains.
On signale, certes, quelques cas d'ornithose ou de salmonellose, mais ne risquons-nous pas d'attraper le pyocianique ou le staphylocoque doré dans le métro ou dans certaines salles hospitalières ? J'en connais des exemples bien précis.
Certaines personnes sont allergiques aux plumes, ce qui se manifeste par des rhinites ou des troubles asthmatiques. Ce sont, plus fréquemment, les acariens des duvets de literie qui sont à l'origine de ses désagréments, bien plus que les pigeons vivants dans nos villes. Beaucoup moins que les pollens ou les poussières.
Arrêtons donc de considérer les pigeons comme les boucs émissaires de nos maux.
L'homme moderne n'a-t-il pas suffisamment désacralisé la nature et sa création pour encore inventer une victime sacrificielle sur l'autel de son injustice et de sa méchanceté.
"Les pigeons qui vivent en liberté dans les villes de même que les étourneaux et les moineaux ne présentent qu'un risque faible pour la santé publique"

Comité mixte OMS/FAO des experts des zoonoses - Rome 1959
@ en savoir plus


Les autres affirmations
Libération :
ses fientes, très acides, détériorent les façades des bâtiments
A cette affirmation ma seule réponse sera encore de citer le docteur Philippe de WAILLY :
LETTRE du Docteur Philippe de WAILLY
Membre de l'Académie Vétérinaire de France
Président de la section ornithologique du G.E.N.A.C. (Groupe d'Etude des Nouveaux Animaux de Compagnie)
Président de I.W.P.F France


Il est risible de voir mettre le pigeon en accusation, alors qu'un inspecteur général honoraire de la Préfecture de la Seine déclare, que près de 200 000 tonnes d'anhydride sulfureux ont été émises en un an dans le seul département. C'est cet élément dit-il, qui, après transformation dans l'air, détruit les toitures en zinc, ronge les ferrures, attaque les peintures et les pierres et met à mal la végétation et les poumons des habitants.

Les pauvres pigeons, que d'aucun voudrait faire passer pour des Attila de la pierre, ne jouent pas un bien grand rôle dans les dégâts considérables que l'homme et ses machines sont seuls à occasionner.
Nous rejetons plus de 800 millions de tonnes de polluants par an. Cela, on le conçoit, ne va pas sans dommages pour tout ce qui nous entoure. Et on voudrait que le pigeon soit le seul responsable de toutes ces misères comme certains articles tendancieux essaient de nous le faire croire ? Ah non ! Un peu de sérieux, quand même !

Voici une lettre officielle de la ville de Venise :
Les monuments ne sont pas détériorés par les pigeons. Certainement ces volatiles causent des salissures, mais c'est une chose inévitable partout et, en conséquence, il faut pourvoir périodiquement au nettoyage.

N'est-ce pas éloquent ?


Libération :
Moins malin que le rat
Il faut bien justifier les tueries généralisées sans quoi cela serait intolérable. Mais comment ? Toujours les mêmes ficelles : abaisser la victime, la nier. Le pigeon n'est même pas un rat, animal très nuisible et propagateurs de miasmes dans l'inconscient collectif, peut-être est-il légèrement supérieur aux cafards qui hantent nos cités ? L'article nous le dit pas. Il ne nous parle pas du rôle des bisets durant la première guerre mondiale, qui ont contribué à la "victoire" française... Ni des chercheurs qui affirment que cet oiseau intelligent a une très grande capacité d'adaptation, très pratique pour certains travaux scientifiques (hélas, à quand la fin des expériences scientifiques sur les animaux).

Libération :
Car le pigeon ne construit pas son propre nid, il squatte
Et bien, c'est faux. Le pigeon des villes construit son nid; il suffit d'ailleurs de s'intéresser un peu à lui pour s'en apercevoir :
Anna SCHNITZLER
EXTRAITS DE LA THESE
pour le doctorat vétérinaire présentée en 1999 à l'université Paul-Sabatier de TOULOUSE
Le pigeonnier dans la ville : intérêt dans la maîtrise de la population des pigeons urbains


CONSTRUCTION DU NID

Le nid, assez grossier, est construit à l'état sauvage dans les falaises et rochers qui comportent de nombreux trous.

En ville, le nid sera construit sous les toits, sur les rebords des fenêtres, dans les anfractuosités des bâtiments. C'est en général le mâle qui transporte les matériaux (paille, brindilles, branchettes, herbes et même fils de fer) et la femelle qui le construit. Il sera constitué de ces substances mêlées à des fientes et des plumes.


Libération :
Marseille pratiquera à la fin du mois sa première capture au filet propulsé par un ressort, «technique homologuée par le ministère de l'Agriculture», prend-on soin de préciser.
C'est encore faux, il n'y a pas d'homologation obligatoire aussi bien pour les techniques de capture que pour les méthodes d'abattage des pigeons de ville. Nous sommes dans une zone de non droit où tout le monde dit et fait n'importe quoi avec pratiquement jamais de contrôle des services de l'état. Le pigeon des villes n'est ni sauvage, ni domestique, personne n'en veut, alors comment savoir quelle loi appliquer ? Et sans loi pas de réglementation.
Tous ceux qui capturent et tuent les pigeons biset de ville prétendent qu'ils sont agréés mais cela n'est que du marketing ou de la désinformation.
Quant aux méthodes de mise à mort et bien elles sont cruelles et désuètes. Des fois c'est même l'horreur comme gazer avec des produits phytosanitaires .......

Libération :
nourrir les pigeons des villes est sanctionné en France par une amende de 450 euros.
C'est en partie faux. L'interdiction est une recommandation, donc non obligatoire, du ministère de la santé sous forme d'un règlement départemental type qui est, c'est vrai, repris par tous les départements.
L'amende peut s'élever jusqu'à 450 euros et, non, est de 450 euros. Vous voyez la nuance ?


Pascal Cousin  



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